L'opinion N°550
Du 23 au 29 avril 2008

Dossier

Salif Lamoussa KABORE, Directeur général de la Sonabel

“La SONABEL a une haute idée de ses responsabilités …”

L’électricité africaine est en crise et chaque Etat tente de résorber le déficit à sa manière. Au Burkina Faso, l’enclavement du pays et les aléas climatiques compliquent davantage la production énergétique. Consciente de cette grande menace, la Société nationale d’électricité du Burkina (SONABEL) a mis en branle une politique énergétique pour sécuriser le pays sur un long terme avec un plan d’investissement de 240 milliards de FCFA.
De l’interconnexion Bobo/Ouaga à la dorsale du Nord, projet d’interconnexion qui va relier le Nigeria au Burkina, en passant par les raccordements de ses centres isolés pour réduire les coûts de production, la SONABEL voit grand dans sa démarche. Mais comment évoluent les choses ?
Le Directeur général de la société, El hadj Salif Lamoussa KABORE, un manager pragmatique et visionnaire a bien voulu se prêter à nos questions. Cet entretien aborde également bien d’autres sujets importants comme la baisse du coût du kilowatt/heure, les délestages, la privatisation de la SONABEL ; sans oublier la personnalité même de l’interviewé.

Monsieur le Directeur général, notre pays a abrité du 12 au 14 mars dernier une réunion de l’Union des producteurs, transporteurs et distributeurs d’énergie électrique en Afrique (UPDEA). De quoi a-t-on parlé à cette rencontre ?
Salif Lamoussa KABORE (SLK) :
Le Burkina Faso a effectivement abrité au mois de mars dernier la 4e réunion du comité scientifique de l’Union des producteurs, transporteurs et distributeurs d’énergie électrique en Afrique au cours de laquelle les experts se sont penchés sur des questions relatives à la gestion quotidienne de nos entreprises.

Quelles sont les missions assignées à l’UPDEA ?
SLK :
L’UPDEA a été créée en 1970. Elle regroupe 52 sociétés d’électricité de 42 pays. C’est une institution qui a pour rôle essentiel de traiter les différentes questions qui doivent permettre à l’Afrique de développer son réseau électrique. Une de ses missions nobles dans les années 70 a été la création de l’ESIE, l’école supérieure d’ingénieurs qui a formé la plupart des cadres techniques de sociétés d’électricité du continent. Cela est le cas pour au moins 70 % des ingénieurs de la SONABEL. Malheureusement pour des raisons financières et politiques, cette école a fermé en 2002. De façon succincte, l’UPDEA se fixe pour objectif d’aider les structures d’électricité des différents pays à pouvoir améliorer leur gestion.

Pourquoi cette 4e session s’est-elle tenue au Burkina Faso ?
SLK :
Elle devrait initialement se tenir à Tripoli mais pour des raisons de difficultés administratives, l’UPDEA a décidé de retirer l’organisation à la Libye. Et quand notre pays a été sollicité, j’ai donné mon accord parce que c’était l’occasion pour nous de recevoir environ 80 experts de sociétés d’électricité et de nous faire connaître davantage. J’ai été suivi par les Autorités qui n’ont ménagé aucun effort pour la réussite de cette rencontre. Les travaux ont connu un franc succès et notre pays en a tiré une vive reconnaissance de la communauté des sociétés d’électricité du continent. En plus du fait que cela a permis à notre pays d’être au devant de la scène, il y a eu une entrée de devises non négligeable et du travail pour nos hôteliers et bien d’autres secteurs d’activités. Je pense que de façon générale le Burkina en a tiré de grands profits.

Le continent africain est depuis quelques années confronté à une crise énergétique malgré ses nombreux sites hydrauliques et ses importantes ressources en pétrole. Qu’est-ce qui explique cela ?
SLK :
C’est vrai que la crise énergétique sévit en Afrique depuis une dizaine d’années. Même des pays économiquement forts comme l’Afrique du Sud connaissent des problèmes et ce malgré son énergie nucléaire et ses nombreux barrages. Il en est de même pour la République démocratique du Congo (RDC) qui a le plus grand barrage de l’Afrique, le barrage de Inga, qui, à lui seul peut fournir une bonne partie du continent en électricité. C’est donc une crise générale. Je pense que les différents chefs d’Etat, les ministres en charge de l’énergie et les directeurs généraux des sociétés d’électricité ont décidé de prendre le problème à bras-le-corps parce que sans énergie, il ne peut pas y avoir de développement durable.

Justement, en janvier dernier en marge du sommet de l’UEMOA à Ouagadougou, les Chefs d’Etat ont décidé de la création d’une commission spéciale chargée de proposer des solutions à la crise énergétique dans l’espace. Qu’en est-il ?
SLK :
Comme je viens de le dire, ce problème tient à cœur nos chefs d’Etat et au cours de leur rencontre dans le cadre de l’UEMOA, ils se sont particulièrement penchés sur la question. Ils ont donc décidé de confier le dossier à leur collègue, le Dr Yayi BONI du Bénin. Au mois de février dernier lorsque nous avons entrepris une tournée pour expliquer aux différents ministres en charge de l’Energie l’importance de la dorsale nord qui doit relier le Nigeria au Burkina Faso, il y avait une rencontre à Cotonou qui a regroupé toutes les grandes institutions de l’Afrique de l’Ouest telles que la BOAD, la BCEAO, l’UEMOA autour des ministres de l’Energie et des Finances du Bénin.
Je pense qu’ils sont sérieusement en train de réfléchir sur cette crise énergétique pour trouver des voies et moyens afin que l’UEMOA en sorte.

