L'opinion N°562
Du 16 au 22 juillet 2008

Dossier

Mine d’or de Kalsaka

L’or brille-t-il pour tout le monde ?

Par convention signée avec l’Etat burkinabè, Cluff Mining est désormais propriétaire du site aurifère de Kalsaka pour une durée de 5 ans. La société minière a pris possession des lieux, mais son installation n’est pas sans désagréments pour les populations riveraines et pour les anciens orpailleurs qui avaient investis. Une visite avec l’ONG ORCADE à Kalsaka nous permet de livrer les réalités de cette nouvelle situation.

C’est cette colline gorgée d’or qui fait l’objet de “tiraillement” entre l’exploitant industriel et la population de Kalsaka

L’or aujourd’hui a le vent en poupe à en croire les indicateurs boursiers des marchés financiers au plan international. Ça rapporte et ça rapporte réellement gros, d’où cette ruée des sociétés d’exploitation industrielle vers les pays dont le sous-sol regorge de minerais de ce métal précieux. C’est le cas du Burkina Faso qui, avec une réserve énorme de ce métal jaune, attire de grandes sociétés étrangères avec lesquelles il signe des conventions d’exploitation. A côté de cette forme légale s’exerce toutefois une forme d’exploitation traditionnelle ou artisanale de l’or appelée orpaillage où des hommes et des femmes par des méthodes séculaires de prospection localisent des sites sur lesquels ils construiront des puits profonds de près de 50m afin d’extraire le minerais tant recherché. C’est une activité périlleuse, éprouvante, parfois même mortelle, mais qui, nourrissant son homme, incite les chercheurs d’or à y rester scotchés et à appréhender tout signe tendant à leur dépossession des sites pour quelque raison que ce soit. Ce que ces exploitants non autorisés oublient cependant, c’est que selon la RAF (Réforme Agraire et Foncière) la terre et le sous-sol appartiennent à l’Etat au Burkina et c’est à ce dernier d’en disposer comme il l’entend. Voilà pourquoi, lorsque des conventions d’exploitation sont signées entre l’Etat et des sociétés d’exploitations minières, les orpailleurs sont priés tout simplement de ramasser marteaux et burins et de céder la place aux acquéreurs officiels des sites. Bien sûr, cela ne se fait pas sans accrocs d’autant que les intérêts sont énormes. Depuis quelques temps que l’or se découvre un peu partout sur le territoire national, des situations du genre sont gérées par les pouvoirs publics et l’exemple de la mine d’or de Kalsaka en est illustratif.

Etat des lieux

Une vue des installations Kalsaka minning S.A sur le site orifère.

