“En matière de développement aucune bonne initiative n’est de trop”

Koudougou, la capitale du textile comme on l’appelait à une certaine époque, a été pendant longtemps divisée par la politique. Ce qui avait pour conséquences l’instabilité sociale, l’absence d’initiatives de développement et l’engagement citoyen de la jeunesse.
Fort heureusement, depuis quelques années, surtout, avec l’arrivée du maire Seydou ZAGRE, un homme de consensus, Koudougou est en train de prendre un nouvel élan : celui de l’engagement de chacun et de tous pour le développement de la commune.
C’est dans ce contexte de renouveau, certains diront, de renaissance qu’a vu le jour la Coordination d’initiatives et d’actions des jeunes du Boulkiemdé (CIAJB).
Une coordination qui ambitionne de mobiliser la jeunesse du Boulkiemdé pour les actions de développement et cela sans distinction d’appartenance politique.
Dans cette dynamique, elle a organisé les 26 et 27 avril derniers à Koudougou le premier forum des jeunes du Boulkiemdé sous le thème : «Communalisation intégrale : Les jeunes du Boulkiemdé sur le front du développement». Nous avons rencontré M. Boris Edson YAMEOGO, le coordonnateur de la CIAJB pour parler de sa structure et de ses ambitions pour le Boulkiemdé. Il a commencé par nous présenter sa coordination.
Boris Edson YAMEOGO (BEY) : La coordination d’initiatives et d’actions des jeunes du Boulkiemdé (CIAJB) est une jeune association qui ambitionne d’apporter sa contribution au développement de la province. Vous savez que décentralisation et la communalisation intégrale consacrent d’énormes responsabilités aux populations à la base. C’est dire qu’il faut que les populations prennent conscience de ce fait et s’organisent en conséquence. Il n’est plus question de dire qu’on attend tout de l’Etat ou des autorités locales. Il est maintenant question de s’interroger sur ce qu’on peut apporter pour le développement de nos communes et partant de notre pays. C’est donc cette philosophie participative qui sous-tend la création de la CIAJB.
Concrètement, quels sont les objectifs de la CIAJB ?
BEY : Comme je l’ai dit, la CIAJB ambitionne de mobiliser la jeunesse autour des actions de développement de la province du Boulkiemdé. Nous allons pour ce faire, coordonner les initiatives et les actions de la jeunesse au niveau de la commune de Koudougou et des communes rurales. Dans le domaine de l’auto-emploi par exemple, nous allons nous investir pour aider la jeunesse à travers des projets. Nous allons parcourir les différents programmes de développement communaux pour voir la place réservée à la jeunesse et ce que cette jeunesse peut apporter aux communes. Nous allons initier des projets, rechercher les financements pour leur mise en œuvre au niveau des communes.
Vous avez organisé les 26 et 27 avril derniers à Koudougou un forum de la jeunesse du Boulkiemdé. Alors pourquoi ce forum ?
BEY : Ce forum était pour nous le top de départ de nos activités. Nous n’avons pas voulu créer une association «prêt à porter».
Nous avons voulu d’abord rassembler la jeunesse, parler de l’association, noter leurs suggestions et leurs espoirs afin de pouvoir mettre en place la coordination. Le forum a donc permis de se comprendre sur certains aspects, sur les ambitions de la coordination. Nous avons adopté une démarche participative, sinon, on risque d’être incompris. Ce qui n’est pas notre objectif.
C’est pourquoi, le forum a regroupé les jeunes des 14 communes rurales et les jeunes de la commune urbaine de Koudougou. C’est donc une démarche participative afin de nous donner toutes les chances de réussir.
Quels ont été les grands axes du forum, son contenu ?
BEY : Nous avons invité trois maires (Thyou, Kindi, Koudougou) pour des communications sur la communalisation intégrale et sur leur programme communal de développement. Cela a permis aux participants de prendre la mesure des actions à mener sur le terrain. A travers ces communications, on a vu que les jeunes peuvent mener des activités dans les domaines de l’agriculture, de l’élevage… Il s’agira donc pour nous d’encourager les jeunes dans ce sens à travers de projets et la recherche des financements. Après les interventions des maires, nous avons suivi celle du directeur général du FAPE (Fonds d’Appui à la Promotion de l’Emploi).
Il a expliqué les différents fonds que le ministère de la Jeunesse et de l’Emploi a mis à la disposition de la jeunesse et les différentes procédures d’acquisition de ces fonds. Alors, le forum, nous a permis de partager nos ambitions avec la jeunesse du Boulkiemdé. Cela a été une expérience réussie pour nous.
