L'opinion N°561
Du 09 au15 juillet 2008

Editorial

Une souris, une toute petite souris !

La semaine dernière, nous l’écrivions déjà, le jeu des Britanniques dans le drame zimbabwéen est des plus critiquables et complique plus que de raison l’équation. Au lieu d’être l’arbitre, l’éventuel dernier recours des acteurs nationaux, la Grande-Bretagne a délibérément pris fait et cause pour une des parties et travaille activement et de toutes ses forces à amener l’autre à mordre la poussière. Elle se disqualifie d’elle-même dans tous les processus de conciliation, ce qui a le don de polluer prodigieusement le débat, ramenant une simple question de droit et de justice à une triste affaire de races, d’anciens maîtres et d’anciens esclaves. Le pire dans cette affaire c’est qu’elle a réussi à faire croire que c’est le clan MUGABE qui a entraîné le problème sur ces terrains alors qu’elle en est à l’origine.

En entendant le président zimbabwéen Robert MUGABE, mardi dernier dans les couloirs de l’hôtel où se tenait le sommet de l’Union africaine, lancer un tonitruant «who are you ?» (Qui êtes-vous) à un confrère britannique, j’ai été vraiment gêné. Pas tant parce que le propos et l’attitude sont pour le moins irrévérencieux, d’autres présidents dans sa situation auraient certainement fait au moins autant, (ce n’est pas M. SARKOZY qui nous contredira) mais surtout parce que cela indique l’état d’esprit d’un homme devenu comme un fauve blessé et traqué de toutes parts par une meute dont il ne connaît que trop bien les desseins funestes et qui ne s’embarrasse plus de moyens. Il faut craindre que l’avenir ne soit des plus sombres car on peut tout dire, sauf qu’il soit dans des dispositions à discuter dans le sens de parvenir à un compromis qui sortirait le pays de la crise qui le secoue. Du coup il faut craindre que le pire ne soit à venir, d’autant qu’en face, TSIVANGIRAÏ et ses amis ne jouent pas non plus aux enfants de chœur et ne demandent que d’en découdre. Plus que jamais on est dans une situation de confrontation qui peut déboucher sur des drames inimaginables si on n’y prend garde à moins que certains ne travaillent à se faire peur dans l’espoir de gagner davantage de terrain. Ce ne semble pas être le chemin emprunté puisque certains acteurs dont les plus lourds se campent dans un inadmissible extrémisme comme s’ils doutaient de leur propre légitimité. Comme s’ils étaient partie prenante directe de la crise et non pas de simples observateurs dont le souci serait le bonheur du peuple zimbabwéen. Il y a forcément quelque chose qui cloche dans cette affaire car leur trop de zèle est des plus douteux.
La semaine dernière, nous l’écrivions déjà, le jeu des Britanniques dans le drame zimbabwéen est des plus critiquables et complique plus que de raison l’équation. Au lieu d’être l’arbitre, l’éventuel dernier recours des acteurs nationaux, la Grande-Bretagne a délibérément pris fait et cause pour une des parties et travaille activement et de toutes ses forces à amener l’autre à mordre la poussière. Elle se disqualifie d’elle-même dans tous les processus de conciliation, ce qui a le don de polluer prodigieusement le débat, ramenant une simple question de droit et de justice à une triste affaire de races, d’anciens maîtres et d’anciens esclaves. Le pire dans cette affaire c’est qu’elle a réussi à faire croire que c’est le clan MUGABE qui a entraîné le problème sur ces terrains alors qu’elle en est à l’origine. Quand elle embarque dans son sillage Européens et Américains, elle ne fait que renforcer davantage les connotations négatives de son implication, tout en discréditant son discours, ses actes et ses motivations qui, dès lors cessent de reposer sur les valeurs universelles qu’elle prétend porter. Foin de la démocratie et autres grands idéaux, elle se bât pour des intérêts bassement matériels, ceux de ses anciens ressortissants et il est compréhensible que ses alliés naturels l’accompagnent dans ce combat !
