L'opinion N°556
Du 04 au 11 juin 2008

Dossier

Planification familiale

Tout le monde y gagne

Pourquoi planifier les naissances ? Une question qui paraissait bien saugrenue à une certaine époque où prévalait l’idée selon laquelle «c’est Dieu qui donne les enfants et avoir «beaucoup» d’enfants est synonyme de richesse, d’aisance et d’assise sociale». A cette époque donc, aucune place n’était accordée à ce qui pouvait s’appeler planification, il fallait faire autant d’enfants qu’on pouvait, surtout que ces derniers, selon le contexte, servaient aussi et surtout de main-d’œuvre. Heureusement ou malheureusement (c’est selon), les temps ont changé, les mentalités aussi. Des changements qui ont fait prendre conscience du fait que «même si c’est Dieu qui donne les enfants, il ne faut pas exagérer», comme dirait l’autre.
Aujourd’hui, ce qui apparaît comme une vérité de La Palice est que, «en permettant à chaque individu d’avoir moins d’enfants, s’il le désire, on aide à stimuler le développement et à réduire la pauvreté, au niveau tant des foyers que de la société. Les familles moins nombreuses ont davantage à investir dans l’éducation et la santé de chaque enfant. La planification familiale trouve alors sa place et son importance.

Thoraya Ahmed Obaid, Directrice exécutive du
Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA).
Son Institution place la santé de la reproduction comme un des axes majeurs dans l’atteinte des OMD

Prenons deux cas pour illustrer ce que nous voulons faire comprendre et faire accepter : Pierre et Paul sont employés de la Fonction publique. Les deux sont mariés. Pierre a cinq (5) enfants, Paul, lui, a décidé d’en avoir deux (2). Lequel des deux arrivera, avec son salaire, à assurer, comme il se doit et, sans trop de difficultés, la scolarité, l’éducation et la santé de ses enfants si on se met dans la situation actuelle de la vie chère ? Bien évidemment, c’est celui qui a le moins d’enfants qui a toutes les chances. L’interdépendance entre population, pauvreté et développement étant aujourd’hui incontestable, il apparaît clairement que l’option de la planification familiale reste la voie indiquée pour parvenir à une vie meilleure.

Les avantages d’une option
Planification familiale rime avec santé en matière de reproduction. Une notion qui peut être définie comme le bien-être général tant physique que mental de la personne humaine, pour tout ce qui concerne l’appareil génital, ses fonctions et son fonctionnement et non pas seulement l’absence de maladies ou d’infirmité. La planification permet alors aux individus et aux couples de déterminer le nombre de leurs enfants et l’espacement de leurs naissances. C’est d’ailleurs un droit fondamental reconnu et exalté depuis le 13 septembre 1994 date de la Conférence internationale sur la population (CIPD).
Cette conférence historique a appelé tous les pays à prendre des mesures pour répondre aux besoins de leurs populations respectives en matière de planification familiale et à assurer d’ici 2015 l’accès des tous aux méthodes de planification familiale. Le but de cette option étant d’aider les couples et les individus à atteindre leurs objectifs de procréation, de prévenir les grossesses non désirées et de réduire le nombre de grossesses à haut risque…
Au regard de ce qui précède, il apparaît que l’option de la planification familiale présente de nombreux avantages sur le plan économique, social et sanitaire. Ainsi pour les individus : amélioration de la santé maternelle et infantile, élargissement des chances offerts aux femmes en matière d’éducation, d’emplois et de participation sociale, réduction des risques de santé et limitation du recours à l’avortement. Pour les familles : moindre compétition et moindre éparpillement des ressources, recul de la pauvreté des ménages et possibilité accrue de prise de décisions, en commun. Enfin, pour la société : accélération de la transition démographique et possibilité de lutter efficacement contre la pauvreté.
«Moins d’enfants pour combattre la pauvreté» tel peut être un «bon» slogan dans ce contexte de vie chère. En effet, selon des études menées en 1996 et en 2002 par J. BONGAART et SC WATKINS (1996) et MERRIK (2002), «les pauvres veulent généralement plus d’enfants que les gens aisés». Les raisons étaient que les parents voient sans doute des avantages à disposer de bras pour les travaux champêtres et veulent s’assurer qu’ils auront des enfants survivants à leur vieillesse. La limitation de leurs perspectives fait aussi que les pauvres voient généralement moins de raisons d’ordre social et économique d’investir davantage en des enfants moins nombreux plutôt que superficiellement en beaucoup d’enfants.
Fort heureusement, de nos jours, même dans les familles pauvres, le nombre d’enfants souhaité diminue, malgré la persistance d’attitudes et de traditions favorables aux nombreuses familles.
Dans tous les cas, il apparaît clairement que la lutte contre certaines maladies comme le VIH/SIDA, le paludisme ou la tuberculose ne doit pas faire ombrage aux questions de santé en matière de reproduction et de planification. Pour être globale et efficace cette lutte doit intégrer la santé en manière de reproduction et la planification familiale, par l’établissement de liens. C’est d’ailleurs pourquoi l’UNFPA souhaite vivement que les pouvoirs publics veillent à ce que la prévention et le traitement des maladies sexuellement transmissibles et du VIH/SIDA fassent partie intégrante des programmes de santé en matière de sexualité et de reproduction au niveau des soins de santé primaires. Il est donc important de combiner la planification familiale et la prévention du VIH/SIDA et d’autres maladies. Tout le monde y gagne.o

