L'opinion N°543
Du 05 au 11 mars 2008

Editorial

Le prétexte de la vie chère

…tout le monde connaît la solution à la vie chère : supprimer les taxes et les impôts sur les produits de grande consommation, augmenter le pouvoir d’achat des travailleurs par des augmentations conséquentes des salaires et traitements, baisser les prix des produits de grande consommation, plafonner et contrôler les prix etc. Simple et radicale comme solution ; et parce qu’elle l’est, nos braves syndicalistes devraient se demander tout aussi simplement pourquoi diantre le gouvernement ne l’applique pas. Comme s’il était plus facile de battre le pavé que de se poser cette question. Enfin on a la désagréable impression que nos syndicalistes veulent tout simplement être à l’air du temps, pour faire comme les autres ou agir pour ne pas être accusés de couardise. Une attitude pour le moins infantiliste qui traduit un manque de sérénité et une politisation outrancière de leurs actions.

En principe le 15 mars prochain, on va encore battre le pavé au Burkina Faso. Pour dire à ceux qui ne l’auront pas encore compris que la vie est chère ici au Faso. Oui la vie est chère au Faso et c’est même peu de le dire, avec ces prix des produits de grande consommation qui grimpent à n’en pas finir. Elle l’est d’autant plus que le phénomène est mondial. Tout naturellement les pays déjà pauvres, comme le nôtre, qui n’ont que peu de ressources en souffrent le plus pour ne pas dire qu’ils sont obligés de boire le calice jusqu’à la lie. Il n’y a donc aucune place pour un quelconque euphémisme : la vie est dure ! Du coup, la raison a fort à faire pour ne pas se laisser submerger par les sentiments et autres ressentiments qui se bousculent, réveillant en chacun la bête qui dort en lui. Du coup, le fatalisme tend à prendre le dessus sur l’instinct de survie avec tout ce qui va avec, tandis que le rationnel devient un adversaire contre lequel, tous les moyens sont bons.
Comment expliquer autrement que dans un pays pauvre, qui s’endette et endette ses générations futures, pour se doter d’infrastructures indispensables à sa survie on détruise celles-ci sous prétexte qu’on serait en colère contre les gouvernants parce que la vie serait chère. Assurément, la raison a foutu le camp, l’homme devenant un simple cabri mort qui n’a plus peur de couteau, un être égoïste qui ramène tout à sa petite personne. A vrai dire, c’est proprement inacceptable pour la simple raison que la fureur passée, même les auteurs des actes de vandalisme eux-mêmes se perdent en conjectures, tout honteux d’avoir agi en bêtes sans raison. En effet, que des revendications politiques débouchent sur des actes répréhensibles de vandalisme sur des biens publics peut s’expliquer même si cela est intolérable, mais que dans un contexte de flambée des prix, au plan mondial, il en soit ainsi défie la raison.
Voilà pourquoi certaines analyses ou certaines attitudes laissent pantois, puisqu’elles tentent de justifier l’injustifiable. Que des organisations syndicales, comme celles qui appellent à manifester le 15 mars prochain disent des actes de vandalisme des 20 et 21 février de Bobo, Ouahigouya, Banfora et du 28 de Ouagadougou, qu’ils «sont le fait de l’expression d’un ras-le-bol des populations…» est véritablement scandaleux. Soit elles veulent justifier par avance des actes similaires qu’elles auraient planifiés, soit c’est la résultante d’un manque criard de discernement à moins que ce ne soit un aveu qu’elles sont en déphasage avec les réalités nationales. Peut-être un peu de tout cela car à lire leurs argumentaires bâtis sur des lieux communs et des clichés que même la rue éprouve quelques scrupules à utiliser, on a la désagréable impression de se retourner un siècle en arrière. En effet, il est tellement évident qu’organiser des manifestations de rue dans le contexte actuel, c’est prendre le risque de voir celles-ci déraper qu’on pourrait difficilement leur accorder le bénéfice de la bonne foi.
