L'opinion N°559
Du 25 juin au 1er juillet 2008

Nation

Situation à l’université de Ouaga

L’ANEB dans sa pure tradition !

On croyait l’année académique 2008-2009 à l’université de Ouagadougou aller à son terme sans trop de difficultés même si de difficultés, ce n’est pas ce qui manque le plus dans ce temple du savoir. Mais voilà, l’ANEB (encore elle !) en a décidé autrement par des méthodes propres à elle et dont pour rien au monde elle ne semble vouloir s’en départir malgré l’esprit citoyen aujourd’hui exalté au pays des Hommes intègres.

Investissements au profit des universités publiques (2006-2008)
Université de Ouagadougou
- construction de 2 amphis de 2200 places
- cité universitaire de Kossodo ( 750 lits) en voie d’achèvement
- acquisition d’un mini-bus
- toilettes pour les UFR et instituts
- construction d’un 2e restaurant universitaire
- pose de la première pierre de l’Université Ouaga II

Université polytechnique de Bobo-Dioulasso
- Ouverture de 3 nouveaux instituts
- Construction d’un bâtiment à 68 162 682 FCFA destiné à l’hébergement des enseignants
- Poursuite de la construction des locaux de l’INSSA d’un coût de 815 337 076FCFA (fin des travaux)
- Construction de 2 amphis par la coopération chinoise
- Construction d’un bâtiment R+2 de 12 laboratoires à 198 555 580 F CFA (fin des travaux)
- Equipement et outillage au profit de l’IUT (41 349 560 FCFA)
- Acquisition de 2 véhicules dont un car de 30 places

Université de Koudougou
- acquisition des villas Fasotex pour logement des étudiants (CENOU)
- acquisition de 3 véhicules 4 x 4 et livraison de 2 cars de 70 places (en cours)

Instituts des sciences
- acquisition du matériel roulant (54 493 205 FCFA)
- acquisition de document pédagogique à (24 747 166 FCFA)
- acquisition de matériel informatique à 32 998 700 FCFA`

5/ Dans l’ensemble de l’enseignement supérieur
- Recrutement de 45 assistants et 5 chercheurs au profit des universités de Bobo, Ouagadougou, Koudougou et du CNRST
- Le relèvement du prêt FONER de 165 000 à 200 000F CFA et de l’aide de 130 000 à 150 000 FCFA en élargissant la base des bénéficiaires

Restauration
-Les repas journaliers servis sont passés de 22 000 repas par jour en 2006 – 2007 à 30 700 repas dont 24 600 repas servis dans les 11 cités universitaires de la ville de Ouaga.
-Koudougou est passé de 2000 repas à 2500 repas par jour et Bobo est passé de 2000 repas à 3100 repas jour
-Le restaurant universitaire de Zogona a une extension avec 2 grandes salles de 800 places
-Pose de la première pierre du 2e restaurant sur le campus de Zogona
Dotation des restaurants universitaires de Ouaga, Bobo et Koudougou de 4 000 nouvelles chaises et 1000 tables à manger.
-Ouverture de plusieurs guichets de vente de tickets RU et de paiement de loyer
-Diversification des menus au RU
-Près de 20 000 couverts (assiettes, plateaux, bols, carafes…)

Ouagadougou
Ouverture de nouvelles cités : cité chinoise, cité CNSS, hôtels Don Camillo
-Bobo : cité Colsama 2
-Koudougou : cité Fasotex

A la cité universitaire de Kossodo plusieurs infrastructures ont été déjà réceptionnées provisoirement : restaurant universitaire, infirmerie, local administratif, local groupe transformateur…
-La réalisation des pavillons A et B : 76%
-la réalisation des pavillons C et D : 60%
-fin des travaux prévue pour septembre 2008
-ouverture prévue pour la rentrée.
En perspectives, sur instruction du chef du gouvernement une requête a été adressée à BIDC (Lomé) pour l’acquisition de 30 cars de transport pour les étudiants.
Le financement pour la construction d’une cité universitaire à Bobo-Dioulasso est acquis auprès de la BID.
Avec toutes ces réalisations et bien d’autres en cours, il faut reconnaître que le gouvernement fait des efforts pour des étudiants tant du niveau académique que social.

Pr Jean KOULIDIATI,
président de l’Université de Ouagadougou

Si comparaison n’est pas raison, on ne peut cependant pas ne pas faire remarquer que contrairement aux autres universités de la sous-région, celle de Ouagadougou et ses étudiants sont les plus «gâtés». Chaque année, le gouvernement par des efforts exceptionnels essaie de permettre aux étudiants de travailler dans de bonnes conditions. C’est ainsi que depuis la refondation, conscient des difficultés liées à l’inadéquation entre le nombre d’étudiants et les infrastructures disponibles, celui-ci ne cesse d’investir dans le sens de minimiser les écarts tout en adoptant une politique de décentralisation des infrastructures.

