L'opinion N°559
Du 25 juin au 1er juillet 2008

Dossier

Journée de l’intégration régionale

Pô a accueilli les producteurs du Burkina et du Ghana

L’organisation non gouvernementale Ghana Trade Livehoods Coalition(GTLC) et l’Organisation pour le renforcement des capacités de Développement (ORCADE) ont initié depuis 2006 des journées dites «journée de l’intégration régionale». Après deux éditions tenues au Ghana, c’est le Burkina qui a accueilli en terre du Nahouri, à Pô la 3e édition, le jeudi 19 juin 2008.

Les producteurs ghanéens ont constitué une forte délégation

Pô chef-lieu de la province du Nahouri, région du Centre-Sud du Burkina a accueilli, le jeudi 19 juin 2008, plus de 1500 productrices et producteurs provenant du Ghana et du Burkina Faso. Cette rencontre, 3e du genre née de la volonté des organisations de la société civile GTLC et ORCADE et dénommée «journée de l’intégration régionale», avec pour objectif de tenir des campagnes d’information et de sensibilisation avec comme résultat la contribution à l’interpellation des Etats membres de la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) sur l’application effective de l’intégration régionale. C’est ce qui explique le thème de cette 3e édition qui est : «Une intégration régionale effective pour un meilleur développement durable». Arrivée à Pô vers 8 heures, la mobilisation des forces de l’ordre (gendarmes et policiers) annonçait une température habituelle de la tenue des grands évènements. Tous étaient mobilisés pour réserver un accueil digne de ce nom aux autorités politiques et administratives et aux producteurs et productrices ghanéens.
Installés vers 9 heures les invités ont pu se délecter de la prestation musicale de l’ensemble artistique de Kaya (troupe Kassena) au rythme du Djongo. Comme tout évènement à l’africain, l’ouverture de cette 3e journée de l’intégration a été bénie des paroles saintes du Coran par le responsable de la communauté musulmane de Pô. Ce fut ensuite le maire de la commune de Pô, M. Henri KOUBIZARA, qui a pris la parole pour souhaiter la bienvenue à ses hôtes. Ainsi il s’est réjoui que sa ville ait été retenue pour abriter cette journée de l’intégration régionale dans le cadre de la production agricole. Il a exprimé pour l’occasion, son souhait que cette initiative soit le véritable point de départ pour la création d’un espace économique commun entre les Etats membres de la CEDEAO prévue il y a 30 ans dans la mission de cette institution sous-régionale. «Pour sa part, a-t-il révélé, le conseil municipal de Pô a décidé de la construction d’un marché de fruits et de légumes principalement la tomate à Pô au profit des producteurs ghanéens et burkinabè».

Les échanges des produits agricoles sont considérés comme un vecteur important
de l’intégration sous-régionale.

L’objectif étant de réduire les inégalités et en faire un tremplin pour la promotion des produits.
Le maire de la commune de Pô a reconnu et salué les soutiens multiples de l’ONG ORCADE aux producteurs dans le renforcement de leurs capacités de développement, «Ils améliorent ainsi leur maîtrise des techniques de production pour offrir en quantité suffisante des produits de qualité sur des marchés vastes», a-t-il soutenu. Quant à M. Moses KAMBOU président du Comité d’organisation de cette journée, le Burkina Faso et le Ghana sont deux pays liés par l’histoire et la géographie et l’intégration à la base est une réalité. La raison, selon lui, “l’organisation de telles journées par la société civile des deux pays est d’œuvrer pour faire de l’intégration régionale un levier de lutte contre la pauvreté chez nos producteurs et productrices”. Prenant la parole au nom des producteurs du Burkina Faso, Mme Lucie TAPSOBA, pense que «le thème de cette journée est une invite à beaucoup plus d’union et de coopération pour que les producteurs trouvent la voie du développement». Parlant de la condition du producteur burkinabè, elle a soutenu qu’elle est soumise à plusieurs facteurs défavorables que sont le climat, le manque d’opportunités sociales au développement, les problèmes d’accès aux marchés de la région CEDEAO, etc».
Pour elle, il existe beaucoup d’opportunités d’échanges entre le Burkina et le Ghana dans les filières tomate, riz, beurre de karité, bétail et viande. Déterminée, elle donne sa solution pour améliorer cette situation en ces termes : «Organiser des foires, des voyages d’étude, des journées portes ouvertes et des ateliers de capitalisation peuvent nous aider car le problème que rencontrent les producteurs est le délai de routes pour circuler entre le Ghana et le Burkina Faso». C’est pourquoi, elle a exhorté les autorités d’appliquer le protocole de la libre circulation des personnes et des biens et aussi mettre en œuvre la politique agricole commune de la CEDEAO ainsi que le plan de la libéralisation des échanges. M. Ibrahim AKALIBILLA, coordonnateur de GTLL, croit véritablement à une intégration régionale effective entre les deux pays et partant de l’espace CEDEAO.

