«Le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt»
La campagne cotonnière 2008/2009 s’annonce sous de nouvelles auspices au Burkina Faso. Après une persistante crise de trois ans, «tous les clignotants sont au vert».
Les équipes de la SOFITEX qui ont sillonné les zones cotonnières ont été formelles ; les conditions de la relance sont réunies ; il faut en profiter
Les forums suivent, mais ne se ressemblent pas
Partout où les équipes de la Sofitex sont passées, comme ici à Silly dans la Sissili, les producteurs de coton se sont engagés à rélever le défi de la relance de la filière.
Cette année la SOFITEX a l’ambition de réussir à convaincre les producteurs sur les avantages liés aux données nouvelles. Pour cela ces forums ont été décentralisés le maximum possible de sorte à toucher le producteur le plus reculé des zones.
Les étapes se suivent également mais ne se ressemblent pas. Le 21 avril à Poya dans le département de Karangasso Vigué, l’équipe conduite par Casimir TIAHOUN était en difficulté devant les producteurs. Ces derniers étaient très remontés contre la SOFITEX. Ils sont habitués à réaliser des récoltes précoces. Normalement en cas de payement, ils estimaient être prioritaires. Ce ne fut pas le cas. Pire, jusqu’au 21 avril dernier, aucun producteur de Poya n’avait perçu le moindre sou. Les paysans ont voulu avant toute chose palper d’abord leur argent. Il a fallu toute la subtilité de l’équipe de la SOFITEX pour que les débats puissent se mener dans la civilité.
Toute cette situation est inhérente aux difficultés que la filière a enregistrées pendant les 3 dernières années. «Si l’année est mélangée ce n’est pas la peine de compter les mois».
Le même scénario s’est déroulé, le 26 avril à Kounséni dans le département de Banzon.
Aboubacar SAYE directeur industriel adjoint de la SOFITEX a rencontré des producteurs qui après calcul pensent que ceux qui ont refusé de cultiver le coton et ceux qui ont accepté sont dans les mêmes situations. Ils attendent impatiemment l’argent.
Promesse leur a été faite que les choses ne sauraient tarder davantage. A Kounséni, outre la SOFITEX, les producteurs ont pris à partie le président de l’Union provinciale des producteurs de coton du Kénédougou. Ils accusent Jean-Pierre Sogotré TRAORE d’être inactif et de ne rien faire pour atténuer la souffrance de ses frères producteurs.
Certains pensent même qu’il est de mèche avec la SOFITEX. C’est encore cette même SOFITEX à travers le même directeur, qui s’est vu obligé de jouer au pompier pour éteindre le feu entre les producteurs. «L’heure n’est plus aux tergiversations ; la période noire est à mettre au titre du passé ; pensons plutôt au présent et au futur».
Kounséni est un village du Kénédougou Sud, une zone qui couvre 7 départements. Malgré des conditions naturelles favorables, la production n’est pas très importante à telle enseigne qu’elle ne possède aucune usine à l’opposé de sa sœur du Kénédougou Nord qui avec ses 6 départements possède deux usines (Kourouma et N’Dorola).
M. Aboubacar SAYE a exhorté les producteurs du Kénédougou au travail et à changer de méthodes face à la nouvelle donne qui s’annonce favorable.
Le 22 avril 2008, à Bondokuy le chef de la région cotonnière de Dédougou Francis KOLOGO a pris le soin de faire venir au forum le chef de la nouvelle usine de la localité Abdoulaye DENE.
Ce dernier s’est dit impatient de voir le coton rentrer à l’usine. «Cette année c’est la fin de la galère à Bondokuy. La nouvelle usine sera fonctionnelle à la campagne d’égrenage prochaine», a lancé Francis KOLOGO face aux nombreuses plaintes des producteurs à propos de l’évacuation du coton. La campagne écoulée, c’est Dédougou et Bobo qui ont réceptionné le coton de Bondokuy. Cela a amené des difficultés de payement. Au jour du 22 avril, sur 125 GPC, seuls 32 étaient en attente d’être payés. Le chef de région a encouragé les producteurs à redoubler d’ardeur pour atteindre une production honorable.
