Le train de la réforme est en marche
Le Burkina Faso a amorcé la réforme de son système éducatif en 2007. Un an après la mise en route de la réforme, les autorités en charge de l’éducation font l’état des lieux du processus de refondation. Histoire de relever les forces et les faiblesses de la réforme. La ministre en charge de l’Enseignement de base, Mme Odile BONKOUNGOU et le ministre en charge des Enseignements secondaire, supérieur et de la Recherche scientifique, le Pr Joseph PARE ont rencontré la presse. C’était le vendredi 9 avril 2008 dans la salle de conférences de l’Enseignement secondaire. Le processus est donc en marche avec ses avancées, mais aussi avec ses insuffisances.
Les ministres en charge des Enseignements ont expliqué aux Gouverneurs et aux journalistes les contours de la réforme

Des états généraux de l’éducation de 1994, aux assises nationales de 2002, des réflexions, des études et des commissions interministérielles sur le système éducatif ont abouti aux conclusions sur la nécessité de la réforme du système éducatif. «Faire du jeune burkinabè un citoyen responsable, productif et créatif», stipule l’Art 13 de la loi d’orientation de l’éducation. C’est donc une nouvelle société burkinabè qui est en gestation. A terme, aucun Burkinabè ne devra exercer son métier sans avoir au préalable, fréquenter le système éducatif, c’est-à-dire l’application intégrale de l’éducation universelle pour notre pays). C’est ce à quoi veut parvenir la réforme. Un an après le début de la mise en œuvre, autant il y a des motifs de satisfactions, autant les difficultés ne manquent pas. Sept actions concrètes ont été prises par le gouvernement pour asseoire la réforme : le choix de 45 départements (il s’agit des départements pilotes gérés par le MEBA en matière de CEG) suppression des frais de scolarité dans tous les établissements publics du primaire et du secondaire, (il s’agit des établissements publics d’enseignement du pays) la dotation gratuite en fournitures scolaires au privé comme au public, l’accord de subvention variant de 400 000 à trois millions aux lycées et collèges en compensation de la réduction des frais de scolarité, sont entre autres les actions mises en œuvre par l’Etat. «La mise en œuvre de la réforme est effective sur le terrain et se traduit par un impact positif sur l’accès, mais aussi par des difficultés liées à l’insuffisance de l’offre», a soutenu la ministre Odile BONKOUNGOU.
Des élèves dans une salle de classe

Selon le rapport, un an après sa mise en œuvre, le taux brut de scolarisation a franchi la barre de 70%, taux prévu pour l’horizon 2010 dans le document initial du PDDEB en atteignant 72,6% dont 64,8% pour les filles. Les effectifs totaux des élèves sont passés de 1.561.258 à 1.744.331 soit un accroissement d’environ 11%. Le nombre d’écoles quant à lui s’est accru de 500 en passant à 8162 en 2006/2007 à 8682 en 2007/2008. Les salles de classe sont passées de 32760 à 35 426 au cours de la même période. Chaque élève du privé comme du public a été doté d’un livre de lecture, de calcul, et d’observation soit 4 166 257 livres, de même que chaque enseignant a reçu un livre guide de maître soit 146523 livres. 95 nouvelles classes de 6ème pour 10726 élèves admis au CEP ont été construites. En plus des 95 classes, 38 autres sont venues s’ajouter pour le compte de l’année scolaire 2007/2008, etc. Un résultat satisfaisant. Mais l’arbre ne doit pas cacher la forêt. Des difficultés existent. «Les principales difficultés sont liées à la mauvaise compréhension de la gratuité et à l’insuffisance des ressources matérielles (classes, tables-bancs, bureaux, chaises, manuels, fournitures) financières et humaines», clame la ministre. Des difficultés, qui, si elles ne sont pas maîtrisées, risquent de compromettre la mise en œuvre de cette première phase de la réforme qui court pourtant jusqu’en 2011. En effet, les besoins pour faire face aux difficultés sont énormes. Il manquerait selon le rapport, 43 enseignants pour le post primaire, 757 salles de classe, 17497 tables-bancs, 865 bureaux, 1012 chaises et 43206 manuels d’ici à 2011. Pour Odile Marie BONKOUNGOU, le contexte est favorable et il n’y a pas à se faire de soucis. En plus du contexte international et national qui est favorable, le gouvernement s’est doté d’un document de cadrage assorti d’une évaluation de la quasi-totalité des besoins qui permettra de disposer d’une loi de programmation financière susceptible de faciliter la mobilisation des ressources. «Ce document de cadrage est notre guide », dira Joseph PARE du MESSRS. Avant d’ajouter : «La réforme est une vision que doit s’approprier l’ensemble des Burkinabè pour qu’elle puisse atteindre les objectifs qui ont été fixés». A terme, elle vise à accroître l’offre de l’éducation et de la formation, améliorer la qualité de l’éducation, développer la recherche, porter le taux de réussite au BAC à 60%, le BEPC et le CAP à 80% et limiter le nombre d’élèves à 52 en classe de primaire, de 70 au niveau post primaire, et 60 au niveau du secondaire. Le pari sera-t-il tenu ? 2015 c’est dans 7ans, alors attendons de voir.
Par Frédéric ILBOUDO