 

Contrôler les naissances pour assurer le développement

Le développement d’un pays passe par sa capacité à maîtriser sa croissance démographique. Pour la maîtriser chaque Etat décide d’appliquer une planification familiale. L’objectif final étant de procurer à chaque famille un bien-être permanent, et au pays son développement. Le Burkina Faso, à l’instar des autres pays en quête d’émergence, a mis en œuvre depuis plusieurs années sa politique de planification familiale mais les résultats sont plus que mitigés.


Le Burkina Faso adopte une politique de population qui met au centre de ses préoccupations le droit fondamental des individus et des couples à décider de façon responsable de la taille de leur famille. C’était le 10 juin 1991. Une politique qui a fait le constat des problèmes de santé et de protection de la famille qui résulte entre autres : des familles nombreuses, des grossesses multiples et rapprochées, des avortements et infanticides dûs aux grossesses non désirées, des mères célibataires, du taux élevé de mortalité maternelle et infantile, des stérilités et maladies sexuellement transmissibles. Le but visé par le plan d’action national en matière de planification familiale est le bien-être familial et social. Bien avant l’adoption de cette politique, en 1978, déjà, notre pays à l'instar de tous les Etats membres de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a souscrit à la déclaration d'ALMA ATA relative aux soins de volet planification familiale. Il faut donc que notre pays maîtrise au mieux sa croissance démographique pour être en mesure de se poser sur les rails du développement. Les forts taux de croissance de la population sont dus en grande partie aux nombreuses naissances ou la forte fécondité. Ce qui correspond souvent à un fort besoin non satisfait en planification familiale (PF). Pour le Dr Jean Lankoandé, “on a toujours pensé que les femmes des pays en voie de développement ont des familles nombreuses parce qu’elles le désirent”. Dans notre pays, les femmes, selon une étude recente, ont encore, en moyenne, environ 6 enfants chacune, et les enquêtes montrent que le besoin non satisfait en services de PF est élevé (environ 29% des femmes mariées en âge de procréer veulent espacer ou limiter les naissances mais n’utilisent pas actuellement une méthode de planification familiale. Si l’accès aux services de planification familiale était augmenté, ce besoin non satisfait pourrait être satisfait. Ce qui ralentirait la croissance de la population et réduirait les coûts pour atteindre toute chose qui accélérerait le développement. En répondant aux besoins non satisfaits en planification familiale, on permet non seulement aux familles d’espacer et de limiter les naissances selon leurs désirs, contribuant directement à la réduction de la mortalité maternelle et infantile. Selon les spécialistes, notre pays a encore besoin d’au moins 10 ans pour répondre à tous les besoins non satisfaits en matière de planification familiale. Pourtant, tous les indicateurs montrent que si notre pays arrivait à répondre aux besoins non satisfaits en planification familiale, il peut accélérer notablement son développement.o.

Par Frédéric ILBOUDO

 

Vaincre les obstacles

Définie comme étant une manière pour un individu ou un couple d’adopter volontairement des attitudes dans le but d’améliorer leur état de santé et de bien-être, la planification familiale est cependant confrontée au Burkina Faso à des obstacles majeurs.


