A l’évidence nous devons avoir plus d’une corde à notre arc, en appréhendant la question dans une vision globale et large qui offrira de multiples perspectives tant pour l’agriculteur que pour la collectivité dans son ensemble. La raison en est tout simplement que l’un ne va sans l’autre. Tertius ZONGO ne dit pas autre chose, lorsque parlant de ses principaux objectifs dans le domaine de l’agriculture, il précise que son action visera à créer les conditions «d’une amélioration des revenus des paysans, d’une meilleure création locale de valeur ajoutée et d’une plus grande diversification de notre économie à travers notamment l’accroissement des exportations non-cotonnières” .
Voilà un an donc que Tertius ZONGO a été porté à la tête de l’Exécutif. Une année marquée sans conteste parce qu’il suscite l’espoir avec les actions vigoureuses entreprises pour assainir la vie publique. Si les populations sont enthousiastes face à ce «new-deal», il semble cependant, aux révélateurs du phénomène de la vie chère, que ZONGO et son équipe devront s’atteler à gagner la bataille de la souveraineté alimentaire et conséquemment d’une agriculture performante, socle de tout développement. Il semble en effet, qu’aujourd’hui plus qu’hier et sans nul doute, demain plus qu’aujourd’hui « la mère des batailles » sera celle de pouvoir assouvir le besoin fondamental, de pouvoir se nourrir. La crise alimentaire, que vit le monde, le montre amplement.
Depuis le temps que les analystes économiques les plus pointus clament qu’il ne saurait y avoir d’essor industriel et donc de développement sans un bond qualitatif et quantitatif du secteur primaire, on est étonné devant l’état grabataire de l’agriculture de la plupart des pays africains. Certains ont vite fait de lier le problème à la nature de cette agriculture jugée trop basée sur les cultures de rente, perpétuant ainsi dans une certaine mesure le pacte colonial. Voilà pourquoi l’agriculture africaine a jusque-là peu nourri les populations du continent. Une opinion qui en vaut une autre et qui montre à quel point la question est lancinante et préoccupe au plus haut point les analystes, même si les premiers concernés, les agriculteurs eux-mêmes ne sont pas tout à fait en phase avec cette manière de voir les choses. Ce n’est pas tant que la réflexion n’ait pas été pointue, ni que les Africains n’aient envisagé des politiques agricoles centrées sur leurs besoins ou encore qu’ils n’aient pas envisagé de politiques agricoles communes, mais, à la pratique, on s’est rendu compte que chacun avait ses propres priorités et ses propres projections, si tout simplement il ne roulait pour des objectifs contraires, certains diront pour les «agro-dollars». Et cela, contre toute logique et au détriment de leurs propres populations. Les réalités nous rattrapent tous aujourd’hui et nous interpellent au rythme d’émeutes, de violences gratuites qui invitent à méditer l’adage populaire selon lequel « ventre vide n’a point d’oreilles ».
A l’évidence nous devons avoir plus d’une corde à notre arc, en appréhendant la question dans une vision globale et large qui offrira de multiples perspectives tant pour l’agriculteur que pour la collectivité dans son ensemble. La raison en est tout simplement que l’un ne va sans l’autre. Tertius ZONGO ne dit pas autre chose, lorsque parlant de ses principaux objectifs dans le domaine de l’agriculture, il précise que son action visera à créer les conditions «d’une amélioration des revenus des paysans, d’une meilleure création locale de valeur ajoutée et d’une plus grande diversification de notre économie à travers notamment l’accroissement des exportations non-cotonnières» (Déclaration de politique générale en Octobre 2007, p.15).
Produire ce que nous consommons en donnant les moyens et les outils de production aux paysans, voilà le credo, ce qui passe par la mise en place d’une stratégie adéquate qui prendra en compte tous les aspects du sujet. Dans un monde à la fois complexe et de compétition qui induit nécessairement la responsabilisation directe des acteurs, tant dans leurs droits que dans leurs devoirs, le monde agricole ne saurait être laissé pour compte. Quand on sait que partout de par le monde, qu’on soit au Nord comme au Sud, à l’Est comme à l’Ouest, la question centrale est celle de la sécurité, il va s’en dire que toutes les réflexions doivent en tenir compte. D’où le postulat de base du Premier Ministre ZONGO d’oeuvrer dans un premier temps, à «assurer une sécurisation foncière propice aux investissements agricoles». La réforme du statut de la terre, entreprise depuis plus d’un an, vise cet objectif à travers notamment une revalorisation du statut de la femme.