Robert SANGARE, DG du CENOU

Cela s’est traduit il y a près de 10 ans par la création de l’université de Bobo-Dioulasso. La dynamique va se poursuivre par l’INSE, l’ENSK et finalement la mise en place de l’université de Koudougou. La pose de la première pierre de l’université Ouaga II a eu lieu et on annonce les universités de Ouahigouya et de Fada N’Gourma.
Avec l’aide de certains partenaires des amphis ont poussé à Ouagadougou sur le campus de Zogona. Côté social, le CENOU, tant bien que mal joue pleinement sa partition, les restaurants universitaires se voient un peu partout à travers la ville. Faute de pouvoir loger tout le monde dans les cités de Zogona et de la Patte-d’oie, le CENOU a loué des bâtiments un peu partout à Ouagadougou pour accueillir des étudiants. La cité universitaire «ultra moderne» de Kossodo ouvrira très certainement ses portes pour la prochaine rentrée académique. Toujours dans le domaine du social, le Burkina est le seul pays dans la sous-région où le plat, dans les restaurants universitaires, coûte 100FCFA. Le nombre d’étudiants devant bénéficier de l’aide et du FONER a été revu à la hausse, ainsi que les sommes allouées.
Qui dit mieux ? Est-on tenté de se demander même si malgré ces efforts jamais égalés, certains trouvent que rien n’est fait.

Savoir lutter, savoir revendiquer…
La plus vieille organisation sur le campus qu’est l’ANEB (Association nationale des étudiants du Burkina) sait ce que c’est que la lutte, les revendications. Elle sait certainement que les positions maximalistes et la violence même verbale ne sont pas les meilleures voies pour engranger des acquis probants dans un mouvement revendicatif. La confrontation musclée mène toujours vers des incertitudes et c’est très souvent pour ne pas dire à tous les coups, les «vandales» qui trinquent lorsque vient l’heure des bilans. L’ANEB en la matière devrait être maintenant édifiée, elle dont les longues années de troublion de la vie sociopolitique du Burkina depuis la Haute-Volta a fait de nombreux «martyrs» qui aujourd’hui regrettent leur vie estudiantine et regardent leur avenir derrière eux car «on» les a poussés à le sacrifier au nom d’une prétendue lutte d’avant-garde pour le pain et l’eau auxquels ils ne peuvent même plus avoir accès si se ne sont pas les autres (parents et amis) qui leur font l’aumône ! Juste à côté, la fermeture de l’université et l’année invalidée en 1999-2000 sont encore fraîches dans la mémoire collective et Dieu seul sait combien d’étudiants promus à un avenir radieux ont vu là se briser net leur rêve.
A quelques semaines des examens terminaux uniques, décréter des grèves n’est rien d’autre qu’une volonté manifeste d’hypothéquer l’année académique. Si tel est le vœu de certains militants de l’ANEB, (les étudiants de carrière qui se complaisent dans les quinquennats dans la même classe), les autres devraient se ressaisir, prendre conscience du fait que la tournure que prend la lutte n’est pas pour leur faire du bien ; mais ils deviennent simplement un outil aux mains de manipulateurs dont ils ignorent les véritables mobiles. Ces autres étudiants sont la majorité, une majorité qui doit refuser le suivisme et prendre ses responsabilités. Cette majorité doit se démarquer de tout comportement à même de compromettre l’année académique.

Mais aussi reconnaître les efforts
Quoiqu’ayant toute la population du Burkina Faso à satisfaire dans ses besoins divers, le gouvernement, les étudiants notamment militants de l’ANEB devraient le reconnaître, accorde une attention particulière à la frange estudiantine. La formation surtout supérieure doit son essor aux efforts du budget national d’autant que c’est un domaine qui ne reçoit pas beaucoup de l’aide extérieure. C’est dire que malgré ce que l’on dit prioritaire au Faso, un point d’honneur est mis sur la construction d’une université, d’un enseignement supérieur digne et respectable.
L’ANEB exagère, il faut le dire. En plus quand cette dernière exige (encore) des dérogations pour des étudiants qui font 3, 4, 5 voire 7 ans dans la même classe, on ne peut s’empêcher de dire que les autorités par une certaine complaisance ont laissé s’installer un certain esprit dans la maison qui fait croire aux uns et aux autres qu’ils peuvent exiger ce dont ils savent même qu’ils ne sauraient avoir droit. L’université ne doit quand même pas être un moulin où on entre comme on veut et y fait ce que l’on vent. Car le danger, et il est réel, est d’y voir s’installer une race d’étudiants de carrière qui feraient classe avec leurs enfants (au sens propre) et qui les enverraient chaque fois que de besoin exécuter de sales besognes. Alors, qu’on ne s’étonne pas que des étudiants cassent du pandore. C’est ce qu’il a été donné de constater, le 17 juin dernier où armés de pierres, de lance-pierres et autres armes blanches ils ont à un certain moment pris le dessus sur les forces de l’ordre venues circonscrire le vandalisme sur le campus de Zogona.
Devait-on vraiment en arriver là ? Absolument non et il est temps que chaque étudiant prenne ses responsabilités pour ne pas être complice actif ou passif d’une éventuelle détérioration de la situation sur le campus en cette fin d’année scolaire et académique. Les étudiants qui ont vu leur année invalidée en 1999-2000 savent certainement les conséquences d’une telle situation causée par l’ANEB et ses exigences politico-syndicales. «Plus on a souffert, moins on revendique. Protester, revendiquer est signe qu’on n’a traversé aucun enfer», c’est Emile M. GORAN qui l’a dit. A méditer… par les étudiants.o

Par Ben Alex Béogo

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