Kalsaka est une localité située à 45km de Yako, chef-lieu de la province du Passoré dans la Région du Nord. A la faveur d’une visite initiée par l’ONG ORCADE (Organisation pour le Renforcement des Capacités de Développement) dans le cadre de ses activités axées sur la défense des intérêts des communautés riveraines des mines, nous avons pu, le vendredi 4 juillet 2008 dernier, être sur les lieux pour nous enquérir de ce qui s’y passe.
Dans ce département, l’exploitation artisanale de l’or remonterait à plus de 20 ans et a permis de soutenir la vie socioéconomique de plus d’une cinquantaine de villages. Le site aurifère de Kalsaka est situé en hauteur et depuis près de 4 mois, la colline qui servait de poumon économique de la commune rurale a accueilli ses propriétaires légaux, Cluff Mining, qui a installé la société Kalsaka Mining S.A pour une exploitation industrielle de la réserve d’or sur une durée de 5 ans concédée par l’Etat burkinabè.
Kalsaka Mining S.A qui devait entamer ses travaux de construction de la mine, a demandé l’arrêt de l’activité des orpailleurs sur son périmètre d’exploitation. Ce qui n’a pas été du goût de la population, du moins de ceux qui vivaient directement de cette activité. Les anciens occupants du site se sont regroupés au sein d’une association appelée Nabons-Wendé avec pour président Abdoulaye OUEDRAOGO, pour défendre leurs intérêts. Informés de la visite qui devait être effectuée sur le site, les orpailleurs et leurs représentants n’ont pas marchandé leur mobilisation pour faire entendre leur voix. Et des voix seront entendues qui interpellent toutes l’Etat sur l’injustice qui leur est faite. En effet, pour ceux qui se disent expropriés, ils ont été trompés depuis le début de la phase de sondage du site qui remonte à plus de 5 ans. Pour Abdoulaye OUEDRAOGO, le président de Nabons-Wendé, la décision d’arrêter leur activité d’orpaillage devrait être précédée d’une concertation avec les «propriétaires des puits» aurifères qui ont aussi investi des sommes dans leurs «installations» en vue de trouver ne se serait-ce qu’une mesure compensatoire aux préjudices subis. Pour M. Hamadé OUEDRAOGO, la montagne, c’est son tout. Il ne connaît que cette activité et il s’en sortait plutôt bien. «Je puis même vous dire que je gagnais bien ma vie. Depuis que les blancs nous ont dépossédés de nos puits nous souffrons énormément», a-t-il clamé avec impuissance. De son avis, ils sont près de 3000 personnes dans la zone de Kalsaka qui sont dans la même situation, c’est-à-dire le chômage. Il a même estimé qu’en activité dans un puits il pouvait avoir un minimum de 5 millions de francs CFA. Et Jean-Baptiste SAWADOGO, notre guide, de venir à la charge en ces termes : «Nous savons que l’extraction industrielle ne pourra même pas embaucher 1000 jeunes de la localité. Imaginons 600 puits avec 140 personnes par puits, c’est combien de gens et de foyers qui bénéficiaient des fruits de l’activité de l’orpaillage». Pour donc montrer à quel point la situation antérieure, celle de l’exploitation artisanale, était meilleure pour eux.

Les orpailleurs, à défaut de pouvoir continuer leur exploitation demandent à être
ambauché dans la société.

Entre incompréhensions et promesses non tenues
Kalsaka Mining S.A est donc depuis 4 mois le maître des lieux pour jouir de ses droits d’exploitation minière à usage d’utilité publique. Les autorités locales, les chefs coutumiers, les populations ne lui contestent pas ce droit puisque la terre et le sous-sol du Burkina Faso appartiennent à l’Etat. Cependant, les communautés ont des droits et entendent les défendre. C’est pourquoi la situation de chômage, qui a handicapé l’économie du département, selon le chef de Kalsaka, Naaba Sigri, doit être compensée par le recrutement des fils et filles de la localité, comme employés à la mine. Il a soutenu que les responsables de la mine en s’installant l’ont approché pour demander l’hospitalité, mais depuis ce passage, point de contact. Ce qui l’inquiète c’est la situation de la précarité embarrassante des jeunes qui ne sont pas tendres à son endroit pensant qu’il a quelque chose à voir avec la situation qui prévaut. «Nos enfants sont mécontents et nous reprochent d’être de connivence avec les responsables de Cluff Mining. Selon eux, il est inadmissible que le travail débute sans qu’on les embauche sous nos regards jugés complices», dit-il avec amertume. A sa suite, le chef de Bouli, tout mécontent, déplore l’absence de communication entre les responsables de la mine et les premiers responsables de Kalsaka. Il soutient même que leurs hôtes cultivent la division en leur sein en favorisant certains villages au détriment d’autres. Pour l’essentiel, il a insisté sur les doléances qu’ils avaient transmises à Cluff Mining lors de leur tournée d’enquête d’impact qui se résumaient aux infrastructures sanitaires, l’éducation, l’eau à travers les forages et les barrages, les routes et le respect de l’environnement. Doléances qui restent à l’état de promesses émises par leurs interlocuteurs qui leur imposent aujourd’hui une situation pour le moins inacceptable. «Cette nouvelle situation nous fait plus de mal. Nos enfants se sont exilés et ils n’ont pris en compte que 8 villages pourtant le département en compte 51», a-t-il laissé entendre.

