Réalité sur le terrain
Depuis le 10 mars dernier, les prix des produits de première nécessité ont été revus à la baisse par le gouvernement. Plus d’une semaine après, nous consacrons notre dossier sur cette mesure dont les effets sont de plus en plus ressentis par les consommateurs .
Ils étaient rares les consommateurs à avoir bonne mine en parcourant les rayons des commerces le lundi 10 mars dernier. Seuls les clients des grands supermarchés ou de Kanis international pouvaient faire mentir tous ceux qui avaient commencé à supputer sur l’inefficacité de la décision du gouvernement de baisser les prix à partir de cette date. Il n’y avait que les commerces suscités qui ont systématiquement décidé d'appliquer les nouveaux prix fixés par le gouvernement. Il aura fallu attendre trois jours après pour voir de nombreux commerçants suivre le pas. Y a-t-il donc eu au départ de la réticence ? Du côté de l’Inspection générale des affaires économiques (IGAE), structure chargée de la surveillance des prix, le premier responsable, Emmanuel LINGANI, dit n’avoir pas eu cette impression de réticence. Il ne semble d’ailleurs pas surpris du début timide de l’application des nouveaux prix. Et pour cause : «La plupart des commerçants attendaient d’être rassurés qu’ils seront compensés sur les stocks acquis avant la décision de la baisse des prix».
Face à cette préoccupation des marchands, l’IGAE a dû mettre l’accent sur la sensibilisation tout en opérant au choix des boutiques témoins qui sont tenues à appliquer les nouveaux prix. C’est d’ailleurs à partir de ces actions que les consommateurs ont commencé à ressentir concrètement la baisse des prix. Selon l’inspecteur régional des Affaires économiques de Ouagadougou, Ansomwin Ignace HIEN, les boutiques-témoins constituent des repères pour les consommateurs. Il s’agit des grossistes qui ont décidé d’appliquer les nouvelles tarifications. Et être désignés comme boutique-témoin procure cet avantage énorme de s’attirer davantage la clientèle. Le choix se fait à la demande même des commerçants après le relevé de leurs stocks par les agents de l’IGAE. A en croire le chef de bureau des Affaires économiques de Ouagadougou, Yizoumou Justin YEHOUN, actuellement le nombre de boutiques-témoins dans la ville de Ouagadougou et même dans d’autres localités comme Koupéla ou Bobo-Dioulasso est assez important pour produire les effets escomptés de la mesure gouvernementale.
Baisse des prix, une réalité
Comme on pourrait le constater à la lecture des témoignages de certains grossistes (lire p 9) la baisse des prix est maintenant une réalité sur tout le territoire national. Certes, compte tenu de certaines contraintes, nous n’avons pu nous rendre dans d’autres localités pour voir la réalité des prix, mais il y a des indices qui corroborent notre assertion. Au stade actuel, presque tous les grossistes du riz, du lait, du sel, des huiles, des pâtes alimentaires ou du savon qui ravitaillent l’intérieur du pays ont fait parvenir à l’IGAE la liste de leurs distributeurs à qui ils ont exigé l’application des nouveaux prix. Il y en a même qui rivalisent dans les annonces dans les journaux pour informer le grand public qu’ils appliquent les nouvelles tarifications. Cependant, l’on pourrait se demander si tous les détaillants, qui sont les plus proches des consommateurs, joueront franchement leur partition. L’inspecteur général, Emmanuel LINGANI, explique que le commerçant grossiste en s’engageant pour la baisse des prix, engage ses distributeurs à jouer le jeu. D’ailleurs «depuis le vendredi 14 mars, relève-t-il, nous faisons des tournées dans les quartiers et autres périphéries pour vérifier si les relais fonctionnent comme il se doit». Il indique toutefois que ces contrôles n’ont pour but de réprimer mais de continuer la sensibilisation. Dans le même sens, il invite les consommateurs à s’approvisionner sur la base des nouvelles tarifications affichées dans les commerces et à être prompts à dénoncer les indélicatesses.