En effet, comme une seule voix, les pays occidentaux refusent de reconnaître la légitimité du président MUGABE et lui exigent ni plus ni moins que de se démettre pour laisser la place à un gouvernement de transition dirigé par TSIVANGIRAÏ au prétexte que celui-ci serait arrivé en tête du premier tour de l’élection présidentielle. N’est-ce pas un peu trop fort de café ? Et cela pourquoi faire ? Rien d’autre que d’organiser des élections qui seraient alors «libres et transparentes» parce qu’il les aura certainement gagnées.
Plus que son parti pris cette position est inacceptable parce qu’elle insulte nos intelligences et fait peu de cas des principes élémentaires de la démocratie, ceux-là même au nom desquels on est en train de dépecer l’Irak et prépare la guerre civile qui pointe à l’horizon. Ce n’est pas pour excuser les massacres dont on accuse MUGABE et son parti mais BUSH et Gordon BROWN ne font-ils pas tuer plus d’Irakiens chaque jour pour maintenir la clique de MALIKRI au pouvoir ?
Sans le fer et le feu on voit mal comment ils réussiront à faire plier un MUGABE qui n’a plus rien à perdre et qui sait que lâcher le pouvoir signifie pour lui et les siens la descente aux enfers.
Les sanctions de l’ONU qu’ils entrevoient n’y feront rien, surtout que les pays de la sous-région qui seront en première ligne voient les choses autrement même s’ils sont d’avis qu’un statu quo qui confirmerait MUGABE seul maître à bord est tout autant, tout à fait inacceptable. Les Européens et les autres devraient comprendre que ceux qui ne voient pas les choses comme eux ne supportent pas forcément MUGABE ou ne cautionnent pas ses actes. Ils devraient pouvoir comprendre que c’est leur diktat qui est tout simplement inacceptable parce que trop partisan et irréaliste. Voilà pourquoi la position de l’Union africaine, tant critiquée, devient de plus en plus crédible et se présente comme la seule alternative responsable et viable.
En décidant d’un partage du pouvoir entre Zimbabwéens pour leur permettre ensuite de trouver des consensus sur toutes les questions afin de les conduire dans un avenir qu’ils détermineront ensemble vers des élections dont les résultats ne seront pas contestés, les Africains font preuve d’un réel pragmatisme. Ils disent surtout aux Zimbabwéens que personne ne viendra faire la paix pour eux ou développer leur pays à leur place. Ils disent, sans démagogie : voilà ce que nous pouvons faire pour vous aider.
Au regard du fait que la solution de la force des Occidentaux en cours depuis 2002 n’a pas empêché MUGABE de se faire élire, de la réalité que les sanctions onusiennes ne sont efficaces que quand les sanctionnés eux-mêmes le veulent, et enfin de l’évidence que même les plus intransigeants n’ont pas d’autres moyens que les pressions pour faire aboutir leurs solutions… on devrait être moins à cheval sur les principes et remiser les clichés au placard. C’est bien trop facile de rabacher les expressions «démocratie tropicalisée ; démocratie africaine» ou encore «syndicat des chefs d’Etat». S’il est une réalité c’est que la Grande-Bretagne et ses amis occidentaux se cassent les dents sur le dossier zimbabwéen depuis au moins une bonne décennie. On prétend que la lumière viendra du sommet du G8 ! Gageons qu’il accouchera d’une souris, d’une toute petite souris ! Parce que personne ne mettra pied au Zimbabwe pour «imposer» une solution à la partie des Zimbabwéens qui ne serait pas d’accord. Il n’y a pas, et il n’y aura jamais d’issue viable qui exclurait d’emblée MUGABE du jeu. C’est si naturel qu’il faut vraiment une sérieuse dose de ressentiments pour croire le contraire.


Par Cheick AHMED
cheickahmed001@yahoo.fr

 

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