L'opinion N°502
du 23 au 29 mai 2007

Editorial

Elections et fraudes, la paire aux forceps !

A sa gloire, on a guerroyé pour l’encre indélébile et des urnes transparentes devant garantir la sincérité du vote en éliminant les bourrages d’urnes et les votes multiples. Pour signer sa mort, on a inventé le bulletin unique censé mettre fin aux bulletins illégaux. Pour définitivement l'enterrer on a plongé dans l'univers des nouvelles technologies de l’information avec l’informatisation du fichier électoral et sa publication sur le Net ; etc. Des victoires et des victoires, des espoirs et des espoirs et toujours cette quête.
Il semble que l’ultime solution serait l’utilisation d’un seul document pour voter, en l’occurrence une carte d’identité infalsifiable appelée de tous leurs vœux par de nombreux acteurs de la scène sociopolitique. C'est le nouveau combat pour lequel certains seraient à donner leur vie. Celui qui, pour une fois garantira des scrutins propres.

La fraude ! Sans nul doute, c'est, avec le vocable « campagne de proximité » qui était sur toutes les lèvres, le mot le plus entendu à l’occasion des 4e élections législatives de la IVe République. Présentée comme au début et à la fin de tout le processus, c’est à elle qu’on devrait les résultats qu’on connaît et qui marquent le renforcement de la position majoritaire du CDP et l’effritement de celle de l’Opposition toutes tendances confondues. Un tableau qui pourrait laisser perplexe, qui n’est pas au parfum des us et coutumes du landerneau politique national. C'est le sujet central de notre dossier de la semaine.
En vérité, à écouter certains commentaires, il n’y a absolument rien de nouveau sous le ciel du Faso, tant les cris d’orfraie entendus de toutes parts ressemblent comme deux gouttes d’eau à ceux déjà entendus en d’autres occasions électorales, donnant ainsi l’impression que dans ce pays, élections et fraudes vont de paire, même s’ils ne riment pas. On est donc en milieu connu et cette règle a tant de mal à trouver l’exception qui devrait la confirmer que le contraire aurait été parfaitement inconcevable. Toutefois il ne faut pas s’y tromper car derrière l’unanimisme ambiant dans lequel chacun s’octroie le beau rôle, se cachent de profonds antagonismes parfaitement irréductibles qui traduisent l’ambivalence d’un microcosme politique incapable de se défaire de ses vieux démons et qui n’hésiterait pas à sacrifier l’essentiel pour l’accessoire pour peu que cela puisse lui renvoyer une meilleure image de sa réalité. Il peut difficilement en être autrement d’autant que la conviction la mieux partagée est que l’adversaire est la personnification même du mal et qu’on ne pourrait rien y tirer de bon. Mais à qui jeter la première pierre puisque chacun y va de ses accusations et de ses déclarations péremptoires, aidé en cela par un contexte qui prête à confusion, apportant ainsi de l’eau au moulin de tous les pêcheurs en eaux troubles ; et ils sont nombreux.
En effet, il faut reconnaître que le code électoral en vigueur, avec ses points à polémique dont entre autres les conditions générales d’organisation des élections (listes électorales, multiplicité des documents d’identification des électeurs), laisse beaucoup trop places pour des actions malveillantes, surtout dans un pays où certains affirment la morale à l’agonie.
Dès lors, on ne devrait pas s’étonner que saisissant la perche, certains y voient un jardin de jeux pour les nombreux fraudeurs de tous poils qui hanteraient les rues. Il n’en faut pas plus pour que les acteurs de la scène politique s’autorisent toutes sortes d’accusations, même si cela devrait écorner quelque peu leur réputation, l’essentiel étant de justifier leurs contre-performances.
C’est bien le cas avec ces sempiternelles accusations mutuelles de fraudes. En effet, depuis que les élections existent, particulièrement sous la IVe République tout s’explique par elle ; les victoires mais aussi les échecs. A sa gloire, que de revendications, de réformes, de batailles, de joutes oratoires, de pavés battus… Si les solutions inventées ici et là ont fait long feu, c’est bien parce que le mal lui-même est un véritable serpent de mer, alimenté par la mauvaise foi des responsables politiques qui n’hésitent pas à l’invoquer à l’excès pour justifier leurs échecs; l’incivisme rapant dans les appareils partisans où rien n’est de trop pour assurer la victoire; l’indifférence des populations qui ne se sentent pas concernées etc. Voilà pourquoi, à tort ou à raison, la fraude est omniprésente partout, à telle enseigne qu’on ne sait plus à quel moment les accusations sont fondées et ne sont pas que de simples ritournelles politiciennes.
A sa gloire, on a guerroyé pour l’encre indélébile et des urnes transparentes devant garantir la sincérité du vote en éliminant les bourrages d’urnes et les votes multiples. Pour signer sa mort, on a inventé le bulletin unique censé mettre fin aux bulletins illégaux. Pour définitivement l'enterrer on a plongé dans l'univers des nouvelles technologies de l’information avec l’informatisation du fichier électoral et sa publication sur le Net ; etc. Des victoires et des victoires, des espoirs et des espoirs et toujours cette quête.
Il semble que l’ultime solution serait l’utilisation d’un seul document pour voter, en l’occurrence une carte d’identité infalsifiable appelée de tous leurs vœux par de nombreux acteurs de la scène sociopolitique. C'est le nouveau combat pour lequel certains seraient à donner leur vie. Celui qui, pour une fois garantira des scrutins propres.
Sur ce point, c’est vrai que cela marquera une étape majeure dans la tenue des élections mais le risque en voulant y parvenir tout de suite et maintenant, c’est d’aller plus vite que la musique, ce qui aura pour conséquence des cartes d’identités certes infalsifiables, mais fortement douteuses puisque les pièces qui seront utilisées pour les confectionner pourraient être bien être de fausses. Que ferait la classe politique si la carte d’identité infalsifiable devait être suspecte ? Une question légitime et logique qui devrait inciter à la prudence, surtout que l’expérience a montré que chaque fois qu’on s’est lancé dans une vaste opération de délivrance de documents administratifs, cela s’est accompagné de fraudes diverses.
En dépit de toutes les urgences et des certitudes de certains, il faut donc savoir donner le temps au temps, car la seule volonté ne suffit pas bien souvent pour atteindre les objectifs aussi louables et urgents soient-ils. Il faut savoir résister aux solutions de facilité et prendre toutes les précautions pour ne pas brader notre identité nationale. Il s’agit de cela aussi.
La fraude est donc un phénomène trop complexe et trop sérieux sûr qu'ils trouveront toujours à dire pour justifier ou expliquer leurs déconvenues électorales. Voilà pourquoi la fraude pour qu’on la laisse aux seules mains des politiciens. D'ailleurs on peut être sûr qu'ils trouveront toujours à dire pour justifier ou expliquer leurs déconvenues électorales. Voilà pourquoi la fraude doit être prise en charge par toute la société. A force de l’invoquer et de lui imputer leurs échecs, nos opposants, sans en avoir l’air, tiennent un double langage, ce qui ne devrait d’ailleurs étonner personne, puisque cela signifie que les discours sur les moyens colossaux du parti au pouvoir, le découpage électoral… ne seraient que des arguties.

Par Cheick Ahmed

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