Regards critiques des consommateurs
La 16e Assemblée générale des sociétés d’Etat (AGSE), instance d’appréciation des comptes des entreprises publiques qui s’est tenue les 26 et 27 juin 2008, a particulièrement félicité la SONABEL, la SONABHY et l’ONEA pour la qualité de leurs prestations. Mais comment les bénéficiaires de ces prestations, c’est-à-dire les consommateurs, voient-ils les choses ? Un échantillon de Ouagavillois approchés se prononcent.
Jean Hubert YAMEOGO, directeur général de la SONABHY
Si dans le rapport du secrétariat de l’Assemblée générale sur la gestion des sociétés d’Etat exercice 2007 il est dit que la 16e session s’est déroulée dans un contexte économique difficile marqué par la flambée continue du prix du baril de pétrole, à la clôture des travaux il a néanmoins été donné de constater que les sociétés qui ont été les plus éprouvées par cette crise du pétrole ont présenté les meilleurs bilans. Il s’agit notamment de la SONABHY, qui à elle seule a réalisé plus de la moitié du chiffre d’affaires global, et de la SONABEL qui, avec un chiffre d’affaires de 74,8 milliards FCFA, s’est hissée comme la plus performante des entreprises publiques prestataires de services. Ces performances, opérées dans un tel contexte, ont mérité les félicitations de l’Assemblée générale. L’ONEA qui a également excellé dans la couverture de nombreuses zones urbaines en eau potable à travers ses campagnes de branchements sociaux ou promotionnels a réalisé des performances économiques et financières en affichant à son compteur un chiffre d’affaires de 20,4 milliards.
La SONABEL et l’ONEA sont de par leurs activités des entreprises prestataires de services en contact direct avec les consommateurs. Elles sont de ce fait beaucoup plus sous la rampe que la SONABHY. Toutefois, on peut noter de façon générale que ces trois sociétés ont bonne presse quant à la qualité de leurs services en témoignent les avis recueillis auprès de quelques citoyens. Ainsi, C.O.B, cadre d’entreprise qui pense que : «l’AGSE est une bonne tribune pour apprécier le fonctionnement des entreprises publiques qui sont des biens communs des citoyens», trouve que la SONABHY et la SONABEL doivent avoir un lien de solidarité mutuelle. Il reconnaît que ces deux sociétés ont bien mérité les félicitations de l’AG en ce sens que «malgré le contexte difficile, relève-t-il, avec cette crise du pétrole qu’on connaît, elles sont restées à la pointe en matière d’énergie». Cette proposition de solidarité a été également évoquée par l’AG. Pour C.O.B les félicitations de l’AG à l’endroit de ces sociétés sont loin d’être une manière de rendre les consommateurs beaucoup plus indulgents mais plutôt qu’ils comprennent que malgré les difficultés conjoncturelles auxquelles celles-ci ont été confrontées, elles ont pu donner le meilleur d’elles-mêmes. Ces propos sont toutefois relativisés par A.K, opératrice économique : «Je ne suis pas totalement satisfaite de la prestation de la SONABEL, cette année, parce qu’il faut lui laisser une marge pour qu’elle s’améliore». Mais dans quel sens ? Elle poursuit en ces termes : «Je reconnais que la SONABEL fournit des efforts au regard de la conjoncture internationale mais compte tenu du fait que la population ne fait qu’augmenter, les besoins en électricité aussi croissent surtout encore qu’il fait de plus en plus chaud et avec le développement de l’outil informatique on utilise les ordinateurs dans presque tous les bureaux. Donc la demande est telle qu’il va falloir que la SONABEL s’accommode». Elle exprime cependant