Nos sankaristes, comme à leurs habitudes, appréhendent curieusement leurs responsabilités et donnent l’impression d’avoir une vision restrictive et partisane du passé. N’est-ce pas que ce sont eux qui ont introduit le dossier à l’ONU en jurant qu’on allait voir ce qu’on allait voir ? N’est-ce pas qu’il n’y a pas longtemps ils félicitaient l’institution pour sa conduite du dossier ? C’est à croire que ce qui les intéressait ce n’était pas de trouver des réponses aux problèmes qu’ils posaient mais d’obtenir coûte que coûte une condamnation de l’Etat burkinabè. Une attitude politicarde et un jeu de poltrons dans lequel l’ONU a refusé de tomber pour s’en tenir au droit, rien qu’au droit!
Tout un mois ! Il leur aura fallu tout un mois, jour pour jour pour réagir aux dernières décisions du Comité des Droits de l’Homme de l’ONU dans l’emblématique affaire Thomas SANKARA qui leur tient plus que tout à cœur, et pour cause ! Comme quoi tout arrive à point pour qui sait attendre. Mais tout de même !
Le 20 mai dernier donc, la Fondation Thomas SANKARA pour l’humanité, le Comité national d’organisation de la commémoration des 20 années de l’assassinat de Thomas SANKARA et les avocats nationaux du dossier Thomas SANKARA étaient devant la presse pour commenter et analyser les dernières décisions de l’ONU par rapport à ce fameux dossier et ouvrir les perspectives de leur combat pour que soit faite «justice pour Thomas SANKARA». Si on avait commencé à désespérer d’entendre leur son de cloche on a été tout de même bien servi. En effet tous les ingrédients y étaient : la rhétorique qui va avec, les petites phrases voulues assassines et les petits tours de passe-passe qui transforment du blanc en un noir nuit. Mais cette fois-ci les ficelles étaient trop grosses. Vraiment trop grosses pour que, même les plus complaisants osent faire semblant de croire en la magie, sans se couvrir de ridicule pour de bon.
Il n’y a qu’à lire les relations qu’ont fait de leur conférence de presse, plutôt conférence de supplice, les confrères qui leur sont proches pour imaginer l’immensité de leur douleur et la profondeur de leur désarroi. En effet, même les plus prolixes se sont bornés à reproduire pratiquement la déclaration liminaire, se gardant bien d’engager leur plume dans d’éventuelles analyses, car celles-ci les auraient immanquablement conduits à une autoflagellation mémorable. Une fuite en avant qui est bien loin de servir la cause, car il n’y a aucun mal à reconnaître qu’une affaire est mal engagée. Surtout celle-ci dont tout indiquait qu’elle allait un jour ou l’autre faire flop.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que le mois aura au moins été mis à profit utilement par le président de la Fondation Thomas SANKARA pour réussir la prouesse de pondre une déclaration de quatre pages qui arrive à éviter soigneusement le sujet sur lequel il porte et qui est l’évidence même : l’ONU a officiellement classé le dossier Thomas SANKARA et félicité le Burkina Faso pour le traitement qu’il lui a réservé en fonction de ses constatations. Ainsi après avoir résumé les grandes étapes de l’évolution du dossier et rappelé les dernières décisions du Comité des Droits de l’Homme de l’ONU, M. HIEN laisse tomber une série de questions qui trahissent son état d’esprit : «L’ONU peut-elle vouloir une chose et son contraire ? … Le Comité peut-il aujourd’hui se discréditer … ?» Des jugements de valeurs qui ne s’appuient sur aucune analyse et qui montrent toute la difficulté qu’il y a dans la famille SANKARA à accepter les réalités telles qu’elles se présentent et à les assumer sans faux fuyants.
Ce qui est curieux dans la démarche c’est qu’elle ne confronte pas les réponses du gouvernement, les réclamations de la partie civile et les constatations de l’ONU. Il est évident qu’en s’en tenant uniquement à leurs points de vue et à leurs analyses ils ne pouvaient pas atterrir ailleurs qu’en pleine subjectivité. Faut-il le rappeler, quand on a recours à une juridiction ou même à une instance de médiation ou de litige on doit objectivement intégrer dans sa démarche toutes les éventualités y compris celle de se voir débouter ou dans le pire des cas condamner. Il faut s’assumer dans tous les cas en toute responsabilité en ayant du respect pour la décision prise.
Nos sankaristes, comme à leurs habitudes, appréhendent curieusement leurs responsabilités et donnent l’impression d’avoir une vision restrictive et partisane du passé. N’est-ce pas que ce sont eux qui ont introduit le dossier à l’ONU en jurant qu’on allait voir ce qu’on allait voir ? N’est-ce pas qu’il n’y a pas longtemps ils félicitaient l’institution pour sa conduite du dossier ? C’est à croire que ce qui les intéressait ce n’était pas de trouver des réponses aux problèmes qu’ils posaient mais d’obtenir coûte que coûte une condamnation de l’Etat burkinabè. Une attitude politicarde et un jeu de poltrons dans lequel l’ONU a refusé de tomber pour s’en tenir au droit, rien qu’au droit! Nos sankaristes et leurs petits copains auront compris qu’on ne va pas devant l’ONU pour faire les pitres. Ils ont posé des problèmes et sollicité son appui pour que des solutions y soient trouvées. L’ONU a interpellé l’Etat qui a accepté jouer franchement le jeu en toute transparence en répondant point par point et en agissant sur chacun des problèmes posés. Sur tous les points de griefs il a répondu et œuvré à améliorer ses réponses dans le temps. Au bout de cinq (05) longues années de procédures et d’actions le dossier a forcément évolué. D’où vient-il alors que les conférenciers du 20 mai s’étonnent de l’évolution des constatations de l’ONU ? Il n’y a qu’eux pour se baigner deux fois dans la même rivière.
Si ce n’est pas faire preuve de mauvaise foi comment nos sankaristes et leurs conseils peuvent-ils par exemple continuer à exiger de l’Etat burkinabè qu’il présente à la veuve de SANKARA sa tombe alors qu’elle est allée le 15 octobre dernier s’incliner sur ladite tombe et y déposer une gerbe de fleurs. Cet exemple illustre parfaitement la mauvaise foi des plaignants et leur volonté d’instrumentaliser l’ONU au service d’une croisade politicienne.
Me SANKARA l’avoue clairement, affirmant que «la note verbale n’a pas valeur juridictionnelle, elle est politique…». C’est donc une décision politique qu’il cherchait en confiant le dossier à l’ONU. Alors pourquoi pleurnicher aujourd’hui au prétexte que la décision qu’elle a prise serait politique parce que le Burkina est «faiseur de paix dans la sous-région…» ? Tout le reste ne mérite même pas qu’on s’y attarde quelque peu.o
Par Cheick AHMED
cheickahmed001@yahoo.fr
Par Cheick AHMED
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