Des performances à rude épreuve
Les 26 et 27 juin derniers s’est tenue, à Ouagadougou et par devant le Premier ministre et des membres de son gouvernement, la session d’évaluation des comptes des sociétés d’Etat au titre de l’exercice 2007. Excepté le BUMIGEB et la SOPAO, les 12 sociétés des 14 au total présentent une bonne santé financière.
La SONABEL a été la plus performante entreprise prestataire de services avec un chiffre d’affaires de 74,8 milliards
16e du genre, l’Assemblée générale des sociétés d’Etat est un véritable examen des indicateurs de performances des entreprises publiques. C’est un moment important pour dresser les bilans et une tribune pour dégager les perspectives de performances. Pour le Premier ministre Tertius ZONGO, il s’agit d’un instrument, fort à propos, de renforcement du système de gouvernance des entreprises de l’Etat. L’Assemblé générale regroupe les ministres, les PCA, les directeurs généraux, les commissaires aux comptes et les représentants des travailleurs des sociétés concernées ; elle est présidée de droit par le président du Faso.
Cette année, ce sont 14 sociétés qui ont soumis leur bilan à l’appréciation de l’Assemblée générale contre 13 l’année précédente. Elles ont été classifiées en quatre secteurs d’activité pour une meilleure analyse de leurs données économiques et financières. Ainsi le secteur des entreprises prestataires de services regroupe la SONABEL, l’ONEA, la LONAB, le BUMIGEB, le CCVA, le LNBTP, la SONAPOST, la SONATUR, la SOPAFER-B et la SOPAO. Huit de ces dix sociétés ont réalisé des résultats bénéficiaires en 2007. L’ensemble des entreprises dans ce secteur ont dégagé un chiffre d’affaires de 135,699 milliards contre 117,976 milliards de FCFA en 2006, soit une augmentation de 15,2%. Si leur résultat d’exploitation a connu une baisse de 14,49%, le résultat net a, lui, enregistré une augmentation de 27,82% avec cependant des charges de personnel qui sont passées de 18,3 milliards en 2006 à 19,4milliards en 2007, soit une hausse de 6,04%.

La SONABHY a réalisé à elle seule la moitié du chiffre d’affaires global
Il y a ensuite le secteur des entreprises commerciales qui n’est constitué que de la SONABHY. Celle-ci s’est révélée très performante en réalisant en 2007 la moitié (50,53%) du chiffre d’affaires global. Puis le secteur des entreprises à caractère spécifique qui ne comprend également qu’une seule société, la SONAGESS. Et enfin, il y a la catégorie des établissements publics de prévoyance sociale que sont la CNSS et la CARFO. Ces deux sociétés ont réalisé un taux de progression de 17,45% dans leur chiffre d’affaires qui a évolué de 66,2 milliards en 2006 à 77,8 milliards en 2007.
Il est à noter que parmi les 12 sociétés à solde positif, 7 ont présenté des résultats bénéficiaires en augmentation. Pour les sociétés déficitaires, les raisons évoquées sont diverses. Le BUMIGEB, lui, a vu ses activités commerciales et la contribution de l’Etat dans le cadre du contrat plan fortement réduites et la SOPAO, a, elle, fonctionné en 2007 dans des conditions difficiles dues à la non signature de la convention de concession induisant le non versement par la SOGEAO dont elle est héritière, des droits de concession qui constituent sa principale ressource.
Bilans positifs malgré la tempête
A l’ouverture de l’Assemblée générale, le Premier ministre a évoqué le contexte économique international caractérisé par une crise financière aiguë, par une crise énergétique et alimentaire dont les conséquences ont contraint nombre des sociétés d’Etat à des ajustements drastiques et à redoubler d’efforts en même temps qu’elles étaient appelées à donner des réponses appropriées à des revendications internes et à satisfaire des demandes sociales pressantes. Tout en appréciant la responsabilité et la grande capacité d’imagination et d’anticipation des dirigeants de ces entreprises, il les a exhortés à garder le cap d’amélioration continue des performances afin de renforcer leur contribution à l’économie nationale.
En comparant les indicateurs de gestion en net progrès par rapport à ceux de l’année précédente, Tertius ZONGO soutient que ces avancées démontrent suffisamment que les sociétés d’Etat sont bien en mesure de produire des résultats positifs si elles se soumettent aux bonnes règles d’administration et de gestion. Certains patrons de société ont été salués pour avoir développé des initiatives louables pour maîtriser les charges d’exploitation dans un contexte de flambée des prix tant au niveau national qu’international. Le Premier ministre les a invités à poursuivre cette «grande capacité à orienter de plus en plus leur société respective sur des résultats probants et à anticiper sur les éventuels problèmes».