une totale satisfaction pour la SONABHY car il n’y a jamais eu de rupture de carburant ou de gaz. Et C.O.B de rebondir sur la question pour faire remarquer que «quoi qu’on dise la SONABEL malgré la crise du pétrole est arrivée à tenir le coup. Elle a fait en sorte qu’au niveau de la production, le Burkina Faso n’ait de difficulté pour faire tourner son industrie». Cela dit, il soutient que «la SONABHY est une chance pour notre pays» car il se demande ce qu’on aurait pu faire si elle n’existait pas avec la flambée du prix du baril de pétrole que l’on connaît de nos jours et qui n’est pas prête de s’arrêter. L’ONEA, elle, reçoit des fleurs de tous d’autant qu’elle a fourni «des efforts extraordinaires en effectuant de nombreux branchements dans les quartiers nouvellement lotis». D’aucuns pensent que la nationale de l’eau ne doit pas baisser la garde parce que tout comme la SONABEL, avec l’accroissement rapide de la démographie urbaine, les besoins en eau aussi évoluent de plus en plus. On constate qu’à Ouagadougou, selon un agent de sécurité, les gens prennent conscience de la propreté et utilisent de plus en plus de l’eau potable. Ce qui est comme une interpellation. Ce brin d’appréciation contraste un peu avec la préoccupation de D.B., agent de santé qui demande plutôt à ce qu’on allonge la tranche du tarif social à plus de 6m3 pour ne pas dire de baisser le prix de l’eau. Il n’était certainement pas informé de la décision prise par le gouvernement depuis le 25 juin de porter désormais cette tranche de 6 à 8 m3. Mis au courant, il trouve à redire : c’est bien, on est content. Mais pourquoi ne pas aller jusqu’à 10m3 ?».
Ne pas dormir sur les lauriers
D’autres comme J.K, enseignant, pensent que l’ONEA a une prestation de services assez satisfaisante. Le seul souhait de celui-ci est que «l’Etat aide davantage la SONABEL pour qu’elle puisse réaliser ses promesses d’interconnection». Il dit avoir voyagé dans la plupart des pays de la sous-région et trouve que la SONABEL demeure la société d’électricité la plus performante en Afrique de l’Ouest. D’après I.S., ingénieur en génie civil, la SONABEL, la SONABHY et l’ONEA sont des sociétés très stratégiques pour un pays comme le Burkina d’autant que la dynamique économique du pays dépend à plus de 50% de leur dynamisme. «Malgré la conjoncture internationale, elles ont fait en sorte que le pays continue de tourner» soutient-il. Quant à M.T, employé de banque, «les dirigeants de ces entreprises et leur personnel sont très conscients de leurs responsabilités. Pour Mme L.Z, agent d’état civil, «certes, il y a des difficultés et des insuffisances parce que les gens veulent avoir l’électricité et l’eau partout. Ils veulent que le carburant soit moins cher».
Tout en reconnaissant le mérite des trois sociétés, il y en a qui les exhortent à travailler davantage et à ne pas dormir sur leurs lauriers. Car les félicitations qu’elles ont reçues de leur instance de décision qu’est l’AGSE ne sont qu’une invite à mieux faire. Ainsi selon toujours AK, la SONABEL devrait travailler à atténuer les difficultés de production qu’elle a connues cette année à Ouagadougou, voire à les résoudre définitivement. D’où tout son espoir de voir terminer au plus vite le projet d’interconnexion Bobo-Ouaga. Tandis que pour C.O.B, le fait qu’il y a ce besoin pressant des populations d’avoir le carburant moins cher, il appartient à la SONABHY de trouver des solutions idoines. D’autres qui demandent les mêmes efforts à l’ONEA qui devrait davantage poursuivre les campagnes de branchements sociaux.