Vous avez parlé tantôt de Dorsale Nord. De quoi s’agit-il ?
SLK :
Il s’agit d’un grand projet qui va relier le Nigeria au Burkina Faso en passant par le Niger, le nord Togo et le nord Bénin. C’est un projet initié par les sociétés d’électricité de ces quatre pays à savoir, la Nigelec au Niger, la CEB (Togo-Bénin), la PHCN au Nigeria et la SONABEL au Burkina Faso. Nous, nous avons financé l’étude de faisabilité dont la restitution nous a été faite, le 10 décembre 2007. Nous avons demandé une étude complémentaire qui doit être bouclée et introduite auprès des différents ministres d’ici fin juin prochain afin que nous puissions organiser une table ronde des bailleurs de fonds pour mobiliser des ressources financières de l’ordre de 475 millions de dollars US nécessaire à la réalisation de ce projet.
Si nous arrivons à réaliser cet important investissement, cela va permettre de réduire considérablement cette crise énergétique.

Quels peuvent être les remèdes aux problèmes d’énergie en Afrique et plus particulièrement au Burkina Faso ?
SLK :
Je crois que pour sortir de cette crise, il faut faire de grands investissements en terme d’interconnexion et de barrages hydroélectriques. Le seul barrage d’Inga peut couvrir au moins 50 % des besoins d’énergie en Afrique. En mars dernier, une grande réunion s’est tenue en RDC avec l’ensemble des bailleurs de fonds pour voir comment réhabiliter ce barrage qui doit permettre d’avoir environ 5000 mégawatts pour le continent. En outre, au-delà des investissements hydroélectriques, il faut qu’on ait un réseau interconnecté au niveau de l’Afrique, à l’exemple de l’Europe. Comme vous le savez, en Europe, tous les réseaux sont interconnectés. La France est interconnectée avec l’Italie, c’est pareil pour l’Espagne et le Portugal, et ainsi de suite. Je pense qu’il faut cette vision à long terme pour que nos différents pays soient interconnectés.
Qu’on puisse développer l’énergie hydroélectrique et pourquoi pas construire des centrales nucléaires ? Notre salut passe par ces différents investissements qui vont coûter chers mais qui seront porteurs de développement.

Le Burkina Faso est donc sur l’option de l’énergie nucléaire ?
SLK :
Le Burkina Faso seul ne peut pas prétendre au nucléaire. Il faut un groupe de pays. La réflexion est menée au niveau de certaines instances pour voir si certains pays de l’UEMOA ne pourraient pas se lancer dans ce domaine.

Et l’énergie solaire alors, d’autant que le soleil est ce qui nous manque le moins ?
SLK :
La réflexion est déjà menée au niveau du ministère de l’Energie. Je crois qu’il y a déjà environ 150 départements qui ont été électrifiés sur la base du solaire. Le ministre en charge de l’Energie a même signé récemment une convention avec le Royaume d’Espagne pour renforcer la coopération en terme d’énergie solaire. Je pense que dans les années à venir, le Burkina Faso développera davantage cette option car au-delà des sources thermiques, de l’hydroélectricité et des interconnexions, c’est la voie pour permettre d’accroître le taux d’électrification dans notre pays.

Pour parler précisément de la SONABEL si on vous demandait de la présenter en quelques chiffres que diriez-vous ?
SLK :
La SONABEL est une société d’Etat au capital de 46 milliards FCFA qui emploie 1460 personnes. Elle est installée dans 70 centres et fait environ 74 milliards de chiffres d’affaires avec une valeur ajoutée de plus de 27 milliards et un excédent brut d’exploitation de 18 milliards en 2007.
En attendant son adoption par notre Conseil d’Administration le résultat net pour l’année 2007 s’élève à 3,5 milliards. Nous avons une augmentation des abonnés de l’ordre de 10 à 15 % par an.
Nous faisons des investissements sur fonds propres de l’ordre de 10 milliards chaque année. Ce sont là quelques chiffres pour vous dire qu’au niveau de la SONABEL nous tenons la route car tous les agrégats financiers sont au vert.

Justement pour certains la SONABEL tire trop de profits des consommateurs au regard de son chiffre d’affaires. Que répondez-vous ?
SLK :
Il faut avant tout noter que si la SONABEL arrive à atteindre ce chiffre c’est parce qu’elle est soutenue par nos autorités. L’Etat subventionne le combustible que nous utilisons à hauteur de 21,5 milliards environ par année pour nous permettre de maintenir les tarifs à un certain niveau. Je ne pense pas que nous pressurons nos clients pour faire de telles performances. Ce sont plutôt des facteurs réunis comme la qualité du travail des employés, la rigueur dans la maîtrise des charges, la confiance des bailleurs de fonds… qui nous permettent de faire certains investissements et de garder la tête hors de l’eau.

