Simon est fort… et
les Ouagalais sont durs…
«Ouagadougou sera ce que les Ouagalais veulent qu’il soit», c’est entre autres l’un des slogans pour ne pas dire l’un des «cris de ralliement» du maire de Ouagadougou à sa prise de fonction à la tête de la commune en 1995. Un slogan qui invitait tous les Ouagalais à un engagement citoyen pour le développement de la ville. Depuis lors, de grandes réalisations ont été faites au profit de la ville, de tous et de chacun. De grands chantiers sont encore en cours afin de rendre notre capitale plus agréable et où il fait bon vivre. Si la dynamique entreprise depuis 1995 se solde par des résultats probants, il n’en demeure pas moins que le comportement de certains Ouagalais, pour ne pas dire leur incivisme, compromet à coup sûr les efforts des autorités municipales et partant la volonté affichée de faire de Ouagadougou une ville moderne au cœur de l’Afrique de l’Ouest.
Simon COMPAORE, maire de la ville de Ouagadougou
Parlant d’incivisme, nous avons encore en mémoire l’image d’une caricature parue dans notre rubrique «Ne nous faites pas rire», où une dame jette des ordures dans un caniveau passant devant son domicile tout en se plaignant du fait que ce caniveau soit plein d’immondices. Elle poursuit sa plainte en se demandant ce qu’attend la mairie pour venir vider «son» caniveau. Un comportement curieux qui illustre bien le paradoxe des Ouagalais. En effet, comme cette dame, ils sont nombreux, qui ont transformé les caniveaux en poubelles où l’on jette du tout, du liquide comme du solide ainsi que l’a laissé apparaître une enquête menée par notre journal (voir L’Opinion N°516 du 29 août au 4 septembre 2007). Et les mêmes sont les premiers à vitupérer contre la mairie qui ne ferait pas comme il se doit son travail d’assainissement de la ville, ignorant que le curage des caniveaux coûte cher et même très cher au budget communal. Chaque année, selon les responsables de la propreté de la ville, c’est au minimum 70 millions FCFA qui sont injectés rien que dans le curage des caniveaux. Un effort budgétaire qui montre à quel point le phénomène d’encombrement des caniveaux est important et est affronté avec rigueur par les autorités communales avec les moyens dont elles disposent. Mais comme pour toute œuvre, si les uns construisent et qu’au même moment les autres détruisent, il n’y a pas de doute qu’on fera du surplace si l’on ne dégrade pas davantage la situation. C’est ainsi qu’il faut voir les choses dans le domaine de l’assainissement de la ville de Ouagadougou et on ne peut que déplorer ces actes d’incivisme de citoyens qui, par le fait de transformer les caniveaux en décharges publiques où ils se débarrassent de leurs ordures, salent la facture pour la mairie, rendent incommodant l’environnement immédiat sans oublier les risques sanitaires qu’ils provoquent. Si les travaux d’intérêts commun (TIC) d’une autre époque ne sont plus d’actualité, on ne demandera pas aux Ouagalais de curer eux-mêmes les caniveaux passant devant chez eux mais pour paraphraser le célèbre J. F. KENNEDY, on peut se permettre de leur demander ce qu’ils ont fait pour «leur caniveau» afin qu’il ne soit pas encombré de détritus.
D’un comportement à un autre, l’incivisme a bon dos chez beaucoup de Ouagalais si fait que l’esprit citoyen a du mal à s’installer en eux. Ce n’est surtout pas au plan fiscal que les choses seront radieuses quand on sait que «feinter» le fisc ou refuser purement et simplement de s’acquitter de ses taxes est devenu pratique «normale» pour eux. Savent-ils seulement que c’est la contribution des bons citoyens qui paient leurs taxes et impôts qui permet à la mairie de curer les caniveaux ou de remplacer les feux tricolores défaillants ou détruits par des vandales ? Savent-ils que ce sont les taxes communales qui permettent aux autorités communales d’investir ? Parlant d’investissement, cela nous rappelle un «débat» que nous avons eu récemment avec un «soi-disant intellectuel de haut niveau» qui tentait de nous convaincre que tous les feux tricolores de Ouagadougou sont le fruit de subventions ou de dons de villes françaises jumelées à Ouagadougou. En fait, ce sieur s’offusquait du fait que depuis les actes de vandalisme du 28 février à Ouaga, «Simon n’a pas encore remis tous les feux à leur place». Pour lui, le bourgmestre serait blâmable pour ne pas remettre en état avec diligence ce que les vandales ont saccagé. Nous avons vainement tenté de lui faire comprendre que du fait que ce n’était pas prévu dans le budget communal, l’argent, on ne peut en douter, était à rechercher. Mais comme on ne peut pas réveiller quelqu’un qui ne dort pas, nous avons préféré clore le débat au risque de paraître ridicule et incrédule aux yeux de ceux qui suivaient le débat. En réalité, ce sont les individus de ce genre, qui prennent du plaisir à casser les feux tricolores parce qu’ils ne seraient que les fruits de «subventions ou des dons». Ne contribuant pratiquement pas au budget communal, ils ne savent pas que c’est d’autres citoyens qui en réalité paient pour toutes les indélicatesses ou autres actes crapuleux dont est victime la ville. Les financements extérieurs ne sont pas toujours à titre gracieux ; «c’est pas cadeau» comme on dit ; quelqu’un va bien payer.