Des constantes qui se dégagent de toutes ces opinions, les plus récurrentes sont le désir de tous de continuer à bénéficier des services publics en électricité, en eau et en carburant et le souhait que les dirigeants et le personnel de ces sociétés redoublent d’efforts pour maintenir le cap. D’autant que l’AGSE qui constitue une occasion pour apprécier publiquement le fonctionnement des entreprises étatiques est perçue par une citoyenne comme le lieu qu’il faut pour résoudre les problèmes des consommateurs. Si elle est une instance utile, selon toujours cette dernière, il y a qu’elle semble un peu laxiste dans le suivi des recommandations. Le Premier ministre n’a d’ailleurs pas manqué de demander aux différentes sociétés de corriger les imperfections et de mettre en œuvre la décision de l’AG avant la prochaine session les contrevenants se veraient sévèrement sanctionnées. Par ailleurs, comme il a été suggéré par nombre de consommateurs, les sociétés d’Etat de façon générale, devraient mettre l’accent sur la communication d’entreprise qui contribue à mieux faire connaître leurs prestations ou leurs produits aux usagers. C’était même le vœu du Premier ministre à la clôture de la 16e AG.o
Par Drissa TRAORE
L’homme de la rue apprécie
Bilan positif malgré les chocs exogènes. C’est en substance ce qu’on peut retenir de la 16e session d’évaluation des sociétés d’Etat par l’Assemblée générale les réunissant. Présidée par le chef du gouvernement, cette session a noté qu’excepté le BUMIGEB et la SOPAO, les 12 sociétés d’Etat sur un total de 14 présentent une bonne santé financière ; preuve que le professionnalisme, la rigueur et le management dans la gestion ont été de mise. Tout ça c’est bien comme dirait l’autre, mais quel regard le Burkinabè «lambda» porte-t-il sur ces performances et quels sont ses attentes par rapport à des sociétés comme la SONABEL, la SONABHY, l’ONEA ou la LONAB ?
Salif L. KABORE, directeur général de la SONABEL
Les chiffres livrés par l’AG sont en tous cas éloquents : chiffre d’affaires global réalisé par les 14 sociétés en 2007 estimé à 432,250 milliards contre 288 milliards en 2006 soit une augmentation de 11,40% ; contribution des sociétés d’Etat au budget national s’élevant à 12,788 milliards au titre des impôts et taxes … C’est dire que les résultats dans l’ensemble sont positifs et les acteurs concernés ont reçu les félicitations de l’AG.
Mais en dehors du milieu des professionnels ou autres «connaisseurs», comment le citoyen lambda perçoit-il les choses ? Un rapide micro-trottoir nous livre un tant soit peu la tendance générale des appréciations. En effet, ils sont nombreux à penser, après avoir positivement apprécié les bons résultats des sociétés d’Etat, que cet état de fait est à mettre à l’actif de la culture de la rigueur et du résultat encouragée par le chef du gouvernement, Tertius ZONGO. Ainsi, pour Ousmane SAWADOGO, particulier : «J’ai suivi à la télé et j’ai lu certains journaux. Les résultats des sociétés d’Etat sont effectivement positifs mais c’est comme l’économie du pays chaque année, on dit que y a la croissance.
Yamba Harouna OUIBIGA, directeur général de l’ONEA
C’est bien mais, nous on ne ressent pas ça très bien. Alors je pense que si les sociétés d’Etat font des résultats positifs, nous on doit le ressentir. Par exemple, la SONABEL ou la SONABHY doivent revoir les prix. Il y a par exemple l’ONEA qui fait des efforts avec les branchements sociaux à travers la ville. Alors s’il y a des résultats positifs, nous on veut le ressentir… Tertius ZONGO est venu avec de bonnes idées et la rigueur, on compte sur lui pour que les résultats positifs touchent tout le monde…». Même son de cloche chez Ibrahim LINGANI, agent commercial. Pour lui, s’il est vrai que les Burkinabè doivent ressentir les résultats positifs des sociétés d’Etat, il faudrait néanmoins de la patience et faire confiance au Premier ministre : «Moi je pense que les choses sont en train de changer. Avec la culture du résultat du Premier ministre, on va ressentir quelque chose, mais il faut de la patience. Avec les bons résultats de COTECNA et de la douane, rien ne prouve que d’ici-là, on ne va pas augmenter les salaires. Alors, il faut encourager ces sociétés à continuer leurs efforts. Tertius ZONGO demande des résultats. Après les résultats, il faut le partage et je pense que cela viendra avec le temps...».
