Quatorze années après, le 2 juin 1994 est de nouveau d’actualité. Ni plus, ni moins. Il nous faut nous ressourcer dans ce discours fondateur. Il n’y a pas d’autres alternatives si nous ne voulons pas être à la merci du hasard, du désordre ou des contraintes extérieures. Ainsi après les premières séries de mesures d’urgence et celles des marches, grèves et actes de vandalisme il faut trouver autre chose pour échapper aux contraintes de l’extérieur qui nous extravertissent. Plus que jamais nous devons faire appel à ce qui fonde notre destinée commune. Parce que notre peuple n’est pas de ceux qui se résignent. Mais dans cette affaire, chacun a un rôle à jouer et doit le jouer dans le temps pour que la musique soit harmonieuse. C’est à ce prix seulement que nous pourrons nous en sortir.
«Notre peuple n’a jamais été de ceux qui se résignent, qui acceptent la fatalité d’un ordre mondial favorable aux plus nantis…». Et d’un ! «C’est à la hauteur de l’ambition collective et des actions audacieuses que l’on reconnaît les nations fortes, celles qui ne sombrent jamais, celles qui sont capables des plus grands dépassements…». Et de deux ! Enfin cet autre extrait : «Nous devons nous départir de nos habitudes d’hier devenues inopérantes pour un redéploiement à la base de toute l’économie nationale. La perspective dans laquelle j’invite chacun de vous à s’engager dès maintenant est celle d’une résistance productive et d’une capacité autonome à lutter efficacement pour des réalisations concrètes...».
Vous l’aurez remarqué ce sont là quelques passages du discours que le Président du Faso a prononcé au cours du désormais célèbre Meeting National sur la Production. C’était le 2 juin 1994 devant 8 000 délégués représentant les 8 000 villages du pays et dans un Stade du 4-Août archi comble. Inutile de revenir sur la ferveur du moment ; ce n’est pas l’objet de ces rappels. Tout simplement que ces propos sont plus que d’actualité, le contexte de leur tenue ayant d’étranges similitudes avec la situation actuelle de notre pays. En effet, si dans ce pays, il y a eu «vie chère», c’était bien en 1994 où avec la dévaluation de 50% du FCFA, les prix de tous les produits avaient explosé. A l’époque nul ne savait de quoi demain serait fait, si ce n’était que la situation était difficile et promettait des lendemains incertains. Il fallait un véritable sursaut national pour inventer un avenir tout autre. C’est à ce défi que Blaise COMPAORE appelait le peuple dans toutes ses composantes, lui soumettant entre autres cette question à laquelle il répondra par un «Non» cinglant : «Laisserons-nous le hasard, le désordre et les contraintes extérieures nous imposer le délabrement de notre tissu économique, nous transmuter en consommateurs passifs relégués à la périphérie du monde ?» Il s’en est suivi six engagements nationaux pour concrétiser la «résistance productive». A l’occasion du 34e anniversaire de l’Indépendance nationale, dans son message à la Nation du 10 décembre de la même année, le Président du Faso rappelait justement ces engagements en ces termes : «L’élan national nouveau pour la production que j’ai sollicité au mois de juin doit être perçu comme notre volonté collective de consommer en priorité ce que nous produisons et d’inverser la situation actuelle de déficit de notre balance commerciale par une meilleure organisation de nos exportations. Les Engagements du 2 juin constituent des solutions endogènes aux multiples préoccupations inhérentes à notre environnement économique…»
Depuis lors beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. On sait que partout dans le pays, en ville comme en campagne, dans l’administration comme dans les ateliers, les champs ou les usines, les populations avaient fait de cet appel leur bréviaire à telle enseigne qu’il n’y en avait que pour les engagements nationaux. De six ils ont essaimé enfantant de nombreux autres, tous tournés vers la production et la valorisation du capital humain. Chaque anniversaire était des moments de bilan sans complaisance qui obligeaient chaque chef de projet à faire du mieux qu’il pouvait pour ne pas être à la traîne. On a même eu droit à un séminaire gouvernemental. La pilule de la dévaluation est donc passée, sans trop de bobos. Et le train-train quotidien a repris le dessus avec tout ce qui va avec.
Quatorze années après, le 2 juin 1994 est de nouveau d’actualité. Ni plus, ni moins. Il nous faut nous ressourcer dans ce discours fondateur. Il n’y a pas d’autres alternatives si nous ne voulons pas être à la merci du hasard, du désordre ou des contraintes extérieures. Ainsi après les premières séries de mesures d’urgence et celles des marches, grèves et actes de vandalisme il faut trouver autre chose pour échapper aux contraintes de l’extérieur qui nous extravertissent. Plus que jamais nous devons faire appel à ce qui fonde notre destinée commune. Parce que notre peuple n’est pas de ceux qui se résignent. Mais dans cette affaire, chacun a un rôle à jouer et doit le jouer dans le temps pour que la musique soit harmonieuse. C’est à ce prix seulement que nous pourrons nous en sortir.
A notre sens, la situation mérite autant, sinon plus d’attention qu’en 1994 parce que les enjeux tout en étant du même ordre exigent plus d’efforts aujourd’hui. A défaut d’agir dans ce sens, on risque de donner des idées aux autres et aux charlatans de tous ordres.
D’ailleurs, ils ne s’en privent déjà pas puisqu’on entend ici et là certains parler de crise de régime, tandisque se forment des collectifs à tour de bras chacun voyant midi à sa porte. La nature a horreur du vide dit-on. Et le pouvoir ne pourrait que s’en prendre à lui-même. Mais voilà ; ce n’est pas qu’une question de pouvoir !.
Par Cheick AHMED
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