Les responsables de Kalsaka Minning SA dit être en bon terme avec la communauté locale

De l’avis général, les promesses faites par Cluff Mining en ce qui concerne le développement de la localité n’ont pas encore eu un début d’exécution. Mais le premier adjoint au maire relativise les assertions et justifie cette situation par l’incompréhension due à un déficit de communication de la part de ceux commis à cette tâche. A l’entendre, le lancement des travaux de construction a eu lieu suite à une enquête d’impact au cours de laquelle les populations ont été informées du début des travaux. Pour lui, les autorités locales qui sont soucieuses des intérêts des populations ont mis en place un comité consultatif communautaire conjoint avec Kalsaka Mining qui regroupe les responsables de villages riverains de la mine. Cette instance présidée par le maire de la commune rurale de Kalsaka, Grégoire W. OUEDRAOGO, est la structure qui répond aux problèmes qui surviennent en rapport avec les activités de la mine et intéressant les populations. Pour l’instant ce comité est à la phase d’installation à en croire son premier adjoint, Mathias SAWADOGO, qui soutient que la mine est à la phase de construction et que la majorité des gens ont crû que les retombées «c’est tout de suite et maintenant». Le comité consultatif communautaire qui regroupe 8 villages riverains de la mine à savoir Kalsaka, Touma, Zongo, Tapré, Tapré-silmissi, Wanvoussé, Silmissi et Ouilao a un bureau composé de 9 commissions accueillant 9 représentants par village plus les membres de la société minière. Ce comité va jouer le rôle d’interface entre les responsables de la mine et les communautés afin de réparer les préjudices causés par les activités de la mine : les indemnisations, l’emploi des jeunes de la localité, les investissements socioéconomiques et culturels au profit du développement de la commune. Les recrutements se font sans difficulté. Par exemple pour les chauffeurs, le premier adjoint a signifié que sur exigence de la mairie tous les habitants qui avaient des permis de conduire ont été privilégiés. Et mieux, soutient-il, le comité a à son actif recensé les jeunes diplômés de chaque village sur une liste d’attente en cas de besoin.

Ces engins sont le fruit de l’orpaillage

Le premier adjoint a même trouvé que des actions ont été menées en faveur des populations à l’exemple de la route qui a désenclavé la commune du côté du barrage de Kanazoé situé à quelque 15 km de là, et que les mesures de compensation sont une réalité pour ceux qui ont été expropriés de leurs terres.
«L’indemnisation est réelle, et pour 5 ans. Sur un hectare de terrain, l’évaluation pour compensation s’élève à 8,5 sacs de sorgho et 3,75 sacs de niébé à raison de 12 500F le sac de 100kg. Cela sera revu à la hausse à cause du contexte international de la flambée des prix», a précisé M. SAWADOGO. Il relève cependant deux grandes difficultés qui complexifient la situation. La première et la plus importante est l’expulsion des orpailleurs qui provoque un manque à gagner important pour le budget de la commune, des problèmes pour leur reconversion et la solution d’exil pour certains. Cette situation a ralenti des activités comme la restauration, le commerce en général. La deuxième grande difficulté est l’incompréhension. Le premier adjoint au maire trouve que la population va vite en besogne parce que cette étape de la construction a été confiée aux sociétés prestataires qui viennent avec leur personnel. Du fait que lors de la tournée des responsables de Cluff Mining ceux-ci ont tenu la promesse de recruter les jeunes de la localité, les populations ont vite pensé que cela se ferait illico-presto ; ce qui n’est pas en conformité avec le planing des activités de la société.
Le comité consultatif visiblement n’est pas du goût de tout le monde puisque l’association Nabons-Wendé et le chef de Bouli semblent ne pas comprendre le pourquoi de son existence si face aux problèmes et au suivi des promesses de dotation d’infrastructures socioéconomiques au profit du département, il reste muet.