Comment appréciez-vous l’engagement de la jeunesse sur le terrain après le forum ?
BEY : A l’issue du forum, il y a eu des engagements, des recommandations… Les jeunes se sont engagés et ont souhaité la mise en place des sections dans les autres communes rurales du Boulkiemdé.
Nous allons en collaboration avec les maires travailler à cela et que, dans chaque commune, les jeunes développent des initiatives, des projets, pour qu’ensemble nous cherchions les voies et moyens pour les appuyer. A travers la participation au forum et le fed back, je peux dire que l’engagement est de mise. Nous avons aussi reçu plusieurs appels du Burkina et d’ailleurs. Je pense qu’on est sur le bon chemin et souhaite que tous les acteurs nous encouragent et nous soutiennent.
Où en êtes-vous avec la mise en place des structures dans les autres communes du Boulkiemdé ?
BEY : Nous comptons démarrer la mise en place de ces structures à la fin de ce mois. Nous venons de sortir du forum, il fallait rédiger les différents rapports et dire merci à tous ceux et toutes celles qui nous ont soutenus pour le forum. Je pense que d’ici la fin de ce mois, nous allons commencer la mise en place des structures.
Un jeune du Boulkiemdé qui a un projet sous la main et qui cherche un financement, concrètement qu’est-ce que la CIAJB peut faire pour aider ce jeune ?
BEY : Nous sommes d’abord en phase de structuration. Sinon, à la longue nous allons mettre en place une cellule de montage de projets et de recherche de financements. Nous avons par exemple après le forum, choisi 20 jeunes qui vont participer à la formation organisée par le ministère de la Jeunesse et de l’Emploi. Notre objectif, c’est d’aider ceux qui ont des idées à les transformer en projets et le financement à travers les structures mises en place par le gouvernement et les autres partenaires.
Certains n’ont pas, comme d’habitude, hésité à voir une «main politique» derrière votre coordination. Comment réagissez-vous?
BEY : Je suis souvent peiné quand face à une bonne initiative, les gens voient toujours une main politique derrière. C’est comme si nous, nous ne pouvons pas réfléchir sans un homme politique. Je suis désolé ! Nous sommes suffisamment aguerris face à ces genres de considérations. Nous, nous voulons travailler pour le développement du Boulkiemdé, un point c’est tout.
Et pour une fois, que les gens nous laissent travailler. Ils pourront nous juger sur le terrain. La politique doit servir le social. Nous ne jouons pas à cache-cache. Nous avons d’ailleurs tenu le forum pour lever les équivoques.
Après votre forum, une autre association de jeunesse a organisé une conférence de presse. Elle aussi a les mêmes objectifs que vous. Allez-vous travailler ensemble ?
BEY : Nous sommes au courant de cette association. Elle existe depuis 2000, je crois. Mais la différence, c’est que nous, nous sommes une coordination d’initiatives et d’actions et l’association est une coordination de structures de jeunesse. Mais je pense qu’en matière de développement, aucune initiative ne doit être de trop. Plus d’idées ne gâtent pas le développement d’un pays, c’est le manque d’idées qui gâte.
Nous sommes ouverts à tous ceux et toutes celles qui veulent travailler pour le développement de la province du Boulkiemdé. Quand nous avons organisé le forum, on a invité la structure en question, malheureusement, je ne sais pas pourquoi, elle n’est pas venue.
Nous sommes prêts pour travailler avec tout le monde. Je lance d’ailleurs un appel à tous les fils et filles du Boulkiemdé pour un soutien à la coordination afin que nous puissions jouer notre partition dans le développement de la province. Nous avons le soutien du maire de Koudougou et de certaines autorités et nous pensons qu’ensemble grâce aux bonnes volontés, on peut réussir. On a vraiment envie de travailler.
Nous ne faisons pas de la politique, nous faisons du développement.
Avez-vous un dernier appel ?
BEY : Frantz FANON disait : «En Afrique, chaque génération a sa mission à accomplir, l’assumer ou la trahir». C’est une question de génération et nous devons assumer notre mission. Notre génération peut faire quelque chose, nous devons faire quelque chose, et nous allons le faire. Il faut qu’on apporte quelque chose pendant qu’on est encore actif. Ce n’est pas la peine que les gens mettent les bâtons dans les roues de ceux qui veulent travailler, il faut apporter sa pierre dans la construction de la province du Boulkiemdé. Je lance un appel à la compréhension des uns et des autres. Il faut qu’ensemble, on travaille pour le même objectif, le développement de la province du Boulkiemdé.o
Interview réalisée par Idrissa BIRBA