“La locomotive est lancée”
A l’approche de l’ouverture officielle de la 14e édition de la SNC Bobo 2008, le siège situé sur le boulevard de la Révolution au secteur 21 grouille de monde. On s’active pur boucler les derniers réglages de la manifestation qui va tenir en haleine du 22 au 29 mars 2008 la ville de Sya.
Dans ces conditions, il n’est pas facile de rencontrer le secrétaire permanent de la SNC, Dansa BITCHIBALY qui est présentement beaucoup sollicité téléphone fixe et cellulaire collé aux deux oreilles, le SP est à la fois au four et au moulin. C’est dans ce contexte de grande concentration qu’il a bien voulu accorder un entretien à L’Opinion le vendredi 14 mars dernier pour donner un aperçu sur cette biennale culturelle.
A quelques jours de la 14 édition de la SNC Bobo 2008, où en êtes-vous avec les préparatifs ?
Dansa BITCHIBALY (DB) : Nous sommes effectivement à quelque 08 jours de la prochaine édition de la SNC.
Nous avons déjà le plateau artistique pour ce qui concerne la compétition. Les plateaux qui offrent les programmations déjà effectuées. Nous sommes en train de faire le toilettage des espaces prévus pour les différentes manifestations, notamment l’aire de la foire qui a été entièrement rénovée et pavée ; le rond point de Dafra également.
Nous travaillons à matérialiser beaucoup d’autres espaces comme l’espace rencontres jeunesse de Dafra, le plateau omnisports de Yéguéré et nous avons déjà commandé les installations électriques pour que les différents dispositifs techniques puissent être installés dans d’excellentes conditions. A ce jour, nous sommes parfaitement sereins et nous pensons que nous pourrons être au rendez-vous de façon très efficiente pour cette 14e édition.
Une éducation culturelle pour une jeunesse citoyenne, que doit-on retenir d’essentiel dans un tel thème ? Est-ce qu’il est vraiment d’actualité ?
DB : Ce thème est plus que d’actualité dans la mesure où nous parlons aujourd’hui d’enjeux fondamentaux que sont précisément le devenir de la nation et la place de la jeunesse dans la construction d’une nation prospère et riche, l’apport responsable de ses fils. Nous estimons donc que nous devrions envisager la formation de la jeunesse, notre système éducatif dans le sens de la prise en compte des composantes de nos cultures plurielles, des valeurs et des vertus de ces cultures qui pourraient éventuellement ou plutôt nécessairement être injectées dans le système éducatif pour préserver dans la jeune génération le sens du sacrifice, l’amour de la patrie, le sens du partage, le sens de la solidarité et surtout le sens du respect qu’ils ont tous en partage un bien à nul autre pareil qu’est la NATION et qu’elle ne sera grande et prospère, qu’elle ne va susciter leur grande fierté que dans un sacrifice continuel et responsable d’eux. Il s’agit donc d’approfondir la réflexion sur cet axe afin que notre jeunesse ait des repères sûrs qui puissent lui permettre d’envisager son avenir avec sérénité.
Lors de l’installation officielle du CNO de la SNC 2008, le ministre Filipe SAVADOGO a parlé de cette édition comme étant celle de la «rupture et du défi». Concrètement quelle sera la particularité de la SNC 2008 ?
DB : La SNC 2008 va se caractériser par un effort réel de rapprochement et de diversification des activités culturelles vers la jeunesse. Nous travaillons à multiplier les espaces qui peuvent permettre à l’ensemble de la jeunesse et à l’ensemble des festivaliers de trouver leur compte dans la manifestation. C’est ainsi que vous aurez le plateau omnisports de Yéguéré qui pourra desservir la partie ouest et la partie nord de Bobo-Dioulasso, en sus des plateaux qui existaient déjà comme la place Tiéfo Amoro, le rond-point de Dafra, la place de la mairie, l’espace rencontres-jeunesse de Dafra. En plus de ces activités, vous allez constater que la foire va se dérouler sur un espace totalement rénové. Nous avons réussi à faire un toilettage total de cet espace et installé les pavés. Il s’agira de professionnaliser progressivement cette activité qui est un grand pôle d’attraction du point de vue du public et qui est un espace réel de valorisation des productions artistiques des productions de l’artisanat, de la petite industrie et également des efforts de valorisation en terme de transformation de nos produits locaux. La foire s’inscrit dans la logique des activités de la SNC.
Maintenant que l’aire d’exposition de la foire a été rénovée, est-ce que cela va avoir une incidence sur le prix des stands ?