Le mémoire en défense de Kalsaka Mining SA
Ainsi qu’on le constate, il y a un déficit criard de communication entre Kalsaka Mining S.A et ses hôtes d’où une situation pour le moins confuse. Pour mieux dénouer les fils de l’écheveau, une entrevue avec les responsables de la société minière s’imposait, ce qui sera obtenue non sans difficulté d’autant que les intéressés ne résident pas sur place mais à Yako et ne seraient pas officiellement informés de la visite.
Qu’à cela ne tienne, une bouée de sauvetage fut vite trouvée en la personne du préfet de Kalsaka, M. Issa LESSAMBA. Ce dernier, juste revenu de Ouahigouya, avait été conduit à la mine pour assister à l’enlèvement d’un corps sans vie victime d’un accident de travail. Promptement le lendemain (samedi 7 juillet 2008) nous voilà à la préfecture. De prime abord, l’autorité représentative de l’Etat dans le département de Kalsaka, nous fera savoir qu’elle ne contrôlait pas vraiment les va et vient des travailleurs de la mine et a pris fonction, il y a seulement 8 mois. Devoir de réserve? Toutefois, le préfet nous proposera une visite sur le site et prit l’initiative de joindre au téléphone les responsables de la mine mais sans suite. Finalement nous embarquerons pour la colline. A destination, coïncidence heureuse, une réunion des responsables de Cluff Mining et du personnel de Kalsaka Mining se tenait. On nous accorda la séance d’entretien que dirigera le directeur des ressources humaines (DRH), Malik GNANKAMBARI, accompagné de Gladys OUEDRAOGO, chef du personnel, Andréa OUEDRAOGO, assistante en environnement, Alira ANOLIRA, chargé des relations avec les communautés. L’entretien s’est déroulé dans une atmosphère détendue. Ce qui intéressait la délégation c’était la nature des relations qu’entretiennent la société et les communautés locales, les droits de ces dernières et le suivi des promesses tenues à leurs endroits. Sur la question, M. GNANKAMBARI a rassuré de la cohabitation en bonne intelligence avec l’aide du comité consultatif communautaire. «Pour l’emploi, à ce stade de la construction, comme le Burkina Faso n’est pas un pays de tradition minière, nous sommes obligés de faire appel à des compétences extérieures notamment les Sud-africains et les Ghanéens», a lâché le DRH.
Le responsable aux relations avec les communautés, Alira ANOLIRA, dit travailler de façon concertée avec le comité mis en place. Dans leur plan d’exploitation, ils ont prévu l’implantation d’infrastructures sociales. Il confirmera la phase d’indemnisation des propriétaires terriens et le recrutement du personnel local quand le besoin sera exprimé et cela privilégiant les fils et filles de la localité. Il dira que quand il se trouve des insuffisances dans la réglementation nationale sur les indemnisations, la société se réfère à la norme internationale qui demande le respect de la valeur résiduelle de l’exploitation. «Nous travaillons avec les services techniques qui nous fournissent les moyennes annuelles au plan national, régional et même départemental. Chaque fois des procès verbaux sont soumis à l’appréciation des bénéficiaires qui jusque-là adhèrent à notre méthode de calcul», a-t-il justifié.
L’or fait partie de ces nombreuses ressources minières non-renouvelables dont l’exploitation qu’elle soit artisanale ou industrielle entame beaucoup l’environnement et pose des questions de l’après-mine. Sur le site de Kalsaka Mining, à cette inquiétude soulevée, Andréa OUEDRAOGO, assistante en environnement dit intégrer aux activités de la mine un programme de restauration du couvert végétal au fur et à mesure que les travaux avanceront. La sécurité des sols est une préoccupation et la méthode utilisée fut l’installation des géo-membranes pour éviter de les polluer et favoriser une régénérescence progressive de l’environnement.
Si sur les questions techniques les réponses sont aisées, il faut cependant dire que les responsables de la mine et les communautés semblent ne pas parler le même langage quand il s’agit de celles liées aux indemnisations des orpailleurs et aux promesses d’investissement socioéconomique et culturel dans la localité.
M. Alira ANOLIRA, relèvera que la société ne peut pas prendre la responsabilité d’indemniser les orpailleurs comme les exploitants agricoles. «On ne peut pas recenser les orpailleurs et les indemniser par rapport au volume du trou ou autre. Ce que nous savons ce sont des personnes affectées par notre activité et comme nous avons un plan d’atténuation des impacts sociaux, ils seront pris en compte» précisera-il.
Il n’y a pas de doute, comme des personnes qui dorment sur la même natte mais qui ne font pas le même rêve, Kalsaka Mining S.A, ses hôtes que sont les populations riveraines de la mine et les anciens exploitants traditionnels du site ne peuvent avoir les mêmes intérêts mais un minimum s’impose pour que soit trouvé un modus vivendi à la satisfaction de tous. Ce qui tient à cœur aux populations riveraines de la mine c’est qu’elle soit profitable au développement de la commune rurale de Kalsaka. Pour cela, elles ont exhorté les autorités à ouvrir l’œil et à suivre de très près ceux qu’elles appellent «ces commerçants qui sont sans sentiments».o

