si Tertius ZONGO a décidé avec l’accord du Président du Faso de se séparer du ministre d’Etat Salif DIALLO, c’est certainement que celui-ci le gène dans l’accomplissement de ses missions. Pas plus compliqué que cela !
Sans aucun doute la résultante de divergences d’approches dans la résolution d’un certain nombre de problèmes cruciaux que notre pays vit actuellement. Le plus naturellement du monde, au vu des défis qui s’imposent à lui et de son engagement personnel, Tertius ZONGO a voulu resserrer davantage le gouvernement autour de sa personne, de ses options, de ses convictions et de l’agenda qu’il s’est fixé en fonction des responsabilités qu’il assume devant le Président du Faso.
L’événement politique de ce week-end pascal aura incontestablement été le petit remaniement ministériel marqué par le départ du gouvernement du ministre d’Etat, ministre de l’Agriculture, de l’Hydraulique et des Ressources halieutiques, Salif DIALLO, l’arrivée dans la nouvelle équipe gouvernementale de Cécile BELOUM, et un jeu de chaises musicales qui a vu des ministres intervertir leurs portefeuilles.
Comme à l’accoutumée, si la nouvelle a surpris jusque dans les cercles les plus proches des grands décideurs, «Ouaga la rumeur» l’annonce depuis des semaines, voire des mois, tandisqu’une certaine presse qui se définit comme proche de l’opposition et qui curieusement est aux petits secrets avec des caciques du pouvoir a même fixé un échéancier globalement respecté. Ce n’est pas Germain NAMA, le Directeur de Publication de l’Evènement, qui dira le contraire, lui, qui, sur les ondes de la Voix de l’Amérique (VOA) le lundi 24 mars dernier, affirmait que son journal avait été le premier à prédire ce départ alors que dans le même temps il soutenait que des journaux proches du pouvoir avaient annoncé le fait.
C’est vrai qu’au Burkina Faso on aura tout vu et tout entendu, mais force est de reconnaître que cela est un peu fort de café, car, à tout le moins, on nous prend pour plus imbéciles que nous ne le sommes. Nous n’en dirons pas plus, car chaque chose en son temps et il ne sert à rien de devancer l’iguane dans l’eau. L’artiste ivoiro-burkinabè ZONGO du duo comique ZONGO et TAO le dit si bien : «Si le dansons qui arrive vient dans ta cour, il ne faut tirer ta cou pour le regagder. Reste tranquille, il va arriver». (1)
Si la nouvelle a fortement alimenté les causeries dans les gargotes et autres salons de coiffure, elle a aussi fait les Unes des journaux et donné du grain à moudre à toutes les chapelles politiques et enfanté des analyses qui vont dans tous les sens. Et le flot n’est pas prêt de s’arrêter. Bien malin qui pourrait se retrouver dans ce dédale d’arguments dont on ne peut que sortir plus perplexe.
Il faut dire que faute d’information officielle ou à cause de l’absence de celle-ci nombre d’analystes laissent libre cours à leur imagination s’ils ne s’appuient pas sur leurs propres calculs inavoués au point de vouloir nous faire prendre des vessies pour des lanternes.
Ainsi des publications qui s’affichent le plus sérieusement du monde en opposition directe avec le pouvoir qu’elles brocardent à longueur d’éditions ou des analystes aux plumes alertes prompts à pondre des commentaires au vitriol contre le pouvoir se retrouvent tantôt à encenser l’ex-ministre d’Etat, tantôt à pourfendre le pouvoir, pour l’avoir remercié, si ce n’est parce qu’il s’apprêterait à le faire. Il y a quelque chose d’irrationnel dans ces comportements qui créditent bien de rumeurs dont nous nous refusons de nous faire l’écho, convaincus que «le dansons va arriver» (2). Assurément, les jours à venir vont nous édifier davantage et au fur et à mesure sur les jeux des uns et des autres car sans aucun doute le remaniement du week-end pascal n’a pas fini de nous livrer tous ses secrets. En attendant, contentons nous des faits pour le moment connus.
De notre poste d’observation et avec la rigueur intellectuelle que nous impose notre métier, il nous semble que certains passent les fondamentaux de l’analyse politique entre pertes et profits pour se lancer dans des «thèses libres».
Pêle-mêle ils voient dans ce remaniement un «décagnotage» dont les raisons seraient à chercher dans une hypothétique lutte de succession, dans un conflit ouvert entre Salif DIALLO et le petit frère du président, dans des incompatibilités d’humeurs entre lui et le Premier ministre, voire dans un conflit latent et larvé entre lui et le Président du Faso. Avec la précision qu’on leur connaît, certains datent même ce conflit de trois ans (déclarations de Germain B. NAMA à Voix de l’Amérique le 24 mars 2008). Passons ces arguments un à un à l’épreuve du seul bon sens.
