Maintenir le dialogue
Jérome BOUGOUMA, ministre du Travail et de la Sécurité sociale
Suite au préavis de grève des 8 et 9 avril 2008 décrétée par les organisations syndicales relative à leur plate-forme revendicative, le gouvernement par la voix de trois (03) de ses représentants (Jérôme BOUGOUMA du Travail, Mamadou SANOU du Commerce et Kader CISSE de l’Energie) a livré le 4 avril dernier ses réponses aux syndicats.
Le 7 avril, les deux parties devaient se retrouver pour permettre aux syndicats de donner leurs réponses. Les syndicats font un faux bond et informent le ministre BOUGOUMA par téléphone que leurs réponses lui parviendront par écrit. Ce qui n’a pas empêché le gouvernement de tenir la conférence de presse qui était prévue après la rencontre.
En rappel, les points de revendications des organisations syndicales sont entre autres, le relèvement des salaires et pensions au taux de 25% pour compter de janvier 2001, la réduction significative et le contrôle des prix et de la qualité des produits de première nécessité, le réduction des taxes sur les produits pétroliers, le relèvement des premières tranches de l’ONEA et de la SONABEL respectivement à 10 m3 et 75 kw H, l’application des points d’accord issus des négociations de novembre 2007 et l’examen diligent de la plate-forme d’action de la coalition nationale contre la vie chère.
Les trois ministres pendant la conférence de presse
Les ministres africains de l'Economie s'attaquent à la vie chère |
Les ministres africains de l'Economie et des Finances réunis à Addis Abeba ont décidé de prendre des mesures pour lutter contre les effets de la hausse des prix de produits alimentaires qui menace la stabilité et la croissance économique de l'Afrique. L'augmentation récente des prix mondiaux des produits alimentaires "présente une menace significative pour la croissance, la paix et la sécurité de l'Afrique", ont estimé les ministres dans un communiqué. Bien que cette hausse "présente des opportunités pour l'accroissement de la production alimentaire dans certains de nos pays", des solutions doivent être trouvées pour combattre ses effets négatifs, ont-ils souligné. Les ministres ont décidé "d'étudier les mesures appropriées pour atténuer les effets de la hausse des prix sur les niveaux de vie, notamment des groupes vulnérables, tout en exploitant les potentialités pour une augmentation de la production alimentaire présentée par ce phénomène", selon le communiqué. Le chef de la Commission économique des Nations unies pour l'Afrique (ECA), Abdoulie JANNEH, a estimé que le continent africain devait augmenter sa production alimentaire. "Le principal sujet est la capacité de l'Afrique à se nourrir elle-même", en faisant notamment bénéficier à la production les résultats de la recherche et du développement, a-t-il souligné. Les ministres ont également mis en garde contre une augmentation de la demande intérieure en pétrole qui risque d'entraîner une hausse des prix dans les pays producteurs, et appelé à "rechercher des sources d'énergie alternatives". Ils ont proposé de créer un Fonds africain du pétrole destiné à aider les pays africains importateurs aux revenus faibles. Dans son rapport annuel, la Commission économique des Nations unies pour l'Afrique (ECA) a indiqué que les économies africaines avaient crû de 5,8% l'an dernier, stimulées notamment par la hausse des matières premières, mais que cette croissance devait encore se traduire en développement social. "La reprise économique africaine n'a pas encore amené de développement social significatif et n'a pas bénéficié aux couches les plus défavorisées", selon le rapport rendu public mercredi.o Source : MCTC
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Les réponses du gouvernement
Au vu de l’ébullition du front social ayant entraîné un préavis de grève, le gouvernement s’est fait fort de rencontrer les syndicats pour leur livrer les réponses à leur plate-forme revendicative. Ainsi, concernant le premier point de revendication (augmentation de salaires de 25% pour compter de janvier 2001), le gouvernement fera savoir que des efforts ont été faits depuis quelques années avec des hausses modérées mais régulières des salaires, des pensions et du SMIG dont le dernier relèvement date d’avril 2007. En outre, il estime que les différentes mesures prises pour atténuer la hausse des prix participent à cette dynamique des efforts de l’Etat et se traduisent sur le terrain par une baisse des recettes de l’Etat. Dans tous les cas, la question des augmentations des salaires, le gouvernement prévoit l’examiner lors des négociations gouvernement/Syndicats de 2008.
