Les leaders ne décollent pas
La D1 arrive bientôt à la fin de la phase aller. Samedi et dimanche, on jouera pour le compte de la 13e et dernière journée des matchs aller. Le moins qu’on puisse constater, c’est qu’aucun club n’arrive à imprimer la cadence. Le nivellement amorcé la saison dernière est difficilement une réalité aujourd’hui.
Le Bouloumpoukou Football club n’est plus qu’à un point du duo de tête constitué depuis pratiquement le coup d’envoi de l’Etoile Filante et du Racing club. L’ASFA-Y qui vient de gagner son match de la 10e journée sur tapis vert face au Boulgou FC n’a plus que trois points de retard. Si elle venait à s’imposer face à l’USO, au moment où vous liriez des lignes, le résultat est déjà connu puisque la rencontre s’est jouée le lundi, l’ASFA-Y passerait même en tête, devançant l’EFO et la RCB à la différence de buts.
C’est donc la bousculade en haut du classement, avec l’USFA affichant également 20 points, l’USO qui compte 19 points pouvant elle aussi en avoir 22 en cas de victoire lors dudit match de lundi, hautement important pour autant asfasiens qu’unionistes.
Un encombrement qui traduit l’incapacité des ténors à élever leur niveau de jeu et à établir une hiérarchie sérieusement mise à mal.
L’incapacité des gros bras se double de la révolte des sans-grades. L’USCO vient ainsi de corriger l’ASFB 2-0 au stade Wobi, pendant que le Boulgou FC moribond en début de saison devient imbattable à domicile et difficile à manœuvrer en déplacement. Hormis Bobo Sports complètement à la ramasse, le vent de contestation qui souffle est quasi général.
Ainsi, l’Etoile Filante, tout leader qu’elle est n’a pu venir à bout de l’AS Sonabel pourtant en queue de classement avec seulement six petits points. Pour une formation stelliste, ambitionnant de prendre la succession du CFO, perde ou se voir accrocher par les petits n’est pas bon signe. Incapable de gagner à Ouahigouya (0-0), ni de prendre le moindre point à Tenkodogo (battue 1-0), l’EFO vient encore de lâcher deux points dans sa quête du sacre suprême qui la fuit depuis 2001. Autant dire un bail et ce n’est pas avec ce rythme-là qu’elle mettra fin à une disette de sept ans.
Son dauphin, le Racing Club qui semblait avoir un calendrier plus favorable avec son déplacement à Tenkodogo n’a pas fait mieux. Contraint aussi au partage des points, le RCB n’a pas perpétué la tradition voulant qu’à chaque journée, lui et l’EFO se passent le fauteuil de leader. S’il a réussi à marquer deux buts au Boulgou, il en a pris autant en retour.
Et la défense est apparemment le tendon d’Achille des deux leaders qui ont chacun encaissé respectivement 9 et 12 buts, ce qui est excessif pour des prétendants au sacre. L’ASFA-Y, 5 buts, l’USFA et l’USO, 6 buts encaissés chacune semble plus en phase avec le profil de futur champion.
Le club unioniste surtout affiche de par ses statistiques des prétentions légitimes. Courant depuis quatre saisons maintenant après le titre suprême de roi du Faso foot, l’USO marque beaucoup et encaissé très peu. Elle arrive aujourd’hui à maturité avec une génération de joueurs jouant ensemble voilà six saisons. Evoluant par saison à une ou deux unités au plus dans son effectif, la formation est composée d’éléments se connaissant sur le bout des ongles. C’est stabilité peut cette saison enfin jouer en sa faveur dans un championnat où il est sûr que ce détail important peut être déterminant d’un sprint finale serré.
L’USO devra pour cela se méfier d’un BPFC de plus en plus surprenant. L’équipe de Koudougou qui a toujours évolué dans l’ombre de l’ASECK se révèle au grand jour. Elle s’appuie sur un football se fondant sur une idée vraie, celle que le sport-roi est d’abord et avant tout un jeu d’équipe. Sa force donc c’est sa capacité à évoluer en bloc en respectant un équilibre attaque défense faisant merveille.
En tout cas, si les ténors habitués au titre en ayant à ce propos, le meilleur palmarès, à savoir l’EFO, l’ASFA-Y, l’USFA et le RCB veulent l’emporter, il leur faudra montrer autre chose que ce qu’on voit actuellement. Dans cette phase aller, ces quatre formations sont dans le peloton de tête, mais elles ne dominent pas leur sujet. Le bilan de chacun donne quasiment le même nombre de victoires que de nuls, ce qui provoque le tassement observé dans le classement.
Maintenant, qu’on en revient à la cuisine interne, le CFO s’étant fait sortir sans gloire, on attend de savoir si le tenant de la couronne a encore la foi qui l’animait la saison dernière.
Et dès ce soir face au RCK, on saura s’il s’est remis de la déconvenue de la ligue des champions. Avec 16 points et deux maths en retard à disputer, il peut, en cas de succès revenir complètement dans la course. Et qui sait avec son style emmerdant pour les adversaires, il est encore capable de réserver une autre surprise.
Aux autres, de le rappeler à l’ordre.