«Un jour d’octobre au village, je suis plongé dans une sieste sous le manguier de la cour quand un ton assez sévère me réveille. C’est la voix de Issa, mon cousin, qui gronde sa première fille, Mamou, âgée de six ans, pour avoir par inattention cassé son ardoise en classe. La petite, à chaudes larmes, se précipite vers sa maman qui l’accueille avec une fessée. Désespérée, l’enfant se roule à terre ; je vais la relever puis consoler. Mon regard interrogateur amène le père à vouloir expliquer sa violence. Pour lui, la petite venait de lui occasionner la dépense de trop. Il bat sa coulpe et m’entretient sur ses problèmes de foyer. Il est visiblement tenaillé. Je prends la mesure de la situation : sa femme est encore enceinte alors qu’elle allaite toujours la 3e petite sœur de Mamou. J’écoute avec compassion ce que me débite mon cousin mais suis peiné parce que ce dernier au fond, ne semble rien regretter de ce qu’il a posé comme acte et qui lui vaut d’être dans la tourmente. Ce qu’il attend de moi, c’est le soutien financier. Il n’a cure de l’état de sa femme et de ses conséquences sur sa famille. Ce qui le préoccupe, c’est d’avoir un héritier. Autrement dit, il tient à avoir un garçon, le plus vite possible. La quarantaine bien sonnée, il est sous l’emprise de la tante, une septuagénaire toujours prédisposée à vouloir perpétuer cette conception ancestrale qui admet qu’un homme, le vrai, c’est celui qui peut nourrir au moins deux femmes, et faire des enfants valides, à savoir des garçons. Ainsi dit, le cousin Issa n’a pas encore de vraies «couilles» et il lui faut démontrer le contraire ; ce qui le met dans un état fébrile et d’irritabilité surtout que sa femme est en attente et qu’il ne sait pas «ce qui en sortira». Une fille encore ? Ce sera le comble !…»

Les pesanteurs socioculturelles
Cette anecdote résume en parties les contraintes auxquelles buttent les stratégies de planification familiale. Il y a d’abord l’influence négative des anciens. En milieu rural, les conseils des grands-parents et les pratiques qu’ils enseignent ou encouragent ont préance sur la vie et la sexualité des jeunes couples. Ainsi, dans le cas de Issa, la pression de la tante qui est la «garante de la tradition» est si forte que la situation dans laquelle il se trouve est inconfortable. D’ailleurs, il lui a été «soufflé» qu’il ferait mieux de se prendre une seconde épouse qui mettrait en exergue sa virilité ; ce qu’il était en passe de réaliser si fait que ses petits revenus de saisonnier dans une industrie de la place et des sommes acquises de la vente de ses récoltes céréalières étaient presque engloutis par la dot de la nouvelle promue au point qu’il ne soit plus en mesure de payer une nouvelle ardoise, à moins de 500 FCFA, pour sa fille. Pour lui, avoir une seconde épouse, en plus du fait que cela lui permettra de vaincre le signe indien qui amène à croire qu’il ne peut engendrer que des filles, il ne sera pas en manque quand l’autre verra ses règles ou sera tombée malade. Pour la cadence des grossesses de sa femme, il dit l’objectif affiché, est d’avoir des enfants de préférence beaucoup de garçons qui «vont se nourrir de la terre comme moi. Et d’ailleurs, un garçon bien éduqué est beaucoup plus productif dans les travaux champêtres qu’une fille, faite pour procréer». Cependant, il se défend d’être responsable de la proximité des naissances de ses enfants car «c’est Dieu qui décide de leur venue et il pourvoira à leurs besoins». Comme lui, de milliers de jeunes ruraux au Burkina Faso tiennent le même raisonnement. Alors, pas question de recourir à des méthodes contraceptives.
En milieu urbain, si les pratiques en matière de sexualité sont beaucoup plus raisonnables, la prédisposition à un planning familial n’est encore véritablement pas ancrée dans les habitudes. De façon générale, au niveau communautaire, les contraceptifs par exemple, suscitent souvent la désapprobation parce qu’ils encourageraient les femmes à avoir de nombreux partenaires, préoccupation non exprimée pour les hommes. Au niveau des individus et des couples, certaines femmes craignent le désaccord du mari, voire des actes hostiles de sa part si elles utilisent des contraceptifs. Pour de nombreux couples, il est difficile d’aborder ce sujet.
Plusieurs facteurs retentissent donc sur la demande de contraception. Des obstacles d’ordre social et culturel empêchent, dans la plupart des cas, de suivre ses préférences en matière de procréation.
Les femmes analphabètes ou n’ayant qu’une éducation limitée connaissent souvent peu leur propre corps et sont encore moins informées de la planification familiale. Les conceptions erronées et les mythes abondent concernant la grossesse et les méthodes de contraception. Généralement, les hommes veulent plus d’enfants et les veulent plus tôt que les femmes et, en de nombreux cas, ce sont eux qui décident en premier lieu du nombre d’enfants. Comme cela apparaît avec le cas de Issa, les normes sociales en matière de fécondité et de virilité et la médiocrité de la condition des femmes font que les couples s’abstiennent de recourir à la planification familiale.

