La Grande-Bretagne et ses alliés ont donc tout fait, jusqu’à affamer le peuple zimbabwéen pour empêcher l’élection de MUGABE.
En réponse, celui-ci aussi aura tout fait pour garder la main. Autant en face on n’a pas lésiné sur les moyens, autant lui aussi n’a pas eu de scrupule à utiliser les moyens les plus contestables. Sans aucun doute, les griefs faits contre l’élection présidentielle sont fondés mais ce serait tronquer les faits et la vérité de cette élection que de se limiter à ces seules observations. Voilà pourquoi tous les cris d’orfraies des puritains de la démocratie, des droits de l’homme et autres participent beaucoup plus d’une vaste escroquerie que d’autres à moins que ce ne soit la résultante d’une myopie intellectuelle qui ne dit pas son nom.
Au lieu de hurler avec les loups comme des putois qu’on écorcherait vifs, les Africains devraient tout au contraire, à défaut de féliciter Robert MUGABE pour avoir réussi à résister au dictat venu d’une certaine communauté internationale cornaquée par la Grande-Bretagne, reconnaître la maturité du peuple zimbabwéen qui a su éviter la guerre civile en dépit de toutes les actions planifiées pour l’y conduire. Dans d’autres pays à travers le monde, il a fallu bien moins que cela pour conduire à des tueries d’un tout autre ordre ou des retournements d’opinions qui ont enfanté des alternances au forceps au nom de la nouvelle religion pour laquelle tout serait permis, la démocratie.
A en croire la clameur des grands médias internationaux relayés à fond la caisse par tous les médias «respectables» du continent, Robert MUGABE serait le pire des despotes que l’Afrique ait connu, un autocrate de la pire espèce, la honte de l’espèce noire. Ce faisant tout serait permis, pour le descendre l’essentiel étant d’en débarrasser l’humanité. Et voilà la meute lancée.
Que ne dit-on pas et surtout que n’a-t-on pas fait pour baliser le chemin pour tous ceux qui voudront en faire partie et accepter de se taper cette œuvre de salubrité publique, d’autant qu’au bout du compte, on a tout bénef. Si des diplomates s’autorisent à oublier leur vocabulaire à domicile, pour traiter un président fut-il despote de tous les noms d’oiseaux ; des officiels, leur devoir de réserve pour tancer ceux d’un autre pays ; des journalistes, les fondamentaux de leur profession pour se livrer à des jugements péremptoires…, on peut légitimement s’imposer un moment de réflexion car, à tout le moins tant d’acharnement peut être l’arbre qui cache la forêt. En effet, dans cette affaire il semble qu’il y ait plus qu’une vérité, celle qu’on nous sert à longueur de journée, de journaux et d’éditions d’information des principaux médias du monde. Croire qu’il n’y a que la seule vérité, celle qu’on entend le plus, c’est pire qu’être naïf.
Que la situation au Zimbabwe en vienne à éclipser la crise du Darfour, le conflit latent entre le Tchad et le Soudan, les émeutes de la faim et leurs corollaires de la vie chère partout à travers le continent, au point de susciter les réactions les plus violentes tant en Europe, qu’en Amérique est fort curieux.
De fait, dans leur guerre sainte contre le régime zimbabwéen, nos preux chevaliers ne se refusent rien. Tout y passe, avec un acharnement de forcené qui fait venir à l’esprit l’adage selon lequel «qu’importe le flacon pourvu qu’il ait l’ivresse». Sinon comment expliquer que leur mémoire soit si restrictive et sélective dans l’évocation du passé du pays. Comment expliquer autrement que la plupart des analystes et pourfendeurs du pouvoir zimbabwéen veuillent nous faire croire que la situation actuelle est née ex-nihilo ? Comment veut-on nous faire croire que les 185 000% de taux d’inflation du pays est le fait de la seule mauvaise gestion et de la corruption du pouvoir zimbabwéen, que la pauvreté endémique, la famine et la ruine de l’agriculture la plus florissante du continent sont les seuls faits de l’incurie de MUGABE et de ses petits copains ? Comment un pays qui est à sa sixième élection libre peut-il se retrouver aussi brutalement à en organiser une aussi bancale ? Par quelle alchimie est-on arrivé à nous faire croire que parce que le MDC est majoritaire à l’Assemblée (seulement 99 députés contre 97 à la ZANU-PF) suffit pour que son candidat soit assuré de remporter la timbale au second tour ?