Le chiffre d’affaires global réalisé par les 14 sociétés d’Etat en 2007 est estimé à 432,250 milliards contre 388 milliards de FCFA en 2006, soit une augmentation de 11,40%. La valeur ajoutée globale est, elle, passée de 77,795 milliards en 2006 à 79,920 milliards en 2007 soit une progression de 2,73%.
Le résultat net global a suivi la même tendance, passant de 31,599 milliards en 2006 à 44,515%. L’excédent brut d’exploitation, quant à lui, a connu une légère augmentation de 1,13% passant ainsi de 57,099 milliards en 2006 à 57,747 milliards en 2007.
La contribution des sociétés d’Etat au budget national s’élève à 12,788 milliards au titre des impôts et taxes alors qu’elle était de 14,094 milliards en 2006, soit une baisse de 9,27%. Elles ont ainsi versé au titre des impôts et taxes et des dividendes 23,401 milliards en 2007 contre 23,062 milliards en 2006 soit une hausse de 1,47%. Pour le Premier ministre, l’Etat a revu à la baisse le taux de contribution des sociétés dans sa caisse de 60 à 10% de leur chiffre d’affaires pour leur permettre une plus grande capacité d’investissement. A la clôture de l’Assemblée générale, il a évoqué quatre aspects fondamentaux qui ont dû permettre aux différentes entreprises d’accroître leurs performances.
Il y a d’abord le civisme des entreprises à savoir le fait d’honorer les dettes fiscales et sociales malgré l’environnement parfois difficile. Le premier attribut de la bonne gouvernance des entreprises étant pour lui, le respect des engagements vis-à-vis de tiers. Il a noté ensuite l’implication du personnel dans la fixation des objectifs de la société. Ce qui est une nécessité en ce sens qu’il est de nos jours établi que la participation du personnel dans la définition de la stratégie, dans la détermination des objectifs et la planification de leur réalisation, contribue à la modernisation et à la transparence dans la gestion des entreprises. Une telle démarche renforce la confiance mutuelle et l’appartenance du personnel à l’entreprise. Elle constitue une source de motivation pour le personnel et raffermit son engagement. Puis la prise de conscience grandissante du rôle des présidents des Conseils d’administration qui ont pour la plupart effectué leur séjour statutaire dans les entreprises. Il leur a été demandé de s’investir davantage pour s’assurer à tout moment de la validité des mandats des administrateurs. Enfin, le bon rapport entre les responsables des sociétés et les commissaires aux comptes. Un rapport, dit-il, qui devrait toutefois se renforcer davantage pour l’intérêt de la société. Il a estimé que le rôle du commissaire aux comptes, en tant que conseil du gouvernement au sein de la société, doit aller au-delà des simples constatations de la régularité des procédures comptables, pour appuyer les directions des sociétés à trouver des solutions adéquates selon les règles de l’art à des problèmes repérés. Toute chose qui accélère, soutient-il, les avancées et améliore les résultats de la société.
Le check-up par société
L’Assemblée générale en passant successivement les 14 entreprises au scanner a abouti à cette observation selon laquelle malgré un environnement économique mondial difficile marqué par la flambée des prix en général et la hausse continue du prix du baril, les performances réalisées sont dans l’ensemble satisfaisantes. Pour chacune des sociétés, des suggestions ont été faites pour soutenir leur croissance. Retour sur certaines des observations par entreprise.
-SONAPOST (Société nationale des postes) : Chiffre d’affaires en 2007, 3,2 milliards. L’assemblée générale a invité la structure, compte tenu de l’obsolescence de son système informatique, à procéder à un audit informatique en vue de fiabiliser ses comptes. Elle a également recommandé le retour de la société à la Chambre de compensation. La société a été par ailleurs encouragée pour les résultats atteints.
-SONABEL (Société nationale d’électricité du Burkina) : Chiffre d’affaires (CA) : 74,8 milliards.