Commune rurale de Kalsaka

Kalsaka signifie le quartier de Kalla, un personnage féminin (en mooré Kalla Saaka). C’est une chefferie qui relève du royaume du Yatenga depuis le règne de Naaba Kiiba. Kalsaka département de la province du Yatenga à 45 km de Yako dans la région du Nord regroupe 51 villages. Sa superficie estimée à 542 km2 et a une population de 49 000 habitants au dernier recensement. L’agriculture et l’élevage sont les principales activités économiques en plus de l’exploitation artisanale de l’or qui faisait vivre toute la communauté. Le département érigé en commune rurale a pour maire Grégoire N. OUEDRAOGO depuis 2006, secondé par Mathias SAWADOGO, 1er adjoint. Comme toutes les communes, la question du développement de proximité est leur raison d’être. Le budget 2008 s’élève à 31 millions de francs provenant des impôts, des taxes et l’appui budgétaire de l’Etat. Quant au Plan de développement communal, il n’a pas été encore élaboré faute de moyen et le premier adjoint au maire l’a projeté pour 2009 pour son adoption. La présence de la mine d’or constitue un espoir pour le développement de la commune qui à travers un comité consultatif communautaire sert d’interface pour la défense des intérêts des populations. Celles-ci s’impatientent de voir les promesses de réalisations socioéconomiques, sanitaires et éducatives faites par les responsables de Kalsaka Mining, filial de CLUFF Mining.
M. I.

 

Sita OUEDRAOGO, orpailleur à Kalsaka

“Cette activité me permettait de gagner ma vie”

Nous avons fait la rencontre de Sita OUEDRAOGO, qui a bâti sa vie dans l’extraction artisanale de l’or. Depuis l’installation de Kalsaka Mining sur le site où il exerçait, c’est la croix et la bannière pour l’orpailleur qui estime qu’on lui a enlevé son âme.

Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
Sita OUEDRAOGO (S.O) :
Je suis orpailleur et depuis ma naissance, je ne connais que ce boulot. La recherche de l’or sur la montagne était ma principale activité. Elle me permettait de gagner bien ma vie.

Depuis que Kalsaka Mining a commencé ses activités ici, comment voyez-vous les choses ?
S.O :
Il y a 4 mois nous ne nous imaginions pas ce scénario. Quand ils nous ont chassés de la colline et nous ont dépossédés de nos puits. Ils nous ont contraints à une souffrance et au désespoir. Près de 3000 orpailleurs vivaient de cette activité et du coup on vient nous demander de quitter sans crier gare ! En activité dans un puits d’or nous pouvions nous offrir au minimum 5 millions de francs CFA. Chaque puits peut engager 140 personnes. Nous savons que l’exploitation industrielle ne pourra même pas embaucher 1000 travailleurs. Imaginons plus de 600 puits avec 140 par puits. C’est combien de personnes et de foyers qui bénéficieraient de cette activité ?