La troupe de danse de Bolgatanga (Ghana)

Prenant l’exemple sur la production de la tomate, il est convaincu que c’est un produit qui peut aider à rapprocher les producteurs burkinabè des ghanéens pourvu que les différentes autorités ne les abandonnent. Pour le haut-commissaire de la province du Nahouri, Blaise OUEDRAOGO, représentant madame la gouverneur du Centre-Sud, les participants attendent beaucoup de cette journée qui est un plaidoyer pour la concrétisation de la vision stratégique de la CEDEAO qui œuvre à transformer l’Afrique de l’Ouest en une région sans frontière où les citoyens peuvent créer et saisir des opportunités émanant de la circulation sans restriction de marchandises, des services et des personnes. Il a souligné la nécessité de se concerter sur la mise en œuvre protocole du commerce régional et la politique agricole commune de la CEDEAO. Là, ressort la poursuite d’un processus dont la stratégie a été de créer une plate-forme pour le dialogue et la discussion sur les questions d’intérêts communs afin de renforcer l’assurance de la confiance pour une collaboration plus poussée pour l’implication de tous les citoyens et des officiels des deux pays. Le ministre régional de la région de Upper East du Ghana (Bolgatanga) présent à cette journée a exprimé sa conviction que les protocoles de la CEDEAO apporteront un véritable soulagement à nos populations qui vivent dans la pauvreté constante. Comme pour l’état de l’excellence de relations entre le pays «des Hommes intègres» et «le pays de la Côte de l’or», l’ambassadeur du Ghana au Burkina Faso, Moghtarie SAHANOUN a souligné l’existence des relations de jumelage et de coopération avec des villes des deux pays afin de renforcer le développement économique.
C’est ainsi que des protocoles d’entente ont été signés respectivement entre les villes de Kumassi, Taurale, Bolgatenga, Bawku, Zebilla, et Wa, au Ghana, et Kaya, Fada N’Gourma, Diapaga, Zorgho, Bogandé, Koupèla et Ouahigouya au Burkina Faso pour promouvoir et concrétiser les liens d’échanges. Il dit être conscient de certaines difficultés qui persistent sur le terrain de l’intégration, notamment, les difficultés d’accès aux pays voisins, les formalités frontalières lourdes, le nombre élevé des postes de contrôle et autres tracasseries. «Je puis vous assurer que nos gouvernements sont en train d’œuvrer inlassablement pour résoudre ces problèmes», a clamé M. MOGHTARI. Justement des raisons de tracasseries policières à la frontière burkinabè ont causé du retard à la forte délégation ghanéenne à cette cérémonie, le représentant des producteurs du Ghana John AKPARIBO, qui a tenu à le souligner a manifesté son mécontentement. Cependant, il a pris toute la mesure et qu’au lieu de baisser les bras, il faut plutôt s’armer de courage afin d’œuvrer à éradiquer ce phénomène qui entrave l’intégration.
Ainsi a-t-il dit : «Si la barbe de ton voisin brûle, aide le à éteindre le feu». Cette assertion n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd. M. Zamana LOMPO, secrétaire permanent de la Commission nationale de l’intégration, représentant le ministre délégué à la Coopération régionale tout en saluant l’initiative de cette journée a relevé ceci : «Nous devons lever les obstacles auxquels nous sommes confrontés afin de permettre à nos organisations communautaires de gagner leur pari de réaliser une intégration et un développement harmonieux dans une Afrique de l’Ouest où les populations peuvent circuler librement d’un pays à un autre, produire et vendre partout où existe le besoin, se sentir chez soi dans chacun des 15 pays, Etats de la communauté». Cette cérémonie qui s’est achevée aux environs de 13h par une prière officiée par le représentant des églises protestantes a été aussi riche en spectacles dont la palme a été tenue par une troupe de musiciens venus du Ghana..

