A sa gloire, on a guerroyé
pour l’encre indélébile et des urnes transparentes
devant garantir la sincérité du vote en éliminant
les bourrages d’urnes et les votes multiples. Pour signer
sa mort, on a inventé le bulletin unique censé
mettre fin aux bulletins illégaux. Pour définitivement
l'enterrer on a plongé dans l'univers des nouvelles
technologies de l’information avec l’informatisation du
fichier électoral et sa publication sur le Net ;
etc. Des victoires et des victoires, des espoirs et des
espoirs et toujours cette quête.
Il semble que l’ultime solution serait l’utilisation d’un
seul document pour voter, en l’occurrence une carte d’identité
infalsifiable appelée de tous leurs vœux par de nombreux
acteurs de la scène sociopolitique. C'est le nouveau
combat pour lequel certains seraient à donner leur
vie. Celui qui, pour une fois garantira des scrutins propres.
La fraude ! Sans nul doute, c'est, avec le vocable «
campagne de proximité » qui était sur
toutes les lèvres, le mot le plus entendu à
l’occasion des 4e élections législatives de
la IVe République. Présentée comme
au début et à la fin de tout le processus,
c’est à elle qu’on devrait les résultats qu’on
connaît et qui marquent le renforcement de la position
majoritaire du CDP et l’effritement de celle de l’Opposition
toutes tendances confondues. Un tableau qui pourrait laisser
perplexe, qui n’est pas au parfum des us et coutumes du
landerneau politique national. C'est le sujet central de
notre dossier de la semaine.
En vérité, à écouter certains
commentaires, il n’y a absolument rien de nouveau sous le
ciel du Faso, tant les cris d’orfraie entendus de toutes
parts ressemblent comme deux gouttes d’eau à ceux
déjà entendus en d’autres occasions électorales,
donnant ainsi l’impression que dans ce pays, élections
et fraudes vont de paire, même s’ils ne riment pas.
On est donc en milieu connu et cette règle a tant
de mal à trouver l’exception qui devrait la confirmer
que le contraire aurait été parfaitement inconcevable.
Toutefois il ne faut pas s’y tromper car derrière
l’unanimisme ambiant dans lequel chacun s’octroie le beau
rôle, se cachent de profonds antagonismes parfaitement
irréductibles qui traduisent l’ambivalence d’un microcosme
politique incapable de se défaire de ses vieux démons
et qui n’hésiterait pas à sacrifier l’essentiel
pour l’accessoire pour peu que cela puisse lui renvoyer
une meilleure image de sa réalité. Il peut
difficilement en être autrement d’autant que la conviction
la mieux partagée est que l’adversaire est la personnification
même du mal et qu’on ne pourrait rien y tirer de bon.
Mais à qui jeter la première pierre puisque
chacun y va de ses accusations et de ses déclarations
péremptoires, aidé en cela par un contexte
qui prête à confusion, apportant ainsi de l’eau
au moulin de tous les pêcheurs en eaux troubles ;
et ils sont nombreux.
En effet, il faut reconnaître que le code électoral
en vigueur, avec ses points à polémique dont
entre autres les conditions générales d’organisation
des élections (listes électorales, multiplicité
des documents d’identification des électeurs), laisse
beaucoup trop places pour des actions malveillantes, surtout
dans un pays où certains affirment la morale à
l’agonie.
Dès lors, on ne devrait pas s’étonner que
saisissant la perche, certains y voient un jardin de jeux
pour les nombreux fraudeurs de tous poils qui hanteraient
les rues. Il n’en faut pas plus pour que les acteurs de
la scène politique s’autorisent toutes sortes d’accusations,
même si cela devrait écorner quelque peu leur
réputation, l’essentiel étant de justifier
leurs contre-performances.
C’est bien le cas avec ces sempiternelles accusations mutuelles
de fraudes. En effet, depuis que les élections existent,
particulièrement sous la IVe République tout
s’explique par elle ; les victoires mais aussi les échecs.
A sa gloire, que de revendications, de réformes,
de batailles, de joutes oratoires, de pavés battus…
Si les solutions inventées ici et là ont fait
long feu, c’est bien parce que le mal lui-même est
un véritable serpent de mer, alimenté par
la mauvaise foi des responsables politiques qui n’hésitent
pas à l’invoquer à l’excès pour justifier
leurs échecs; l’incivisme rapant dans les appareils
partisans où rien n’est de trop pour assurer la victoire;
l’indifférence des populations qui ne se sentent
pas concernées etc. Voilà pourquoi, à
tort ou à raison, la fraude est omniprésente
partout, à telle enseigne qu’on ne sait plus à
quel moment les accusations sont fondées et ne sont
pas que de simples ritournelles politiciennes.
A sa gloire, on a guerroyé pour l’encre indélébile
et des urnes transparentes devant garantir la sincérité
du vote en éliminant les bourrages d’urnes et les
votes multiples. Pour signer sa mort, on a inventé
le bulletin unique censé mettre fin aux bulletins
illégaux. Pour définitivement l'enterrer on
a plongé dans l'univers des nouvelles technologies
de l’information avec l’informatisation du fichier électoral
et sa publication sur le Net ; etc. Des victoires et des
victoires, des espoirs et des espoirs et toujours cette
quête.
Il semble que l’ultime solution serait l’utilisation d’un
seul document pour voter, en l’occurrence une carte d’identité
infalsifiable appelée de tous leurs vœux par de nombreux
acteurs de la scène sociopolitique. C'est le nouveau
combat pour lequel certains seraient à donner leur
vie. Celui qui, pour une fois garantira des scrutins propres.
Sur ce point, c’est vrai que cela marquera une étape
majeure dans la tenue des élections mais le risque
en voulant y parvenir tout de suite et maintenant, c’est
d’aller plus vite que la musique, ce qui aura pour conséquence
des cartes d’identités certes infalsifiables, mais
fortement douteuses puisque les pièces qui seront
utilisées pour les confectionner pourraient être
bien être de fausses. Que ferait la classe politique
si la carte d’identité infalsifiable devait être
suspecte ? Une question légitime et logique qui devrait
inciter à la prudence, surtout que l’expérience
a montré que chaque fois qu’on s’est lancé
dans une vaste opération de délivrance de
documents administratifs, cela s’est accompagné de
fraudes diverses.
En dépit de toutes les urgences et des certitudes
de certains, il faut donc savoir donner le temps au temps,
car la seule volonté ne suffit pas bien souvent pour
atteindre les objectifs aussi louables et urgents soient-ils.
Il faut savoir résister aux solutions de facilité
et prendre toutes les précautions pour ne pas brader
notre identité nationale. Il s’agit de cela aussi.
La fraude est donc un phénomène trop complexe
et trop sérieux sûr qu'ils trouveront toujours
à dire pour justifier ou expliquer leurs déconvenues
électorales. Voilà pourquoi la fraude pour
qu’on la laisse aux seules mains des politiciens. D'ailleurs
on peut être sûr qu'ils trouveront toujours
à dire pour justifier ou expliquer leurs déconvenues
électorales. Voilà pourquoi la fraude doit
être prise en charge par toute la société.
A force de l’invoquer et de lui imputer leurs échecs,
nos opposants, sans en avoir l’air, tiennent un double langage,
ce qui ne devrait d’ailleurs étonner personne, puisque
cela signifie que les discours sur les moyens colossaux
du parti au pouvoir, le découpage électoral…
ne seraient que des arguties.
Par Cheick Ahmed