Pour mieux soutenir le consommateur, le ministère du Commerce prévoit une large diffusion de la liste des -émoins. Ce qui va encore nécessiter des efforts budgétaires. Il faut dire que la mesure de la baisse des prix coûtera à l’Etat plus de trois milliards de FCFA. Ce qui revient à dire que toutes les parties prenantes devraient s’y mettre afin d’éviter de nouvelles spéculations après la période des trois mois de suspension des droits de douane ou de la TVA sur les produits concernés. Il est par ailleurs important de souligner que le conseil des ministres du 12 mars dernier a revu la liste des produits en incluant les préparations alimentaires destinées aux enfants, les préparations à base de lait, la semoule de blé dur destinée à la fabrication des pâtes alimentaires.
De toute évidence, l’application de toutes ces mesures s’inscrit dans la volonté du gouvernement de rendre accessibles les produits de grande consommation aux couches les plus défavorisées. Il était aussi question pour le gouvernement de fixer des prix acceptables pour le consommateur tout en ne portant pas préjudice aux commerçants.
Il était une fois, le 7 février
Un mois aura suffi aux autorités pour soulager les Burkinabè qui étaient dans la hantise de la flambée des prix par le fait des spéculateurs. Les prix de certains produits de grande consommation avaient sérieusement grimpé et on enregistrait des hausses de 10 à 67%. Prenant conscience de la situation, le Premier ministre Tertius ZONGO avait tenu le jeudi 7 février 2008, un conseil de cabinet pour instruire les ministres en charge de l’Economie et du Commerce de prendre «des mesures énergiques d’une part pour opérer une meilleure surveillance des prix et d’autre part, entreprendre des concertations avec tous les acteurs impliqués dans la chaîne de commercialisation desdits produits… dans l’intérêt supérieur de la nation».
Au bout d’un mois de concertation et de réflexion, c’est le soulagement à tous les niveaux.
Par Drissa TRAORE
A lire dans notre prochaine édition |
.Sans peut-être le vouloir, la société COTECNA s’est invitée aux débats et à l’actualité sur la vie chère. Jusque-là méconnue par la majorité des Burkinabè, cette société de droit suisse dont le siège se trouve justement à Genève est perçue par certains opérateurs économiques comme un «empêcheur de frauder». C’est peut-être pour cette raison que le gouvernement vient de
lui renouveler sa confiance. Qu’est-ce que COTECNA ? Comment la société est-elle arrivée au Burkina Faso et quelles sont ses missions ? Comment opère-t-elle sur le terrain ? C’est entre autres les questions que nous avons posées à son directeur général, Sébastien DAYAMBA. Il était pour l’occasion assisté du directeur des opérations de la société M. Désiré KAM. Interview à lire absolument.
Réactions de quelques commerçants
Zanga Seydou SESSOUMA, gérant de Genedis/Burkina
D’abord nous avons vécu la situation de la flambée des prix avec beaucoup d’inquiétudes.
Mais les mesures d’accompagnement du gouvernement nous ont convaincu de baisser le prix des produits concernés tels que le riz, l’huile, le savon, le lait, etc. Pour l’instant nous appliquons à 100% les prix suggérés mais pour ce qui concerne le manque à gagner le gouvernement a promis de s’en charger même si pour le moment ce n’est pas encore effectif mais nous avons confiance. A notre niveau, c’est l’huile des industries locales qui constitue nos principaux produits de vente ; à cela il faut ajouter le savon de ménage et le riz. Au moment de la flambée le fût était à 170 000F, aujourd’hui nous sommes à 150 000F en gros que nous cédons à nos clients à 150 150F. Pour l’instant, le marché n’a pas encore véritablement repris puisque nos clients ont des stocks résiduels non encore écoulés. Là, aussi il y a un problème, quand les contrôleurs sont arrivés, ils n’ont pas fait cas de nos clients qui sont les demi-grossistes donc ce stock n’est pas pris en compte. C’est un flou qu’il va falloir gérer avec nos clients.
Comment les compenser s’ils n’ont pas été pris en compte. Les mesures d’exonération pour 3 mois constituent le véritable flou parce que les gens peuvent se jouer de la situation. Nous nous sommes obligés de suivre parcequ’on ne peut pas s’amuser à garder ce stock-là. A notre niveau nous pouvons avoir des stocks qui dépassent ce délai. Sauf s’il y a d’autres mesures ou analyses à partir de cette décision, j’espère qu’à ce délai, il y aura des mesures durables pour calmer le jeu.