Bref, la vie en ville a ses exigences qu’il faut respecter. Si le Ouagalais a des droits, il ne doit pas oublier qu’il a aussi et surtout des devoirs. Ils sont nombreux ceux qui pensent qu’ils n’ont seulement que des droits, rélegant ainsi leurs devoirs et obligeant Simon COMPAORE à les leur rappeler quand l’occasion se présente. Oui, «La mairie travaille pour vous», comme c’est bien dit, mais aidez-la à vous satisfaire en adoptant des comportements citoyens. Sinon, au regard de tout l’incivisme que charrie Ouaga, quelle conclusion peut-on tirer si ce n’est que, Simon est fort… mais les Ouagalais sont durs, durs d’oreille, durs de…
Par Ben Alex Béogo
Bisbille à Telecel Faso
Et si on jouait balle à terre ?
Telecel Faso est encore dans la tourmente. Hier, c’était les actionnaires qui salissaient le nom de la maison pour une question de représentativité ; aujourd’hui, ce sont les travailleurs, à travers le collège des délégués, qui affrontent l’administrateur provisoire pour abus d’autorité. Conséquence, Telecel est traînée dans la boue. Ce qui couvait encore au sein de la l’entreprise est désormais porté sur la place publique. Le collège des délégués de personnels a rencontré les médias jeudi 29 mai 2008, pour le grand déballage.
Un adage mossi dit : «Si la pluie bat quelqu’un et son ennemi, que ceux-ci évitent de se battre une deuxième fois car ça causera encore plus de dommages». On peut dire que ce sont ces dommages que le collège des délégués de personnels de Telecel Faso conduit par le coordonnateur M. Adolphe SIDIBE et l’administrateur provisoire Mme Françoise TOE dans leurs bisbilles est en train de faire subir à leur outil de travail qui se relève d’épreuves qui n’étaient pas pour lustrer son image dans un univers de forte concurrence. En accusant l’administrateur provisoire d’abus d’autorité, de comportements divisionnistes, M. Adolphe SIDIBE et les siens jettent, de nouveau, la boue sur leur maison et cela ne sera pas au déplaisir de ceux d’en face. Suivez mon regard.
Mais pouvait-il en être autrement ? Le son de cloche des frondeurs incite à pencher pour la négative. En effet, il semble que, parlant de l’administrateur provisoire, «elle néglige le collège des délégués pour s’adresser directement au personnel, c’est le cas par exemple quand il s’est agi de la question du bonus. Elle prend des décisions stratégiques portant sur le budget ainsi que sur l’organigramme de l’entreprise, sans consulter le collège des délégués. Au regard de tous ces aspects, nous avons estimé que l’administrateur provisoire qui disait qu’elle n’avait pas compétence pour gérer nos revendications, peut réexaminer notre plate-forme de 25 points laissée en souffrance, surtout qu’elle ne demande qu’un peu de bonne volonté. Sinon, le personnel se réserve le droit de s’inscrire dans une logique de grève». Mais, au-delà de la plate-forme revendicative, visiblement, le point de division de cette guéguerre est sans conteste l’affectation du sieur Oumar BONKOUNGOU du poste de directeur des ressources humaines à celui de responsable à la sécurité. C’est donc la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Les travailleurs à travers le collège des délégués s’inquiètent, «le climat de travail est devenu malsain. On a peur. Mme l’administrateur nous menace…» lance-t-on. Cependant, Mme Françoise TOE, l’incriminée, voit l’affaire autrement. «Je ne suis pas là pour faire la chasse aux sorcières, je suis là pour administrer, le temps que la justice tranche sur l’affaire qui oppose les actionnaires. C’est ce que j’ai dit aux travailleurs à ma prise de fonction. Il y a certaines exigences des travailleurs que je ne peux pas satisfaire eu égard à ma qualité d’administratrice provisoire. Sur la question du bonus par exemple, l’actionnaire majoritaire qui était Atlantic a proposé un demi mois de salaire que j’ai refusé. J’ai pris sur moi de distribuer l’équivalent d’un mois de salaire. Ce que le collège des délégués a trouvé insuffisant. Les délégués ont exigé 10 mois de salaire. C’est pourquoi j’ai proposé aux travailleurs, en faisant circuler une liste, que ceux qui sont d’accord pour percevoir le bonus d’un mois s’y inscrivent. Le bonus a été distribué aux mois de mars, avril. Ce que les délégués ne disent pas c’est que les autres années le bonus était distribué aux plus méritants et pas à tout le personnel.» Madame s’est dit disposée à examiner la plate-forme revendicative, mais qu’il n’était pas question de revenir sur les décisions d’affectation. A régime exceptionnel, mesures exceptionnelles, pourrait-on dire, car à écouter Mme TOE, elle a été amenée à effectuer une affectation et «c’est cette affectation, dit-elle, qui a été récupérée pour des motifs inavoués. Mais ils disent que c’est arbitraire. Où est-ce que vous avez vu qu’une affectation est arbitraire ? Comment ils peuvent apprécier le caractère arbitraire d’une affectation ? En tant qu’administrateur, j’ai estimé que le poste de directeur des ressources humaines était suffisamment important et commande qu’il y ait un travail de confiance, et de réactivité de la part de l’intéressé. Or ce n’est pas le cas. J’ai jugé que M. Oumar serait plus apte ailleurs qu’au poste de DRH». Elle dit avoir reçu des menaces publiques de la part de certains délégués c’est pourquoi elle estime que cette guéguerre que vit l’entreprise est plutôt personnelle et va au-delà du cadre d’une lutte syndicale.
C’est en janvier 2008 que Telecel Faso est entrée sous administration provisoire. En moins donc de 2 ans, cette boîte aura connu deux crises en son sein. Alors même qu’on ignore encore l’issue de ce tiraillement, l’on se demande à quoi rime tout ce raffut. Il est temps de jouer balle à terre si l’on veut véritablement sauver les meubles.
Par Frédéric ILBOUDO