En réalité, la situation zimbabwéenne ressemble à celle de l’arroseur arrosé.
Si on la prend à la fin de l’histoire, on ne peut pas la comprendre. En effet il faut savoir que l’ancienne puissance coloniale ne voit plus MUGABE d’un bon oeil depuis l’élection présidentielle zimbabwéenne de 1996, œuvre avec ardeur contre lui. Non contente de n’avoir rien fait pour aider le pays à résoudre l’épineuse question de sa réforme agraire, contrairement à ses engagements contenus dans les Accords de Lancaster House de 1979, la Grande-Bretagne, à travers des sanctions unilatérales et une incitation active de ses ressortissants à saboter l’économie du pays, aura tout fait pour monter les populations contre le pouvoir en place.
Rien n’a été de trop, pas même la perspective des souffrances du petit peuple contraint à l’exode et à l’exil sous le poids d’un taux de chômage de 80%, d’une économie exsangue, de conflits interethniques récurrents, etc. En réalité le régime zimbabwéen n’est certainement pas plus corrompu que ceux alentours, mais la conjugaison de ce fléau avec la campagne de désinformation menée au niveau mondial l’a rendu particulièrement nocif à l’économie du pays. Si ces difficultés devenues structurelles, on ajoute la puissante campagne de presse orchestrée de par le monde avec tous les relais qu’on voit à l’œuvre actuellement, on peut comprendre que le peuple se détourne de ses dirigeants et leur impute toutes ses souffrances. Pas forcément par amour pour le MDC ou Morgan TSANGIRAI, mais dans l’espoir de voir l’étau se desserrer. La Grande-Bretagne et ses alliés ont donc tout fait, jusqu’à affamer le peuple zimbabwéen pour empêcher l’élection de MUGABE.
En réponse, celui-ci aussi aura tout fait pour garder la main. Autant en face on n’a pas lésiné sur les moyens, autant lui aussi n’a pas eu de scrupule à utiliser les moyens les plus contestables. Sans aucun doute, les griefs faits contre l’élection présidentielle sont fondés mais ce serait tronquer les faits et la vérité de cette élection que de se limiter à ces seules observations. Voilà pourquoi tous les cris d’orfraies des puritains de la démocratie, des droits de l’homme et autres participent beaucoup plus d’une vaste escroquerie que d’autres à moins que ce ne soit la résultante d’une myopie intellectuelle qui ne dit pas son nom.
En effet, où était tout ce beau monde, quand la Grande-Bretagne et ses alliés déstructuraient le pays en dressant les Zimbabwéens les uns contre les autres. Où était-il quand 1% de la population, les Blancs, avait 70% des terres les plus fertiles. On tombe carrément des nues en voyant leur air effarouché devant la médiation sud-africaine jugée partisane. Parce que Thabo M’BEKI ne s’aligne pas sur la campagne internationale dirigée par la Grande-Bretagne au nom de la «communauté internationale», il est voué aux gémonies.
On oublie trop facilement que sur de nombreux points, la situation en Afrique du Sud peut prendre les mêmes allures que celle du Zimbabwe pour peu que la même dite communauté ne gobe pas la politique du parti au pouvoir et décide de lui faire rendre gorge. Ce pays n’attend-t-il pas lui aussi sa réforme agraire ; n’est-il pas aussi en face d’un taux de chômage préoccupant et de problèmes sociaux importants ? Un fantoche est vite trouvé, instrumentalisé, financé, mis sur orbite et bonjour les dégâts. Que dire alors quand les mêmes s’en prennent à l’Union africaine accusée d’être un simple syndicat des chefs d’Etat et de vouloir de facto entériner ce qu’il appelle «farce électorale». Mais qu’à cela ne tienne.
On est tenté de demander à combien de farces électorales a-t-on eu droit dans l’Union européenne avec les plaintes récurrentes des oppositions dans les pays nouvellement admis au sein de l’Union. Pourtant personne n’a rien dit ! Dans la même lignée comment nos puritains analysent-ils l’arrangement dont on soupçonne Hillary CLINTON et Barack OBAMA pour que la première apporte son soutien au second ? Une démocratie certainement américanisée à laquelle celle tropicalisée du continent n’a rien à envier.o
Par Cheick AHMED
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