L'opinion N°553
Du 14 au 20 mai 2008

Nation

Grève des 13, 14 et 15 mai

Sans objet !

Les syndicats burkinabè ont appelé à une grève générale les 13, 14 et 15 mai. En lisant leur argumentaire et la déclaration du Gouvernement, le mouvement ne trouve aucune justification.

Une des marches des syndicats

«La grève des 13, 14 et 15 mai 2008 se mène autour de revendications portant sur l’augmentation des salaires et pensions, la réduction des prix et le contrôle des prix et de la qualité des prix des produits de première nécessité, la réduction des taxes, le relèvement des premières tranches de l’ONEA et de la SONABEL, l’application des points d’accord gouvernement/syndicats issus des négociations de novembre 2007…». Dans cet extrait de la déclaration publiée dans le n°4114 du journal «Le Pays», les centrales syndicales n’apportent rien de nouveau à ce qu’on sait. C’est la même rengaine depuis quelque temps et la vie chère est venue comme pour permettre d’élever les enchères dans le bras de fer que l’on a engagé contre le gouvernement qui aussi, comme pour clamer sa bonne foi dans ses rapports avec les acteurs sociaux, a publié une déclaration qui démonte point par point les allégations des syndicats.
Commençons par le relèvement des premières tranches de la SONABEL et de l’ONEA. Les autorités ont accédé à la revendication syndicale en acceptant 75Kwh pour l’électricité et 8m3 pour l’eau pour compter du 1er juillet 2008. Dans moins de deux mois donc, les Burkinabè moyens pourront augmenter leur consommation de courant sans crainte de passer la barre de 50 Kwh qui était pénalisante. Les responsables syndicaux qui sont sans doute les premiers informés ne le disent pourtant pas à leurs militants et continuent d’utiliser l’argumentaire de l’«électricité la plus chère» pour mobiliser les ignorants. Le relèvement de la première tranche va impliquer de la part de la SONABEL un effort financier pour combler l’éventuel déficit. Idem pour l’eau dont on sait que la production nécessite de lourds investissements de la part de l’ONEA.
L’autre point qui permet aux responsables syndicaux de vivre en adéquation avec la frange agitatrice de leurs militants est l’application des points d’accords issus des négociations. Le gouvernement se défend de tout immobilisme et «tient à la disposition des centrales syndicales le bilan établi par la direction générale du travail sur la base des données fournies par les départements ministériels compétents». Même si les représentants des travailleurs n’ont jamais confiance, à tout le moins, ils doivent prendre connaissance de ces documents afin de mesurer les avancées. A moins qu’ils n’aient décidé d’agir dans l’absolu ce qui ne serait pas conforme aux saines relations indispensables dans le fonctionnement de la République. Malgré cela, la porte reste ouverte. «Une séance de travail à une date de votre convenance permettra de dissiper toutes les incompréhensions» leur a écrit le ministre du Travail Jérôme BOUGMA.

L’alibi de la vie chère
On ne sait plus ce qu’il faut dire quand l’argument de la vie chère est bidonnée pour pourrir l’atmosphère sociale. Le pétrole, c’est connu, constitue un des fondamentaux de l’économie mondiale. Depuis quelques mois, son prix ne cesse de flamber. Les dernières cotations sont à plus de 120 dollars US le baril et certains économistes les voient dépasser la barre des 200 dollars avant la fin de l’année. A moins de mettre le Burkina dans une tour d’ivoire ou de découvrir des super gisements quelque part au Faso, la courbe des prix des produits «dérivés» suivra celle de l’or noir.
Ce n’est pas une grève qui peut fléchir les intérêts des grands groupes qui fixent les prix des produits à New York ou à Tokyo. On peut d’ailleurs se féliciter de l’action du gouvernement burkinabè qui a immédiatement pris des mesures dès le début du phénomène pour soulager un tant soit peu la souffrance des populations. On peut citer la décote douanière de certains produits de grande consommation comme le riz, le lait, les pâtes alimentaires. On peut épiloguer sur son effet immédiat sur les prix par rapport au fonctionnement de l’économie, mais on ne peut pas nier la volonté d’agir dans le sens de l’intérêt général. L’action a d’ailleurs été poussée plus loin avec la subvention «des prix des céréales vendues à prix social, le renforcement de la surveillance des prix ainsi que leur qualité». La persistance de la «cherté» n’est donc pas liée à la mauvaise volonté du prince mais bien à l’environnement international dont personne ne peut se soustraire de la pression. Les donnes partout ailleurs au monde ont changé et les instincts protectionnistes en certains domaines sont en train de se réveiller. On le voit bien, certains pays qui étaient champion dans l’exportation de certains produits notamment alimentaires ont choisi de garder pour leur propre besoin leurs stocks. Le cas du riz est le plus patent. En effet, les pays producteurs d’Asie refusent de vendre leurs récoltes afin de nourrir leurs propres populations. Une situation consécutive à la baisse de leurs récoltes due à des sécheresses on des inondations sinon à des politiques agricoles pour certains pays qui réduisent leurs productions vivrières, au profit de cultures industrielles, biocarburant aidant. C’est dire que des pays du Sahel comme le Burkina, tributaires de l’importation de riz pour l’alimentation de leurs populations ne peuvent que voir rouge.
Il faut dire que nos réalités, qui ne sont pas d’aujourd’hui, doivent nous faire savoir raison garder pour ne pas prendre des vessies pour des lanternes. Voilà pourquoi apparaît le mouvement syndical des 13, 14 et 15 avril comme sans objet. Les syndicats doivent chercher à rémobiliser leurs adhérents autour d’autres combats autrement plus bénéfiques que l’agitation à tout le moins inutile.