Ses performances économiques et financières ont été appréciées très positivement par l’Assemblée générale qui d’ailleurs n’a pas manqué de souligner les difficultés de fourniture d’électricité auxquelles la société a été confrontée. Il a été recommandé une plus grande visibilité de la contribution de la SONABEL au fonds de l’éclairage public dans ses comptes. La société a été félicitée et encouragée à une meilleure gestion de ses provisions pour risques et charges et à une maîtrise de sa capacité d’endettement. La SONABEL a également reçu les félicitations pour l’engagement de son personnel. Elle a été la plus performante des sociétés prestataires de service.
-LONAB (Loterie nationale burkinabè) : CA : 28,4 milliards.
L’Assemblée générale tout en rappelant la loi règlementant le secteur des jeux de hasard a invité la nationale de la chance à plus d’efforts et d’innovations pertinentes afin de mieux faire face à la concurrence qui se développe. Elle a ensuite été invitée à régulariser la composition de son conseil d’administration conformément aux textes en vigueur et à travailler à résoudre définitivement la question des lots prescrits avant la 17e assemblée générale.
-LNBTP (Laboratoire national du bâtiment et des travaux publics) : CA : 1,2 milliard. Il ressort que le LNBTP a du matériel vétuste et ses résultats dépendent trop du secteur routier. Ainsi, il lui est recommandé une meilleure politique d’investissement et une diversification de ses acticités tout en intégrant le secteur privé.
L’assemblée a encouragé l’entreprise à plus d’efforts dans la modernisation de ses équipements en collaboration avec son ministère de tutelle et celui de l’Habitat et de l’Urbanisme afin de répondre aux exigences de son secteur d’activité.
-SOPAO (Société de patrimoine de l’Abattoir frigorifique de Ouagadougou) : CA : 0,06 millions.
En constatant les difficultés réelles que vit la société et qui hypothèquent la continuité de son activité, l’Assemblée générale l’a invitée, en collaboration avec son institution de tutelle, le ministère des Ressources animales, à une réflexion approfondie sur les perspectives de continuation de son activité et la réorientation de son objectif vers l’exportation d’une viande de qualité et aux normes internationales. Il est ressorti également que les abattages clandestins constituent un véritable goulot d’étranglement pour la société qui devrait être une des plus performantes dans un pays où le cheptel fait de grandes devises.
-SONATUR (Société nationale d’aménagements des terrains urbains) : CA : 5,4 milliards.
Cette société a connu une détérioration de certains de ses ratios en 2007. Elle a ainsi été invitée à un diagnostic plus approfondi de son activité en collaboration avec le ministère de l’Habitat et de l’Urbanisme dont elle relève et celui en charge des Finances et le commissariat aux comptes en vue d’une amélioration continue, constante et durable de sa santé économique et financière.
-BUMIGEB (Bureau des mines et de la géologie du Burkina) : C1 : 475 millions.
L’Assemblée générale s’est penchée sur la situation économique et financière de la société et elle lui a recommandé de poursuivre avec diligence son processus de privatisation partielle. Il faut dire que cette société pourrait rebondir, si elle arrive à réorienter ses activités dans ce contexte de boum minier que connaît le pays.
-SONAGESS (Société nationale de gestion du stock de sécurité alimentaire) : CA : 359 millions.
Il est demandé à la société de mettre en place un système d’information sur les prix à travers des points focaux par les moyens modernes de communication.
-ONEA (Office nationale de l’Eau et de l’Assainissement : CA : 20,4 milliards
Ses performances ont été appréciées par l’Assemblée générale qui a salué et encouragé l’engagement de son personnel. Le ministère de l’Economie et des Finances est appelé à signer avec l’ONEA des conventions relatives au paiement des arriérés de factures d’eau des démembrements de l’Etat. La structure est invitée par ailleurs à mettre en place un système moderne de paiement pour la clientèle.
-SONABHY (Société nationale burkinabè d’hydrocarbures) : CA : 218,3 milliards.
Elle a été félicitée pour l’engagement de son personnel et les résultats réalisés dans un contexte marqué par la flambée des prix des hydrocarbures. La SONABHY a été également encouragée à développer une stratégie de communication efficiente. L’Assemblée générale l’a invitée à une solidarité mutuelle avec la SONABEL. Quant à la structure des prix des hydrocarbures, les ministères en charge des Finances et du Commerce ont été invités à revoir celle-ci. De même, on a recommandé aux ministères de l’Environnement, des Transports et du Commerce de veiller à une uniformité de la qualité de l’essence sur le territoire national.