Par ailleurs comme elles le soutiennent si bien elles-mêmes, tout le monde connaît la solution à la vie chère : supprimer les taxes et les impôts sur les produits de grande consommation, augmenter le pouvoir d’achat des travailleurs par des augmentations conséquentes des salaires et traitements, baisser les prix des produits de grande consommation, plafonner et contrôler les prix etc. Simple et radicale comme solution ; et parce qu’elle l’est, nos braves syndicalistes devraient se demander tout aussi simplement pourquoi diantre le gouvernement ne l’applique pas. Comme s’il était plus facile de battre le pavé que de se poser cette question. Enfin on a la désagréable impression que nos syndicalistes veulent tout simplement être à l’air du temps, pour faire comme les autres ou agir pour ne pas être accusés de couardise. Une attitude pour le moins infantiliste qui traduit un manque de sérénité et une politisation outrancière de leurs actions. Comment comprendre autrement leur appel aux associations de consommateurs, aux mouvements des droits humains, aux associations professionnelles, aux associations de jeunes, de femmes, de retraités, aux structures de luttes contre la corruption pour une action qu’elles ont décidée unilatéralement… Comment comprendre autrement que des syndicats affirment, l’air au sérieux, que tous les opérateurs économiques du pays «sont des dignitaires du régime ou des gens qui leur sont associés» et qu’ils appliquent un «quasi-monopole dans un système qui se veut libéral». On croirait lire un tract du clandestin PCRV ! Des propos et infos incroyables, même s’il est vrai que le premier signataire de la déclaration est Tolé SAGNON qu’on ne présente plus. On pourrait continuer plus longtemps la liste des indices qui attestent que la «vie chère» est devenue un prétexte pour un combat politique.
C’est le lieu de dire à certains analystes que si «la vie chère» n’a pas de couleur politique, elle peut valablement servir des desseins politiques avoués ou non avoués. Ils ne nous feront pas croire que leur naïveté va jusqu’à les laisser penser le contraire.
On marchera donc le 15 mars prochain au Burkina Faso contre «la vie chère». Preuve certainement que «la vie est chère» mais aussi que ce pays est une véritable démocratie où les libertés d’expression et de manifester sont reconnues et se vivent concrètement. Et cela est au crédit du «régime» qu’on pourfend sans aucune inquiétude. Le Burkina Faso y gagne et même doublement, puisque les gouvernants pourront brandir ces manifestations à la face de leurs partenaires financiers et autres pour leur dire que le peuple n’en peut plus et qu’il faudra lâcher un peu du lest à défaut de pouvoir «jouter un peu du riz». Au moment où des questions comme les fameux Accords de Partenariat Economiques (APE) et le FCFA arrimé à l’Euro qui regarde le dollar d’en haut sont sur la table, il y aura certainement quelque chose à tirer de ces marches-meetings. Mais si le jeu en vaut la chandelle il y a ce risque réel des actes de vandalisme à prendre au sérieux et à traiter en toute responsabilité, pour ne pas avoir à se mordre les doigts.
A cet effet, il n’est pas de trop d’appeler au civisme des uns et des autres. Pas à celui des vandales qui sont loin d’être représentatifs des populations comme le soutiennent les Tolé SAGNON et Cie, mais à celui du citoyen lambda dont on pourrait casser la boutique ou emporter l’étal, à celui du citoyen qui se fera écraser parce qu’un inconscient a massacré les feux de signalisation ou qui pourrait chuter à cause d’un nid de poule occasionné par un pneu brûlé sur la chaussée par un irresponsable.
Oui, le citoyen doit pouvoir se défendre et défendre ses biens. C’est même un devoir de ne pas laisser des écervelés détruire le patrimoine commun au prétexte d’un «ras-le-bol».
Il faut y songer et s’organiser hardiment dans ce sens. Si l’Etat démissionne ou s’il est débordé, le citoyen doit pouvoir s’assumer et dire non aux vandales et aux théoriciens du vandalisme.
Dans le même temps l’Etat devrait être mieux outillé tant sur le plan matériel que sur le plan législatif pour faire face à ce nouveau type de défis. Pour avoir quelque part confondu Etat de droit apaisé à Etat de droit tranquille, le Burkina Faso est aujourd’hui à la croisée des chemins. La démocratie est un tout qu’il faut savoir maîtriser. Chacun a les libertés que lui donne la loi…, mais aussi des devoirs liés à la même loi. La loi elle-même a des devoirs, dont le tout premier est celui de protéger chacun contre les excès des autres. On l’oublie trop souvent.

Par Cheick AHMED
cheickahmed001@yahoo.fr

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