L'opinion N°556
Du 04 au 11 juin 2008

Actualité

Agents de l’Etat


Un nouveau système d’évaluation des performances

Désormais, les agents de l’Etat burkinabè ne graviront plus les échelons automatiquement à travers l’ancienneté. Les avancements se feront maintenant sur les critères de performances à travers un nouveau système d’évaluation. Face à la presse, le mercredi 28 mai 2008, le ministre de la Fonction publique et de la Réforme de l’Etat, Seydou BOUDA, a expliqué les enjeux et la pertinence d’une telle option.

Le ministre de la Fonction publique et de la Réforme de l’Etat, Seydou BOUDA

De prime abord, le ministre de la Fonction publique et de la Réforme de l’Etat, dit s’attendre à des appréhensions chez certains agents publics à propos du nouveau système d’évaluation des performances. Une attitude somme toute normale quand on sait que gagné par la routine, l’homme naturellement voit en toute innovation d’abord une chose venue pour le déranger ou lui faire perdre ce qu’il considère comme un acquis. Et alors vite s’installent incompréhensions et même rejet. C’est ce qu’il est chaque fois d’ailleurs donné de constater dans notre pays où tout ce qui est réforme donne court à des polémiques souvent inutiles ou alarmistes. Polémiques au cours desquelles, les contempteurs du processus mettent en évidence ce qu’ils pensent être les tares de la réforme, reléguant ses avantages, son opportunité, sa nécessité aux oubliettes. Pour le ministre Seydou BOUDA : «L’évaluation des agents de la Fonction publique exprime leur rendement dans le service. L’évaluation du rendement est un ensemble de procédures destinées à juger les qualifications et les mérites des agents. Elle mesure les activités des agents au cours d’une période de référence en s’appuyant sur des critères quantitatifs et qualificatifs explicites qui vont permettre aux supérieurs hiérarchiques immédiats de formuler une opinion globale et objective sur la contribution de leurs collaborateurs à la bonne marche du service. L’évaluation des rendements prend en compte les résultats atteints mais également la manière dont ces résultats sont acquis».
Adopté en 1998, le nouveau système d’évaluation des performances est officiellement en vigueur depuis le 1er janvier 2006. Si pour des raisons diverses, il n’a pu être appliqué depuis lors, le Premier ministre Tertius ZONGO a tenu à sa mise en œuvre effective à compter du 1er janvier 2008 à travers une note circulaire. Pour les années 2006 et 2007, on fera des évaluations de rattrapage. Le taux de renouvellement de la Fonction publique étant faible, le ministre rassure qu’il n’y aura pas de difficultés pour évaluer les performances des agents pour ces années antérieures.
La loi 13 portant régime juridique applicable aux emplois et agents de la Fonction publique précise en son article 78 que tout fonctionnaire en activité ou en détachement doit faire l’objet, chaque année, d’une évaluation exprimant son rendement dans le service. Le pouvoir de l’évaluation appartient au supérieur hiérarchique immédiat du fonctionnaire ou de l’agent contractuel qui l’exerce sur la base d’un contrat d’objectifs, établi annuellement avec chaque agent. Il n’y a que les membres du gouvernement, les présidents d’institution, les ambassadeurs et les consuls généraux qui sont exempts de cet outil d’évaluation en ce sens qu’il s’agit de fonctions non régies par la loi précitée. Ce nouveau système dispose que l’entretien d’évaluation se fait avec l’agent lui-même autour des résultats attendus de lui et ceux atteints. A l’issue de cet entretien, il est noté sur 10 et la note lui est communiquée séance tenante.
La moyenne est à 6/10 et il est important de souligner que la note chiffrée peut être contestée par l’agent évalué. Dans le cas d’espèce, il fait recours à son ministre de tutelle. Ainsi un comité technique paritaire l’entend et émet son avis au ministre qui statue. Et toute évaluation jugée abusive ou complaisante expose le notateur à des sanctions disciplinaires.
Contrairement à l’ancien système d’évaluation, le nouveau, qui selon le ministre BOUDA, s’inspire du modèle anglo-saxon et de la Fonction publique internationale, favorise le dialogue et la participation de l’agent. Il a également cet avantage que l’agent soit évalué par son supérieur hiérarchique immédiat que par le ministre lui-même comme au paravent. Cette nouvelle option est donc beaucoup plus objective et conviviale. Et si ce n’est pour troubler le sommeil des partisans du moindre effort, elle est comme une baraka pour les travailleurs dévoués dont le dynamisme n’est souvent par reconnu ou récompensé.
Appliqué convenablement, ce système d’évaluation imprime la transparence dans la gestion de la carrière du travailleur et finis les mystères autour des promotions, distinctions et autres avancements à la Fonction publique burkinabè.

Par Drissa TRAORE

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