En 2007/2008, la région de Dédougou a emblavé 41 mille hectares. Cette année ce sont 54 mille hectares de besoin qu’ils ont exprimés et cela sans les demandes complémentaires qui ne manqueront pas avec l’embellie.
Le 24 avril, c’est Fouzan dans la province du Tuy qui a accueilli le forum dirigé par l’inspecteur Saïdou DICKO et le chef de la région cotonnière de Houndé Lassana KARGOUGOU. Cette région a réalisé 60 mille tonnes. «Si elle veut participer à l’objectif global de 650 mille tonnes sur l’ensemble de la zone SOFITEX, elle doit tripler de production», a révélé le CR de Houndé qui pense que cela est possible d’autant plus qu’elle a déjà réalisé un record de 110 mille tonnes.
Face à la crise, les producteurs de Fougan pensent que le fonds de soutien n’a pas joué son rôle. Sur cette question, Lassana KARGOUGOU a été clair : «Le fonds de soutien existe, mais elle a aussi ses limites».
Mention spéciale aux producteurs de Kimini
L’étape de Wakuy dans le département de Béréba s’est déroulée, le 23 avril sous fond de règlement de compte entre les producteurs qui ont laissé apparaître de nombreuses divergences de points de vue.
Là aussi, l’Union provinciale des producteurs a été prise à partie. Dans cette lutte fratricide, les producteurs n’ont pas oublié la SOFITEX. Les problèmes de conditionnement et d’évacuation ont été posés.
Ils ont fustigé l’opérateur privé UTA, qui est chargé de transporter leur coton.
L’inspecteur général Hado ZOUNGRANA n’a pas voulu rentrer dans cette polémique. Il a exhorté les producteurs à faire confiance à leurs dirigeants à travers l’UNPCB et à la SOFITEX. «L’activité du conditionnement est organisée autour de trois structures et c’est là qu’il faut mener le combat, pas lors des forums».
Malgré la mésentente entre les producteurs, Wakuy est le premier producteur de coton dans le département de Béréba.
Il a produit 3 mille tonnes en 2006/2007 contre seulement 1900 tonnes en 2007/2008.
L’inspecteur Hado a appelé les producteurs de Wakuy au travail afin de relever considérablement la production.
L’étape de Kimini dans le département de Padéma, le 25 avril a été dirigée par le conseiller technique du DG, Amidine BA accompagné de Moussa SIDIBE de la région cotonnière de Bobo.
Zone cotonnière très active, là-bas, le débat est constructif. Les producteurs n’ont pas trop de problèmes comme ailleurs. Dans les GPC de Kimini, on a enregistré seulement 250 mille francs CFA d’impayés externes.
Amidine BA a souhaité que les producteurs et la SOFITEX regardent dans la même direction.
«Ce n’est pas de gaîté de cœur que le coton n’a pas été payé à temps. Ce n’est pas la faute de SOFITEX», a affirmé Amidine BA.
Au niveau des impayés internes, le conseiller du DG a demandé aux différents GPC de se comprendre.
«Il faut un minimum de confiance entre la SOFITEX et les producteurs afin de permettre à la filière cotonnière d’évoluer», a-t-il ajouter.
Deux préoccupations des producteurs de Kimini ont eu un écho favorable. Il s’agit de l’aliment de bétail mis à leur disposition par le biais du conseiller du DG qui a négocié avec les huileries de Bobo jusqu’à 500 tonnes de tourtereaux pour les animaux des producteurs. Le premier stock de 360 sacs est déjà disponible. L’autre information concerne l’implantation prochaine du réseau CELTEL dans la zone. De Zangona jusqu’à Laïrasso, les producteurs seront connectés sur le réseau CELTEL à la demande du DG de la SOFITEX.
Les producteurs de Kimini sont tournés vers l’évolution. Ils se sont engagés aux côtés de la SOFITEX pour la relance du coton.
Amidine BA leur a dit: «Nous devons encadrer notre relation dans la transparence et la confiance. On ne peut rien faire de bon dans la méfiance».
Partout au cours de ces forums, le leitmotiv était le même : la relance de la production. La volonté est là.