Par Ahmed NAZE

Processus de paix en Côte d’Ivoire
La sérénité est de mise

Réunis à Yamoussoukro, le 9 mai dernier, les principaux acteurs du processus de sortie de crise en Côte d’Ivoire ont convenu de la bonne marche de celui-ci, tout en s’inquiétant de quelques écueils qui n’empêchent pas la sérénité d’être de mise.

Blaise COMPAORE, facilitateur du dialogue direct inter-ivoiriens

Cette réunion de Yamoussoukro intervenait sinon dans un climat délétère du moins dans une atmosphère tendue, précédée qu’elle avait été par une passe d’armes verbale entre l’épouse du chef de l’Etat et les Forces nouvelles (FN). Persuadée qu’il ne fallait pas «plus d’un mois» pour désarmer les soldats des FN, Simone GBAGBO avait estimé que les FN, en demandant cinq mois pour le faire, tombaient dans le dilatoire et hypothéquaient ainsi la suite du processus. «Un rappel à l’ordre» qui n’avait guère plu aux destinataires qui ont demandé quasiment à la première Dame de Côte d’Ivoire de revenir sur ses propos. Si le communiqué ayant sanctionné les travaux du CPC ne fait pas explicitement cas de cet épisode houleux, il laisse clairement entendre que la «sécurisation du processus» doit être un élément central à l’étape actuelle de son cours. Dit autrement, des questions militaires et l’avenir de certaines personnes doivent être réglés hic et nunc, pour éviter une rechute au pays.
Si toutes les questions sont en effet «sous contrôle», la reconversion de certains éléments des FN, notamment des cadres militaires, n’est pas clairement définie.
C’est vrai que les questions militaires ne se règlent pas sur la place publique, mais, l’affaire des grades dits «SORO» qui a été confiée au Facitilateur doit être tranchée. Les «com-zones» comme Chérif OUSMANE, Tuo FOZIE… seront-ils réintégrés dans leurs grades actuels ou dans ceux qui étaient les leurs avant le déclenchement de la crise ? La question n’est pas superflue, car, elle a déjà commencé à empoisonner l’atmosphère en Côte d’Ivoire. Un communiqué ( ?) émanant d’un «syndicat des Forces Armées», souligne en effet que l’armée nationale «ne saurait accueillir des individus qui ont combattu le pays». Un message qui s’adresse, on s’en doute, aux soldats des FN et à leurs cadres, dont le désarmement a commencé. Si l’état major s’est fendu d’un communiqué condamnant cette prise de position «irresponsable», le ver est dans le fruit, et, il va falloir l’en extraire avant qu’il ne le ronge entièrement. Au-delà des cadres militaires, cette sécurisation doit aussi concerner les cadres civils qui sont «casernés» à l’hôtel du Golf à Abidjan depuis la formation du gouvernement. Guillaume SORO dont le mandat «s’arrête» le 30 novembre 2008, a-t-il un avenir dans l’immédiat en Côte d’Ivoire ? Bien sûr, par le jeu des alliances qui vont se nouer à l’occasion de la campagne présidentielle, il peut se trouver une «niche». La prudence recommanderait toutefois que la question de sa sécurité soit tranchée ici et maintenant. Des conjectures qui peuvent être levées avec la tenue d’élections libres, transparentes et véritablement démocratiques. Une occurrence qui demande une bonne conduite de la part de tous, mais aussi beaucoup d’argent.
D’où l’intérêt très marqué du CPC pour le financement du processus, déficitaire jusque-là. Le CPC a lancé un appel «pressant» aux bailleurs de fonds pour qu’ils apportent un appui «diligent et conséquent» aux efforts déployés par l’Etat de Côte d’Ivoire. Diligent, car les tâches immédiates (désarmement, démarrage du service civique, poursuite des audiences foraines…) demandent beaucoup d’argent. La forte détermination des acteurs civils et militaires ivoiriens à aller «résolument» vers la paix a cependant entraîné un climat de sécurité tout le long des travaux. Le facilitateur pouvait donc affirmer à bon droit que «la date du 30 novembre 2008 est la bonne». En tous les cas, tous les réglages seront effectués pour qu’il en soit ainsi.

Par Alpha YAYA

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