L'opinion N°546
Du 26 mars au 1er avril 2008

Actualité

Fermeture des chambres de passe

Simon COMPAORE persiste et signe

A l’entame de son mandat courant, engagement avait été pris par le bourgmestre de Ouagadougou de lutter contre la prostitution à travers la fermeture des chambres de passe. Si le phénomène a la vie dure, Simon COMPAORE, lui, ne manque pas de détermination et le «milieu» est en train d’en sentir passer le vent.

«Ouagadougou va être un grand bordel si rien n’est fait pour décourager la prostitution», a dit un jour une personne âgée écœurée par ce qui se passe à quelques mètres seulement de son domicile. Un mur mitoyen le sépare d’une cour qui connaît une animation pour le moins suspecte. En effet, cette cour comporte des chambres de passe et de jour comme de nuit des hommes et des femmes y viennent satisfaire leur libido.
Des endroits comme ça, véritables empires de la nuit, il y en a près d’une centaine, selon les statistiques de la mairie, disséminés à travers la ville et dont les plus célèbres : «Pharmacie de garde», «Kaïdara», «Bagdad»… drainent du monde, transformant les rues qui y mènent en des sortes de Pigalle ou de Rue 12, emblématiques coins de plaisirs reconnus dans le monde. Ils sont implantés dans les quartiers contre la loi car, les parcelles sur lesquelles sont édifiées les chambres de passe sont l’objet de détournement, leur destination étaient à usage d’habitation. Les promoteurs de ces lieux sont donc en infraction avec la loi foncière du Burkina dont les dispositions sont prescrites dans la RAF (Réforme agraire et foncière) ainsi qu’avec des dispositions du Code pénal qui en ses articles 423, 424, 427 et 429 interdit et réprime toutes formes de prostitution et le proxénétisme. Ils le savent d’ailleurs très bien puisqu’ils jouent à cache-cache avec l’autorité communale et même avec le voisinage en masquant la destinée première de leur local. En effet, rien, absolument rien ne dit au visiteur que le lieu propose des «chambres noires» comme les appelle la population. Il y est toujours écrit «buvette, maquis ou bar». Des boissons et de la nourriture y sont servies. Les chambres sont généralement dans l’arrière-cour et l’on y accède par un portillon. C’est la preuve que ce n’est pas une activité très recommandable. Les promoteurs eux-mêmes n’acceptent pas qu’on les appelle «propriétaires de chambres noires» et nomment leur propriété dans leur jargon «hôtel sans étoile». Beaucoup ne vivent que de ça à l’instar de cette famille qui gère son bien depuis presque 40 ans les chefs étant passés de génération en génération.

Des taxes pour cautionner l’immoralité?
Avant de passer aux choses sérieuses dans le sens de démanteler ce maillon important de l’empire du sexe que sont les chambres de passe, le maire de Ouagadougou a initié une rencontre le 19 mars dernier avec les «tenanciers» de ces lieux. Pour justifier leur activité, certains ont avancé l’argument de la création d’emplois pour les jeunes et, sans rire, ils arguent du paiement des taxes pour montrer leur importance dans l’apport financier au budget de la commune. Quel cynisme !
Parlant d’emploi, quel gérant de «chambre noir» verse un salaire régulier à son employé et l’a déclaré à la Caisse nationale de sécurité sociale. On a l’impression d’entendre des farceurs s’exprimer. Dans ces genres de milieux malfamés, on sait que la pratique frise la traite car généralement y sont employés des jeunes désœuvrés sans perspective à qui l’on fait tout subir sans rémunération si ce n’est de temps en temps des «prends ça on verra après» ou alors des membres de la famille à qui l’on donne de temps à autre le prix du carburant. Si ces «soit-disant» employés avaient le choix, ils seraient allés voir ailleurs car en plus du traitement indécent, ils ne sont pas à l’abri des maladies, obligés qu’ils sont de manipuler les souillures des autres. Ces employés bénéficient-ils d’un suivi médical approprié ? Assurément non.
Pour ce qui est des taxes, nous n’avons pas de chiffre, mais leur apport dans le budget communal doit être très infime et aucune taxe ne peut absoudre de l’immoralité.
Par contre, la contribution de ces lieux à la débauche est sans ambiguïté. Leur édification au milieu des habitations encourage l’adultère. Ce n’est pas un secret que la route du marché pour certaines passe par les chambres de passe et que les filles sont incitées à se livrer à des hommes qui peuvent y «tirer rapidement leur coup» et en ressortir comme si de rien n’était. Les chambres de passe sont incontestablement un élément encourageant de la prostitution. Leur fermeture ne fera pas disparaître le plus vieux métier du monde à Ouagadougou mais il y aura certainement un effet bénéfique.
Ceux qui pensent que les viols et autres rapports intimes à l’air libre prendront de l’ampleur font, de façon peut-être intéressée, des amalgames. Ce n’est pas parce qu’il y aura des chambres de passe dans tous les quartiers qu’un phénomène aussi vieux qu’est le viol va disparaître. Du reste, la législation burkinabè contient une disposition pour le combattre. C’est dire que les armes pour combattre cette autre bêtise humaine ne manquent pas.