Silly et Yé prêts pour un nouveau départ
Les 21 et 22 avril derniers deux équipes de la SOFITEX conduites par M. Sonny OUMAR et M. Ousmane OUEDRAOGO étaient respectivement à Silly dans la Sissili et à Yé dans le Nayala à la rencontre des producteurs de coton. Objectifs : apporter les bonnes nouvelles de la campagne qui s’annonce et encourager les producteurs à plus d’ardeur et d’abnégation pour relever le défi des 650 000 tonnes.
A Silly dans la Sissili l’équipe conduite par M. Oumar SONNY et l’inspecteur Innocent YAGO ont d’abord dressé le bilan de la campagne écoulée. Un bilan peu reluisant marqué par la baisse de la production. Une baisse due essentiellement aux aléas climatiques et au prix du kilogramme de coton graine. Les ambassadeurs de la SOFITEX après avoir dressé le tableau de la campagne écoulée ont tenu à remercier l’Etat burkinabè pour son soutien constant à la filière. Ils ont aussi fait une mention spéciale aux producteurs qui n’ont pas baissé les bras malgré les difficultés. L’inspecteur YAGO axera son intervention sur la campagne qui s’annonce et les différentes mesures prises au profit des producteurs. «Nous sommes venus vous annoncer de bonnes nouvelles» lancera-t-il aux producteurs en guise d’introduction. Comme bonnes nouvelles, il leur dira que le prix plancher du kg de coton graine pour cette campagne est fixé 165 FCFA. La ristourne de 10F de la campagne écoulée sera payée aux producteurs en fin mai. Autre bonne nouvelle, à l’issue de la présente campagne, si l’objectif est atteint, les producteurs bénéficieront d’une ristourne de 15F CFA, une somme qui, selon les émissaires de la SOFITEX, est susceptible d’augmenter. Enfin, grâce au soutien de l’Etat à la filière, les prix des intrants resteront inchangés. M. YAGO annonce aussi l’ouverture très prochaine de l’usine d’égrenage de Léo. Une somme de bonnes nouvelles accueillies par un tonnerre d’applaudissements. Au regard de ce qui précède, l’équipe de la SOFITEX a invité les producteurs à plus d’ardeur au travail, en insistant sur l’intensification de la production au lieu de l’extension.
Prenant à leur tour la parole, les producteurs de Silly ont évoqué un certain nombre de problèmes. Des problèmes, liés entre autres, aux conflits fonciers, aux retards de payement et d’enlèvement du coton, aux fluctuations du prix du coton…
A toutes ces questions, M. Oumar SONNY et son équipe ont donné des réponses satisfaisantes qui ont galvanisé plus d’un producteur de Silly. Rendez-vous a donc été pris sur le terrain de la production.
Le 22 avril, c’était le département de Yé dans le Nayala qui a accueilli l’équipe de la SOFITEX conduite par M. Ousmane OUEDRAOGO, chargé de suivi évaluation de la nationale des fibres.
Le message des envoyés de la SOFITEX était le même, ainsi que les préoccupations des producteurs. M. OUEDRAOGO qui a était assisté du chef de la région cotonnière, M. Henri COMPAORE a encouragé les producteurs à faire mieux que la campagne écoulée tout en insistant sur les efforts faits par l’Etat et la SOFITEX.
La rencontre de Yé a été une occasion pour les ambassadeurs de la SOFITEX de récompenser les producteurs qui se sont distingués dans la culture du coton tant au plan départemental que régional.
Et c’est M. Touré Ousmane qui a été le meilleur producteur, recevant ainsi une attestation, une moto et des intrants sous les applaudissements des autres producteurs.
A l’issue de la rencontre de Yé, la satisfaction et l’engagement pour un nouveau départ se lisaient sur le visage des producteurs ce qui n’était pas pour déplaire aux chefs d’équipe et de région, M. Ousmane OUEDRAOGO et Henri COMPAORE.
Les producteurs se sont engagés maintenant il ne reste plus qu’à prier le bon Dieu pour qu’il nous accorde de bonnes pluies.
Ne dit-on pas que l’homme propose, mais Dieu dispose.
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Par Drissa KONE à Bobo-Dioulasso
et Idrissa BIRBA
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