Qu’attendez-vous des nouveaux propriétaires ?
S. O :
Les textes disent que le sous-sol appartient à l’Etat. Ici, il l’a vendu à CLUFF Minig. Nous ne contestons pas ce droit à cette société qui est désormais propriétaire. Mais nous disons tout simplement à Kalsaka Mining de respecter sa promesse d’emploi. De nombreux jeunes ont fuit la région et beaucoup sont en situation de chômage. Même les activités connexes, comme la restauration et le commerce, ont pris un sérieux coup. La délinquance commence à faire son lit.

Comment l’orpailleur travaille-t-il ?
S.O :
C’est un travail véritablement pénible. Quand on doit descendre dans un puits de prêt de 40m pour suivre un filon, il faut se dire que ce n’est pas facile. A l’aide de marteaux, de burins et des dynamites nous pouvions faire sortir cinq (5) fragments de roches ; ce que nous appelons dans notre jargon «ressort». C’est l’éclat qui contient de l’or. Il y a deux équipes qui s’alternent dans l’espace de temps de 24 heures.

Chacun travaille-t-il pour lui-même ?
S.O :
Chaque puits a un propriétaire qui engage au moins 30 personnes pour le travail. Il fait sa provision en vivres et fait la dotation en matériel pour le travail. Quand le puits commence à rapporter, le chef évalue ses dépenses et le reste du gain est partagé bien sûr avec des marges différentes. Au-delà des 30 personnes, un puits peut nourrir 300 personnes.

Qui achète votre or ?
S.O :
L’or est vendu à des professionnels ici sur place. Ce sont des gens de la ville. Cette activité a généré plein d’activités connexes comme la restauration, le petit commerce, les buvettes, etc. et plusieurs femmes vivaient de cela.
Les motos et autres vélos que vous voyez sont tous les fruits de l’or de la colline. Maintenant on ne sait quoi faire. C’est la désillusion. On a promis nous engager sur la mine mais rien n’est fait pour l’instant. C’est plutôt des étrangers qui y travaillent.o

Propos recueillis
parIssoufou MAIGA

Des témoignages

Lessamba ISSA,
Préfet du département de Kalsaka, j’ai pris fonction il y a 8 mois de cela et la société minière Kalsaka Mining a commencé ses travaux d’installation il y a 4 mois. Je peux dire que je ne suis pas informé de leurs différentes activités, du moins pas officiellement. Ce qui est sûr tout ce qui a été promis nous ne voyons pas encore de réalisation dans ce sens-là. Il existe un cadre qui n’est pas formel où j’ai été coopté pour être un adjoint au chef de Kalsaka en tant que conseiller. Mon rôle s’arrête là. C’est quand ils ont un problème de décès sur la mine qu’ils sont obligés de me faire appel pour les formalités d’usage afin qu’on enlève le corps.

Mathias SAWADOGO, 1er adjoint au maire :
Pour le lancement des travaux de Kalsalka Mining, il y a eu d’abord une enquête d’impact suite à laquelle la population a été informée de l’installation d’une société minière à Kalsaka. Les autorités locales qui ont suivi avec attention ce processus ont mis un comité consultatif communautaire en place pour défendre les intérêts des populations riveraines de la mine. C’est ce comité qui est représentatif de 8 villages qui gèrent les problèmes en relation avec les responsables de Kalsaka Mining. Présentement la société en phase d’installation et les travaux menés sont le fait de prestataires venus avec leur personnel. C’est ce qui a créé des incompréhensions au sein de la population qui avait de l’espoir pour l’emploi et dans l’immédiat. Leur impatience se justifie puisqu’ils ont été expulsés de la montagne où ils vivaient de l’activité de l’orpaillage.
Cela est un coup dur pour eux. Parmi ces milliers de personnes, il y a des femmes. Ces incompréhensions sont telles que le comité doit résorber les problèmes.