Il faut aussi rompre avec la mentalité séculaire de travailler pour le court terme et se projeter dans l’avenir, ce qui suppose de «trouver des solutions adéquates à la conservation, à la commercialisation et à la transformation des productions agricoles afin de garantir des revenus acceptables aux producteurs», et, mettre en place un système national de vulgarisation efficace, chargé d’apporter l’information, la formation et l’appui-conseil aux différents producteurs. En effet, le monde agricole souffre terriblement, même de nos jours, de cet handicap de ne pas être en mesure de gérer ses lendemains, généralement abandonné aux caprices d’une nature qui a cessé d’être généreuse par le fait des coups de boutoirs d’un dérèglement climatique dont nous sommes par ailleurs les premiers responsables. Parce que trop sollicitée, la nature elle-même a cessé d’être le garant de son propre avenir et ne peut, par conséquent pas assurer celle d’autrui. Une lapalissade qui oblige à utiliser davantage notre génie créateur, qui fort heureusement a accouché de nombreuses solutions à-même de nous sortir de l’ornière. C’est à peine s’il ne suffit pas tout simplement de se baisser pour en ramasser les fruits à tel point qu’on se demande pourquoi on en est encore là. L’objectif déclaré dans ce domaine est entre autres, l’utilisation plus accrue des semences améliorées par les producteurs, en faisant passer leur taux d’utilisation de 6% actuellement à 50% en 2015. Dans le même sens il faut améliorer les rendements par la promotion de l’utilisation de la fumure organique et des engrais. Dame nature ne pourrait que nous être reconnaissante, elle qui paie au comptant notre course effrénée vers les intrants chimiques, que nous ne produisons d’ailleurs pas, et dont le revers est justement de la mettre en péril.
Ce processus d’intensification agricole sera soutenu par la mise en place d’un fonds de mécanisation agricole en vue de relever le taux d’équipement des exploitants agricoles de 30% actuellement à 75% dans la même période. Avec cette politique, la production de riz, par exemple, devrait être de 800 000 tonnes d’ici à 2015 ce qui correspond à la couverture des besoins du pays. Ainsi disparaîtraient le spectre des massives importations et l’insécurité de pouvoir le faire, même si on en a les moyens, qui vont avec. Cette mécanisation sera, d’autre part, un levier pour la diversification des spéculations et permettra un renforcement substantiel des revenus des producteurs. On peut aussi, dans la même veine rappeler l’opération agro-business lancée en 2006 qui est «une alternative sûre pour régler de manière efficace les problèmes liés à l’accroissement de la production, à l’approvisionnement, à la transformation et à la commercialisation des produits agricoles». Si ZONGO veut donner une chance aux cultures vivrières, il n’oublie pas que tout n’est pas qu’une question de ventre et que l’homme est un tout. Voilà pourquoi le secteur des cultures de rentes le préoccupe et lui fait dire, en ce qui concerne le secteur cotonnier, qu’il «continue de faire vivre directement ou indirectement près de 17% de la population burkinabè». Alors il n’est pas question de le négliger, encore moins de le brader. Il bénéficiera lui aussi de toute l’attention requise.
Face aux énormes problèmes qu’il rencontre, l’action du gouvernement «consistera à assainir la situation financière de la filière, approfondir le processus de sa restructuration pour consolider sa compétitivité et renforcer la promotion de la transformation du coton au plan local». On peut d’ores et déjà se réjouir des actes posés avec la restructuration réussie de la filière et l’important appui financier concédé qui lui ont permis de faire face aux yoyos des prix sur le marché international et d’amorcer son redressement.
Le gouvernement a pris la mesure de l’enjeu, même si la pauvreté rurale ne peut être vaincue du jour au lendemain, en engageant le pays dans la promotion de l’agriculture. La santé de proximité, l’alphabétisation de masse et la promotion de l’éducation seront autant d’actions à entreprendre pour sortir les campagnes de leur état d’arriération.
Le développement restant néanmoins un tout, les citadins n’attendent pas moins de Tertius ZONGO qu’il allège leurs fardeaux en redonnant notamment au panier de la ménagère un poids à-même de leur assurer un bien-être acceptable. En effet, la revalorisation du pouvoir d’achat des travailleurs est un impératif, un combat de tous les jours vers lequel de nombreux efforts sont consentis quotidiennement. A titre d’exemple on pourrait citer la diminution des coûts des services, la fluidité et l’assainissement de l’administration publique, les traques contre certains fléaux devenus endémiques, la réduction du train de vie de l’Etat… Une véritable gageure au regard de la modicité des moyens, mais que le génie inventif des Burkinabè devrait permettre de relever.
Plus que jamais, le maçon ZONGO est au pied du mur et s’attelle à la tâche avec abnégation et une bonne foi qui justifie l’adhésion de la plupart des Burkinabè. Les fruits commencent à se faire sentir. Même si, tout naturellement, les avis divergents sur une telle appréciation, le plus important c’est que demain s’annonce, certes avec des difficultés, mais avec pour nous, l’avantage de la conviction que nous l’aborderons sans fatalisme, en sachant ce que nous voulons, où nous voulons aller et comment nous nous y prendrons !
Par Alpha YAYA