L’intérêt des travailleurs en priorité
Le Burkina Faso s’est doté d’un nouveau code du travail. Son adoption a eu lieu le 13 mai lors de la séance plénière de l’Assemblée nationale. Une attention plus accrue est portée sur les intérêts de ceux qui vivent de leur force de travail.
Jérôme BOUGOUMA, ministre du Travail et de la Sécurité sociale
«La législation du travail en vigueur ne tient pas suffisamment compte de la dynamique évolutive du marché de l’emploi, ce qui a pour conséquences, entre autres l’inobservation des règles du code du travail, la réticence des investisseurs et le non respect des droits des travailleurs. Ainsi, tandisque les organisations syndicales dénoncent le caractère particulièrement répressif de la réglementation en matière de grève et appellent à son assouplissement, les employeurs critiquent l’obsolescence d’un droit du travail fondé sur l’emploi à plein temps et à durée indéterminée. Quant aux institutions judiciaires, elles se trouvent confrontées à des difficultés d’interprétation des règles de l’actuel code parsemé d’incohérences et de contradictions». Cet argumentaire du gouvernement résume parfaitement les problèmes que tous les intervenants du monde du travail rencontraient au quotidien dans leurs rapports une relecture du code du travail s’imposait pour mettre le Burkina au diapason de toutes les nations modernes en terme de fonctionnement du monde du travail.
Mondialisation obligeant, tous les pays ont besoin de l’apport des autres pour leur développement. Ce qu’implique qu’il faut une règlementation claire et précise du monde du travail. Un investisseur a besoin d’un minimum de garanties autant sur le plan sécuritaire que sur celui du droit pour placer son argent dans une affaire hors de son pays. Evidemment, s’il ne peut faire de bonnes affaires mais plutôt se créer des problèmes avec son propre argent, son choix se portera sur la thésaurisation dans une banque. Ce qui n’est pas pour arranger le monde du travail d’autant que investissement il n’y a pas et donc pas création d’emplois pour que le travailleur puisse vendre sa force de travail et avoir un salaire afin de subvenir à ses besoins et ceux de sa famille. Il était de notoriété que l’ancien code du travail au Burkina comportait des impaires qui demandaient à être corrigés pour avoir un document adapté à la vie moderne.
Les principales innovations
Le souci qui a guidé les rédacteurs semble avoir été au premier abord sa synthétisation. Le nombre de chapitres est passé de 43 dans l’ancien code du travail à 30 dans le nouveau. De 498 articles, on est passé à 65. Il est sans doute plus facile de manipuler un document léger qu’un lourd bouquin dont la lecture peut être rebutante. Dans le fond, la flexibilité a été un élément important à côté de la valorisation des droits fondamentaux des travailleurs. Pour donner plus de chance de réussite aux femmes dans l’insertion dans le monde du travail, le temps de l’allaitement passe de 15 à 12 mois. Il n’est un secret pour personne que la femme qui donne par l’accouchement la vie est souvent pénalisée du fait de cette absence obligatoire mais nécessaire qui crée souvent des désagréments dans le service et fait subir à celle-ci des discriminations diverses. L’employeur contraint à trouver un intérimaire à la femme en période de maternité ce qui occasionne des frais supplémentaires est souvent vite porté à des solutions qui l’arrangent lui plutôt que l’employée.
Par ailleurs, il est fait obligation aux employeurs de mettre désormais en place des services de santé au sein de leur entreprise. Cet aspect est important, parce que les entreprises qui disposent de service de santé ne mettent pas toujours à la disposition de la structure les moyens nécessaires à son bon fonctionnement.
Les représentants des travailleurs (délégués syndicaux, délégués du personnel) ont vu leur mission définie avec plus de précision, ce qui sans doute évitera certains conflits souvent dus à des interprétations divergentes des textes. Et même en cas de demande d’autorisation de licenciement venant d’un employeur, un délai est imposé à l’inspection du travail dans le traitement des dossiers. Les travailleurs burkinabè bénéficient donc des protections conformes aux exigences internationales.