Par Issoufou MAIGA

Propositions des acteurs

Henri KOUBIZARA, maire de la commune de Pô
«En tant que maire d’une commune frontalière la question de l’intégration me préoccupe au plus haut point. Nous avons prévu la construction d’un marché de fruits et légumes au niveau du Conseil municipal. Nous demandons le soutien des premiers responsables du pays pour permettre la réalisation de ce projet. Cela va faciliter la commercialisation de la tomate»

 

Zamana LOMPO, SP de la commission nationale de l’intégration
«Nous prendrons toutes les mesures en matière de libre circulation surtout quand nous constatons les difficultés que la délégation ghanéenne a rencontrées. Il a été préconisé d’organiser une journée de la libre circulation des personnes sans tracasserie.
Si nous voulons vraiment une intégration libre d’une citoyenneté communautaire, il faut que nous abolissons les différentes entraves à la libre circulation des hommes. Je crois que si la société civile s’implique, cela apporte un plus aux actes, aux initiatives des pouvoirs publics afin que nous conjuguons nos efforts pour réussir le pari du processus d’intégration engagée dans notre sous-région. Le problème véritable se trouve au niveau des trafics illicites, les nombreux barrages qui existent malheureusement encore. Il y a aussi le principe de la fluidité. C’est dans ce cadre-là qu’on a construit des postes de contrôles juxtaposées pour favoriser la libre circulation. Il faudrait que nous changions de comportement pour faciliter le trafic des compétences. Il faut aussi encourager la société civile à suivre le processus, à contrôler et à engager des actions dans ce sens-là. Nous avons parlé du problème de la commercialisation des tomates. S’il y a des accords entre les producteurs ghanéens et burkinabè, cela peut contribuer à fluidifier et à créer des conditions d’échanges. Au-delà de la tomate, il y a le bétail et des cultures maraîchères comme l’oignon. Nous pouvons avoir facilement le «gari» ghanéen, l’igname, etc. ces échanges sont un avantage certain et devrait être le point de convergence entre les deux pays.

Alhassane SAMARI : Gouverneur de la région de Upper East du Ghana
«Je suis impressionné par la cérémonie de ce jour, nous souhaitons donc que les deux organisations, ORCADE et GTLC œuvrent pour la promotion et pour l’intégration sous régionale. Si nous réussissons à unir tous les producteurs nous allons pouvoir relever le défi du meilleur qu’est celui de la pénurie alimentaire qui frappe nos pays africains. Nos pays sont aujourd’hui dans un village planétaire et si nous voulons que nos produits soient compétitifs face aux pays étrangers nous devons encourager nos producteurs à résister à la concurrence par la production de qualité. Promouvoir l’intégration régionale dans le cadre de CEDEAO, est une entreprise qui a été entamée il y a quelques année et qui est soutenue par nos deux Etats. Les deux organisations de la société civile venant des deux pays vont être le symbole d’une intégration véritable au niveau des communautés de base. J’exhorte toutes les autorités à apporter leur soutien aux producteurs pour qu’ils puissent aller dans le sens des échanges sous-régionaux. Pour la libre circulation des biens et des personnes nos différents gouvernements s’activent pour que cela soit une réalité entre les deux Etats.
Le gouvernement ghanéen a donné des instructions fermes pour que des barrières fictives soient levées dans les plus brefs délais.