Monsieur le directeur général, quels sont les grands axes de la politique énergétique de la SONABEL ?
SLK :
Au cours de ces dernières années, la SONABEL a pris comme option de développer les interconnexions aux niveaux régional et national. Au plan régional, grâce à l’appui des bailleurs de fonds, nous sommes en train de réaliser une grande interconnexion avec la Côte d’Ivoire qui sera opérationnelle à Ouagadougou en juin 2009. Nous sommes en train de réfléchir également sur deux interconnexions avec le Ghana. La première qui va relier Bolgatanga à Ouagadougou doit être opérationnelle à l’horizon 2012. Je crois qu’à ce niveau, les bailleurs de fonds ont déjà une ligne de crédit qu’ils vont mettre à notre disposition. Nous n’attendons que la réactualisation de l’étude de faisabilité faite en 1997 par le cabinet allemand Tractebel et qui avait déjà évalué le coût des investissements à 17 milliards FCFA. Mais vous convenez avec moi que 11 ans après il est nécessaire de réactualiser ce coût. Des bailleurs de fonds sont prêts à nous accompagner dans ce projet. Quant à la deuxième interconnexion, elle va relier Han au Ghana à Bobo-Dioulasso, Sikasso et Bamako au Mali. L’étude de faisabilité est pratiquement terminée. Nos ingénieurs sont actuellement en Corée pour la restitution de cette étude et en principe le 24 avril, les directeurs généraux devraient se retrouver à Bamako pour sa validation avant de la soumettre à nos différentes autorités. La troisième grande interconnexion est la Dorsale Nord dont je vous parlais tantôt.
A l’intérieur du pays, nous avons opté pour le raccordement des centres isolés parce que pendant longtemps, nous installions les centrales thermiques dans différentes localités avec des coûts de production très élevés du fait même du coût du baril de brut qui ne cesse de grimper. Le baril est actuellement à 110 $ us et malgré la subvention nous sommes quelques fois obligés de payer au prix coûtant à la pompe pour alimenter nos différentes centrales. Mais grâce aux bailleurs de fonds comme la Banque mondiale, la BOAD, l’AFD, la BEI et les crédits mixtes Danois nous avons décidé de raccorder les différents centres isolés afin de réduire les coûts de production. Au-delà du raccordement de ces centres isolés, nous avons pris la décision que désormais tous les petits villages qui sont situés le long des grandes lignes de haute tension à l’intérieur du pays seront électrifiés. Cela va nous permettre de donner un coup de fouet au taux d’électrification du Burkina Faso qui doit être de l’ordre de 60 % en 2015. Sur cet objectif la SONABEL travaille en tandem ave le Fonds d’électrification.

Comment expliquez-vous ces options et y a-t-il d’autres éventualités ?
SLK :
Je crois qu’on ne peut pas faire autrement. Au Burkina, nous avons trois sources de production qui sont le thermique, l’hydroélectricité et l’importation. Notre parc de production est à 65 % de thermique, 20 % d’hydroélectricité et 15 % d’énergie importée à partir de la Côte d’Ivoire, du Ghana et du Togo-Bénin depuis décembre 2006 avec l’électrification de Cinkansé. Du fait des aléas climatiques récurrents, nos quatre barrages hydroélectriques que sont Kompienga, Bagré, Tourni et Niofila, ne sont pas exploités au maximum de leurs capacités. Au regard de cette réalité nous ne pouvons pas donc nous fier principalement à cette source. Les centrales thermiques sont fiables mais très chères parce que nous avons des coûts de production qui dépassent largement les prix de cession que nous faisons à notre clientèle. Par contre les coûts des interconnexions sont très élevés mais c’est une énergie qui revient moins chère. Nous avons donc fait l’option au Burkina Faso de ces trois grandes sources de production en attendant que la réflexion menée par nos Autorités puissent porter ses fruits.

Nous constatons que d’importants investissements sont faits dans les interconnexions, mais ne pensez-vous pas que cela est très risqué compte tenu de l’instabilité chronique qu’il y a dans la sous-région et leurs éventuelles répercussions sur les relations entre les Etats ?
SLK :
Il faut dire que les interconnexions sont une option qui est même encouragée par la communauté des bailleurs de fonds. Je vous ai tantôt dit que l’Europe était interconnectée. Nous, nous sommes interconnectés avec la Côte d’Ivoire depuis avril 2001 mais malgré la crise ivoirienne, la ville de Bobo-Dioulasso a été toujours alimentée comme il se doit. Il n’y a jamais eu de suspension volontaire de fourniture de courant. Nous avons un très bon partenariat et nous avons toujours honoré notre facture énergétique qui est de l’ordre de 500 millions par mois. Je vous apprends que depuis plus de vingt ans le Niger est interconnecté au Nigeria et le Togo au Ghana et il n’y a jamais eu de problème. Les interconnexions sont régies par le droit international et je crois qu’il n’y a pas de crainte à se faire même si je peux convenir avec vous qu’il ne faut pas mettre tous les œufs dans le même panier ne serait-ce que pour des raisons techniques.

Quelles sont les principales difficultés que rencontre la SONABEL ?
SLK :
La SONABEL comme toute société rencontre des difficultés. Je dirai par exemple que nous avons quelques difficultés de recouvrement chez certains clients. Mais je crois qu’à ce niveau, on ne doit pas trop se plaindre parce que nous avons l’un des taux de recouvrement les plus élevés de la région. Nous avons également des difficultés pour satisfaire la demande de la clientèle parce que nous avons un taux de couverture du territoire qui tourne autour de 21 % que je trouve assez faible. Nous avons quand même fait un grand bond puisqu’il était de 13 % il y a quatre ans. Pour atteindre l’objectif de 60 % en 2015, il nous faut beaucoup d’argent et on n’est pas maître de son destin quand il faut compter sur des appuis financiers extérieurs. Cela nécessite un certain nombre de critères alors qu’en tant que service public, nous sommes tenus de faire certains investissements dans le cadre de la politique globale du développement électrique du pays.

Quel est le taux de progression de la demande et comment vous adaptez-vous ?
SLK :
Bon an mal an, la demande augmente de 8 à 10 % l’an. L’année dernière, nous avons connu une progression jusqu’à 15 %. Cela veut dire qu’il nous faut encore plus d’énergie pour satisfaire cette demande. Comme vous le savez, lorsque l’offre ne suit pas la demande, il y a crise d’énergie. Ce qui nous amène à redoubler d’efforts en recherchant des sources de financements pour pouvoir suivre la cadence de la demande.

