L'opinion N°547
Du 02 au 08 avril 2008

Editorial

Un discours de vérité

Dans le fond, l’opinion crédite Tertius ZONGO d’avoir usé d’un langage de vérité pour faire un diagnostic sans complaisance de la situation de la nation. Pouvait-il en être autrement quand, sans prendre de gants, il laisse tomber qu’on marchera et on remarchera encore que cela ne ferait pas évoluer la situation économique du pays d’un iota et par conséquent que la vie chère est partie pour s’enraciner si le contexte international ne change pas. Il a ajouté en des termes presque aussi crus que s’il est vrai qu’«on ne mange pas les chiffres», il est tout aussi vrai que ceux-ci s’imposent à tous et doivent être pris en compte si nous ne voulons pas nous fourvoyer dans notre quête de bien-être.

Le 27 mars dernier le Premier ministre Tertius ZONGO était à l’Assemblée nationale pour le discours sur la situation de la Nation comme le stipule la Constitution. Premier du genre sous la 4e législature installée en mai 2007, et tout premier de Tertius, ce discours était attendu au regard du contexte national marqué tant sur le plan social, que sur les plans économique et politique par des évènements forts qui ont alimenté et continuent d’alimenter les débats dans divers milieux. On attendait aussi de voir comment il allait aborder l’exercice, lui qui, depuis sa nomination, impose de plus en plus un style tout à fait nouveau, pour ne pas dire une marque particulière en rupture avec ce qu’on avait jusque-là vu. Il semble que Tertius ZONGO a réussi l’examen de passage dans le fond comme dans la forme, même si, clivages politiques obligent, certains sont resté sur leur faim et n’ont pas manqué de le dire tout haut. En effet, on a entendu des commentaires du genre «c’est du remake» comme si on en voulait au Premier ministre de décrire les conditions de vie difficiles d’un peuple travailleur qui réussit en dépit d’un contexte défavorable à sauver l’essentiel. Dans le même temps ils nous font eux-mêmes du «remake» puisque cette analyse-là a été entendue plus d’une fois et des mêmes auteurs.

Dans la forme on doit reconnaître au Premier ministre d’avoir su éviter aux députés, aux téléspectateurs et autres auditeurs une lecture monocorde et doctrinale qui aurait poussé les uns et les autres dans les bras de Morphée, les deux heures qu’a duré son intervention.

Pour un tel discours, cela a son importance puisqu’il s’agit aussi de susciter l’intérêt et de montrer qu’au-delà du discours lui-même on possède son sujet parce qu’on parle plutôt qu’on ne lit une compilation de chiffres ou une synthèse de rapports de techniciens.

Du politique au social, en passant par l’économie, la culture, le sport, etc, Tertius ZONGO a fait montre d’une maîtrise que d’aucuns lui ont reconnue volontiers. La séance des questions-réponses le fera d’ailleurs ressortir puisqu’il s’attachera à ne laisser aucune question en rade à telle enseigne que celle-ci a semblé interminable. Il faut dire que les députés n’y sont pas allés avec le dos de la cuillère avec 53 intervenants sur les 97 présents. C’est à croire que chacun voulait se faire entendre ou à tout le moins se faire voir.

Entre les questions d’un pragmatisme à couper au couteau de certains et les «thèses libres» d’autres qui ont saisi l’occasion pour revisiter leurs cours d’économie politique ou leurs bréviaires du parfait opposant, on en aura eu sous tous les tons, de sorte qu’on devrait considérer comme une prouesse que le Premier ministre ait réussi à en faire le tour sous les coups de 2h 13mn le vendredi 28.

Dans le fond, l’opinion crédite Tertius ZONGO d’avoir usé d’un langage de vérité pour faire un diagnostic sans complaisance de la situation de la nation. Pouvait-il en être autrement quand, sans prendre de gants, il laisse tomber qu’on marchera et on remarchera encore que cela ne ferait pas évoluer la situation économique du pays d’un iota et par conséquent que la vie chère est partie pour s’enraciner si le contexte international ne change pas. Il a ajouté en des termes presque aussi crus que s’il est vrai qu’«on ne mange pas les chiffres», il est tout aussi vrai que ceux-ci s’imposent à tous et doivent être pris en compte si nous ne voulons pas nous fourvoyer dans notre quête de bien-être. La situation du pays est difficile et tout indique qu’elle le sera de plus en plus parce qu’au niveau international la situation est difficile et bien pire, les tendances actuelles ne vont pas dans le bon sens. C’est dire s’il faudra se serrer davantage la ceinture et rechercher en nous-mêmes et chez nous-mêmes les solutions aux problèmes. Le langage est donc clair, l’analyse froide et les perspectives tracées, avant autant de volontarisme, avec un refus obstiné du fatalisme.

En effet, malgré la situation difficile, notre pays a su résister. Résister ; en tant que nation qui a fait face à l’adversité en toute responsabilité même si quelques uns de ses fils se sont laissés aller à des débordements que la communauté a rejetés en bloc. Comme le dit un adage populaire, qui à l’occasion prend tout son sens, «quand la pluie vous bât vous n’avez aucun intérêt à vous battre entre vous». En termes plus prosaïques les actes de vandalisme contribuent à détruire le peu que nous avons et ne participent nullement à nous enrichir. Par ailleurs nous sommes en République et en démocratie et celles-ci fixent des conditions de vie en commun que nous devons tous respecter.

Résister ; en tant qu’Etat soucieux de ses responsabilités sociales vis-à-vis des populations avec la prise d’un train de mesures fortes qui ont contribué à stopper la hausse des prix, voire même à les faire baisser. Les demandes sont nombreuses et lancinantes mais nous devons avoir le sens de la mesure afin de ne pas hypothéquer les acquis que nous avons engrangés à coups de sacrifices. C’est en cela que nous devons continuer en nous assumant individuellement pour ne pas nous lancer dans une spirale de surenchère dont les conséquences seraient désastreuses tant pour le tissu social que pour l’économie dans son ensemble.

Voilà pourquoi Tertius ZONGO en appelle à la responsabilité de tous et de chacun afin que nous adoptions une attitude positive qui enfantera de solutions à l’interne. Il s’agit de savoir s’adapter dans le mental, dans nos habitudes de consommation et dans nos habitudes de production tout en ayant un œil sur le long terme, notamment pour les générations futures auxquelles nous devons laisser un pays prospère. Tout un programme qui demande un engagement individuel et collectif.

Par Cheick AHMED
cheickahmed001@yahoo.fr

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