Destins croisés
Alors que le Kenya sort enfin de la tragique crise socio-politique consécutive aux élections de décembre 2007, le Zimbabwe lui est, au moment où nous traçons ces lignes, dans l’expectative quant à son avenir politique. Deux peuples, deux destins et une constante : l’immaturité politique de l’Afrique.
«Tout çà pour çà» aurait-on envie de dire après le partage du pouvoir intervenu au Kenya, et à l’issue duquel, l’opposant Raïla ODINGA est nommé Premier ministre, cependant que certains de ses militants accèdent à des strapontins ministériels. N’aurait-il pas mieux valu commencer par là, plutôt que de se «macheter» avec des nombreux morts à la clé, sous le regard goguenard de la communauté internationale ? Un intermède sanglant qui a fait ressurgir les vieux clichés d’une Afrique «arriérée et sauvage» où les pratiques «canibalistiques» sont loin d’être des vestiges. On en rirait presque, sauf que lesdits clichés ont la vie dure et qu’ils traduisent dans une certaine mesure la réalité. En effet, le Kenya aurait pu faire l’économie de cet épisode macabre et désolant et aller à l’essentiel, à savoir la préservation des intérêts du pays.
Quelques mois plus tard, on espère que le Zimbabwe, qui est quasiment dans le même cas de figure, saura éviter le pire à un pays déjà meurtri par une décennie d’embargo occidental. Robert MUGABE, qui a semble-t-il perdu les élections législatives, serait dans le même cas de figure dans le cadre de la présidentielle. Ce qui expliquerait selon certains, le silence pesant et long qui entoure les résultats de cette élection.
Sans entrer dans ce débat, disons que tout a été mis en œuvre pour «couper» MUGABE de son peuple et préparer les esprits à l’avènement de l’opposition.
Après les lois prises par MUGABE qui nationalisaient les terres jusque-là propriétés des Blancs, les «cousins» occidentaux ont orchestré un savant sabotage de l’économie du pays. Pénuries alimentaires, inflation galopante, «clochardisation» de la monnaie zimbabweenne, … les ingrédients d’un marasme social étaient réunis.
Dans le même temps, une opposition était suscitée dans le camp présidentiel et entretenue à coup de millions de dollars pour lui permettre de prendre corps au sein de la population. Morgan TSANVIGIRAI, son porte-drapeau, tirera profit de cette manne et de la «sécheresse» économique, mais aussi, il faut le dire des errements du camp MUGABE qui le transformeront en martyr aux yeux du peuple. Avait-on en effet besoin de le rudoyer après les élections de 2001, puis de l’embastiller, alors qu’il était peu connu ?
Rétrospectivement on peut penser que non, car, TSANVIGIRAI a joué à fond ce rôle de «victime» lors des élections actuelles, avec en perspective, un score flatteur. Un résultat probable qui n’enchante guère le camp présidentiel, qui a laissé clairement entendre que l’opposition «ne pouvait pas gagner les élections au premier tour».
MUGABE lui-même a déclaré à Thabo MBEKI qu’il n’y avait pas de «crise» au Zimbabwe, ce qui sous-entend qu’il a le contrôle du pays. Si tel est réellement le cas, le Zimbabwe ne saurait basculer dans la violence comme le Kenya. La logique et l’analyse de la situation concrète obligent cependant à ne pas accorder un chèque en blanc au vieux révolutionnaire, qui, à l’instar d’un Fidel CASTRO, incarne une autre époque de la politique rendue désuète par la fin de la guerre froide.
«Survivants» de la glaciation communiste, Fidel et Bob sont avec quelques autres dirigeants, les ennemis déclarés de l’ordre nouveau. Un ordre d’autant plus prédateur qu’il n’a pas encore de contre-poids, la Chine cherchant ses marques, de superpuissance et, la Russie étant en perte de vitesse. Dans l’intervalle, on peut donc «balayer» tous les «déchets» et uniformiser la pensée politique et économique. L’Histoire de l’humanité est jalonnée de ces périodes hégémoniques qui préparent des révolutions toujours plus grandes. Qui a dit que les idéologies étaient mortes ? Certainement un analyste à courte vue, car, les prolétaires sont de plus en plus nombreux de par le monde. Dialectiquement, il ne pourrait qu’y avoir des chocs, dont les cas kenyan et zimbabwéen sont des soubresauts annonciateurs.
Par Alpha YAYA
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