Sur le deuxième point relatif à la réduction et au contrôle des prix et de la qualité des produits de première nécessité, le gouvernement fera savoir que les mesures qu’il a prises dans ce sens ont fait baissé de manière significative les prix des produits de première nécessité. Dans la même dynamique, il a décidé de prolonger de six (6) mois au lieu de 3 mois la durée des mesures de suspension des droits de douane et de la TVA.
Pour ce qui est du relèvement des premières tranches de l’ONEA et de la SONABEL, le gouvernement a marqué son accord pour des relèvements de 6 à 8 m3 tenant compte de la nécessité de ne pas déséquilibrer la situation financière de la société et 75 kwh pour la SONABEL, comme le souhaitent le syndicats.
Quant à l’application des points d’accord issus des négociations de 2007, le gouvernement notera que cela est effectif pour la plupart, quelque point étant en voie de l’être.
Enfin, la réduction de la TVA sur les prêts bancaires, selon le gouvernement sera examinée favorablement après concertation au niveau de l’UEMOA.
Malgré les réponses du gouvernement et sa volonté affichée de dialogue, Laurent OUEDRAOGO, président du mois des syndicats et ses hommes ont préféré la grève

La conférence de presse maintenue
Comme indiqué ci-dessus, après la rencontre du 4 avril, les deux parties (gouvernement/Syndicats) devaient se rencontrer le lundi 7 avril.
Rencontre au cours de laquelle les syndicats devaient donner leur réponse suite à celles du gouvernement. Malheureu-sement, les responsables syndicaux n’ont pas jugé nécessaire de faire le déplacement. Le gouvernement a tenu cependant à rencontrer la presse pour faire le point. Le ministre Jérôme BOUGOUMA qui avait à ses côtés ses collègues de l’Economie et des Finances et de la Communication, fera savoir que le président du mois des centrales syndicales l’a joint au téléphone pour lui annoncer que les réponses des syndicats lui parviendront par écrit. Il précisera que la presse du jour, c’est-à-dire les quotidiens, a eu la primeur des réponses des syndicats qui maintiennent leur mot d’ordre de grève.
Dans tous les cas, les membres du gouvernement à cette conférence ont réitéré leur engagement au dialogue et affirmé que le fil de ce dialogue est loin d’être rompu.
Les différents ministres sont revenus sur les points de revendication des syndicats pour expliquer ce que l’Etat dans l’immédiat peut faire. Pour le ministre Jean-Baptiste COMPAORE, il n’est pas exclu que l’Etat augmente les salaires, mais il ne saurait donner de date : «Il faut toujours prendre des mesures que l’Etat peut supporter», a-t-il précisé.
Les journalistes n’ont pas manqué de revenir sur la question du train de vie de l’Etat, jugé trop élevé. Pour le gouvernement, des efforts sont faits depuis quelques temps pour y remédier : suppression de plus de 300 lignes téléphoniques, contrôle de la consommation de l’électricité dans les bureaux, réduction du nombre de ministres aux cérémonies officielles, contrôles des véhicules de l’Etat, lutte contre la fraude pour augmenter les recettes de l’Etat…
Les portes du dialogue social restent largement ouverte, c’est en substance ce qu’on peut retenir côté gouvernement.
Par Ben Alex Beogo
Grève des 8 et 9 avril
Comme pour enfoncer le clou !
Les centrales syndicales et syndicats autonomes ont appelé à une grève générale pour protester, disent-ils, contre la vie chère et exiger la satisfaction des points de revendications contenus dans leur cahier de doléances. Une action dont l’opportunité dans le contexte actuel reste à justifier.
Après la réprobation générale par rapport aux mouvements irréfléchis qui ont occasionné les actes de vandalisme des 20, 21 et 28 février 2008 consécutivement à la réaction contre la flambée des prix des produits de première nécessité, nombreux sont ceux qui se demandent à quoi riment les actions initiées par les dirigeants syndicaux surtout que le gouvernement a consenti de grands efforts et pris des mesures pour soulager les populations. Beaucoup sont certes convaincus que c’est une façon de garder leurs prérogatives et ne pas se laisser ridiculiser par la rue mais ceci doit-il justifier qu’on use de l’arme ultime du travailleur qu’est la grève ?