L’effet pauvreté
Il est établi que la conjonction d’une fécondité élevée et d’une pauvreté endémique dans les pays en développement a pour effet d’aggraver la pauvreté en ralentissant la croissance économique, en accroissant les coûts des soins de santé, de l’éducation et des autres besoins fondamentaux, en diminuant la productivité féminine et en réduisant le revenu et l’épargne.
L’utilisation des contraceptifs est inégale tant entre les pays qu’à l’intérieur de chaque pays. Elle varie selon le revenu, le niveau d’éducation, l’appartenance ethnique, la proximité des dispensaires et la vigueur des programmes de planification familiale. Selon l’UNFRA, en Afrique, 27% seulement des femmes mariées recourent aux méthodes modernes les plus efficaces. Dans certaines parties du continent, la proportion tombe à moins de 5% pour les méthodes modernes. Les femmes les plus aisées utilisent la contraception quatre fois plus souvent que les plus pauvres. Au Burkina Faso, l’enquête démographique et santé réalisée en 2003 révèle que la demande potentielle (42,6%) et les besoins non satisfaits (28,8) restent élevés dans le domaine de la planification familiale. L’ABBEF est parvenue au constat que la progression de la prévalence contraceptive reste faible. D’une moyenne nationale de 5,8% en 1998, elle est passée à 9,7% en 2003. Cette progression en milieu urbain est plus notable, de 20,1% en 98 à 34% en 2003. Si les besoins non satisfaits étaient couverts, elle conclut que la prévalence contraceptive pourrait atteindre 43%, chez les femmes, c’est-à-dire quatre fois plus élevée que le taux actuel. De nombreux pays en Afrique affrontent des pénuries alarmantes de contraceptifs et de préservatifs. Alors que les préservatifs, s’ils sont utilisés de manière régulière et correcte, constituent aussi un moyen de contraception pour tous ceux qui n’ont qu’un accès limité aux soins de santé et à des méthodes plus efficaces. Selon les évaluations, le coût davantage élevé des contraceptifs et des préservatifs est un obstacle à leur accès par les plus pauvres.

La planification familiale peut contribuer à une meilleure scolarisation des enfants
L’insuffisance d’infrastructures sanitaires en milieu rural, les idées reçues concernant la contraception et de façon globale, la méconnaissance des avantages liés à la planification familiale sont des menaces réelles pour les futures générations en termes de la santé de la reproduction et posent un problème de développement. La baisse de la fécondité pouvant accélérer la réduction de la pauvreté si elle se conjugue avec des politiques sociales et économiques favorables. Or, selon l’ABBEF, la tendance actuelle au Burkina Faso n’est pas reluisante comme l’attestent les résultats du dernier recensement de la population et de l’habitat qui ont révélé que la croissance démographique n’a jamais été aussi importante qu’au cours de la dernière décennie, de 1996 à 2006. En adoptant la loi N°049 du 22 décembre 2005 sur la santé de la reproduction au Burkina Faso, les pouvoirs publics ont montré l’intérêt qu’ils portent sur la question. Cependant, il importe que cette politique soit beaucoup plus volontariste notamment dans la mise en œuvre du programme national de la planification familiale. De nos jours, on ne peut pas parler de développement durable sans prendre en compte la planification familiale. C’est un défi majeur à relever car une lutte couronnée de succès contre la pauvreté exige une population saine, exempte de problème de santé en matière de procréation.o.

Par Drissa TRAORE

Regard des citoyens

Dans l’optique d’enrichir notre sujet sur le thème : «La planification familiale : mode ou nécessité», nous nous sommes rendus dans un village nommé Saaba à quelques encablures de la ville de Ouagadougou, pour recueillir l’avis des citoyens. D’une manière générale, cette méthode s’impose et devient même une nécessité pour diverses raisons qui sont à la fois économiques, sanitaires, éducatives, tout cela dans un contexte général de l’évolution du monde avec ses exigences de changement, de comportement pour mieux subvenir aux besoins de la famille.