Adam’s BELLA, Directeur général de la Surface,
«Depuis qu’on a vu le ministre qui donnait les prix des produits de première nécessité, le lendemain nous avons aussitôt appliqué leurs prix. On a déploré le fait que nous n’avons pas été associés à cela. Si réduire le prix des produits qu’ils ont indiqués peut aider à calmer la situation nous suivons. Ici les prix du bidon d’huile de 5 litres était à 4 500F et avec le nouveau prix nous avons baissé.
Le problème se trouve au niveau du lait et la solution est du ressort du gouvernement. D’ici 3 mois si les prix sont maintenus à ce niveau nous allons continuer à vendre ainsi. Les produits que nous avons, nous ne sommes pas allés chez nos fournisseurs pour être dédommagés. Cette situation à notre lecture, surtout pour les produits importés, est liée à la situation internationale surtout à la flambée du cours du pétrole. Les produits venus d’ailleurs ne peuvent pas être totalement contrôlés à moins que le gouvernement subventionne et encore avec quel moyen.
Pour ce qui concerne les produits locaux il peut y avoir les taxes pour alléger le coût de la production et par ricochet, il y aura baisse. S’il faut exonérer sur tous les produits je ne pense pas qu’on puisse tenir dans ce pays-là.
M. Inoussa BAGRE (Koudou), PDG de SICOM/Burkina
«Depuis l’adoption des mesures sur les nouvelles tarifications le 10 mars 2008, nous nous sommes conformés à la situation dès le lendemain. Nous vendons actuellement le sac de riz à 13 600F. La tonne fait 266 000F. Depuis les mesures nos clients en demandent toujours. Je pense que c’est une mesure satisfaisante pour nous tous.
Pour ce qui nous concerne, nous disons à nos clients de vendre au prix demandé par le gouvernement. Pour la compensation, nous avons reçu la visite des inspecteurs des affaires économiques qui ont fait l’état de nos stocks. Comme nous nous approvisionnons avec KANIS International, cette société nous a signifié qu’elle compensera le stock concerné. Ce qui a été déjà fait. Pour l’instant ça va mais après les 3 mois que va-t-on faire ? Personne ne demande une telle situation. Nos fournisseurs ont eu à s’approvisionner cher et c’est pourquoi sur le marché, il avait cette augmentation tout azimut. Mais nous pensons qu’à l’heure actuelle, la mesure est bien appliquée».
Charles OUEDRAOGO, commerçant détaillant
«Le stock que j’avais, je l’ai épuisé et je suis là pour vendre au prix indiqué c’est-à-dire 13 600F le sac de riz de 50kg. L’ancien stock qui restait nous avons essayé à notre manière d’aider à compenser la perte. Pour l’instant, les clients se bousculent vraiment.
Foussény NIKIEMA, comptable, Marina Market
Dès le soir de la prise des nouvelles mesures par le gouvernement, le directeur général a donné des consignes pour que les nouveaux prix soient affichés dans les boutiques. Ce problème de prix ne concerne pas les fournisseurs mais on verra bien si la mesure tiendra la route. Mais si c’est le contraire, il va de soit que nous le ressentons dans les ménages puisqu’il y a aussi un manque de dialogue entre le gouvernement, les syndicats et la société civile. Que le gouvernement convoque ses partenaires là et leur demande des propositions. Et sur la base des documents que le gouvernement a à sa possession, ils verront ce qui est faisable ou non. Ça permet de voir la réalité de près et on évitera du même coup la situation que nous vivons. S’il faut attendre que des gens sortent avant de prendre des mesures ce n’est pas intéressant. Au niveau de nos clients les gens pensaient au départ que la compensation se fera en liquidité. Ce n’est pas le cas. Par exemple, si vous prenez un carton de lait à un prix d’il y a 3 mois nous faisons le calcul et nous reversons la ristourne en nombre de boîtes de surplus à la mesure des nouvelles tarifications. Pour notre part, le ministère du Commerce a procédé à la vérification des stocks il attend de nous la liste des stocks de nos petits grossistes.
Avec cette liste plus la facture de la commande et le droit de douane qui est à notre possession nous leur présentons pour avoir l’aval au niveau du bureau de douane».