Fermer pour reconvertir
Les chambres de passe sont un maillon essentiel de la chaîne de l’activité de prostitution. Elles permettent et encouragent des formes perverses d’agressions sexuelles telle la pédophilie car au dire de la directrice de l’Action sociale de la commune, des mineurs sous la contrainte ou avec la complicité de tuteurs ou tutrices y sont conduits pour la «dégustation» de monstres sexuels. Comme dit plus haut, les rues ou «six mètres» qui mènent à ces bordels sont transformées en de véritables «rues marchandes du sexe». La nuit tombée, les péripatéticiennes y foisonnent et parmi elles se fondent des filles de bonne famille que l’appât du gain facile encourage dans cette dérive. Les descentes ponctuelles de la police en ces lieux pour «casser de la prostituée» n’ont rien pu faire si ce n’est semble-t-il élever les enchères au plaisir des plus «courageuses» et des proxénètes. C’est ce qu’a compris le maire de la ville qui a mis en branle, le mandat passé, la police municipale pour la traque des prostituées et de leurs clients. Cette façon de faire a montré ses limites et la réalité du terrain a clairement défini le maillon de la chaîne auquel il faut s’attaquer : les chambres de passe. Alors, au terme de la rencontre du 19 mars, le maire de la commune de Ouagadougou a donné deux semaines aux propriétaires de chambres de passe pour lui faire des propositions et trois mois pour changer d’activité car quoi qu’il advienne, leurs établissements seront fermés. L’ambiance que cela a suscitée montre que le respect de ces délais ne sera pas la préoccupation de ces derniers. Ce qui présage d’un futur bras de fer entre les autorités communales et ces gens qui mangent dans une pratique aussi déloyale qu’immorale.
Force doit cependant rester à la loi mais par souci de maintenance de la paix sociale, les autorités devraient mettre du bémol dans leur façon de faire. La solution au sécateur fera certainement plus de mal que de bien ; voilà pourquoi, il sera de bon ton de prendre le temps qu’il faut pour étudier la question de la reconversion des acteurs évoluant dans cette activité, aussi immorale qu’elle soit, car c’est un lot important de «chômeurs» qui seront déversés dans la rue. Ce qui est sûr, tout milite en faveur de la fermeture de ces établissements car l’intérêt de quelques individus ne doit pas primer sur la santé des populations. Ces lieux sont un terreau fertile pour le SIDA, la drogue et même le grand banditisme ; leur permettre de subsister en quartiers résidentiels, c’est courir le risque de pervertir les mœurs au sein des populations surtout jeunes. C’est dire qu’il faut donc appliquer la loi sur l’usage des parcelles d’habitation dans toute sa rigueur. Tout le monde y gagne même ceux qui en ont fait une source d’enrichissement.
Par Ahmed NAZE

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