Résultats de la 12e journée
SONABEL – EFO: 1-0
USFA – RCK: 0-0
ASFB– USCO: 0-2
RCB – Boulgou : 2-2
BPFC – Bobo SP: 1-0
USO – ASFA-Y: joué le 03/03/08
CFO – USY : remis au 19/03/08
Programme de la 13e journée
Samedi 08/03/08
Stade Municipal
16H 00 : RCK - SONABEL
18H 00 : EFO - ASFB
Stade Wobi
16H 00 : RCB - CFO
Ouahigouya
16H 00 : USY - USO
Tenkodogo
16H 00 : Boulgou – BPFC
Banfora
16H 00 : USCO – Bobo SP
Dimanche 09/03/08
Stade Municipal
16H 00 : ASF-Y – USFA
Par Idriss SEMDE
Préliminaire ligue africaine des champions
Une sortie logique
C’est fini pour le CFO. Dès le tour préliminaire de la ligue de champions d’Afrique 2008, le champion surprise du Burkina n’a pas créé la surprise. Après un nul de 0-0 ramené de Dakar le 16 février 2007, il a été logiquement battu au retour 2-3 par plus fort que lui. Une élimination qui met à nu les limites d’un système : vouloir faire du neuf avec du vieux.
Le CFO est un club atypique dans l’univers du football burkinabè. Il recrute les laissés-pour-compte, ceux n’ayant pas réussi à faire carrière dans les principaux clubs de la capitale. Les déçus des dits grands clubs ont certes avec eux l’expérience et surtout l’envie d’en découdre. De prouver qu’ils ont un peu de valeur sinon de talent pour évoluer au sein d’une élite ne semblant pas vouloir d’eux.
Mais si par extraordinaire, cette formation bâtie sur le mode de bric et de troc a soufflé le titre au nez et à la barbe des nantis, elle l’a fait grâce à un système du tout béton. Interdit d’attaquer à plus de trois, le principe voulant qu’on ne perdre pas en n’encaissant pas de but. Du reste, avec ce dispositif ultra défensif, le CFO a pu tenir en échec, son adversaire, l’As Douanes à Dakar.
Pourtant, ce verdict, peu favorable dans le cas d’une élimination en aller-retour, allait lui jouer un tour pendable samedi dernier. Obligé d’attaquer, parce qu’obligé de gagner pour poursuivre sa route, le CFO n’a pas pu empêcher une As Douanes, plus en jambes, plus mobile, bref plus virevoltante de manœuvrer à sa guise.
La preuve de la supériorité technique du visiteur fut donnée par l’incapacité du CFO à exploiter son avantage d’avoir joué à onze contre dix pendant soixante minutes.
Réduite à dix après avoir perdu son avant-centre à la demi heure pour s’être rendu justice, l’As Douane n’a à aucun moment paru être gênée par cette infériorité du nombre. Bien au contraire, c’est comme si, après les dix minutes de flottement sans doute histoire de se recadrer, elle a comme été dopée par cet handicap. Elle s’est alors multipliée aux quatre coins de la pelouse, faisant nombre d’une vista, d’une capacité au déplacement qui a mis au supplice les vieilles jambes des joueurs du champion aujourd’hui mis devant ses trop nombreuses lacune.
Lacune dans le physique et cela est fort compréhensible. Brahima KORBEOGO, Yacouba LAMOUKRY, Désiré DAMBRE, Amara SOME et Mohamed THIOMBIANO, cela fait beaucoup de trentenaires bien engagés pour tenir la distance quatre vingt-dix-minutes et sur un rythme, autre que celui de sénateur connu du championnat national de D1. Inutile de dire que les moins vieux, aussi prêts qu’ils le fussent athlétiquement ne pouvaient sur la durée compenser et sans avoir à un moment ou à un autre, à en payer le prix.
Lorsqu’on voit à quel point, deux joueurs au potentiel physique impressionnant tels Oumar CISSE et Issaka KIEMDE, en étaient réduits dans les vingt dernières minutes à marcher tête basse sur chaque remontée de balle, on mesure la détresse d’une formation et d’un coach regardant avec impuissance, son bel édifice partir en lambeaux.
Oui, le système voulant qu’on recrute des «revanchards», en tout cas des joueurs finissants a peut-être réussi au Faso, mais au niveau africain, il fallait vraiment avoir une foi inébranlable pour y croire.
Bien que le football sénégalais local, n’ait plus rien à voir avec celui des années soixante-dix et quatre-vingt, il a donné la leçon sur tous les plans au représentant du Faso foot. Comme diraient les initiés, il n’y a pas eu photo, en dehors seulement des premiers instants de la partie où la fatigue n’agissait pas encore.
Maintenant que la cause est entendue, les réactions d’après match des supporters ont révélé le constant qu’il y aurait du travail à faire. Pour chacun, on ne s’improvise pas footballeur du jour au lendemain, il y a d’abord une préparation préalable à ce métier qui ne doit rien laisser au hasard. La conscience que la formation continue et pointue est incontournable semble émerger et s’imposer.
Reste à savoir dans le contexte burkinabè, comment la mettre en œuvre avec succès. Parce que seul le résultat final compte et en étant lucide, ce n’est pas d’avance gagné. Il en faudra de la persévérance et de la patience et bien souvent ces deux vertus là constituent de par la pratique ce qui manque le plus.
Nos clubs arrivent difficilement à gérer le quotidien, ce qui rend quasi utopique la mise en place de projets de développement. Or, n’est-il pas difficile de parler de développement sans penser en premier lieu à investir dans le formation ? Elle fait partie intégrante de nos jours des budgets de tous club ambitieux.
Cette politique de formation que les uns et les autres appellent de tous leurs vœux, il va bien falloir se résoudre à la concevoir et à l’appliquer. C’est aussi une question même de survie parce qu’avoir des résultats permet d’entretenir la flamme par la mobilisation des supporters, des sponsors et investisseurs et des pouvoirs publics.
En tout cas, il est temps que l’ensemble du football national s’interroge sur l’option à prendre. La seule vérité du football, c’est le terrain et jusqu’à maintenant, il ne donne pas quitus à ce qui se fait. Pour amener une dynamique, un entraînement, il est temps de changer le fusil d’épaule.
Par Idriss SEMDE
Retour au sommaire