KABORE Adama, établissement KABORE et frères
Depuis la mesure gouvernementale de la baisse des prix de 5 à 15% des produits de grande consommation comme de lait, le riz, l’huile, les pattes élémentaires, nous avons suivi la décision de nos fournisseurs qui sont grossistes. Quant ils ont appliqué nous, nous avons eu la marchandise au nouveau prix que nous appliquons à nos clients. Pour la compensation le problème réside souvent à l’attestation de la déclaration de la douane.
Si ton fournisseur n’a pas cela comment peut-il se faire rembourser et tenir compte de notre compensation?
Par Issoufou MAIGA
Lutte contre la vie chère
Les mesures d’accompagnement du gouvernement
On ne peut certainement pas reprocher au gouvernement d’être sourd à l’appel sans cesse répété des populations face à la vie chère. Depuis que cette question alimente le vécu quotidien de nos compatriotes le gouvernement ne cesse de chercher des mesures d’accompagnement pour réduire un tant soit peu, le coût de la vie. C’est assurément à son honneur si tant est qu’il ne fait que jouer un de ses rôles importants.
Jean-Baptiste COMPAORE, ministre de l’Economie des Finances
Face donc à la flambée des prix des produits de première nécessité, le gouvernement dès le 27 février a annoncé un certain nombre de mesures dont principalement la suspension des droits de douane et la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) sur certains produits en vue de soulager les souffrances des Burkinabè.
La suspension des droits de douane, c’est plus de 3 milliards de perte pour l’Etat sur la période de trois (3) mois indexés : les mesures d’allègement concernent le lait, le riz, les pâtes alimentaires, le sel, l’huile, le savon (SN-Citec) et le sucre. Pour les commerçants disposant d’anciens stocks des produits visés et qui ont été soumis aux droits de douane et autres TVA, le gouvernement dans la même dynamique va rembourser les manques à gagner, soit en augmentant leurs marchandises, soit en les remboursant en espèces. La volonté du gouvernement de jouer sa partition va se traduire aussi par des boutiques témoins dans toutes les villes du Burkina où les prix seront conformes aux décisions prises. Des contrôles inopinés seront effectués dans le but de constater l’effectivité de l’application des différentes mesures.
«Le Conseil des ministres en sa séance du 27 février 2008 a décidé de suspendre la perception du droit de douane sur le riz, le sel, le lait. Cette liste des produits a été revue pour y inclure les préparations alimentaires destinées aux enfants, les préparations à base de lait, la semoule de blé dur destinée à la fabrication des pâtes alimentaires.
Pour les produits de grande consommation couverts en partie par l’industrie nationale, il a été décidé de la suspension de l’application de la TVA sur les produits locaux suivants : les huiles alimentaires, les pâtes alimentaires, les savons, les préparations à base de lait et les préparations pour l’alimentation des enfants. L’application de cette mesure s’inscrit dans la volonté du gouvernement de rendre accessibles les produits de grande consommation aux couches les plus défavorisées…» (extrait du conseil des ministres du 12 mars 2008).
Avec ces différentes mesures prises par le gouvernement, on ne peut certainement pas dire qu’il ne fait rien pour réduire le coût de la vie, surtout que le budget de l’Etat n’avait certainement pas prévu ces mesures et leurs conséquences.
La question de la vie chère, de la flambée des prix étant une question mondiale, il appartient à chaque Etat d’imaginer des mécanismes pour y faire face et cela en fonction de ses moyens. C’est ce que fait le gouvernement qui a pris la mesure de l’urgence de la situation.
En toute chose, il faut savoir raison garder. Il ne faudrait surtout pas que les intérêts bassement personnels ou politiques prennent le dessus sur l’essentiel qui n’est rien d’autre que la préservation de la paix sociale sans laquelle la vie ne serait pas seulement chère mais surtout infernale.
Changer les habitudes
Tous crient à la vie chère au Faso cependant, ils sont très peu nombreux, les Burkinabè qui ont osé changer leurs habitudes. La consommation, qu’elle soit alimentaire, énergétique ou autre malgré la situation difficile, résiste à tout ajustement ou modification dans le sens de la substitution. Attitudes cependant nécessaires si tant est que l’on ne veut pas subir cette vie chère qui n’est pas prête de s’estomper.