-CCVA (Centre de contrôle de véhicules automobiles) : CA : 1,03 milliard
Ses efforts dans l’amélioration de ses résultats ont été salués ainsi que ses initiatives en vue d’améliorer la couverture du parc automobile par les contrôles techniques encouragées. L’Assemblée générale a toutefois invité le CCVA et la Commission de privatisation à prendre des mesures nécessaires pour un règlement définitif du processus de privatisation en 2009.
-SOPAFER-B (Société de gestion du patrimoine ferroviaire du Burkina) : CA : 585 millions. Au regard des difficultés de recouvrement des droits de concession auprès de SITARAIL et les réserves émises par le commissaire aux comptes, on a recommandé au ministre des Transports et au contrôleur général d’Etat d’examiner de plus près la gestion de la société en vue de trouver une solution aux réserves émises. La SOPAFER-B a été invitée à user de tous les moyens légaux pour amener la SITARAIL à respecter scrupuleusement la convention de concession qu’elle a signée.
-CNSS (Caisse nationale de sécurité sociale) : CA : 55,9 milliards
Elle a été félicitée pour ses résultats et le dynamisme de ses dirigeants. La CNSS est par ailleurs invitée à user de tous les moyens légaux afin d’amener les débiteurs et acquéreurs non à jour de leurs engagements à s’exécuter. Quant aux créances sur certains prestataires de services, il a été demandé à la caisse d’engager des concertations en vue d’un recouvrement efficace de celles-ci.
-CARFO (Caisse autonome de retraite des fonctionnaires) : CA : 21,9 milliards
L’Assemblée générale a relevé l’apaisement du climat social et a recommandé à la société une plus grande maîtrise des charges d’exploitation et celles de personnel.
Pour sa part, le Premier ministre a demandé aux différentes structures dirigeantes de travailler à consolider les acquis. Par la même occasion, il a insisté sur la mise en œuvre des stratégies de communication pour les sociétés qui n’en disposent pas encore car selon lui, la communication d’entreprise fait partie de l’ère du temps. En tous les cas, le monde économique actuel, dit-il, est celui de la compétition et de la concurrence, n’y survivront que les entreprises capables d’utiliser de façon optimale leurs ressources, disposées à améliorer la capacité des ressources humaines et la productivité du travail, ouvertes à l’innovation technologique et aux règles modernes de gestion. L’important, c’est d’être en phase avec les exigences du monde des affaires.o
Par Drissa TRAORE
Des appréciations sur la session
Le Premier ministre Tertius ZONGO
«Nous devons féliciter ces différentes sociétés d’Etat parce que beaucoup d’efforts ont été faits entre les deux sessions. Elles ont pris en compte les recommandations de la dernière Assemblée générale et cela a permis d’accroître les chiffes. Cependant, nous avons constaté que les charges de fonctionnement ont trop évolué. Ce qui constitue une préoccupation par rapport à la répartition de la richesse des entreprises. Nous voulons que les sociétés d’Etat fassent des résultats avec peu de moyens. Il ne faudrait pas que l’abondance des moyens justifie les résultats. Je pense que c’est un message qui a été bien entendu et sans doute que nous allons les accompagner dans ce sens.
Un autre aspect important, c’est la gouvernance des entreprises. Nous avons demandé à ce qu’il y ait plus de transparence et de responsabilité.
Nous n’avons pas connu cette année des problèmes de marché ou de dépenses comme par le passé. Mais il y a encore quelques préoccupations sur lesquelles nous allons travailler.».o
Salif L. KABORE, DG de la SONABEL
«Quand on gère une entreprise comme la SONABEL et qu’à la fin de l’exercice on fait des résultats appréciés positivement par ses supérieurs hiérarchiques notamment l’Assemblée générale, qui est l’instance suprême de décision d’une société d’Etat, je pense que cela motive. A la SONABEL, il y a toujours des efforts à faire parce que nous devons fournir l’électricité sur toute l’étendue du territoire, augmenter nos capacités de production et satisfaire la clientèle. L’un dans l’autre, c’est une invite à redoubler d’efforts. C’est le message que je ferai au personnel de la SONABEL.
On pourrait être éprouvé par la flambée du pétrole pour la présentation du bilan à la session prochaine mais il faut reconnaître que la disponibilité des autorités notamment le ministère de l’Economie et des Finances nous permet de rester sereins. Le gouvernement nous a toujours soutenus et dès que nous aurons des difficultés nous nous retournerons vers lui pour des décisions à prendre.»o