En choisissant la solution de la fermeté à l’extrême, les suspensions de tous les organes, instances et structures, le CDP refuse toute voie de recours aux sanctionnés et clôt d’autorité le débat ! Les sanctionnés ont donc toutes les raisons et cartes banches pour aller voir ailleurs ! Ils n’ont d’ailleurs pas d’autre choix. Une possibilité de sauver la face qu’ils n’hésiteront certainement pas de saisir des deux mains.
La petite solution du grand CDP ! Un titre provocateur qui vient compléter celui de l’éditorial de notre édition n°551, «Le CDP dans l’œil du cyclone», que nous concluions en ces termes, relativement aux bisbilles qui secouent le méga-parti : «Il ne reste plus qu’à voir comment le CDP va résoudre cette affaire, car des problèmes, il en existe dans tous les partis et c’est à leur capacité de les résoudre qu’on reconnaît les grands partis. L’occasion lui est donc donnée de montrer qu’il est un grand parti et qu’un grand n’est pas un petit».
Ainsi donc ; «Bang !» Le CDP a fait feu et tout naturellement cela s’entend très loin. En tout cas nombre d’oreilles ont sifflé dans la petite bourgade de Kabouda dans le Ganzourgou, qui a vu naître Pierre TAPSOBA et à Ouroubono petit patelin des confins des Balé, village natal de Oubkiri Marc YAO ! Et pour cause ! Le CDP a opté de sortir la grosse artillerie pour réduire leur «mutinerie». En décidant à la session du 13 juin dernier de son Bureau Exécutif National d’indiquer la sortie à ses frondeurs se «réclamant de «l’ex-CNPP et assimilés»» (dans le texte de la déclaration), le parti au pouvoir a choisi on ne peut plus la méthode forte, certains diront radicale, pour vider le contentieux dont ils sont les auteurs. Dans le strict respect des textes fondamentaux du parti. Rien à dire donc. D’autant qu’il semble que le fond et la forme sont saufs, les incriminés ayant été entendus et ayant persisté dans l’erreur en dépit des appels à la raison. Ainsi donc force est restée à la loi, c’est-à-dire au centralisme démocratique en ses postulats repris par l’article 8 du Règlement Intérieur du CDP qui prône : la soumission au parti de tous les militants quelles que soient leurs fonctions ; le respect par tous les militants des décisions prises par les instances et organes du parti ; l’observation de la règle de la soumission de la minorité à la majorité avec l’obligation de respecter et de défendre ultérieurement les positions majoritaires dégagées. Sans vouloir faire le procès des «ex-CNPP et assimilés» force est de reconnaître que leurs propos et attitudes jurent sans conteste avec ces dispositions. Par ailleurs il ne viendrait à l’esprit de personne de penser qu’ils n’agissaient pas en toute connaissance de cause tout comme ils ne prévoyaient pas les conséquences éventuelles de leurs actes. C’est dire que Pierre TAPSOBA et ses camarades savaient où ils mettaient les pieds et ne devraient pas être surpris de la réaction de la direction de leur parti, surtout que le contexte national ne peut que donner une connotation particulièrement négative à leur entreprise. En réalité, en suivant cette affaire depuis sa genèse, qu’on peut situer au refus de Pierre TAPSOBA et de certains de ses amis de figurer sur la liste nationale du CDP aux élections législatives dernières, au motif d’un mauvais classement, on a l’impression qu’ils ont opté pour la confrontation par tous les moyens.
De toute évidence, ils ne pouvaient en rester là et la suite du feuilleton est parfaitement logique. Comme si les solutions aux problèmes qu’ils posent étaient leurs derniers soucis, l’essentiel étant de mettre les pieds dans les plats et de faire aussi mal que possible. Sinon comment comprendre autrement le recours à la presse pour des questions dont par ailleurs ils n’ont jamais dit à quel moment ils les ont posées au sein du parti et les réponses qu’on leur a données. Comment comprendre autrement le choix de certains organes de presse pour se faire les porte-voix de leurs récriminations contre le parti au pouvoir ? Puisqu’ils ne sont ni des enfants de chœur, encore moins des novices du jeu politique national, on peut oser croire qu’ils ne font rien au hasard et que chacun de leurs actes est un message entier. Il n’est même pas besoin d’être particulièrement perspicace pour prévoir les prochains épisodes de cette saga qui peine à se faire une place dans les préoccupations actuelles des populations et reste désespérément marginale.