Pour la lutte de succession au sein du pouvoir, il me semble que la question est loin d’être d’actualité même s’il est vrai qu’en politique ce n’est pas la veille d’un scrutin qu’on affûte ses armes. Ni dans les faits, ni dans des déclarations, le CDP au pouvoir n’a ouvert une telle perspective sans oublier que le Président du Faso n’a aucunement fait cas de ses intentions futures. Alors d’où viendrait-il que des proches à lui s’étripent dans des combats fratricides pour lui succéder.
Pour ce qui est du conflit ouvert entre le «Petit président», François COMPAORE, comme le nomment certains, et Salif DIALLO, il faut dire que même si le fait est de notoriété publique, il faut savoir le relativiser. S’il est vrai que Salif DIALLO est le fidèle parmi les fidèles du Président COMPAORE et que ce dernier a refusé de trancher dans cette affaire c’est sans nul doute parce que quelque part il n’est pas le Nabab que certains voudraient et que la notion de liberté d’opinions a un sens pour lui. On devrait commencer par les lui reconnaître. Ensuite comment cela peut-il déboucher sur le limogeage du ministre puisque François COMPAORE n’est pas au gouvernement ? A moins de vouloir accuser le pouvoir de népotisme ce dont certains ne se privent d’ailleurs pas en dépit de leurs propres analyses qui devraient les conduire à des conclusions toutes autres. Très peu de chances donc que les bisbilles entre François COMPAORE et Salif DIALLO soient à la base de son départ du gouvernement.
Fonder le remaniement sur les incompatibilités d’humeurs entre le chef du gouvernement et l’ex-ministre d’Etat nous paraît un peu trop gros, tant il est vrai qu’être membre du gouvernement ne veut pas dire être un «yes man», ce que refuse d’être par ailleurs l’ex-ministre d’Etat. Si les deux étaient autant «chien et chat», cela se saurait car en pareille situation les apparences ne trompent pas longtemps.
Enfin, parler d’un conflit latent et larvé entre le Président du Faso et Salif DIALLO relève à notre sens d’imaginations trop fertiles. Surtout quand ceux qui tiennent un tel discours assurent que Salif DIALLO est le bras-droit de Blaise COMPAORE et son homme des missions secrètes, une position qui impose une loyauté de tous les instants pour ne pas dire une véritable dévotion. Même en République quand on se met dans une telle posture, on en assume toutes les contraintes et toutes les obligations. Insinuer que Salif DIALLO l’ignore c’est insulter son sens politique, ce qui ne se peut au regard de ses états de services. Par ailleurs n'est – ce pas donner plus de puissance qu'il ne peut en avoir à Salif DIALLO que de le voir soutenir un bras de fer contre Blaise COMPAORE trois années durant?
Il faut donc rechercher ailleurs les raisons de ce mini-remaniement. A notre humble avis à force de vouloir voir des mystères partout on oublie parfois de donner aux faits leurs sens réels. En l’occurrence, si Tertius ZONGO a décidé avec l’accord du Président du Faso de se séparer du ministre d’Etat Salif DIALLO, c’est certainement que celui-ci le gène dans l’accomplissement de ses missions. Pas plus compliqué que cela !
Sans aucun doute la résultante de divergences d’approches dans la résolution d’un certain nombre de problèmes cruciaux que notre pays vit actuellement. Le plus naturellement du monde, au vu des défis qui s’imposent à lui et de son engagement personnel, Tertius ZONGO a voulu resserrer davantage le gouvernement autour de sa personne, de ses options, de ses convictions et de l’agenda qu’il s’est fixé en fonction des responsabilités qu’il assume devant le Président du Faso. Personne ne peut lui refuser ce droit d’autant plus qu’il s’est inscrit dans une culture du résultat qui exige une cohésion de l’action gouvernementale sur la base d’un leadership affiché et unique servant de référant de base pour tous. Les problèmes à résoudre sont si lancinants qu’il est important de minimiser au maximum tous les handicaps pouvant directement ou indirectement polluer l’action gouvernementale.
C’est pourquoi il ne s’agit pas d’une question de personnes ou d’un quelconque désaveu du ministre dont par ailleurs le Premier ministre lui-même a reconnu vivement les mérites lors de la dernière Journée Nationale du Paysan. Il n’y a donc pas forcément une crise de confiance encore moins une crise politique au sein du pouvoir. C’est vrai que certains acteurs politiques, voire certains analystes dont on peut raisonnablement douter de la probité souhaitent qu’il en soit ainsi, mais n’est-ce pas leur droit le plus absolu. En la matière, chacun est totalement libre sauf à ne pas confondre vœux et réalités.
Il n’y a donc pas, jusqu’à preuve du contraire, de crise au sein du pouvoir. Bien au contraire, celui-ci s’est donné les moyens de mieux affronter les combats qui s’imposent à lui aujourd’hui.
(1) – Toute chose arrive à point nommé pour qui sait attendre.
(2) – La vérité finira par éclater
Par Cheick AHMED
cheickahmed001@yahoo.fr