Chasse aux sorcières ?
Au Niger, l’ancien Premier ministre Hama AMADOU est présentement dans le collimateur de la justice au motif qu’il aurait «bénéficié» indûment de fonds publics. Une opération «mains propres» à la nigérienne derrière laquelle pourrait se cacher une chasse aux sorcières, au regard du gabarit du mis en cause.
L’ex-premier ministre nigérien Hama Amadou
Dans le fond comme dans la forme, la démarche des autorités judiciaires nigériennes est tout à fait normale. Quoi de plus normal dans un Etat démocratique en effet, que de poursuivre ceux qui dissipent ou détournent les fonds publics au grand dam des populations qui continuent de croupir dans la misère.
En l’occurrence, Hama AMADOU aurait «profité» de fonds alloués pour la subvention de la presse. Une inconduite grave à l’heure où la liberté de la presse est reconnue par tous comme un des éléments clé de la démocratie.
On comprend l’impatience de la justice à en découdre, mais, cet empressement peut aussi cacher des règlements de compte politiques, au regard de l’envergure de Hama AMADOU. L’ex-Premier ministre est, en effet, un poids lourd du landerneau politique de son pays. «Tombeur» de l’actuel président de l’Assemblée nationale, Mahamane OUSMANE lorsque ce dernier était président de la République, c’est Hama AMADOU qui a pratiquement «fait» Mamadou TANDJA.
Au cours de son long bail (7 ans) à la primature, il a policé la démocratie nigérienne jusque-là victime des maladies infantiles communes aux démocraties africaines et a donné une visibilité économique à son pays. Si TANDJA en est aujourd’hui à toiser la France et à traiter avec «qui il veut» c’est bien parce que AMADOU s’est attelé à rééquilibrer les comptes publics. Une politique de rigueur qui lui a valu une popularité certaine et qui a prolongé l’état de grâce de Mamadou TANDJA en dépit de la «crise» touarègue et de la sécheresse vécue par le pays il y a deux ans.
AMADOU prenait donc des allures de présidentiables, étant entendu que TANDJA ne peut plus se représenter après son second mandat. Du coup, tous les coups sont permis entre ses successeurs putatifs, et, AMADOU a pu être victime de cette guerre des chefs. Comme indiqué, c’est son ennemi «intime», Mahamane OUSMANE qui «contrôle» le Parlement nigérien. Toute initiative tendant à créer des ennuis à son «ami» est la bienvenue. Hama AMADOU n’étant pas né de la première pluie, se laissera difficilement tondre comme un mouton. Et puis, lui aussi a ses réseaux dans l’administration ce qui va entraîner une longue guerre procédurale. Avec la crise touarègue et l’équation» du pétrole, le Niger avait-il vraiment besoin de cette «embrouille» politique ?
Question à mille francs, même si comme indiqué plus haut, le pétrole vient complexifier la donne sociocritique.
Les touarègues déjà vindicatifs sur l’uranium réclament déjà leur part du gâteau, voire tout le gâteau. La scission entre durs et modérés de la rébellion l’illustre bien, les premiers étant partisans de la création d’un Etat touareg indépendant. Une revendication qui a des échos de l’autre côté de la frontière au Mali, où la revendication identitaire devient assourdissante.
TANDJA a opté depuis pour l’affrontement armé au contraire de Amadou Tamani TOURE même si ce dernier revient lui aussi à des sentiments guerriers.
La sous-région se trouve au bord d’une crise aux répercussions insoupçonnées au regard des énormes intérêts en jeu.
Du coup, l’affaire Hama AMADOU s’apparente à un épiphénomène. Faites vos jeux rien ne va plus.
Par Alpha YAYA