Si la majorité des personnes que nous avons rencontrées félicite les sociétés d’Etat pour leurs résultats positifs, ce n’est pas le cas de Denis ZONGO : «Je ne vois pas pourquoi, on doit féliciter des sociétés d’Etat parce qu’elles ont fait des résultats positifs. Mais elles sont là pour ça, pour des résultats positifs. Si elles ne peuvent pas produire des résultats positifs, on les privatise pour une bonne gestion et pour de bons résultats. Je suis plutôt pour qu’on dise à ces sociétés de ne pas dormir sur leurs lauriers parce qu’il y a la privatisation qui attend à la porte. Et résultats positifs ou non, nous on veut l’amélioration de nos conditions de vie, c’est tout…».
Adama OUEDRAOGO, lui, est dans le domaine de l’informatique ; militant d’un syndicat actif de la place, son appréciation des résultats des sociétés d’Etat semble être tout autre. «Je me réjouis d’apprendre que des sociétés comme l’ONEA, la SONABEL, la SONABHY, la CNSS… soient bien portantes en référence à leurs chiffres d’affaires. Cela veut aussi dire qu’elles ne doivent pas sombrer dans l’autosatisfaction suicidaire. On parle d’ailleurs de privatisation pour la plupart de ces sociétés. Pourquoi ? Je prends le cas de l’imprimerie nationale à l’époque société d’Etat à caractère industrielle et commerciale qui avait toujours présenté un bilan positif et depuis sa privatisation en 1999, on n’entend plus parler de cette société. C’est le chaos total. Elle figure parmi les entreprises ayant leurs dossiers en instance en justice. Que sont devenus les travailleurs et leurs familles ? Jusqu’à présent aucun des travailleurs de cette société n’a reçu un quelconque soutien de l’Etat pour leur survie. Quand il y a des résultats positifs, cela doit profiter aux travailleurs, aux consommateurs. En un mot, que le fruit de la croissance profite à tous les contribuables. Mais bon, je dis bravo à ces sociétés et bon vent !».
Awa SAKANDE, commerçante de son état, elle, n’a qu’une seule préoccupation : «SONABEL, SONABHY, ONEA et puis quoi encore ? Ils n’ont qu’à diminuer les prix. La vie est chère. Si les prix du courant, de l’eau et de l’essence baissent, c’est bon pour nous tous. Il faut voir ça !».
Comme on peut le constater, majoritairement les citoyens que nous avons rencontrés apprécient positivement et reconnaissent les résultats des sociétés d’Etat mais souhaitent que ces résultats aient un impact positif réel sur leur vécu quotidien. L’Etat est vivement interpellé et chacun attend avec espoir qu’il fasse en sorte que les fruits de cette bonne santé financière arrivent à son assiette.o
Par Ben Alex Beogo
Les syndicalistes sceptiques
Nous avons voulu savoir ce que pensent les partenaires sociaux de ces bilans reluisants. Le moins que l'on puisse dire c'est que nos syndicalistes n'ont leur langue dans leur poche. Des analyses plutôt corrosives.
Jean LILIOU, président du mois des centrales syndicales :
«… Si la SONABHY arrive à faire des bénéfices, c’est qu’à quelque part on peut dire que ça va et il ne faut pas qu’on vienne nous dire qu’il faille augmenter les prix …»
Je voudrais d’abord remercier le journal L’Opinion pour le travail qu’il abat pour informer les Burkinabè et partant nos militants. Ses informations contribuent aussi à leur formation. Pour ce qui est de la 16ème AG des sociétés d’Etat, parlant particulièrement des sociétés qui ont pu faire des performances, donc des progrès comme on le dit, parce que l’indicateur pertinent est sans conteste le progrès, nous ne pouvons qu’encourager les directions générales à persévérer dans ce sens, puisque ce sont des sociétés d’Etat qui ont reçu les encouragements du chef du gouvernement. Mais attention ! Avant d’aller plus loin dans les encouragements, je voudrais qu’on me rassure que ces performances procèdent de fouilles minutieuses et que tout concorde à dire que ces sociétés ont effectivement fait des progrès et que ce n’est pas de la poudre aux yeux. Si c’est effectivement