DB : Nous avons particulièrement tenu à maintenir les prix que nous avons pratiqués en 2006 pour la simple raison que nous tenons à faire de cette activité, une activité vraiment populaire. En plus du fait que la foire permet aux petits opérateurs de faire de petites affaires, c’est en même temps une école pour la jeunesse. Il s’agit pour nous de faciliter l’accès de cet espace au plus grand nombre parce qu’il a une dimension pédagogique fondamentale ; c’est pourquoi nous mettons l’accent sur la grande diversité des types d’expositions et les facilités d’accès du public surtout de la jeunesse sur cette aire.
Combien va coûter le droit d’entrer sur l’aire de la foire ?
DB : Le prix d’entrée nous l’avons fixé à 100 F comme lors de l’édition de 2006. Nous n’avons pas jugé opportun de revoir à la hausse ce prix parce que notre objectif c’est vraiment une large ouverture au public.
Cette année, 80% des membres du NCO sont de la région de Bobo, croyez-vous que cela va permettre une nette amélioration de la biennale ?
DB : C’est une constance. La participation de la ville de Bobo à l’organisation de la SNC d’édition en édition est très croissante.
Notre objectif est de professionnaliser les acteurs de Bobo dans le sens de permettre à cette ville de disposer de personnels et d’acteurs qui peuvent booster l’activité de promotion de l’ensemble de l’activité artistique et du potentiel artistique qui existe dans la région. Il est normal qu’une ville qui accueille une manifestation d’une telle envergure constitue la cheville ouvrière de la structure d’organisation.
Par rapport à ce que vous avez vu lors des différentes manches éliminatoires, est-ce qu’on peut dire que cette année la compétition sera relevée ?
DB : La compétition sera très relevée. Pour la petite histoire nous avons fait le tour des 13 régions. A ce jour, je puis vous dire qu’à chacune des étapes, nous avons été émerveillés par la qualité des prestations que nous découvrons.
L’inédit sera la grande performance des troupes du pool jeune dans les disciplines danse traditionnelle et ballet. Nous aurons également en inédit de jeunes et nouvelles vedettes qui viennent sur la compétition tant en catégorie vedette de la chanson traditionnelle qu’en vedette de la chanson moderne. Dans le domaine du théâtre aussi, nous avons un potentiel extrêmement important de groupes qui viennent à la compétition et qui sont de jeunes compagnies de théâtre. C’est ça l’un des objectifs fondamentaux de la SNC.
Il serait bon de suivre cette année les spectacles en art chorégraphique parce qu’il y a du beau, de l’originalité pour vous dire que la 14e édition de la SNC en terme de compétition, pour ce qui concerne les arts du spectacle, les arts plastiques, l’art culinaire et même les sports traditionnels connaîtront des innovations avec cette année, une grande originalité qui est la compétition des filles en lutte traditionnelle.
L’animation de ces combats de lutte traditionnelle est assurée par un groupe très original que nous ferons venir du Lorum, précisément du village de Solé parce que nous avons découvert une expression musicale très originale et à vocation traditionnelle très poussée qui mérite d’être connue au plan national afin de montrer que la lutte traditionnelle est l’une des expressions que nous avons le plus en partage dans ce pays.
Y aura-t-il la participation de troupes étrangères à cette 14e SNC ?
DB : Des groupes qui viendront des pays amis, il faut d’abord cité le grand retour de la diaspora burkinabè en Côte d’Ivoire, avec deux ensembles qui seront là ; soit précisement le Liwaga Yatenga de Koumassi et le Wouwado Kaya n°1 d’Abidjan. Il y aura également la partiicpation d’un groupe de la diaspora burkinabè au Ghana. C’est précisément des danseurs d’origine Kourounsi (Kassèna) originaire de la province du Nahouri. Nous aurons également en participation inédite, un grand spécialiste du balafon ghanéen qui s’appelle Bernard Woma et l’ensemble qu’il dirige s’appelle Sakumu dence. Ils seront 18 au total. Notre objectif en faisant appel à ce virtuose qui est beaucoup plus tourné vers l’Amérique que sur l’Afrique (il est présentement en tournée aux Etats-Unis), nous voulons mettre l’accent sur la nécessité de valoriser les cultures des territoires frontières.
Nous aurons également en inédit, pour la première fois à la SNC, la participation d’une vedette d’origine touareg qui viendra du Mali. Elle s’appelle Haïra ARBI et également un virtuose du Ngori Bamanan que les Mossé appellent le «kundé» ; ce virtuose du Ngoni Bamanan n’est autre que Ba Sékou KOUYATE.