A l’image de ces sacs de riz, il faut inviter les citoyens à un changement de comportement de cosommation pour les produits locaux
Le troisième millénaire commençant est celui des grands défis mondiaux mais aussi des grandes incertitudes. Les ressources naturelles s’aménuisent pendant qu’augmente la démographie, et les ressources disponibles sont inégalement réparties, une minorité de pays du Nord étant privilégiée dans leur jouissance. Au Sud, la fracture sociale est une réalité d’autant que la paupérisation des populations compose avec un enrichissement souvent illicite d’une élite. C’est dire donc que le monde est à la croisée des chemins et les tourments ne peuvent qu’être nombreux.
La vie chère n’est plus un simple thème de débat syndical dans des milieux corporatistes ; elle est une réalité que toutes les couches et catégories sociales en Afrique vivent dans leur chair. On l’a vu ces derniers mois un peu partout sur le continent, les réactions des populations ont souvent été violentes car celles-ci pensent avoir été abandonnées à leur sort par des décideurs qui eux-mêmes semblent dépassés par un phénomène qu’ils ne maîtrisent pas. Le Burkina Faso a connu sont lot de manifestations violentes contre la vie chère et on peut dire qu’à présent, tout le monde a pris la mesure du phénomène et une batterie de mesures ont été prises par les autorités pour soulager les populations, le temps de voir comment contenir dans la durée la flambée des prix des produits de grande consommation.
Si les gouvernants sont accusés par les populations, ces dernières pensent-elles seulement qu’elles sont aussi fautives dans la situation qu’elles vivent ? La question est d’autant plus intéressante que les habitudes de consommation n’ont pas connu de changement notable au Faso. Et pourtant nous connaissons tous l’adage qui dit que si la tante change de mari, on doit changer de parent à plaisanterie. Autrement dit, à situation nouvelle, solution nouvelle. Les donnes économiques ont changé au plan international et par ricochet, le Faso «suffoque». Il faut donc s’adapter par un changement radical de comportements et d’habitudes. Il faut aller au-delà des marches et autres grèves qui ne résoudront pas les choses : la vraie solution est en chaque Burkinabè. Les produits de première nécessité sont devenus inaccessibles pour bien de Burkinabè. Malgré le fait que des produits de substitutions existent et qui peuvent revenir moins cher, aucune valorisation de ces produits n’est faite. Aujourd’hui qu’est ce qui empêche le Burkinabè de consommer le beurre de karité à la place des huiles industrielles ? Pourquoi ne pas privilégier le soumbala à la place des cubes et autres bouillons de sauces qui sont d’ailleurs sources de maladies cardio vasculaires ? On affirme que le tô coûte plus cher actuellement que le riz. La raison, des céréales comme le mil seraient hors de prix. Si donc c’est le cas pourquoi ne pas faire de la farine de riz pour préparer le tô puisque le riz semble moins cher que le mil sur le marché? Le carburant est hors de prix. Mais jusque là, aucun Burkinabè n’a franchi le cap en déposant la mobylette pour emprunter le vélo, ou abandonner le véhicule pour la moto et même le vélo. Au contraire les distributeurs de motos se frottent les mains parce que la clientèle ne désemplie pas. Que dire des bars et autres maquis ? Sortez le soir, maquis, bars et autres gargotes sont toujours bondés de monde. La bière coule à flot, les brochettes s’arrachent, le porc au four s’avale comme d’habitude, bref le train-train quotidien en consommation reste le même. Pourtant, l’on se plaint tous de la vie chère ! Visiblement, il y a quelque chose qui ne va pas quelque part. A croire qu’on est prêt à casser les feux tricolores, à brûler des pneus sur le bitume que de s’affranchir de certaines habitudes qui ne font que nous compliquer sinon nous empoisonner encore davantage l’existence. Le «consommons ce que nous produisons» doit devenir plus qu’un mot d’ordre, mais une question de patriotisme. Chaque Burkinabè devant une échoppe ne doit demander en priorité que des produits burkinabè. La préférence nationale doit être pour chacun, une question de survie.
Par Frédéric ILBOUDO
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