L'opinion N°551
Du 30 avril au 06 mai 2008

Editorial

Le CDP dans l'œil du cyclone

De là à suspecter les signataires de la lettre d’être de connivence avec les adversaires, de faire leur jeu ou de vouloir comme des rats fuir le navire en pleine tempête, il y a un pas que certains franchissent déjà et que nous nous interdisons en l’état actuel des faits. Pour nous conforter dans notre analyse, il n’y a qu’à faire confiance aux signataires eux-mêmes qui affirment que leur combat vise à permettre à leur parti, le CDP «de soutenir l’action du président Blaise COMPAORE pour des victoires encore plus éclatantes…». Quand on connaît le caractère de certains d’entre eux, on ne peut que les croire … ; jusqu’à preuve du contraire.

Si les préoccupations du commun des mortels au Burkina Faso et même des privilégiés «qui ont fini» avec les besoins primaires d’ici bas pour se préoccuper essentiellement des choses de l’esprit, n’étaient pas ailleurs actuellement, la sortie de certains ténors du CDP sur de supposés dysfonctionnements au sein de leur parti aurait sans aucun doute fait l’effet d’une bombe. Mais voilà, il semble que les uns et les autres aient d’autres chats à fouetter pris qu’ils sont entre les tensions d’une «vie chère» qui résiste jusque-là à toutes les thérapies et les vicissitudes d’un climat sociopolitique des plus complexes.
Pourtant le fait est de première importance et interpelle outre les premiers acteurs concernés, tous ces analystes dont certains ont de par le passé fait montre d’une plus grande promptitude à opiner sur les faits et gestes des hommes politiques. Est-ce à dire que cette sortie ne ferait que l’effet d’un pet de poisson dans un océan ? Ce serait faire preuve de légèreté que le penser même si pour surprenante qu’elle soit elle est loin d’être inattendue tant les signes avant-coureurs étaient légion. D’ailleurs nombreux sont les analystes qui la guettaient et s’étonnaient du temps que cela mettait. Si on ne peut donc pas dire qu’il n’y a rien au Faso parce qu’il s’agit tout de même du parti au pouvoir et que les signataires de la lettre ne sont pas «n’importe qui», c’est dire que le silence observé est un message, une réponse qui ne dit pas son nom qui demande elle-même à être analysée.
En effet, on pourrait tout dire de cette lettre sauf qu’elle est sans intérêt. Tant par les problèmes qu’elle pose, que son opportunité et les perspectives qu’elle permet d’entrevoir elle revêt une réelle importance. Sans oser devancer l’iguane dans l’eau, ce qui, en pareille situation serait la pire des bêtises et au risque de voir notre analyse nous péter à la figure demain, essayons tout de même quelques pistes en campant d’abord le contexte.
Ce 25 avril 2008, date de publication de cette lettre écrite, depuis selon ses signataires deux mois, le Burkina Faso est en bute au phénomène de la vie chère qui l’a vu revivre une scène de violence qu’il avait fini par oublier du fait d’un consensus national et d’une démocratie apaisée qui ont civilisé les rapports entre les politiques. Le climat social est donc à la surchauffe, avec des syndicats devenues particulièrement vindicatifs et qui haussent la voix à tout va usant de la grève à tour de bras comme s’ils étaient en service commandé. Pour accroître leur base de mobilisation dans l’espoir de parvenir à des actions réellement significatives contrairement à ce qu’ils nous ont donné de voir jusque-là, ils ont formalisé une coalition avec une myriade d’associations de la société civile. Malgré cela, en dehors de l’image qu’ils véhiculent, leurs actions ont peu d’impact sur la vie de tous les jours. Il faut dire que ce n’est pas faute de le vouloir, mais leurs messages sont si brouillés qu’ils ont du mal à convaincre qu’ils sont une partie de la solution. Ce n’est pas pour autant que le pouvoir ne s’active pas pour répondre au mieux à leurs revendications. Bien au contraire en guise de bonne volonté, il a pris d’importantes mesures mêmes si celles-ci ne sont pas décisives et ne permettent pas d’infléchir sérieusement le cours de la cherté de la vie.
Le contexte, c’est aussi ce coup de gueule d’une partie de la classe politique qui appelle à une refondation au prétexte que le pays serait en crise, une crise qui à ses yeux ne peut avoir de solution dans la dynamique démocratique en cours. Elle réclame ni plus ni moins qu’une remise à plat entière de tout le système pour une redistribution des cartes qui ne tiendrait pas compte de la volonté du peuple exprimée dans les urnes mais en fonction de critères qu’on demande de savoir. En fait, elle remet en cause la légitimité et la légalité du pouvoir et des institutions en place. C’est vrai que là aussi le message a du mal à passer mais il existe et ne peut être «multiplié» par zéro.
On ne peut pas non plus ne pas tenir compte du réaménagement gouvernemental du mois dernier, qui, à en croire certains analystes, serait la résultante d’une crise ou à tout le moins d’un malaise larvé qui contredit l’image d’unité que tente de présenter le CDP au pouvoir.
Autant dire que l’atmosphère n’est pas à la franche rigolade ni pour le pouvoir qui se démène pour garder la tête du pays hors de l’eau dans l’océan tumultueux d’un monde qui a perdu ses repères, ni pour le parti au pouvoir, qui, même s’il se fait peu voir et entendre n’en est pas moins au charbon pour contrer les vieilletés de ses adversaires.
Tous ces faits sont-ils totalement étrangers ou de simples catalyseurs ou encore des éléments du puzzle de l’analyse de ceux qui entendent désormais mener un combat à l’intérieur du CDP pour «… ouvrir la voie à des reformes internes claires pour répondre à l’attente des militants, répondre à l’exigence du présent et de l’avenir…» ? On peut difficilement répondre par l’affirmative surtout si on a pour conviction que le linge sale se lave en famille et que devant l’adversité on se serre les coudes. Un adage de chez nous ne dit-il pas littéralement que «quand la pluie vous bat il n’est pas intelligent de vous battre entre vous»?
De là à suspecter les signataires de la lettre d’être de connivence avec les adversaires, de faire leur jeu ou de vouloir comme des rats fuir le navire en pleine tempête, il y a un pas que certains franchissent déjà et que nous nous interdisons en l’état actuel des faits. Pour nous conforter dans notre analyse, il n’y a qu’à faire confiance aux signataires eux-mêmes qui affirment que leur combat vise à permettre à leur parti, le CDP «de soutenir l’action du président Blaise COMPAORE pour des victoires encore plus éclatantes…». Quand on connaît le caractère de certains d’entre eux, on ne peut que les croire … ; jusqu’à preuve du contraire.
L’eau versée, dit-on, ne peut pas être ramassée. Il ne reste plus qu’à voir comment le CDP va résoudre cette affaire, car des problèmes, il en existe dans tous les partis et c’est à leur capacité de les résoudre qu’on reconnaît les grands partis. L’occasion lui est donc donnée de montrer qu’il est un grand parti et qu’un grand n’est pas un petit !o

Par Cheick AHMED
cheickahmed001@yahoo.fr

 

Par Cheick AHMED
cheickahmed001@yahoo.fr

Retour au sommaire




 

Liberté d'opinion....liberté d'informer

©Copyrigth : Opinion 2005 - 2006