On se rappelle qu’après les journées chaudes dans certaines villes du pays et notamment à Bobo et Ouaga, pendant que le gouvernement cherchait les meilleures voies pour corriger l’objet de la grogne, la hausse des prix, les syndicats organisaient des marches-meetings le 15 mars dernier et appelaient à une grève pour les 8 et 7 avril. Apparemment on peut dire que pour les responsables syndicaux, le processus est enclenché et on ne peut revenir en arrière. Malgré les bonnes dispositions du partenaire qu’est le gouvernement, il y a comme si l’on avait une revanche à prendre sur lui et que l’opportunité était fort belle pour ne pas la saisir. Sinon comment comprendre cette politique de la sourde oreille. Ce qui est sûr, si la grève est pour effectivement comme on le dit manifester contre la vie chère, les mesures de soulagement du gouvernement sont en train de faire leurs effets et du reste, la plus grosse mesure, celle concernant le désarmement douanier sur les produits de grande consommation alors prévue pour durer trois mois a été prolongée à six. C’est une décision qui demande de la part de l’Etat un grand effort budgétaire en terme de milliards de Francs CFA et les syndicats savent mieux que quiconque que le budget de l’Etat est constitué pour plus de la moitié par les taxes douanières et les impôts. Les produits de grande consommation tels le riz et le lait sont de grands postes de rentrée d’argent dans les caisses publiques d’autant qu’ils sont presque exclusivement importés. Ce manque à gagner doit être comblé pour permettre un fonctionnement normal des institutions. Cette réalité n’échappe pas à la compréhension des responsables syndicaux qui contre toute attente brandissent la revendication de l’augmentation des salaires à un taux de 25%. Un calcul rapide fait sur la base d’une augmentation de ne serait-ce que 10% montre que le gouvernement devra trouver environ 19 milliards de FCFA pour y faire face. Quand on sait que le budget du Burkina est chroniquement déficitaire et que son état est encore rendu plus critique par la situation économique internationale difficile, il y a de quoi se demander si l’on ne veut pas que le gouvernement se fasse hara-kiri.
Ce que le travailleur honnête doit se poser comme question, c’est de savoir s’il préfère un salaire substantiel mais difficilement supportable par le budget de l’Etat, ce qui suppose des périodes sans, ou alors s’il veut un salaire réaliste pour ce budget qui pourra le lui servir tous les mois et à bonne date.
Il y a souvent à se demander si les responsables syndicaux sont vraiment soucieux du devenir de la nation car eux qui ne manquent pas l’occasion de dire que la République est mal tenue ne montrent pas par leur choix d’actions et leurs appréciations des situations nationales qu’ils s’inscrivent dans cette perspective. Tout le monde sait qu’un arrêt de travail occasionne un manque à gagner non négligeable pour l’économie nationale. En période difficile, le moindre franc engrangé est bénéfique à tous. Contrairement à ce que pensent les organisateurs de cette grève des 8 et 9 avril, ce sont les populations qu’ils prétendent défendre qui paieront le prix fort. Un commerçant a justement déclaré sur les antennes d’une radio de la place que cette grève ne fera que plomber davantage l’économie nationale. Développant le plus simplement du monde son idée, il montre que s’il ferme boutique, cela veut dire qu’il n’aura rien à donner à sa famille pour faire bouillir la marmite. Toute la chaîne de l’activité économique ne tournera pas normalement et c’est un manque à gagner qui viendra encore s’ajouter à celui déjà occasionné par toutes les mesures pour minimiser les affres de la vie chère au niveau des populations.
La grève est garantie par la constitution et même si son usage est réglementé, il ne viendra pas à l’idée du gouvernement d’interdire ce pilier de la vie démocratique. C’est pourquoi en début de semaine dernière, le ministre du Travail a tenté par la voie du dialogue de dissuader les promoteurs de cette initiative aussi inopportune qu’injustifiée à y renoncer. Mais ses efforts sont restés vains.
Nos responsables syndicaux seraient cependant bien inspirés de prendre exemple sur ce qui se passe ailleurs d’autant que la vie chère ne frappe pas que le Burkina. Le phénomène est mondial et les organisations des travailleurs sont sur la brèche pour préserver les intérêts de leurs membres. Si une grève pouvait résoudre la question de la hausse des prix du pétrole, ou empêcher l’utilisation de plus en plus importante de certaines céréales pour la production de biocarburant etc., les puissantes organisations syndicales des pays occidentaux n’allaient pas hésiter à la faire. Mais elles savent que «si la pluie vous bat, il est inutile de vous battre entre vous», pour reprendre le dicton populaire.