du bon travail qui est fait, les responsables de ces sociétés et leur personnel méritent des encouragements. Parce que vous n’êtes pas sans ignorer qu’il y a des moments où, lors de ces foras-là, on nous livre des bilans tronqués et j’ose espérer que ce n’est pas le cas pour ces sociétés. J’espère que le Premier ministre lui-même qui est un fin économiste a pu jeter un coup d’œil dans ces bilans reluisants pour les crédibiliser. Si tel est le cas qu’on félicite les premiers responsables et qu’on n’oublie pas le personnel qui doit bénéficier des retombées de ces performances. Parce que pour qu’il y ait ces bénéfices-là, il a fallu que les travailleurs se saignent, donc il est important qu’à ce niveau le personnel gagne quelque chose. Je ne dis pas que toute la plus value doit être partagée, mais que l’on songe à encourager le personnel qui jour et nuit se saigne pour que la société puisse aller de l’avant. Pour les deux sociétés à savoir le BUMIGEB et la SOPAO, j’exhorte les premiers responsables à plus de travail car si les résultats ne sont pas bons, les travailleurs sont aussi inquiets pour leur devenir. Quand une société fait des résultats négatifs, je vous avoue qu’au niveau des travailleurs c’est la peur au ventre. Mais que nous apportent les performances de ces sociétés ? Voilà des sociétés comme la SONABEL, L’ONEA, la SONABHY qui font des bénéfices énormes. Ça veut dire que nous en tant que responsables syndicaux nous ne voyons pas l’opportunité de la privatisation de ces sociétés-là. Pourquoi vouloir privatiser des sociétés qui dégagent des bénéfices ? Nous avons demandé par exemple au niveau de la SONABHY une révision de la structure des prix. Nous ne disons pas que réviser la structure des prix c’est faire tomber la société, c’est simplement pour faire baisser les prix du carburant. Nous sommes tous conscients de la flambée des prix du baril au niveau international, si jusque là la SONABHY arrive à sortir la tête hors de l’eau et à faire des bénéfices qui dépassent ceux des 14 autres sociétés, c’est qu’à quelque part on peut dire que ça va et il ne faut pas qu’on vienne nous dire que le prix du baril a flambé et qu’il faille augmenter les prix. Non. On a vu qu’en six mois selon leur calcul, la SONABHY dit avoir perdu 2 milliards. En un an ça va faire 4 milliards mais en fait si on veut bien voir ce n’est pas une perte, ces 4 milliards ont servi au peuple parce que cela permis au peuple de payer le carburant à un prix «abordable» et a contribué à garder le climat social en paix, ce qui n’est pas rien. Il ne faut même pas que ces sociétés s’avisent un instant à penser à une augmentation des prix car ça sera pour amener des soulèvements, qui sont inutiles car on peut éviter tout cela. A la SONABEL on pose toujours le problème des investissements pour ne pas diminuer le prix du KWH. Nous disons que si la SONABEL a besoin de 240 milliards pour investir, pourquoi ne pas aller vers l’actionnariat populaire ? Je reste convaincu que si on demande aux Burkinabè de contribuer pour que la SONABEL puisse investir, ils vont le faire parce que la lumière est source de développement. Et la société restera à 100% burkinabè et n’aura pas à aller voir ailleurs notamment chez des bailleurs avec les conséquences que cela représente. Pour un pays pauvre comme le nôtre où l’électricité est un outil fondamental de développement, si le prix du KWH continue de monter, la pauvreté ne peut que s’accélérer. Je pense qu’il faut de plus en plus consulter le peuple parce que ce sont de grands chantiers et si vous aimez votre pays il faut accepter mettre la main dans la poche afin que toutes ces sociétés continuent à appartenir au peuple. Et c’est la même chose pour l’ONEA, il faut faire très attention avec les privatisations. Un peuple qui n’a pas d’eau potable pour boire et on parle de privatiser la nationale de l’eau, je dis que c’est aberrant, et je dis que cela peut apporter des remous sociaux.
