De l’eau potable pour tous d’ici 2015
Bourzanga, commune rurale de la province du Bam sur l’axe Kongoussi-Djibo, a accueilli, le vendredi 21 mars 2008 le lancement officiel du vaste programme national d’approvisionnement en eau potable et d’assainissement (PN-AEPA) par Salif DIALLO, ministre de l’Agriculture, de l’Hydraulique et des Ressources halieutiques. Ce programme vise à mettre de l’eau potable à la disposition de tous les Burkinabè d’ici 2015.
Ce engin a fait jaillir les premières gouttes d’eau potable du PN-AEPA à Bourzanga
L’évènement a valu le déplacement du Premier ministre, Tertius ZONGO, qui a donné le top de départ en faisant jaillir sur les terres tombales qu’est Bourzanga les premières gouttes d’eau potable en tirant sur le câble du premier forage témoin de cet ambitieux programme national d’approvisionnement en eau potable et d’assainissement (PN-AEPA). A l’instar des 48 545 âmes de la commune rurale de Bourzanga, toutes les populations du Burkina auront accès à l’eau potable à travers la réalisation du PN-AEPA. Du moins, l’objectif est de booster le taux d’accès actuel de 60% à plus de 90%, proportion des personnes qui auront accès à l’eau potable à l’horizon 2015 tout en renforçant les infrastructures d’assainissement à 57%.
Ainsi le programme prévoit la réalisation en milieu rural de 17 290 nouveaux points d’eau modernes et 520 adductions d’eau potable simplifiées (AEPS) pour la composante eau potable. Quant à la composante assainissement, il est prévu 395 000 latrines familiales dans les 45 provinces et 12 300 blocs de latrines publiques dans les écoles, centres de santé, gares routières, marchés et lieux de culte (voir encadré). Le milieu urbain connaîtra également un renforcement des infrastructures.
Pour l’élaboration de ce programme, le ministère en charge de l’Hydraulique a dû faire un inventaire de l’existant qui a permis de constater que le taux d’accès à l’eau potable indique des disparités importantes entre quartiers ou hameaux d’un même village, entre communes d’une même région, et entre les régions elles-mêmes. Le PN-AEPA prend donc en compte les investissements en fonction de l’évolution démographique. En plus, la distance entre deux points d’eau sera réduite à moins d’un kilomètre. Les ratios d’accès seront de 300 habitants par forage et de 600 habitants par borne fontaine.
Le coût global de ce vaste chantier est de 543,7 milliards FCFA. Pour le ministre d’Etat, Salif DIALLO, le jeu en vaut la chandelle. En ce sens qu’investir dans le secteur de l’eau potable et d’assainissement est «un moyen sûr, dit-il, d’obtenir un impact rapide et significatif sur la réduction de la pauvreté». C’est une vision, sans nul doute, partagée par les bailleurs de fonds qui n’ont pas hésité à mettre la main à la poche en contribuant à hauteur de 251,7 milliards soit près de la moitié du coût total du programme.
Le premier ministre Tertius ZONGO et le ministre d’Etat Salif DIALLO ont remis des motopompes à des productrices du Lac Boukou.

La formulation de ce programme répond à une double motivation. Celle d’abord d’atteindre quatre (4) objectifs 3,4, 5 et 6 des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) relatif à la réduction de la mortalité infantile, à l’amélioration de la santé maternelle, à la lutte contre le paludisme et les autres maladies et à la promotion de l’égalité du genre et des femmes. Il s’agit par ailleurs selon Salif DIALLO, d’une volonté politique du chef de l’Etat à améliorer la couverture des besoins en eau potable et d’assainissement pour toutes les couches de la population telle que formulée dans son programme quinquennal «Le Progrès continu pour une société d’espérance». L’un dans l’autre, le ministre de l’Agriculture, de l’Hydraulique et des Ressources halieutiques, relève que l’accès à l’eau potable et à des systèmes d’assainissement adéquats fait partie des axes stratégiques majeurs parmi ceux identifiés pour la réduction de la pauvreté. De nos jours, la question d’eau potable et d’assainissement se pose avec acuité en ce sens que la plupart des maladies au Burkina sont d’origine hydrique.
Transférer les compétences aux communes
L’objectif dans la mise en œuvre du PN-AEPA est, selon le ministre Salif DIALLO, de transférer progressivement aux communes et aux régions, la maîtrise d’ouvrage des actions de développement et des gestions des infrastructures. Il s’agit de responsabiliser les communautés à la base. Ainsi, en plus de la réalisation des infrastructures, le PN-AE PA prend en compte le renforcement des capacités des acteurs, l’intermédiation sociale, l’éducation à l’hygiène et à la santé, et l’évaluation des impacts des ouvrages sur la santé publique. Il est important de souligner qu’il y a encore 86 à 90% de Burkinabè qui participent au péril fécal. C’est donc dire que l’accroissement des taux d’accès à l’eau potable et à l’assainissement adéquat et l’adoption de pratiques d’hygiène appropriées par les populations contribuent à l’éradication de la maladie du ver de guinée, ainsi qu’à une baisse sensible d’origine hydrique, comme les diarrhées qui constituent des facteurs favorisant la mortalité des enfants de moins de cinq ans, voire la mortalité maternelle. Et comment ne pas évoquer le mode de planification des infrastructures qui minimise les distances, toute chose qui devrait permettre aux femmes d’avoir plus de temps pour se consacrer à des activités génératrices de revenus.