Le coût de branchement ne constitue-t-il pas un obstacle à l’accès à l’électricité. Certains vous soupçonnent même de pratiquer des coûts élevés pour justement imposer une sorte de contingentement qui ne dit pas son nom ?
SLK :
On ne peut pas parler de contingentement à la SONABEL parce que nous injectons chaque année environ 4 milliards de FCFA dans les extensions partout dans le pays. Il y a donc une politique volontariste de la direction générale et des autorités pour permettre l’accès des populations à l’énergie. C’est vrai qu’on peut estimer nos coûts de branchement élevés. Mais je tiens à relever que depuis plus de dix ans nous n’avons pas modifié ces tarifs alors que sur le marché international tout a flambé. A titre d’exemples, le coût de l’acier a plus que doublé, la masse salariale à la SONABEL s’est accrue, les coûts de production ont augmenté, nos investissements aussi, etc. Nous subventionnons donc le coût réel de branchement ; et en 2007, pour faciliter l’accès des populations à l’électricité, nous avons pris la décision de faire encore des branchements promotionnels. Nous avons fait un effort budgétaire de 350 millions de FCFA pour subventionner cette campagne en 2007 qui a permis à 8000 ménages de se connecter au réseau de la SONABEL.
Je peux comprendre que le pouvoir d’achat étant faible, les futurs clients de la SONABEL estiment que le coût de branchement est élevé.
Mais il faut toujours ajouter que ce prix est déjà fortement subventionné par la société.

Monsieur le Directeur général, vous organisez de temps en temps des semaines commerciales dans certaines localités. Quels sont les critères de choix de celles-ci et comment peut-on en bénéficier ?
SLK :
Au niveau du département commercial qui relève de la direction de la distribution, il y a des enquêtes qui sont faites pour voir les potentiels clients de la SONABEL. Ainsi, dans l’élaboration de notre budget, nous programmons chaque année quelques localités dans lesquelles nous consentons d’énormes efforts pour fournir l’électricité aux populations. Ce qui sous-entend que si vous êtes dans une zone où on doit faire des branchements promotionnels, vous pourrez en disposer aux conditions douces qui seront appliquées. En fait, chaque Burkinabè doit s’attendre à ce que dans un intervalle de deux ou trois ans la SONABEL fasse des branchements promotionnels dans sa localité.

L’énergie coûte cher au Faso et grèverait fortement les performances du secteur des industries. Y a-t-il une politique pour minimiser cette contrainte ?
SLK :
C’est vrai que l’énergie coûte cher chez nous. Mais il faut aussi tenir compte du contexte. Nous sommes un pays enclavé à 1000 km de la mer. 65% de notre production d’énergie est à base thermique. Qui dit thermique dit fuel. Et qui dit fuel dit indexation sur le prix du baril. L’ajustement tarifaire que nous avons effectué en 2006 a été évalué sur la base de 70 à 80 dollars US le baril. Cette année le baril est à 110 US. Vous conviendrez donc qu’il y a des efforts qui sont déjà faits pour contenir les tarifs que nous appliquons jusqu’à présent. Avec mon expérience à la Chambre de commerce, je sais qu’il y a des facteurs qui peuvent être défavorables à l’émergence des industries mais ce sont des contraintes du pays qu’un industriel doit intégrer dans sa démarche.

Le Burkina est-il en sécurité sur le plan énergétique ?
SLK :
Si c’est de la sécurité actuelle de fourniture d’énergie que vous voulez parlez, je dirai que nous connaissons quelques difficultés, mais, je crois Inch Allah que, tout va rentrer dans l’ordre d’ici à juin 2009. Nous serons dans une sécurité sur un moyen terme en attendant d’autres types d’investissements que nous allons faire.

Pour revenir encore à la production d’énergie au Burkina Faso, puisqu’on ne sait pas jusqu’où ira la flambée du prix du baril pourquoi ne peut-on pas mettre l’accent sur nos potentialités hydroélectriques ?
SLK :
Nous avons déjà quatre barrages qui sont fonctionnels, Kompienga, Bagré, Tourni et Niofila que nous venons de réhabiliter grâce à un financement allemand, notamment de la KFW. Il y a un projet au niveau de Samandéni qui va nous permettre d’investir pour d’abord développer cette localité en terme industriel et ensuite pourquoi pas transporter une partie de cette énergie vers la région de Bobo-Dioulasso et vice versa. Nous avons une étude faite par EDF (Electricité de France) dans les années 99 et qui recense l’ensemble des potentialités hydroélectriques au Burkina Faso. Seulement il s’avère d’après les conclusions de cette étude que nous ne disposons pas de sites avec de grandes capacités de production hydroélectrique.
Il faut dire aussi que nous ne pouvons pas faire du tout hydraulique parce que nous sommes dans un pays où il y a d’importants aléas climatiques qui font que les saisons de pluies ne sont pas constantes sur une longue période. A titre d’exemple, depuis sa construction, le barrage de Kompienga n’a jamais fait le plein. C’est dire donc qu’on ne peut pas exploiter ce barrage à son maximum comme cela se devait.

Au niveau urbain, on constate que les lotissements se font mais la SONABEL ne suit pas. Est-ce c’est parce que vous n’êtes pas associés aux projets ou y a-t-il d’autres raisons ?
SLK :
Les municipalités ont leur politique de lotissement pour satisfaire à la demande des habitants. Nous, nous avons aussi notre politique d’investissement qui tient compte du critère de rentabilité. Nous ne sommes pas associés aux lotissements mais lorsque de nouvelles zones se créent, nos techniciens vont sur le terrain pour évaluer les besoins et nécessités d’électrification. Il arrive que des habitants nous adressent des lettres pour exprimer le besoin de courant dans leur quartier et quand nous les recevons, une équipe va sur les lieux pour évaluer la rentabilité. Lorsque c’est positif, nous procédons immédiatement à l’électrification des zones concernées.