Ce nouveau code du travail fruit de la réflexion de l’ensemble des acteurs sociaux prend en compte les intérêts de tout le monde. Les employeurs vont se sentir plus à l’aise dans les rapports avec les employés. Ces derniers ne craindront plus d’être victimes d’un certain arbitraire avec un code qui laisse la place à toutes les interprétations. Le 13 mai 2008, alors que les Syndicats entamaient une grève que nous avions qualifié de «Sans objet», le gouvernement exprimait concrètement par l’adoption de ce nouveau code du travail son attachement à l’amélioration des conditions de travail de leurs militants.
Par Ahmed NAZE
Liberté de manifester
Les casseurs payeront
Après les actes de vandalismes perpétrés par des prétendus marcheurs contre la vie chère, le Parlement burkinabè vient d’adopter un projet de loi qui va «civiliser» davantage la vie démocratique et donner la latitude à tous ceux qui veulent la fortifier de s’exprimer.
LeGarde des Sceaux, Zakalia KOTE
La loi anti-casse récemment adoptée, a été qualifiée de «liberticide» (sic) par certaines chapelles de pensée, en ce qu’elle empêchera «les gens, de marcher», par peur essentiellement des «représailles» qui pourraient survenir.
Enrobée dans un verbiage mielleux, cette thèse libre a prospéré dans moult milieux, surtout que la loi venait après les marches organisées contre la vie chère et qui avaient occasionné de nombreuses casses. «Le gouvernement veut faire croire à l’opinion publique nationale et internationale que tout va bien au Faso en empêchant les marches», a-t-on entendu dire çà et là. Si ce n’est pas un procès d’intention, ça lui ressemble fort, car, nulle part et à aucun moment le gouvernement n’a occulté le fait que «la vie est dure ici au Faso». Faut-il rappeler que le gouvernement burkinabè a été le premier de la sous-région à décréter l’exonération de certains produits de base pour permettre aux ménages de «souffler» ? Dans la foulée, il a organisé des rencontres avec l’ensemble des forces vives de la Nation pour prospecter avec elles les voies d’une sortie rapide de cette crise qui sape le moral des populations et porte un coup rude au consensus minima obtenu patiemment par les acteurs sociaux et le gouvernement. En fait, si l’équipe ZONGO a fait adopter cette loi c’est bien pour fortifier l’espace démocratique et partant le consensus, si tant est que les marches sus indiquées ont fortement mis à mal les intérêts de certaines personnes.
A la faveur de ces manifestations, on a assisté à ce que l’on pourrait qualifier de règlement de compte avec les casses ciblées contre certains biens privés. Tout se passe comme si la réussite de certains «hérissait» le poil d’autres personnes ouvrant la voie à des dérives inadmissibles. Le ministre l’a dit, désormais, «ceux qui veulent manifester en toute légalité», pourront le faire en «toute quiétude». A preuve, les syndicats ont battu le pavé lors de leur grève de trois jours, sans que la force publique ne les importune. Au contraire, cette force publique a été utilisée pour sécuriser lesdites marches, ainsi que toutes les manifestations organisées à l’occasion. Il n’y a donc pas au Burkina Faso, un gouvernement «fossoyeur» des droits humains, mais plutôt des gouvernants soucieux de la préservation de la paix sociale qui solidifie la démocratie. Au lieu de jouer les «pleureuses» hypocrites, certains hommes politiques gagneraient à participer à la recherche de voies et moyens pour sortir de la crise actuelle.
Ce n’est pas trop leur demander, car, l’édification de la démocratie incombe à tous, gouvernants comme opposants. Il est heureux que les refondateurs par exemple l’aient compris, même s’ils l’expriment souvent à travers des mots malheureux. Aussi, le parti au pouvoir devrait investir lui-aussi le champ du débat démocratique, car, son apathie, ouvre souvent la voie à ces thèses libres.
Et, si certains en sont arrivés à affirmer qu’il sera «court-circuiter» bientôt, c’est bien parce qu’on ne le «sent» pas sur ces questions cruciales. Le débat sur la vie chère mérite bien une réflexion à défaut d’assises, et, le parti est attendu sur la question. Pour en revenir à «notre» loi, disons qu’on se rendra compte à son application qu’elle est, en définitive, bienfaitrice.
La liberté en effet, ne saurait mûrir dans le désordre et, comme disait Saint-Just, «il n’y a pas de liberté pour les ennemis de la liberté». A bon entendeur…o
Par Alpha YAYA