Delphine OUEDRAOGO, membre de l’association Nabonswendé :
Les orpailleurs expulsés de la colline souffrent beaucoup. C’est toute leur vie. Il y a en même qui n’ont jamais cultivé. Cette épreuve qu’ils traversent est inquiétante. Seulement, je pense qu’il faut qu’on les aide en leur offrant des emplois dans la société d’extraction ou construire un barrage pour qu’ils puissent se reconvertir. Depuis que Mining est là, ils ont tout simplement demandé aux gens de déguerpir les lieux sans consultation.
Les promesses d’emplois, de construction de structures, de tentes, d’éducation et les questions environnementales n’ont pas encore eu un début d’exécution. Ils disent qu’ils sont en phase de construction de la mine. Nous verrons et nous resterons vigilants.

Abdoulaye OUEDRAOGO, président de l’association Nabonswendé :
Nous sommes des orpailleurs et depuis 4 mois aujourd’hui que nos activités sont arrêtées ; nous avons perdu tout espoir. C’est pourquoi nous avons mis en place cette association avec l’aide de ORCADE pour défendre nos intérêts.
En tout cas tout ce qui a été promis, rien n’est fait pour l’instant. Il y a des rencontres où notre structure n’est pas conviée. C’est nous qui vivons les vrais problèmes et non les autorités. Dans l’avenir qu’on approche et associe tous ceux qui œuvrent dans l’intérêt de la population.

 

Jean-Baptiste SAWADOGO :
Nous avons tout perdu et l’emploi et nos jeunes valides avec la venue de la société cluff Mining à Kalsaka. J’ai l’impression qu’on nous a flattés et aujourd’hui on nous relègue au second plan. On n’a pas de mot à dire, on emploie les étrangers sur les sites. Nos jeunes fuient le village, le commerce est presque mort et on ne veut pas qu’on parle. Si l’Etat laisse les commerçants piller nos richesses sans qu’on ait des retombées, ce sont eux qui sont contre nous. Mais je pense qu’ils vont revoir les choses pour qu’au moins les promesses soient réalisées.

El Adj Salam SAWADOGO, membre du Comité consultatif :
je suis le représentant de Kalsaka (ADDK). Depuis 5 ans nous avons entendu que le site aurifère intéresse une société étrangère. Nous avons fondé l’espoir que notre commune puisse bénéficier énormément des retombées socio-économiques de cette activité. C’est l’emploi qui est important puisque nos jeunes et même nos femmes vivaient de l’activité de l’exploitation traditionnelle de l’or. C’est vrai qu’ils viennent de commencer et ce n’est pas pour autant que nous allons nous taire. Il faut leur rappeler ce qu’ils nous ont promis. Parce que le barrage, s’il venait à être réalisé les jeunes qui n’auront pas du travail dans la mine pourront se reconvertir dans la maraîchéculture ou vers d’autres cultures de contre-saison. Nous, notre rôle au comité consultatif c’est de veiller sur les intérêts des populations en faisant des propositions utiles aux responsables de Kalsaka Mining pour le développement de la localité.

Mahamadi OUEDRAOGO, responsable des jeunes :
J’ai comme l’impression que nos aînés, surtout nos responsables coutumiers ne jouent pas bien leur rôle. S’ils disent que les responsables de la mine ignorent les intérêts de la communauté entière, ils doivent les approcher et poser les problèmes que nous vivons aujourd’hui. On nous a chassés de la colline en nous promettant de l’emploi qui n’arrive pas.
Nous avons des bouches à nourrir et c’est l’orpaillage qui servait de source de revenus pour résoudre ces questions existentielles. Nous demandons à l’Etat de nous venir en aide sinon tous les bras valides de la localité abandonneront les vieux
pour se chercher.o

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