La SONABEL prévoit le dédommagement des clients en cas de dégâts dont elle serait à l’origine. Dans quelles conditions et y a-t-il des exemples ?
SLK :
Je voudrais d’abord dire que la SONABEL est assurée. Nous avons une police d’assurance qui nous permet de pouvoir dédommager les clients qui ont connu des sinistres qui nous sont imputables. Lorsqu’un client signe son contrat avec la SONABEL, il est dit qu’il a 72 h en cas de sinistre pour faire une déclaration. Auquel cas, la section "sinistres" de la SONABEL se rend sur place pour vérifier si les dégâts sont de notre fait.
Si cela est avéré, nous n’hésitons pas à entamer la procédure afin que notre assureur qui est la SONAR puisse réparer. Lorsque les sinistres sont liés à des cas de force majeure comme la foudre la SONABEL ne peut pas rembourser. Aucune société d’électricité n’a une police d’assurance qui couvre les cas de force majeure. La SONABEL a une haute idée de ses responsabilités sociales, et les assume pleinement. Elle ne s’y déroge jamais ! D’ailleurs, pour aller au-delà de la réponse que je viens de donner à cette question pertinente, qui assurément intéressera beaucoup vos lecteurs et préoccupe nos abonnés, je vais instruire le directeur de la distribution de prendre contact avec les départements commercial et juridique pour mener une grande sensibilisation de nos clients par rapport à leurs droits et devoirs et par rapport aux sinistres qu’ils peuvent connaître à leurs domiciles du fait de la SONABEL.

Est-ce qu’il y a des sinistrés qui ont porté plainte et quelles ont été les suites ?
SLK :
Chaque jour que Dieu fait, nous recevons des cas de sinistres et les clients sont dédommagés lorsqu’il le faut. Il y a des cas où les clients estent en justice et nos avocats s’en occupent mais bien souvent il s’avère que nous ne sommes pas fautifs.

Une question qui fâche, M. le DG : à quand la fin des délestages ?
SLK :
Cette question ne fâche pas. Depuis une dizaine d’années, c’est la première fois que la SONABEL connaît ce genre de désagréments. Nous allons traverser deux mois difficiles mais à partir du mois de juin tout va rentrer dans l’ordre. Nous sommes en train de tout mettre en œuvre pour avoir la capacité additionnelle nécessaire pour qu’à partir de 2009 il n’y ait pas de problèmes pendant un bon bout de temps.

Et à quand la baisse du coût de l’électricité ?
SLK :
Je crois qu’il faut d’abord qu’on travaille à avoir de l’énergie en quantité et en qualité pour l’ensemble de nos abonnés. Ensuite, il faut travailler à augmenter le taux d’électrification du pays ce qui va nous permettre d’atteindre un bon niveau de développement. A partir de là, on avisera. Parce que lorsqu’on parle de l’énergie en quantité et en qualité avec un taux d’électrification élevé, cela suppose que nous allons faire de gros investissements. Je vous rappelle que l’interconnexion Bobo/Ouaga va nous coûter 49 milliards, Bolgatenga-Ouagadougou attendue pour 2012 s’élèvera à une vingtaine de milliards parce qu’en 1997, elle était déjà chiffrée à 17 milliards, la portion de ligne entre la frontière du Niger jusqu’à Ouagadougou est estimée à 54 milliards ; il faut d’abord aller chercher l’argent sur le marché financier, l’investir et pouvoir le rembourser.
Pour être capable de rembourser, il faut secréter des ressources financières à travers un chiffre d’affaires. On ne peut pas vouloir mener à bon port ces différents projets et parler de baisse du prix du kilowatt/heure, qui disons-le franchement est déjà fortement subventionné dans les faits.
Dans tous les cas, le problème du tarif relève des autorités de tutelle qui, elles seules, peuvent décider de nouvelles tarifications.

Avec le prix du pétrole qui ne fait que monter doit-on plutôt craindre que la SONABEL n’emprunte le même ascenseur ?
SLK :
Je pense que le problème a été posé au niveau des autorités et les réflexions sont menées actuellement pour voir les dispositions à prendre pour que cela ne se répercute pas au moins pour cette année, sur la clientèle de la SONABEL.

En ce qui concerne toujours le coût de l’électricité, certains analystes s’étonnent que l’électricité coûte au même prix à Ouagadougou qu’à Dori ou Banfora, etc. Pourquoi ce mode de fixation de prix plutôt que de faire payer au client le coût réel de l’électricité selon sa localité ?
SLK :
Je crois que cette décision des autorités est très sage parce que nous sommes dans un pays où tous les citoyens sont égaux. Nous avons alors choisi à la SONABEL de faire de la péréquation c’est-à-dire que les zones rentables supportent celles qui sont déficitaires. Imaginons-nous que cela soit possible au Burkina Faso que dans un centre comme Ouagadougou parce qu’il est rentable, le client paie l’électricité à 40F le kilowatt/heure alors que celui qui se trouve à Boulsa ou à Gaoua le payerait à 200F ? Ça serait de l’injustice sociale. Voilà pourquoi le gouvernement a décidé de pratiquer la péréquation des prix pour que tous les abonnés de la SONABEL où qu’ils se trouvent payent les mêmes prix.