ZONGO Marcel, infirmier à la retraite
«En tant que, infirmier s’occupant d’un centre de soin, les femmes viennent à nous pour des informations relatives à la planification familiale. Nous leur donnons de conseils sur différentes méthodes pour espacer les naissances. Souvent nous accueillons des couples et de façon individuelle, certaines femmes n’hésitent pas à venir d’elles mêmes. Les femmes qui viennent accoucher dans les centres profitent de nos conseils. Aujourd’hui les mentalités évoluent positivement quant à la pratique de la planification pour des raisons économiques parce que un enfant de nos jours est une charge pas comme dans le temps.

Alizèta TIENDREBEOGO, infirmière

L’espacement des naissances favorise la croissance normale des enfants et protège la femme en terme de santé. Aujourd’hui la majorité de femmes pratiquent la planification familiale, seulement il y a des hommes qui sont toujours réticents et empêchent leurs conjointes de la pratiquer.

 

 

 

Clarisse TEKTOUMDA, vendeuse de riz

«Le bienfait de la planification familiale nous parvient grâce aux médias, surtout la radio que nous écoutons et les films documentaires à la télévision ainsi que des sketches. Selon moi, c’est une bonne chose d’essayer d’espacer les naissances. Ceux qui font beaucoup d’enfants n’ont pas de moyens (financiers) et n’arrivent pas à les scolariser et même bien les nourrir. Aussi, espacer les naissances aide énormément les femmes sur le plan santé. Imaginons que tu accouches et 8 mois après tu es encore enceinte, c’est même honteux. Donc pour moi il faut que cette pratique soit acceptée surtout pour le bien-être de la femme.

 

Pascaline NASSA, commerçante
Pour ma part, c’est une bonne pratique pour aider la femme et les enfants. Au district sanitaire sur conseil des agents de la santé quelle que soit la méthode choisie, cela permet à la femme de se reposer et retrouver la force afin d’affronter un autre accouchement sans difficulté. Pour l’enfant les petites maladies s’éloignent et sa croissance est rapide. Accoucher dans un temps assez court épuise même la femme et l’affaiblit d’où les nombreuses maladies qui la guettent. Mon mari a très bien compris parce que quand un enfant tombe malade il faut de l’argent.
Mieux vaut avoir 3 enfants en bonne santé que 10 qui sont constamment malades. Il y a des femmes qui jusqu’à présent ne comprennent pas mais avec le temps ça va aller.

Fatimata OUEDRAOGO, coiffeuse
«Cette pratique permet aux femmes d’espacer les naissances et renforce l’amour dans le foyer. S’il y a toujours des gens qui rechignent à la pratique, je me dis que c’est une question de mentalité. Il faut plutôt faire comprendre au couple et surtout les hommes que espacer les naissances est un bien commun pour l’ensemble dans le foyer. Dans l’avenir, je vais la pratiquer pour mieux gérer mon foyer».

 

 

Souleymane TOWINA, tailleur
«Espacer les naissances c’est une bonne chose parce que la vie même est devenue très dure. Les médicaments sont très coûteux et il n’y a pas d’argent. S’il faut encore faire des enfants n’importe comment c’est dangereux. Aujourd’hui on n’a pas le choix de revoir les naissances parce que c’est le monde moderne qui demande cela».

 

Michel KABORE, blanchisseur
«J’écoute beaucoup la radio et les informations y relatives à la planification me parviennent. Je trouve que nous n’avons pas le choix aujourd’hui de nous imposer un certain nombre de comportements pour notre propre bien et celui du foyer. Vous voyez le monde actuel est celui de l’argent or la majorité des gens sont pauvres. Pour nourrir, soigner un enfant et même la femme il faut de l’argent. Donc si on peut trouver des moyens médicaux pour aider les femmes c’est très bien. Pour faire aussi comprendre tout le monde ce n’est pas facile. Vous allez entendre des gens qui disent que cela est le fait des fonctionnaires ou des richards et que l’enfant est un bien. Et que si leurs parents avaient pratiqué cette méthode eux ne seraient pas nés. Ces gens-là oublient que les temps ont changé et qu’il ne suffit plus de cultiver pour nourrir un enfant et l’envoyer à l’école. Moi personnellement, je ne vais pas dépasser 3 enfants et je ne vois pas un jeune aujourd’hui qui pense à faire 10 à 15 enfants».