Par Ahmed NAZE
Lutte contre la vie chère
Le taureau par les cornes
Alors que la vie chère est devenue plus qu’un phénomène à la mode, une réalité structurelle, le gouvernement du Burkina Faso a opté d’y faire face, en adoptant des mesures conjoncturelles, mais mieux, en décidant une «réorientation» économique, pour que nous soyons nous-mêmes les acteurs premiers de notre développement.
En déclarant devant la représentation nationale le 27 mars dernier que pour sortir de la spirale infernale de la vie chère il nous faudra «produire nous-mêmes notre propre nourriture», le Premier ministre, Tertius ZONGO, montrait qu’il avait une pleine conscience des enjeux de l’heure. Il s’agit, face à une mondialisation ultra-libérale qui fragilise les «mondialisés» de sortir de ce rôle d’exploité, de dominer, en prenant notre destin en main. Car, et il ne faut pas se voiler la face, la cherté de la vie découle plus de l’inflation importée qui est elle-même la résultante d’un mode de vie d’une philosophie (?) existentielle qui a fait de l’Africain «le consommateur universel».
Un consommateur universel aliéné, dont on a vidé la culture de sa substance ce qui l’amène à tourne en rond, lui qui ne sachant pas d’où il vient, ne peut guère savoir où il va et comment y aller. Tertius ZONGO veut vaincre la malédiction, et, il l’a clairement laissé entendre dans sa déclaration de politique générale prononcée en octobre dernier. Après avoir énuméré «la litanie de points d’ombres» qui entravent notre développement (structure inchangée de l’économie depuis un demi-siècle, secteur industriel handicapé par les coûts des facteurs de production, et l’étroitesse du marché national, système éducatif et de santé inefficaces, chômage endémique des jeunes, situations préoccupantes des femmes…) Tertius ZONGO a exhorté ses compatriotes à «prendre leur destin en mains», et «devenir les sujets de notre propre histoire, au lieu de continuer d’être les objets des fantasmes des autres». Pour ce faire, il faut mobiliser «toutes les énergies, poursuivre et approfondir les réformes, moderniser l’appareil d’Etat et l’économie nationale, bref, dynamiser le processus de création des richesses». Bien avant le vent de la vie chère, le gouvernement avait pressenti cette bourrasque que la plupart des analystes avertis avaient déjà signalé il y a plus d’une décennie. En effet, il faut convenir avec Joseph KI-ZERBO par exemple que «l’antithèse principale de développement au Burkina Faso est la pauvreté et plus exactement la paupérisation, essentiellement depuis l’option néo-libérale des PAS imposés par les institutions de Bretton Woods. Il faut donc revenir au développement endogène «alternative sans alternative» et qui n’est pas «une plante conjoncturelle liée aux impacts douloureux, mais longtemps prévisibles de l’OMC».
Le seul développement visible est celui «clés en tête», car, «on ne développe pas, on se développe». Il importe pour le Burkina, de revenir d’urgence aux valeurs séculaires qui constituent le socle des vieilles civilisations du pays. Pour l’heure, et comme indiqué plus haut, des mesures conjoncturelles sont prises pour lutter contre cette vie chère. C’est ainsi que le Parlement burkinabè a mis en place une commission chargée de mener des réflexions et de faire des suggestions dans le cadre de la lutte contre la vie chère.
Il faut souhaiter que la réflexion soit féconde et surtout que les recommandations qui en seront issues, soient suivies d’effet. Quant au gouvernement, il vient d’étendre de trois à six mois, les mesures d’exonération des droits de douanes et taxes sur la valeur ajoutée touchant certains produits. De même les premières tranches de l’ONEA et de la SONABEL (les moins chères) ont été portées à 8m3 d’eau (elle était de 6m3) et à 75 kilowatts consommés contre 50 préalablement. Autant de mesures qui visent à préserver le pouvoir d’achat des consommateurs et qui font dire à d’aucuns que le gouvernement gagnera à terme, son combat contre la vie chère.
Par Alpha YAYA
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