Il sera également présent à cette SNC 2008.
Comprenez qu’il y a également beaucoup de promoteurs qui seront présents à cette fête de la culture ainsi que des artistes individuels.
Le 20 février 2008 alors que vous étiez en pleins préparatifs de la SNC, les manifestants contre la vie chère se sont attaqués au siège de la SNC. Comment réagissez-vous ?
DB : Nous le prenons avec sérénité. C’est vrai que c’est un mouvement qui a couvert toute la ville. Il y a eu beaucoup de casses. La SNC en a été victime également mais cela ne devait en aucun cas occulter notre passion pour la chose culturelle, notre désir d’apporter notre petite pierre à la construction de notre nation par sa culture qui est le trésor qu’elle a le plus d’essentiel. Nous avons été victimes mais nous avons essayé de nous réorganiser et je pense que la locomotive est lancée et si la paix revient dans les cœurs et si nous poursuivons les mêmes objectifs, la SNC pourra certainement se dérouler au grand bonheur de l’ensemble des Burkinabè parce que cette manifestation devrait logiquement faire la fierté de l’ensemble de la nation.
Qu’est-ce qui a motivé le choix de l’Archevêque de Bobo-Dioulasso comme le parrain de la SNC 2008 ?
DB : Le parrain de la 14e édition de la SNC est un homme d’une profondeur de sagesse, de savoir et de savoir-faire. C’est un bréviaire intarissable. Un homme qui a tété à la riche mamelle des cultures bobo et Ouest-africaine et qui a embrassé d’autres cultures dans le sens de la vocation. Un homme qui a su construire la paix dans son cœur, qui a su se tenir une ligne de conduite qui s’appelle modestie, humilité, sens du partage, sens du conduite, sens du sacrifice…
Nous pensons que c’est une très grande référence qui a droit de cité et qui mérite de partager sa riche et immense expérience avec les néophytes que nous sommes.
A la veille de l’ouverture solennelle de la 14e édition de la SNC Bobo 2008, quel message particulier avez-vous à l’endroit de la population ?
DB : Bobo 2008 va certainement apporter la pierre supplémentaire à cet édifice magnifique que constitue la SNC qui contre vents et marées depuis 1983 fait son petit bonhomme de chemin. Mais étant au Burkina, on ne se rend pas compte du parcours de cette manifestation. Elle a permis aux Burkinabè de se remettre sur la sellette des pans de nos expressions artistiques qui avaient tendance à disparaître.
Vous avez certainement souvenance du fameux carnaval de Bobo 86 qui a révélé le grand Kaléidoscope des communautés de masques qui existent dans ce pays. Vous avez souvenance également que c’est par l’art culinaire institué en terme de compétition à la SNC qu’aujourd’hui les Burkinabè reprennent goût et admiration avec leur propre valeur et le génie de notre communauté en terme de la transformation de nos productions. Dans le domaine des arts plastiques, le Burkina est aujourd’hui cité comme une référence à travers le monde. Ce sont d’ailleurs d’anciens lauréats de la SNC qui sont à l’origine du symposium de Laongo. Dans le domaine de la littérature nous commençons à faire notre chemin. Pour ce qui est des arts du spectacle, en ce qui concerne les créations chorégraphiques, le Burkina constitue actuellement le pays phare dans le domaine de la création chorégraphique qu’on appelle communément danse contemporaine pour ce qui est de la valorisation des expressions dites traditionnelles, c’est-à-dire utiliser des instruments modernes pour valoriser nos expressions chorégraphiques et musicales. Aujourd’hui nous sommes en droit d’être fiers parce que le patrimoine dit traditionnel est préservé à travers un regard dit moderne sans que ce patrimoine ne perde son âme.
Et chaque fois que nous avons la possibilité d’amener ces artistes au-delà de nos frontières, nous revenons généralement avec des lauriers. Les lauréats de la SNC ont fait le tour du monde : en Nouvelle Calédonie, en Amérique, en Chine, en Inde… partout à travers le monde. Les jeux de la Francophonie à Ottawa au Canada où nous sommes revenus avec la médaille d’or. Partout où nous allons, c’est vraiment un motif de fierté pour cette nation. C’est donc dire que c’est un trésor à nul autre pareil et il me plait particulièrement de dire que la SNC est une école permanente où il est toujours bon de venir parce que chaque instant de la SNC nous permet de retourner avec quelque chose qui vous permet de grandir.
De grandir mentalement, de grandir dans votre âme et d’être disponibles pour les autres.o
Par Drissa KONE / Bobo-Dioulasso
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