Mathias OUEDRAOGO, agriculteur
«Nous entendons parler de la planification familiale par les différents médias. Même si on n’en parlait pas, je pense que toute personne consciente doit se l’imposer. La vie actuelle est très chère, les prix du riz, du maïs ont flambé. Comment faire pour nourrir des rejetons si tu n’as pas les moyens. Si l’enfant grandit comment résoudre son problème de scolarité, sa vie professionnelle toujours. Je pense que ça donne à réfléchir à plus d’un aujourd’hui. Les gens pensent que c’est nous les paysans qui ne comprenons pas. Ce n’est pas vrai. Parce que aller avec une femme c’est quand tu es rassasié. Et la santé des enfants qui va s’en occuper si tu n’as pas d’argent ?
Je pense qu’il faut faire le minimum d’enfants dans un espacement acceptable pour pouvoir les nourrir, les soigner et les éduquer convenablement.
Vous savez, il y aura toujours des réfractaires à tout changement de mentalité. Mais ils n’auront pas le choix que ça soit du côté de la femme ou de l’homme, la vie aujourd’hui ne prédispose pas à faire beaucoup d’enfants. Avant c’était le champ familial où on n’avait besoin de main d’œuvre, aujourd’hui même ceux qui cultivent ne s’en sortent pas. Donc faire peu d’enfants est la solution la plus sûre pour mieux les élever».

Mme OUEDRAOGO, enseignante dans une médersa
«La planification familiale est une bonne pratique qui permet aux femmes d’espacer les naissances. Dans la religion musulmane, elle n’est pas tellement interdite puisque ça rentre dans les préoccupations de la famille. Avoir beaucoup d’enfants c’est bien mais compte tenu de la vie d’aujourd’hui, on n’est pas sûr de pouvoir les entretenir, les nourrir, les éduquer. A mon humble avis, je pense qu’il faut limiter les naissances pour pouvoir mieux s’en occuper et assurer leur avenir.o

Jeunesse et SIDA : Un document pour orienter la lutte

Guillaume SANOU, coordonnateur de l’atelier de validation

Le jeudi 29 mai 2008, un atelier de validation a réuni les associations de lutte contre le VIH/SIDA et le ministère de la Jeunesse et de l’Emploi autour d’un document de stratégie nationale d’implication des jeunes et d’intervention en milieu jeune dans la lutte contre le VIH/SIDA au Burkina Faso.Tenu à Ouagadougou, cet atelier qui a duré du 29 au 30 mai 2008 a réuni des jeunes venus aussi bien de la capitale que des provinces pour se pencher sur la question de la jeunesse et le SIDA en vue de renforcer les performances des programmes de lutte contre le VIH/SIDA en milieu jeune. Pour justifier le choix de cet atelier, le docteur Boureima ZIDA, a relevé la plupart des études montrant que les jeunes sont au cœur de la pandémie mondiale du VIH/SIDA «parce qu’ils sont les plus exposés et les plus touchés par l’infection. Dans le document, il apparaît que dans le monde, le VIH touche 3,9% des jeunes de la tranche d’âge de 15 à 24 ans et parmi «les Sahéliens, le Burkina Faso se place au premier rang avec 25,4% des cas déclarés dans la sous-région». D’où la justification du choix de cet atelier qui implique le ministère de la Jeunesse et de l’Emploi représenté par M. Siaka TRAORE qui veut donner réponse à cette équation posée : «comment impliquer de façon efficiente les partenaires pour à terme aboutir à un changement significatif de comportement de cette frange la plus menacée et exposée». C’est en cela que la présente stratégie nationale d’implication des jeunes et d’intervention en milieu jeune en matière de lutte contre le VIH/SIDA, les IST, et la promotion de la santé sociale et la santé de la reproduction au Burkina Faso ont tout leur sens selon les organisateurs. Pour eux l’importance des jeunes fait qu’il faut élaborer un document spécifique qui tient compte de leurs préoccupations et les implique à quelque niveau que ce soit dans la lutte contre cette pandémie. Et M. Siaka TRAORE de soutenir que «sans jeunesse participative point de développement». Il a souhaité qu’ils mettent à profit ces 48 heures pour d’instance réflexion en vue, à l’instar du Bénin, du Togo, du Niger etc. de sortir un document de référence concernant la jeunesse qui est la couche la plus vulnérable parce que exposée au chômage, à la drogue, au tabagisme, à la prostitution, aux grossesses précoces et indésirées.
Issoufou MAÏGA

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