Il n’y a qu’à lire les analyses et opinions y relatives dans les journaux pour se faire une idée de ce que l’opinion publique en pense. Si on devrait synthétiser, on dirait que nos frondeurs ont tout sauf le beau rôle. Même les contempteurs du pouvoir ne manquent pas de leur rappeler que nul ne pouvant se prévaloir de ses propres turpitudes, c’était bien fait pour eux de se retrouver aujourd’hui dans de sales draps. Il faut dire que certains ont la rancune tenace et la mémoire trop sélective pour être impartiale. Pouvaient-ils espérer autre chose ? Certainement que non ; à moins que par dépit, et jouant le tout pour le tout, ils ne tirent des plans sur la comète en espérant une remise en cause au CDP. Néanmoins, contrairement à ce qu’on pourrait penser avec sa décision de suspendre certains d’entre eux des organes, instances et structures du parti, le CDP, sans le vouloir, leur tend la perche et leur offre une possibilité de sortie honorable.
Si la sanction peut se justifier, elle est fort discutable tant dans sa forme que dans le fond aussi bien du fait de l’importance des mis en cause, que de la gravité des fautes qu’on leur reproche. Sur ce dernier point, le CDP a-t-il la garantie que sa sanction touche tous ceux qui pensent comme les «ex-CNPP et assimilés» ou qu’elle apporte les réponses que peuvent attendre des militants qui s’interrogeraient ? Rien n’est moins sûr d’autant que ce n’est pas la première fois que le parti est en butte à une fronde et use du bâton. Bien malin qui pourrait dire si cela a fait plus de bien que de mal, mais toujours est-il que bien de fois les sanctionnés ont été réintégrés par la suite, et qui mieux est, en catimini. Par ailleurs un parti de la taille du CDP et bâti sur le socle sociopolitique qui est le sien, peut-il éviter des sautes d’humeurs fondées ou infondées ? Pour notre part nous ne le croyons pas, ce d’autant plus que nombre de cadres du parti gèrent leur position au sein de ses structures ou de l’appareil d’Etat comme des rentes viagères. C’est le cas particulièrement d’un Pierre TAPSOBA, absent de tous les combats du parti. Mais tous les sanctionnés ne sont pas à loger à la même enseigne. Mais bien au-delà de cette appréciation, il nous semble que ce n’est pas parce que les frondeurs auraient tort qu’ils devraient être considérés comme des pestiférés. Nous sommes en politique, au 21e siècle et dans un parti au pouvoir ! Cela implique des devoirs qu’il faut assumer sans état d’âme, comme celui d’accepter dans certaines situations avaler des couleuvres.
En l’occurrence, dans le cas qui nous concerne, le CDP n’avait aucun intérêt à engager le débat sur la place publique avec les frondeurs. Certains militants, qui se sont prononcés sur le sujet, leur donnaient déjà suffisamment la réplique. On pourrait épiloguer davantage sur la question sans jamais faire l’unanimité encore moins épuiser le débat. Cela d’autant plus que celui-ci n’a aucune espèce d’influence sur le comportement du CDP.
Toujours est-il qu’en choisissant la solution de la fermeté à l’extrême, les suspensions de tous les organes, instances et structures, le CDP refuse toute voie de recours aux sanctionnés et clôt d’autorité le débat ! Les sanctionnés ont donc toutes les raisons et cartes banches pour aller voir ailleurs ! Ils n’ont d’ailleurs pas d’autre choix. Une possibilité de sauver la face qu’ils n’hésiteront certainement pas de saisir des deux mains.o
Par Cheick AHMED
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