Dans le cadre des mesures contre la vie chère, le gouvernement a porté la première tranche de consommation de 50 à 75 kW/h. Quelles seront les conséquences de cette mesure déjà que vous vous plaignez des tarifs en cours ?
SLK :
Cette décision fait suite à des revendications des partenaires sociaux. Elle va coûter environ 450 millions par an à la SONABEL. Mais je crois que c’est une mesure sage en ce sens que cela va permettre à la frange la plus fragile de la population de pouvoir maintenir son niveau de vie. Je le disais, nous avons une responsabilité sociale que nous assumons pour le bien de la nation tout entière.

La SONABEL est sur la liste des sociétés à privatiser. A quel stade du processus êtes-vous ?
SLK :
A la date d’aujourd’hui, la commission de privatisation est en train de conduire l’audit financier de la SONABEL, il y a un certain nombre d’études qui sont programmées et qui seront effectuées courant 2008. Au terme de ces différentes études, le gouvernement enclenchera le processus de privatisation de la SONABEL.
La plupart des consommateurs craignent, au regard d’autres privatisations que les coûts des prestations ne montent et que dans le même temps leurs qualités ne baissent. Votre avis ?
SLK : Il n’y a rien à craindre avec la privatisation de la SONABEL parce que le gouvernement a choisi de créer une société de patrimoine qui va toujours porter tous les grands investissements de la société. Il y aura un cahier de charges entre l’Etat, la société affermataire et la société de patrimoine à travers un organe de régulation qui sera créé bientôt et qui va être l’autorité de fixation des différents tarifs et veiller à ce que la qualité du service soit à la hauteur des attentes.

Et les travailleurs ?
SLK :
Actuellement toutes les études menées sont faites pour que le processus de privatisation soit une réussite. Les travailleurs de la SONABEL n’ont rien à craindre par rapport à certaines mesures sociales que pourrait prendre un éventuel partenaire. Tout simplement parce qu’il n’y a pas de surcharge au niveau du personnel et que la masse salariale est maîtrisée. Je dois ajouter que non seulement les travailleurs sont régulièrement informés des différentes étapes du processus mais en plus ils y sont associés.

Monsieur le Directeur général, il semble que la SONABEL figure parmi les meilleures compagnies dans son domaine en Afrique tant dans la qualité du service que dans la gestion. Cela est-il vrai et comment vous-vous y prenez ?
SLK :
La SONABEL est effectivement citée parmi les meilleures sociétés de la région sur ces différents aspects. Mais je pense que cela est à mettre à l’actif de l’ensemble des travailleurs qui, de nuit comme de jour travaillent dans des conditions parfois difficiles pour pouvoir apporter l’énergie dans tous les coins du Burkina Faso. Malheureusement cette année, avec les désagréments que nous avons subis, cela a écorché un peu notre image. Mais je crois que ce qu’il faut retenir, c’est qu’aujourd’hui, nous avons la confiance des bailleurs de fonds. Cela veut dire que nous nous portons bien sur le plan financier. Nos pertes techniques et non techniques n’étant pas élevées, cela signifie que nos agents font bien leur travail. Il reste à prier Dieu pour que cette qualité de travail perdure.

Pourquoi n’a-t-on jamais assisté à une grève avec délestage ? Quel est votre secret ?
SLK :
Cette question est assez délicate pour moi. Il faut dire qu’à la SONABEL, nous avons trois syndicats qui sont vraiment des partenaires sociaux au sens noble du terme. Ce sont des responsables qui acceptent le dialogue avec la direction générale. Ils sont conscients qu’ils n’ont aucun intérêt à casser leur outil de travail. Ce qui ne veut pas dire qu’ils ne sont pas actifs ! Bien au contraire. Lorsqu’il y a un problème, nous nous rencontrons, nous discutons pour trouver des solutions qui sont à l’avantage du travailleur et de la société. Du dehors, les syndicats de la SONABEL peuvent paraître très virulents, mais à l’intérieur, ce sont les gens qui sont ouverts au dialogue, et très réceptifs. En plus de cela, lorsqu’ils ont des revendications justes et qui relèvent de ma compétence, je les accepte sans détour et si elles ne sont pas de mon ressort, je les introduis et les défends au niveau du Conseil d’Administration. Je pense que c’est ce qui fait que généralement les problèmes de la SONABEL ne sont portés sur la place publique. Du reste, je saisis l’occasion de cet entretien pour saluer leur maturité, leur disponibilité au dialogue et surtout leur contribution à la bonne marche de notre entreprise commune.

Pour parler de votre management, on vous dit très rigoureux et porté sur la recherche de l’excellence. Avez-vous les moyens de cette politique et vos collaborateurs vous suivent-ils ?
SLK :
Je ne sais pas si je suis rigoureux. Ce que je sais, c’est que j’ai commencé à travailler sous la coupe de Monsieur Dieudonné YAMEOGO qui a été pendant longtemps Directeur Général des Impôts et qui dirige actuellement un cabinet d’assistance fiscale. C’est un homme rigoureux que j’ai toujours pris en exemple. Je veux ressembler à ce Monsieur là qui était un exemple pour nous lorsque nous étions jeunes fonctionnaires. Pour cela, j’essaye d’avoir des résultats avec mes collaborateurs. J’avoue que j’ai des collaborateurs qui sont disponibles, qui travaillent bien et qui sont à l’écoute de mes préoccupations. Lorsque j’appelle un collaborateur même si c’est à 23h pour poser un problème, à la minute qui suit, il se met au travail. Je pense que c’est ce qui fait la force aujourd’hui de l’équipe de direction de la SONABEL. Il y a le facteur synergie d’action, la compréhension mutuelle entre nous. Il n’en demeure pas moins que lorsqu’il y a des problèmes on discute et on prend des décisions dans l’intérêt de notre société.

