L'opinion N°544
Du 12 au 18 mars 2008

Editorial

Les théoriciens du vandalisme de service

Ainsi, malgré les gages de bonne volonté du gouvernement, il s’en trouve pour lui faire porter le chapeau allant jusqu’à qualifier les actes de vandalisme de «ras-le-bol des populations» (dixit la déclaration des syndicats), de «légitime colère sinon (de) révolte légitime des populations…» (dixit Me SANKARA de l’UNIR/MS). Réduire le peuple burkinabè à ces hordes de vandales est parfaitement injurieux et traduit une manipulation manifeste des faits pour servir des fins inavouables. Ceci est d’autant vrai, que Me SANKARA lui-même affirme que «quand on va acheter son pain, ce n’est pas avec une étiquette CDP…». D’où vient-il alors qu’il soutienne dans le même temps que des barons du pouvoir aient sciemment orchestré la valse des étiquettes et que le pouvoir est insensible aux problèmes de hausses des prix des produits de grande consommation?

«Quelle mouche a piqué les Bobolais ?» Telle était la manchette de notre édition N°542 du 27 février au 4 mars, relativement aux manifestations violentes du 20 février de Bobo-Dioulasso.
Une interrogation qui reprenait le sentiment d’incompréhension générale de la population de la ville et de nombre de leurs concitoyens à travers tout le pays. Ceux qui avaient cru que l’émoi suscité par ces évènements, qui par ailleurs avaient aussi eu lieu dans deux autres localités notamment Ouahigouya et Banfora, allait refroidir les ardeurs d’éventuels vandales à l’occasion de la journée ville morte avec manifestations de rues que projetait la semaine suivante Thibault NANA avec ou sans autorisation à Ouagadougou en auront eu pour leurs frais.
Un coup d’épée dans l’eau donc, puisque le 28 février, des Ouagalais se défouleront sur des biens publics et privés avec une fureur inversement proportionnelle au nombre des vandales comme pour démontrer qu’on n’a pas besoin d’être nombreux pour détruire ou causer le maximum de dégâts. Assurément les leçons de Bobo, Banfora et Ouahigouya, n’ont pas eu les effets escomptés à moins que tout au contraire elles n’aient décuplé la volonté d’en découdre de certains et servi de moyens de propagande pour des acteurs, dont les objectifs étaient justement d’en tirer profit pour faire monter la température sociale. La réflexion n’est pas fortuite car au vu des actes et des commentaires de certains, on est en droit de penser que la situation n’est pas pour les déplaire.
En vérité, le problème n’est même pas là puisque nul ne saurait empêcher quiconque d’avoir les sentiments qu’il veut et surtout de les exprimer dès lors que, ceux-ci ne sont pas contraires à la loi. Ce qui offusque c’est qu’ils disent une chose et son contraire avec l’intention manifeste de brouiller les cartes. C’est ce que nous avions dénoncé dans notre édition N°542, en appelant chacun à assumer ses responsabilités et à privilégier l’essentiel, car «ce pays n’est pas à mettre à feu et à sang pour en récolter d’éventuelles retombées politiques». En effet, on n’a pas besoin d’être expert en sciences politiques pour comprendre que le climat social est si volatile que la moindre manifestation publique peut déraper pour peu que quelques malins le veuillent. C’est ce qui est arrivé le 28 février à Ouagadougou où quelques centaines de vandales ont occasionné des centaines de millions de FCFA de dégâts. Par ailleurs des commentaires et analyses pour le moins suspects tendant à justifier les violences ont donné du grain à moudre aux théoriciens du vandalisme.
Ainsi, malgré les gages de bonne volonté du gouvernement, il s’en trouve pour lui faire porter le chapeau allant jusqu’à qualifier les actes de vandalisme de «ras-le-bol des populations» (dixit la déclaration des syndicats), de «légitime colère sinon (de) révolte légitime des populations…» (dixit Me SANKARA de l’UNIR/MS). Réduire le peuple burkinabè à ces hordes de vandales est parfaitement injurieux et traduit une manipulation manifeste des faits pour servir des fins inavouables. Ceci est d’autant vrai, que Me SANKARA lui-même affirme que «quand on va acheter son pain, ce n’est pas avec une étiquette CDP…». D’où vient-il alors qu’il soutienne dans le même temps que