Les femmes de Bourzanga ont d’ailleurs saisi l’opportunité pour démontrer au Premier ministre leur détermination à lutter contre la pauvreté et à s’affranchir de l’asservissement en l’invitant à découvrir des hectares de bas-fonds aménagés qu’elles exploitent aux abords du barrage Boucou en cultivant des légumes et en faisant des cultures de contre-saison. On estime à 5000 tonnes la production maraîchère. C’est peut-être dans ce sens que le ministre Salif DIALLO a soutenu «que le choix de Bourzanga pour le lancement du programme n’est pas fortuit». Pour lui, «il matérialise toute la solidarité du gouvernement à l’endroit des productrices et producteurs du Burkina profond dans leur lutte contre l’adversité de la nature». En tout cas, les populations de la région n’oublieront pas de sitôt cette cérémonie de lancement du PN-AEPA en ce sens que le ministre Salif DIALLO leur a apporté une très bonne nouvelle. Il s’agit de la réhabilitation du lac Bam dont les travaux débuteront courant 2009 avec le soutien des partenaires Autrichiens et Israéliens.
Par Drissa TRAORE
En fonction du parc déjà existant, ces nouveaux ouvrages se répartissent dans les différentes régions ainsi qu'il suit :
- Boucle du Mouhoun : 1 326 forages et 77 AEPS
- Cascades : 839 forages et 17 AEPS
- Centre : 580 forages et 2 AEPS
- Centre-Est : 1 394 forages et 52 AEPS
- Centre-Nord : 1 602 forages et 52 AEPS
- Centre-Ouest : 1 675 forages et 68 AEPS
- Centre-Sud : 864 forages et 19 AEPS
- Est : 1 803 forages et 52 AEPS
- Hauts Bassins : 1 730 forages et 52 AEPS
- Nord : 1 949 forages et 42 AEPS
- Plateau Central: 1 095 forages et 26 AEPS
- Sahel : 1 797 forages et 35 AEPS
- Sud-Ouest : 636 forages et 26 AEPS
Les Adductions d'Eau Potable Simplifiées (AEPS) prévues dans le PN-AEPA seront réalisées:
* dans les 257 chefs-lieux de commune rurale qui n'en disposent pas
* dans 263 gros villages ou centres semi urbains.
Ainsi donc, chaque chef-lieu de commune rurale disposera de l'eau de robinet.
Les actions d'assainissement en milieu rural porteront sur la construction de :
-395 000 latrines familiales dans les 45 provinces
-12 300 blocs de latrines publiques dans les écoles, centres de santé, gares routières, marchés et lieux de culte.
- En milieu urbain, les opérations seront conduites par l'ONEA. Pour l'eau potable, il s'agira de réaliser:
-92 nouveaux forages à grand débit
-4 stations de pompage et traitement d'eau de surface pour les centres de Boromo, Koupèla, Pouytenga, Ouahigouya, et Kaya
-3 000 km d'extension de réseau
-30 nouveaux châteaux d'eau
-180 000 nouveaux branchements particuliers
-et plus de 1000 bornes fontaines.
L'assainissement en milieu urbain portera sur :
-l'élaboration et la mise en oeuvre de 32 plans stratégiques d'assainissement
-la construction dans les centres urbains de :
.222 000 latrines familiales
.900 blocs de latrines publiques au niveau des écoles, marchés et gares routières
-la desserte de 32 000 personnes supplémentaires par branchement aux réseaux d'assainissement collectif de Ouagadougou et Bobo-Dioulasso.
En matière d'assainissement «eaux usées et excrétas», ce sont au total 617 000 latrines familiales et 13 200 blocs de latrines publiques qui seront réalisées à travers tout le Burkina.
Mahamadi BADINI, maire de la commune de Bourzanga
«Nous rencontrons les mêmes problèmes d’eau potable et d’assainissement que les autres localités du pays. En réalité, il n’y a pas une insuffisance criarde de forages mais il se pose un problème de gestion ou d’entretien pour la simple raison que tout ce qui est gratuit, les gens n’y accordent une grande importance. Je crois que lorsque nous allons, nous au niveau des communes, prendre en charge la gestion de ces réalisations, nous allons faire comprendre aux populations que ce sont elles qui doivent s’en occuper en contribuant à leur entretien et à leur réparation.
Dès mon installation, j’ai lancé un message clair à l’endroit des populations de la commune : il faut changer l’esprit de gratuité, parce que le gratuit ne profite jamais. Tant qu’on ne sait pas qu’on a soi-même investi dedans, c’est difficile de gérer.
J’ai souhaité que chacun se comporte comme s’il avait à faire à son propre engin qu’il entretenait. Je crois que les gens ont compris et ne vous en doutez pas, ils vont suivre. Tout dépend de leur niveau d’implication. Nous allons mettre l’accent sur l’information et la sensibilisation pour qu’ils s’approprient les infrastructures réalisées. Ainsi nous réussirons. Je pense qu’avec leur appui, nous pourrions gérer tout ce qui nous sera confié au regard du protocole d’accord qui est une bonne initiative».