Vous auriez fortement rajeuni les cadres de votre entreprise et mis en place une politique de formation permanente. Pourquoi un tel choix et comment se décline cette politique ?
SLK :
Pour les cadres, je dirai que nous sommes tous des cinquantenaires quand même. Nous ne sommes donc pas tout à fait jeunes. Mais je crois que c’est la composition même du personnel de la SONABEL qui impose cela. Nous sommes relativement jeunes et nous essayons d’apporter un plus dans la gestion de cette société. Par ailleurs, je suis parti du fait que nous sommes dans un secteur qui évolue rapidement, et pour permettre à mes collaborateurs d’être au même niveau que les agents des sociétés d’ailleurs nous avons choisi avec le Conseil d’Administration bon an mal an de pouvoir former le personnel de la société, les cadres comme les ouvriers. Nous prévoyons à cet effet un budget de formation de l’ordre de 200 millions de FCFA par an.

Si d’aucuns se félicitent de cette politique de formation, certains murmurent que le choix des bénéficiaires n’est pas transparent. Ces personnes vous accusent d’agir à la tête du client. Que répondez-vous ?
SLK:
Que ce soit pour la formation ou pour les décorations ce sont mes plus proches collaborateurs qui se réunissent et me font les propositions à partir de critères établis. Je n’agis pas à la tête du client. Cette politique de formation des cadres supérieurs n’existait pas à la SONABEL ni cette volonté de reconnaître le mérite par les décorations. C’est un plus que j’ai essayé d’apporter. Malheureusement je ne peux faire former tout le monde en même temps, ni proposer tout le monde à la décoration. Certains devront patienter.

Il semble qu’il n’y a jamais de coupure d’électricité à votre domicile ?
SLK :
Cela fait partie des affabulations. J’habite au secteur 25, tous ceux qui connaissent chez moi savent que lorsqu’il y a coupure dans la zone, j’ai les mêmes désagréments que mes voisins. C’est justement pour éviter ce genre de rumeurs que j’ai décidé de ne pas acheter de groupe électrogène ni même de lampes secours.
Lorsqu’il y a délestage ou une quelconque coupure, j’allume des bougies. J’ai aussi une lampe torche pour cela. J’ai la conscience tranquille.
Par ailleurs, il faut noter que ce n’est pas possible de faire le délestage à la tête du client. Ce n’est pas une question de domicile. Il n’y a que les hôpitaux, la zone industrielle de Kossodo et l’Administration centrale qui sont épargnés par le délestage et qui sont prioritaires en cas de panne et de remise en marche du réseau. Celui qui a par exemple la chance, (et ce n’est pas mon cas ) d’être sur la même ligne que ces services ne subit pas le délestage au même titre que les autres. En plus, il n’y a pas une ligne qui quitte directement la SONABEL pour aller à mon domicile. Je vous apprends que pendant la CAN 2008, je n’ai pas pu suivre la demi-finale Côte d’Ivoire-Egypte parce qu’il y avait coupure de courant dans ma zone. Quand on a commencé à remettre, j’ai été parmi les derniers à être approvisionnés. J’ai des témoins qui ont vécu cet exemple avec moi.

Selon toujours ces mêmes rumeurs, même votre ancien domicile n’est jamais l’objet de délestage ?
SLK :
Mon ancien domicile est actuellement occupé par un jeune couple qui peut vous témoigner qu’il subit les mêmes désagréments que les autres habitants du quartier quand il y a une coupure. A 1km, il y a le domicile du ministre de l’Energie où vous pouvez aller vous renseigner et vérifier s’il ne connaît pas les mêmes désagréments que les autres. Je crois que certains Ouagalais doivent cesser de colporter ce genre de rumeurs dans le seul but de nuire.

Est-ce que le Directeur Général de la SONABEL paie l’électricité au même titre que le commun des citoyens ?
SLK :
Bien sûr ! Je peux vous montrer mes factures. Quand je ne suis pas à jour, l’agent SONABEL peut aller couper mon électricité. Depuis que j’ai commencé à travailler, j’ai toujours mis un point d’honneur à payer mes factures d’eau et d’électricité à temps. Je peux vous le confier, c’est même un tic chez moi.
Vous pouvez consulter mon compte à la SONABEL, j’ai toujours été à jour, avant même de venir à la tête de cette société.

Quels sont les grands projets de la SONABEL ?
SLK :
Je dirai que le premier volet de nos grands projets, ce sont les quatre interconnexions dont je vous ai parlées. Les deux interconnexions avec le Ghana, l’interconnexion avec la Côte d’Ivoire et la grande interconnexion avec le Nigeria. Le deuxième volet, ce sont les raccordements de tous les centres isolés de la SONABEL pour jouer sur les coûts de production. Le troisième volet, c’est de mener une campagne d’extension pour permettre aux populations des différentes localités d’avoir de l’électricité en quantité et en qualité. Dans l’immédiat, et pour la ville de Ouagadougou nous sommes en train d’installer un groupe de 14Mw à Silmissin non loin de Komsilga en prévision de la prochaine pointe et du retard éventuel que pourrait accuser la ligne d’interconnexion Bobo-Ouaga. Le coût de ce nouveau groupe est estimé à 10 milliards et sera fonctionnel d’ici mars 2009.

