Tout indique que le gouvernement n’a pas pris «convenablement compte» du phénomène de la xénophobie dont de nombreux signes avant-coureurs étaient visibles depuis des années. Si ce n’était le cas, comment expliquer que des fermiers blancs se muent en auxiliaires de police pour traquer de nuit les clandestins et les remettre à la police ? Si ce n’était le cas comment accepter que des immigrés soient employés au noir au tiers du SMIG ? Enfin Thabo MBEKI peut-il ignorer les colonnes de Zimbabwéens qui ont fui la crise politico-économique de leur pays pour se réfugier chez lui ? Que fait-il pour eux ? Rien ! C’est à peine s’il ne les considère pas lui-même comme des parias puisqu’il estime qu’il n’y a pas de crise au Zimbabwe, donc aucune raison pour les Zimbabwéens de fuir leur pays.
22, voire 23 tués en une semaine, des centaines de blessés, des milliers de personnes fuyant leurs maisons, plutôt leurs masures en flammes pour se réfugier dans des commissariats de police ou des centres d’accueil, près de 300 arrestations, des hordes de jeunes armés de machettes, coupe-coupe, haches… et même d’armes à feu, des autorités administratives, politiques et civiles désorientées…, c’est le triste tableau qu’offrent aujourd’hui les townships de Johannesburg et d’autres villes du pays de Madiba Nelson MANDELA. La nation arc-en-ciel menace de devenir le tombeau de millions d’immigrés africains qui sont venus, de partout le continent, vivre le rêve de cette nation dont chaque Africain porte une portion pour avoir tous fait corps avec elle, quand elle était aux prises avec l’apartheid.
Depuis le 11 mai dernier en effet, une partie de la population sud-africaine explique les 40% de taux de chômage du pays, les 43% de pauvreté, les 50 meurtres quotidiens par la présence de ces immigrés accusés de voler leurs emplois et d’être responsables d’une criminalité qui est l’une des plus importantes du monde. Un pis-aller pour ne pas dire plus, tant la musique sonne faux et est devenue un refrain repris un peu partout sur le continent et loin au-delà, dans les pays où la prospérité ne profite pas à tous et où les nations sont en perte de repères et s’accrochent à des clichés, à l’image du noyé qui n’hésiterait pas à saisir même le plus venimeux des serpents. Dans le cas présent, la comparaison tombe fort à propos car s’il y a un pays où on ne devrait pas rencontrer ce type de comportement c’est bien l’Afrique du Sud. D’un, parce que les dirigeants de ce pays et son peuple noir tout entier doivent presque tout au continent, notamment aux pays voisins qui leur ont offert le gîte et le couvert, et ont soutenu au prix du sang leur lutte contre l’apartheid. De deux, parce que 3 millions d’immigrés ne peuvent pas expliquer ou justifier les 19 millions de chômeurs du pays, encore moins la vingtaine de millions de pauvres qu’il compte. D’autant que ces immigrés croupissent eux-mêmes dans la misère et se contentent des sales boulots que les autres ne veulent pas faire.
On comprend, dès lors, la violente douleur morale d’un Desmond TUTU au bord des larmes suppliant ses compatriotes d’arrêter «tout de suite ces violences», car «ce sont nos frères et nos sœurs…». Le Révérend archevêque anglican, prix Nobel de la paix, n’a pas hésité à rappeler aux siens que les pays voisins étaient les bases arrières des combattants contre l’apartheid et qu’ils ne pouvaient pas «… les remercier en tuant leurs enfants. Nous ne pouvons déshonorer notre lutte par ces actes de violence». A-t-il été entendu ? Rien n’est moins sûr car si la violence a baissé, la tension est toujours vive et menace de reprendre à tout moment. En effet, des hordes de jeunes continuaient jusqu’au mardi 20 mai à pourchasser des immigrés et même des Sud-africains tandis que plusieurs masures étaient encore la proie de flammes criminelles. Devant ce spectacle désolant et de honte, des voix s’élèvent pour demander l’intervention de l’Armée pour réduire les émeutiers dont certains affirment que les motivations sont ailleurs que le ras-le-bol des citoyens lambda. Même les appels à la raison du président Thabo MBEKI qui semble dépassé par les évènements n’ont aucune prise car, comme l’en accuse le HCR, tout indique que le gouvernement n’a pas pris «convenablement compte» du phénomène de la xénophobie dont de nombreux signes avant-coureurs étaient visibles depuis des années. Si ce n’était le cas, comment expliquer que des fermiers blancs se muent en auxiliaires de police pour traquer de nuit les clandestins et les remettre à la police ? Si ce n’était le cas comment accepter que des immigrés soient employés au noir au tiers du SMIG ? Enfin Thabo MBEKI peut-il ignorer les colonnes de Zimbabwéens qui ont fui la crise politico-économique de leur pays pour se réfugier chez lui ? Que fait-il pour eux ? Rien ! C’est à peine s’il ne les considère pas lui-même comme des parias puisqu’il estime qu’il n’y a pas de crise au Zimbabwe, donc aucune raison pour les Zimbabwéens de fuir leur pays. La xénophobie de l’homme de rue peut parfaitement se comprendre comme l’interprétation qu’il fait de son discours. Alors pompier-pyromane ? C’est la conviction de nombre d’analystes qui ne comprennent pas, et alors pas du tout ses demi-mesures. Au total c’est à croire qu’on n’a pas d’autre choix que de désespérer de l’Afrique. Les scènes insoutenables de Noirs tailladés, brûlés vifs ou battus à mort par d’autres Noirs, de hordes de jeunes Noirs écumant des quartiers d’autres Noirs armés de machettes, de marteaux, de coupe-coupe et même d’armes à feu et brûlant tout ce qu’ils rencontrent, tout cela au seul motif de la différence de nationalité est proprement une honte pour tout le continent. Si on avait déjà du mal à s’expliquer les actes de xénophobie que nous ont donné à subir certains pays, on est en plein cauchemar devant le spectacle que nous impose le pays de Nelson MANDELA et de Desmond TUTU. C’est vrai que les épisodes du pays du Guide Suprême de la Révolution, nous indiquaient déjà que le pire était à venir, mais tout de même.
Pas que les Libyens aient été particulièrement plus violents que les autres mais parce que le Guide se dit porteur des rêves d’unité du continent. Tout comme Thabo MBEKI prétend vouloir parler au nom de tout le continent.
On se fout de nous quelque part !
Par Cheick AHMED
cheickahmed001@yahoo.fr