des barons du pouvoir aient sciemment orchestré la valse des étiquettes et que le pouvoir est insensible aux problèmes de hausses des prix des produits de grande consommation? Autant dire qu’ils scient la branche sur laquelle ils sont assis ! Avec de tels propos, on s’étonne que certains analystes refusent obstinément la politisation des mouvements sociaux en cours. D’ailleurs le même président de l’UNIR/MS n’a-t-il pas appelé tous les militants de son parti à s’associer activement aux marches-meetings du 15 mars prochain ? Comment appeler autrement un tel comportement sans occulter les faits ? Pourtant c’est ce que veulent ces analystes sous prétexte de neutralité, une neutralité qui en l’occurrence exige de nier les évidences et les faits.
En vérité, si des gens refusent de reconnaître la politisation des manifestations actuelles, c’est que leurs auteurs ont conscience que cela est inacceptable et en ont une certaine honte, tandis que les théoriciens du vandalisme n’admettent pas servir les intérêts de chapelles politiques même si par ailleurs «le vie chère» n’a pas de couleur politique. Mais qu’à cela ne tienne, la situation nationale exige que chacun des acteurs assume toutes ses responsabilités, ou qu’à défaut, on les situe sans équivoque, en fonction des actions des uns et des autres. C’est à ce prix qu’on clarifiera le jeu et qu’on empêchera les pêcheurs en eaux troubles de brouiller les cartes.
La tâche sera assurément complexe, puisqu’il y en a qui ne peuvent pas exister à la lumière de la vérité et qui feront tout ce qui est en leur pouvoir pour perpétuer le jeu d’ombres actuel. Toujours est-il que les regards sont d’abord, et à juste titre, tournés vers l’Etat. On ne peut pas, fort heureusement, dire qu’il est resté insensible au phénomène de «la vie chère». Ainsi si chacun a son idée sur la portée des dernières mesures et leur efficacité, personne ne nie qu’elles vont dans le bon sens. Un peu de persévérance et de fermeté dans le contrôle de leur mise en œuvre ne seront pas de trop tout comme il importe qu’il intègre dans son schéma que demain n’est pas la veille de la fin de «la vie chère». Il doit donc agir et sur le long terme en prenant les 3 mois de durée qu’il donne aux nouvelles mesures qu’il a annoncées, comme une période d’intense réflexion et de travail pour accoucher, voire mettre en œuvre des actions plus hardies. En effet, il serait particulièrement naïf de penser un seul instant que «la vie chère» prendra fin à l’issue des 3 mois ou dans un court terme. A voir l’évolution des principaux indicateurs de l’économie mondiale, c’est tout à fait le contraire qui se profile à l’horizon.
L’équation est à la fois fort simple et redoutable puisqu’il s’agit ni plus ni moins de concilier l’inconciliable entre la baisse de ses recettes par les rabattements des prélèvements sur les produits de grande consommation et l’augmentation de ses dépenses avec celle du pouvoir d’achat des populations, le renchérissement des coûts des investissements etc. Pendant le même temps, il devra œuvrer à un contrôle efficace de l’application des mesures. Dans cette tâche, tout le monde devra jouer sa partition, citoyen lambda, associations de consommateurs, élus nationaux, élus locaux, associations diverses de la société civile… Mais, l’instrument le plus efficace sera de parvenir à réveiller le devoir de solidarité au niveau de tous les acteurs d’une part et d’autre part de tuer dans l’œuf le sentiment malsain manipulé par certains visant à opposer opérateurs économiques et consommateurs. Il ne sera pas aussi de trop que les uns et les autres adoptent des attitudes nouvelles en termes de régulation de leurs consommations, de leur diversification vers d’éventuels produits de substitution de préférence des produits locaux. Sur ce point il s’agira de faire revivre le fameux mot d’ordre de la Révolution «consommons, ce que nous produisons». La réduction du train de vie de l’Etat devra figurer aussi en bonne place des mesures… Assurément, il y a de la place pour l’action. Elle devra être globale, concertée et volontariste pour être efficace.

Par Cheick AHMED
cheickahmed001@yahoo.fr

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