13 millions de priorités
L’autre jour, sur les ondes de la "Radio mondiale", j’écoutais légèrement amusé, mais profondément attristé, un étudiant qui défendait avec véhémence la grève des universités de Ouaga. Il affirmait sans rire que le gouvernement était insensible aux problèmes de l’université sinon qu’il aurait mis les 6 milliards de FCFA prévus pour l’organisation de la commémoration du 11 décembre à Fada, à la résolution des nombreux problèmes que les étudiants rencontrent.
Un peu plus tard dans la soirée, alors que je rendais visite à un parent alité à l’hôpital Yalgado, le sujet est revenu sur le tapis. A ma grande surprise ! Là aussi, j’ai joué à l’observateur impassible et un brin amusé ! Je rapporte dans les grandes lignes ce qui s’est dit.
Un des débateurs a laissé entendre qu’il était déçu des propos de l’étudiant parce qu’à le croire, commémorer la proclamation de la République n’avait pas de prix d’autant que les infrastructures, comme toutes les sommes qui seront dépensées iront dans le circuit économique du pays, donc à de Burkinabè qui auront sué sang et eau pour cela. En quoi les étudiants mériteraient plus cet argent que ces Burkinabè, a-t-il laissé tomber.
Sur ces entrefaites un autre de répliquer que pour lui, dans le fond il était d’accord avec l’étudiant sauf que les 6 milliards devraient aller à l’amélioration des services rendus par l’hôpital Yalgado car la santé n’aurait pas de prix et serait prioritaire à l’université. Ils grèvent d’ailleurs parce qu’ils sont en bonne santé. Ceux d’entre eux qui sont malades ont la tête ailleurs, ajoutera-t-il.
Le troisième ne s’en laissera pas compter. Pour lui, tout cela est le fait de la «vie chère». S’il y avait à manger et à boire pour tous, on pourrait se soigner plus aisément et d’ailleurs on tomberait malade moins souvent; les étudiants ne se plaindraient plus beaucoup et tout le monde serait content de fêter le 11 décembre. Donc s’il y a une priorité c’est, à son avis de mettre les 6 milliards dans l’agriculture, notamment sa mécanisation.
Le malade, lui-même intéressé par la discussion, estime qu’on devrait peut-être demander leurs avis aux gens de Fada.
C’est sûr qu’ils répondraient majoritairement qu’ils sont fiers et contents de recevoir la fête. Comme ce sont des Burkinabè, ils ont certainement les mêmes droits que les étudiants et il n’y a donc pas de raison de privilégier ceux-ci par rapport à eux. Avec la même logique, il ajouta que si le gouvernement investissait à Fada seulement la moitié de ce qu’il consentait pour l’université, la ville serait autrement plus développée et tout le pays en profiterait.
Comme quoi 13 millions de Burkinabè, 13 millions de priorités. Mais quand des étudiants privilégient le ventre et le matériel à l’esprit et au patriotisme on peut se poser des questions !o
Par Faèz!