Mamadou NAMA : Secrétaire général de l’Union syndicale des travailleurs du Burkina (USTB)
« Il y a des choses pas claires dans ces dites performances des sociétés d’Etat»
La question de la performance des sociétés d’Etat, si performance il y a, me laisse perplexe. Parce qu’en matière de performance, il faudra d’abord savoir, si la société a satisfait à ses obligations d’ordre juridique, mais surtout sociales. Mais il se trouve que dans ces sociétés dont on loue et vante tellement la performance, il y a celles qui doivent. Je prends d’abord la SONABHY. C’est la plus en vue et c’est celle-là qui nous permet de nous déplacer et de booster toutes les autres activités. Imaginez jusqu’où le prix des hydrocarbures à travers l’inflation mondiale est arrivé pour le petit consommateur burkinabè. Et cette SONABHY, je me souviens augmentait de façon intempestive les prix. A un moment donné, nous étions obligés de trouver avec le gouvernement une solution parce qu’elle criait déjà faillite si on ne faisait rien. Une fois de plus, le peuple burkinabè, l’ensemble des travailleurs ont consenti des sacrifices. Particulièrement les organisations syndicales en avalant cette couleuvre qui était celle de permettre à la SONABHY, de relever les prix des hydrocarbures. Mais nous nous attendions en ce qui concerne cette société et bien d’autres, qu’il ait quand même une ouverture, pas du capital, mais que l’on diversifie les sources d’approvisionnement. Aujourd’hui, en matière de transport, qui fournit la SONABHY en carburant ? C’est la grande question. Parce que tout comme dans le coton, de nombreux opérateurs qui auraient voulu décrocher tel ou tel marché de fourniture et transport, ont des difficultés parce que cela est réservé à un cercle restreint. Ce qui nous amène à dire qu’il y a quelque chose de pas clair. Si nous allons à l’ONEA, d’abord qu’est-ce qu’on entend par assainissement si tout le monde paie pour l’assainissement. Qu’est-ce qui est fait pour le petit consommateur quand il paie mensuellement des taxes d’assainissement ? Qu’est-ce qui est fait chez lui pour assainir son milieu de vie ? Si je prends la grande SONABEL, lorsque vous voulez un compteur, quel est son prix réel ? Vous pouvez l’avoir pendant 10 à 20 ans, et vous payez mensuellement une location, pire, il y a ce qu’on appelle le dépôt et cautionnement. Il fallait d’abord s’adresser à une caisse de dépôt et cautionnement où sera versé votre argent. Alors quand ces gens se tapent la poitrine pour dire qu’ils ont fait des bénéfices, moi je veux bien. Mais est-ce des bénéfices ou des produits d’un certain brigandage ? Ce sont des questions que je me pose. Est-ce que les droits des travailleurs dans ces sociétés sont respectés ? Ces sociétés paient-elles aux travailleurs ce qu’elles leur doivent ? Si vous faites un tour dans les tribunaux de travail et autres, vous vous apercevrez que ce sont des travailleurs qui sont alignés les uns derrière les autres. Si dans les entreprises privées cela est compréhensible, cela est catastrophique en ce qui concerne les sociétés d’Etat où le minimum était de se conformer à la loi mais c’est elles qui torpillent la loi et créent le plus de litiges. Au demeurant, je veux dire que certains cadres jouent même le rôle de rentier. Créer davantage de difficultés dans l’entreprise entre travailleurs et employeurs afin de recourir à des tiers pour intervenir, pour plaider etc. La gestion ne me parait pas aussi propre, aussi saine qu’on veuille nous le faire croire. Il y a donc lieu pour moi de revoir, la gestion de ces sociétés d’Etat dites performantes. Je n’y crois pas parce que pour moi, pour qu’une société soit bénéficiaire, elle ne devrait avoir aucun litige en attente. Or dans la plupart de ces sociétés dites performantes, si elles n’ont pas de litiges commerciaux, il y a des litiges sociaux liés justement au mauvais fonctionnement de ces dernières. Voire au non respect des textes fondamentaux notamment du code du travail etc. Pour moi, c’est lorsque tous ces litiges seraient réglés et qu’on n’a plus rien à reprocher à ces sociétés qu’on peut parler de performance même si elles n’avaient que 100 fcfa. Mais une société qui fait des bénéfices de 500, 600 millions voire des milliards et qui croule sous le poids des litiges pour moi cette société n’est pas performante.
Propos recueillis
par Frédéric ILBOUDO
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