Spécial

L'opinion N°524
du 24 au 30 octobre 2007

Editorial

La fausse querelle de la commission Justice et Paix

Néanmoins l’adresse de la Commission ne manque pas d’intérêt, tant il est vrai que même les chemins de l’enfer sont pavés de bonnes intentions et que les voix du Seigneur sont insondables. En effet, entre son angélisme quasiment religieux donc, en déphasage avec les réalités qui, elles sont toutes autant terrestres et ses proclamations péremptoires sur la volonté du peuple burkinabè, il n’y a pas loin du procès d’intention, ce qui fait forcément désordre pour une «institution » à laquelle on donnerait le Bon Dieu sans confession.

Alors que l’on croyait que les combats cessant faute de combattants, la polémique sur les multiples formes de célébrations du 15-octobre courrait vers sa plus belle mort faute de polémistes, voilà que la Commission Justice et Paix de la conférence épiscopale du Burkina remet tout sur le tapis, comme si ne voulant pas être en reste, elle prenait le risque de remuer le couteau dans la plaie. Pour une véritable catharsis ? Rien n’est moins sûr au regard de ses prises de positions et de ses arguments qui pour l’essentiel reviennent sur du déjà entendu, du déjà vu, du déjà lu. Rien de bien nouveau donc sous le ciel du Faso.
Néanmoins l’adresse de la Commission ne manque pas d’intérêt, tant il est vrai que même les chemins de l’enfer sont pavés de bonnes intentions et que les voix du Seigneur sont insondables. En effet, entre son angélisme quasiment religieux donc, en déphasage avec les réalités qui, elles sont toutes autant terrestres et ses proclamations péremptoires sur la volonté du peuple burkinabè, il n’y a pas loin du procès d’intention, ce qui fait forcément désordre pour une «institution » à laquelle on donnerait le Bon Dieu sans confession. Ainsi, en dehors de certains lieux communs qui n’apportent malheureusement rien au débat, on a eu droit à des raccourcis sans nuance, voire même à des propos à tout le moins injurieux qui auraient suscité des répliques appropriées si elles venaient d’autres horizons.
Dans cette veine on est franchement surpris qu’elle assimile la commémoration de la renaissance démocratique célébrée par «le parti au pouvoir et la mouvance présidentielle» comme elle l’écrit, à une «légitimation des coups d’Etat» et bien pire à un déni du respect dû à «la mémoire des victimes et la douleur de leurs familles...». Comment peut-on être aussi méprisant vis-à-vis d’autrui quand on prétend prêcher l’amour et la paix des cœurs ? C’est vrai que la Commission est constituée d’hommes et de femmes qui ont leurs travers comme vous et moi, mais on s’attend qu’on y cultive un peu plus la retenue et la foi en Dieu qui recommandent un minimum de considération envers les autres. Il s’agit bien de cela puisqu’en dehors des procès d’intention pour ne pas dire en sorcellerie qui rappelle des époques à jamais révolues, la Commission peut-elle étayer ses jugements de faits ou d’actes de ses condamnés, accréditant ses propos ?
En quoi penser que le processus démocratique a débuté dans notre pays le 15 octobre 1987 est-il «une banalisation de la vie humaine…» ou une manière de souiller les mémoires de ceux qui sont tombés ce jour ? Pourquoi la Commission veut-elle que magnifier les actes de Blaise COMPAORE au cours de ces 20 années soit nécessairement une injure pour SANKARA et les siens ? N’est-ce pas de tels raccourcis qui endurcissent les cœurs à l’image de ces «gens au Burkina Faso (qui) parlent tout le temps de paix alors que les actes qu’ils posent… sont contraires à la paix». Fait-elle, elle même? autre chose ? On peut en douter car il n’est pas besoin d’être expert en réconciliation nationale pour comprendre qu’en jetant l’anathème sur un camp on ne le prédispose pas à la paix. Tout au plus la commission aurait-elle voulu montrer qu’elle a un partie pris qu’elle ne s’y serait pas pris autrement. Et si c’était justement le but de la manœuvre ? La question se pose d’autant que son adresse manque à la fois de cohérence et consistance.
En toute bonne foi, n’est-on pas en droit de demander aux sages de la commission, où avaient cours l’injure, l’anathème et de la haine, entre les discours de ceux qui ont célébré les 20 ans de renaissance démocratique et de ceux qui ont commémoré le 20e anniversaire de la disparition du président Thomas SANKARA ? Ils ne nous diront pas qu’ils n’ont rien entendu, rien lu ou rien vu. Ça ce sont les faits ; et ils sont têtus. Ils sont différents des constructions savantes et des analyses partisanes trop intellectualistes pour s’attarder là où le bon sens populaire va s’abreuver. Et le peuple burkinabè n’acceptera pas d’être l’otage de qui que ce soit; puisqu’il sait ce qu’il en est et ne s’en fera pas conter. Il y a longtemps qu’au Burkina Faso ici on sait qui cultive l’ostracisme et qui le dialogue et l’ouverture.
Soit dit en passant, la Commission aurait été inspirée de venir à Pô le 18 octobre 2007 écouter certains témoignages, particulièrement celui relatif aux relations entre Blaise COMPAORE et la famille SANKARA. Elle aurait été édifiée et aurait évité le ridicule de sa proposition de voir Blaise COMPAORE et le gouvernement du Burkina Faso aller accueillir la veuve du président SANKARA à l’aéroport.
Pour combler cette lacune, car mieux vaut tard que jamais, nous l’invitons à lire attentivement la relation que nous faisons de cette rencontre entre Blaise COMPAORE et la jeunesse du pays. Elle comprendrait bien de choses. Mais tant qu’à faire pourquoi ne demande-t-elle pas un accueil national pour la veuve avec le corps diplomatique, les corps constitués… Puisque ce ne fut pas le cas, la commission a-t-elle même eu la présence d’esprit de faire le déplacement de l’aéroport ? On ne demande pas aux éminents membres de la Commission épiscopale de condamner ou même de reprouver ses faits, mais de les constater tout simplement et d’en tirer toutes les conséquences. Parce que le problème ce n’est ni Blaise, ni Thomas SANKARA encore moins leurs éventuels partisans et ce qu’ils font aujourd’hui mais de perspectives qu’ils donnent à leurs actions et ce que les générations actuelles et futures en font ou en feront. C’est là qu’on les attendait et non dans les piailleries de bonnes vieilles grand’mères.
Rechercher la paix en se fondant sur des vues de l’esprit, en occultant les faits et les réalités, relève purement et simplement de fantasmes. On ne peut pas se satisfaire de l’adage selon lequel le chef est une poubelle et qu’il devrait avaler toutes les couleuvres pour assurer le bonheur de son peuple.
Il y a longtemps qu’une telle vision messianique a cessé d’être une vérité tant il est évident que de nos jours on instrumentalise jusqu’à la mort pour se réaliser. N’est-ce pas le spectacle que nous offrent certains acteurs actuellement?
Par Cheick AHMED

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