Lucie TAPSOBA, productrice burkinabè :
«Nous les producteurs nous sommes confrontés à des difficultés d’écoulement de nos produits. Nous produisons en quantité et le problème de l’écoulement engendre des pertes par le périssement des produits.
Pour le cas de la tomate, l’idéal serait de trouver un moyen de transformation sur place et même que cela rapportera une plus-value, de même que le beurre de karité. L’ONG ORCADE a mené une véritable action pour rapprocher les producteurs des deux pays. Les contacts commencent à prendre et nous pensons que c’est dans l’intérêt de tous. Il y a aussi que le marché que la mairie de Pô va construire sera un point focal des échanges et nous pourrons en faire un marché de fruits et légumes à vocation sous-régionale. C’est très bien de se connaître et cette journée le démontre aisément. Nous échangeons avec les producteurs ghanéens à l’aise parce que nous partageons les difficultés et les exemples dans la sous-région sont les même».

Daniel Da HIEN, ligue des consommateurs du Burkina
«L’initiative est à saluer. Vous savez actuellement, la crise que traverse le Burkina Faso est due à des difficultés pour les populations d’accéder à des produits alimentaires. Cette rencontre est très louable par le symbolisme parce qu’elle se tient à la frontière des deux Etats et au-delà par la rencontre des producteurs en vue de trouver des solutions à leurs difficultés commerciales communes.
Nous consommateurs, nous avons notre place à une telle rencontre. Pour moi, il ne suffit pas de produire, il faut produire pour écouler. Le dictateur de la loi commerciale aujourd’hui c’est le consommateur. Nous sommes porteurs d’un message à l’endroit des producteurs. Et nous disons que les producteurs seront plus forts lorsqu’ils produiront des produits de qualité demandés par les consommateurs.
L’autre approche, elle est développementaliste. Alors tout ce qui offrira des opportunités de développement au Burkina Faso, la ligue est partante. La politique agricole lancée au niveau du gouvernement est bien. Mais nous nous disons qu’il ne suffit pas de lancer une politique à la va-vite. Il faut asseoir réellement une politique agricole qui puisse aller dans une orientation de la souveraineté alimentaire.
C’est la seule solution pour sortir de la crise actuelle.

Moses KAMBOU, directeur exécutif de ORCADE
«Cette journée est la troisième que les sociétée civiles du Burkina et du Ghana organisent après celle d’avril 2006 et mai 2007 à Navrongo et aujourd’hui (ndlr : jeudi 19 juin 2008) celle-ci à Pô. Depuis la première journée en 2006, la société civile des deux pays a toujours eu le soutien et la participation croissante des autorités. Cela nous réconforte et nous encourage dans notre plaidoyer pour la libre circulation effective des personnes et des biens entre le Ghana et le Burkina Faso.

 

Blaise OUEDRAOGO :
«La présence de la forte délégation ghanéenne traduit de l’excellence des relations entre les deux pays. Ils sont là parce qu’ils ont foi en l’avenir de l’Afrique de l’Ouest où circulent librement les personnes et les marchandises. Le thème de cette journée à savoir : «L’intégration régionale effective pour un meilleur développement durable», nous interpelle tous à quelque niveau que ce soit. C’est en cela que l’initiative de la société civile est louable en ce sens qu’elle va permettre aux producteurs des deux pays de mieux se connaître et défendre leurs intérêts communs».

 

John AKPORIBO, producteur ghanéen
«Ce cadre de rencontres et d’échanges entre nous les professionnels évoluant dans le secteur agricole et du commerce nous permet de mieux évaluer nos problèmes qui sont communs.
Nous avons des difficultés de commercialisation, nos frères burkinabè n’y échappent pas. Les problèmes de liberté de circulations sont les mêmes. Donc, par l’entreprise de la société civile nous pouvons nous organiser et pousser les pouvoirs publics à prendre des décisions fermes afin de faciliter nos activités. J’ai visité des zones de production dans le Sissili, à Bagré dans le Boulgou. Par exemple la tomate, l’igname, le riz, le maïs, le gari, le bétail sont des produits que nos deux pays peuvent échanger facilement. Nous avons rencontré des difficultés sur la route avec les policiers à la frontière burkinabè c’est ce qui a expliqué notre retard. C’est une preuve palpable que le chemin est encore long pour l’intégration effective mais nous y croyons».

Propos recueillis
Par Issoufou MAIGA

 


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