Vous êtes El hadj. Pourquoi ?
SLK :
Je suis musulman pratiquant. Je m’efforce de vivre ma foi pleinement. Le pèlerinage fait partie des 5 piliers de l’Islam. Il est recommandé au musulman qui est en bonne santé et qui en a les moyens de le faire. En 2006, j’ai estimé que j’étais dans les conditions pour effectuer ce voyage et je l’ai fait. Grâce à Dieu tout s’est bien passé et je rends grâce à Allah !

Vous auriez pour ami François COMPAORE. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?
SLK :
C’est vrai que François COMPAORE, conseiller économique du Président du Faso est mon ami mais je dois dire que c’est une amitié qui date d’une trentaine d’années. Nous nous sommes rencontrés à l’Université d’Abidjan en 1978. Nous avons étudié ensemble. Nous révisions nos leçons ensemble. Nous ne savions même pas que nous allions réussir nos études. Par la suite, lui, il est parti aux Etats-Unis et moi en France pour continuer nos études.
Quand nous sommes rentrés, nous avons consolidé nos relations, nos familles aussi. Nous avons d’autres promotionnaires d’Abidjan qui sont dans tous les secteurs de la vie économique et nous nous fréquentons.

Salif KABORE pratique-t-il un sport actuellement ?
SLK :
Je n’ai plus le temps de faire réellement du sport. D’abord parce que j’évite de pratiquer les sports de contacts compte tenu quand même de mon âge et ensuite parce que mes occupations me laissent peu de temps. Ainsi je m’étais inscrit dans une salle de gymnastique mais j’ai arrêté il y a quatre mois pour des contraintes de temps. Je faisais aussi de la marche au parc Bangr-Wéogo que j’ai également abandonnée ; mais il faut que je reprenne ça au moins pour maintenir la condition physique.

Avez-vous des loisirs. Si oui, lesquels?
SLK :
J’aime beaucoup lire et écouter la musique. Chaque week-end je «suis dans la musique». J’ai une passion qui est le football. Je suis dans les stades quand il y a des matchs à Ouagadougou ou je suis devant la télévision quand ce sont des matchs internationaux.

Que devenez-vous après votre départ de la FBF ?
SLK :
Nous sommes partis de la Fédération depuis juin 2007 et nous nous occupons de nos affaires. Nous disposons maintenant de beaucoup plus de temps pour voir nos amis et pratiquer nos loisirs. J’ai également le temps pour m’occuper de mon club l’Etoile Filante de Ouagadougou.
Je crois que cet épisode de la Fédération est fini. La page est désormais tournée. Nous avons prouvé à certaines personnes que c’était du bénévolat car nous ne gagnons pas notre vie à la FBF et nous sommes partis de nous-même sans vouloir nous accrocher à quoi que ce soit. Le climat était délétère, et il fallait partir.

Que retenez-vous de ce passage de votre vie qui vous a amené à vous impliquer dans l’organisation du football au niveau national ?
SLK :
C’est encore très tôt d’en parler. Il y a certaines choses qu’il faut savoir taire dans l’intérêt supérieur de notre foot-ball. Si vous avez remarqué depuis que nous sommes partis, nous évitons les sorties médiatiques. Il y a beaucoup de choses qui ont été dites qui ne résistent pas à l’analyse mais nous avons opté pour le silence car il faut savoir préserver certaines valeurs de la République.
Il faut permettre à la nouvelle fédération de pouvoir travailler dans la sérénité pour obtenir des résultats. Un jour viendra où nous allons parler et ceux qui parlent aujourd’hui seront rattrapés par la vérité. Le plus important, c’est de permettre la cohésion de la nouvelle équipe.

Avez-vous des contacts avec cette nouvelle Fédération. Si elle vous appelait est-ce que vous seriez disposé à apporter votre concours ?
SLK :
Je n’ai aucun contact avec la nouvelle Fédération. Je considère que gérer un club, une Fédération c’est comme une scène de théâtre. Chacun apparaît, joue sa partition et disparaît. Nous avons joué la nôtre avec le président DIAKITE de 2002 à 2007 et nous avons tourné la page. Il appartient à la nouvelle Fédération de faire son travail.
Je pense qu’il faut lui donner tous les moyens nécessaires et travailler en parfaite intelligence avec elle pour lui permettre d’obtenir les résultats dans la durée. Cela parce que le Burkina Faso quoi qu’on dise n’est pas une nation de football. Nous sommes une nation de foot-ball en construction et il faut donner le temps au temps. Si nous voulons avoir des résultats à court terme, nous allons toujours changer les fédérations, et cela ne va rien résoudre. Il est toujours mieux de laisser l’encadrement technique faire son travail. Même si nous échouons en 2010, il ne faut pas se décourager.

Vous êtes membre de nombreuses associations et homme très sollicité à ce qu’on dit ; pourquoi ?
SLK :
Pas tellement. Je ne suis que membre du Lions’ Club International et administrateur à l’EFO. Je suis également militant d’une organisation politique. De façon générale, je pense qu’il faut toujours apporter sa contribution lorsqu’on vit en République. Quant aux différentes sollicitations je m’efforce de me rendre le plus utile possible à mon prochain.

Quels sont vos rapports actuels avec l’EFO, et comment les conciliez-vous avec l’AS-SONABEL ?
SLK :
Je suis administrateur de l’EFO depuis la mise en place du conseil d’Administration en 1994. Je paye régulièrement mes cotisations. En tant que directeur général de la SONABEL qui est le premier sponsor de l’AS-SONABEL, je supporte aussi cette équipe. Nous sommes montés en première division. Cette année le club rencontre quelques difficultés mais je crois que nous allons tout faire pour nous maintenir en première division. Dans l’ordre je supporte l’EFO et l'AS SONABEL ensuite sans oublier l’AS Koupéla qui est l’équipe de ma province.

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