L'opinion N°549
Du 16 au 22 avril 2008

Sur le vif

Ah ! Ces chiffres qui font la grève

Comme c’est le cas à tous les coups entre pouvoirs publics et manifestants, la grève générale des 8 et 9 avril derniers décidée par les syndicats a connu sa guerre des chiffres. Si les organisateurs balancent des taux de participation proches de 100% à leur grève, le gouvernement lui assure qu’il n’en a rien été et que c’est à peine si on avait eu à faire à une tempête dans un verre d’eau. Il ne pouvait en être autrement tant cette grève était attendue pour fixer la nature du rapport des forces d’une part et mesurer l’impact des décisions des uns et des autres sur l’opinion publique.
En fait une grève massivement suivie devait être la preuve que les mesures gouvernementales n’étaient pas suffisamment fortes et que les syndicats avaient raison de renforcer la pression. Par contre un mouvement peu suivi devait être la preuve que les populations étaient sensibles aux efforts de l’Etat et ne partageaient pas l’option du bras de fer.
La réponse on la connaît tous car au-delà des chiffres des uns et des autres, vous et moi avons vécu ces deux journées sans trop de gênes tant les perturbations des services usuels n’ont pas été significatives. Et pourtant on s’attendait à une ville morte puisque tout le monde était censé se terrer à la maison ou se trouver à la Bourse du Travail. C’est cela l’essentiel ! Un constat dont certains ont tiré des conclusions hâtives au point de penser à la place des autres et de leur prêter toutes sortes d’intensions.
Ce n’est pas au niveau des organes de presse qu’on nous dira le contraire. En effet chacun s’est livré à ses constats et à ses estimations, certains choisissant, on ne sait pourquoi, de faire confiance à tels ou tels chiffres.
Il y en a qui ont même cru devoir sermonner le gouvernement pour avoir dit que la grève avait été peu suivie, comme si cela était un crime. A leur avis, c’était une manière de traiter par-dessus la jambe «la vie chère».
A croire ces éminentes personnes, reconnaître que la grève a été un fiasco c’est refuser que «la vie est chère». Un raccourci qui n’est pas vrai.
Dans une situation similaire un Rédacteur en chef auquel un journaliste a envoyé un article titrant : «grève suivie à 100% à…», lui a demandé d’ajouter «après mon article !» Ce n’était que pour rire.

Par Faèz

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