L'opinion N°563
Du 23 au 29 juillet 2008

Actualité

Cyclisme

Le dopage, ce cancer du sport

Le 95e Tour de France se court depuis le 4 juillet à travers monts et vallées. Les coureurs couvrent au minimum 160 km par jour pendant les deux semaines de l’épreuve. L’épreuve reine du cyclisme est éclaboussée chaque année par des cas de dopage. Cette année déjà trois coureurs dont le grimpeur italien Ricardo Ricco sont tombés dans la nasse de l’Agence française antidopage. Faisons connaissance avec une pratique et ses dangers.

Ricardo RICCO sociétaire de l’équipe Saunier Duval a été épinglé pour dopage

Le Comité International Olympique (CIO) définit le dopage comme l’usage volontaire ou involontaire de substances interdites ainsi que tout recours aux méthodes défendues pour améliorer la performance. Les substances sont regroupées en cinq catégories : les stimulants, les narcotiques, les agents anabolisants, les diurétiques et les hormones peptidiques. Les méthodes sont : le dopage sanguin et les manipulations pharmacologiques chimiques ou physiques. Certains produits comme l’alcool, les cannabinoïdes, les anesthésiques locaux, les corticoïdes et les bèthabloquants.
Les coureurs espagnols Manuel BELTRAN de l’équipe Liquigas (11 juillet) Moïses DUENAS DUENAS de Barloword (16 juillet) et l’Italien Ricardo RICCO de Saunier Duval (17 juillet) ont tous été contrôlés positifs à l’EPO (Erythropoïétine). RICCO qui utilisait une version retard de troisième génération n’a été pris qu’au sixième prélèvement. Le grimpeur avait déjà remporté deux victoires d’étapes. De tous les produits dopants l’EPO est le plus utilisé.

EPO, la vedette de la triche
Tous les coureurs qui ont été contrôlés positifs se sont dopés à l’EPO. EPO est le diminutif de erythropoïétine. Selon les spécialistes, «l'EPO est une hormone protéique habituellement produite par le rein. De ce lieu de sécrétion, elle migre dans la moelle des os où elle stimule la production des érythrocytes (globules rouges).
Utilisée en thérapeutique pour le traitement des anémies, son «ingestion» permet à un individu sain d'augmenter le nombre de ses globules rouges donc sa capacité à transporter l'oxygène jusqu'aux muscles. On comprend l'intérêt majeur que cette hormone peut revêtir pour les spécialités d'endurance.»
C’est en 1987 alors qu'elle vient tout juste d'être synthétisée par génie génétique de l'hormone naturelle que l'EPO apparaît dans le milieu du sport de haut niveau. Depuis cette date et jusqu'à aujourd'hui, l'EPO a été plébiscitée par les sportifs pratiquant les activités d'endurance. Cet engouement s'explique par son efficacité qui donne aux sportifs un "sentiment d'avoir un turbo" et prouvé par de nombreuses expérimentations scientifiques.
Le médecin suédois, Bjorn EKBLOM qui avait mis au point la technique de l'autotransfusion fut un des premiers scientifiques à prouver l'efficacité de l'EPO. L'amélioration trouvée au niveau de la performance était de l'ordre de 10% en trois semaines. Après 6 semaines de traitement, l'augmentation de la consommation d'oxygène serait de 8% et celle de la performance de 16%.
Pour les tricheurs, l'utilisation d'EPO présente de multiples avantages la méthodologie des injections serait beaucoup plus simple ;
-les injections peuvent être répétées à intervalles contrôlés et adaptées en fonction des réactions du sportif.
-l'hormone disparaît rapidement du sang (en 48h les taux sont revenus à la normale) alors que ses effets se prolongent plusieurs semaines. Ce qui rend dérisoire toute tentative de contrôle sanguin direct lors des compétitions.

L’action de l’EPO
Ces prérogatives ont contribué à faire de l'EPO, le produit des sports de durée. Aux dires de certains spécialistes, c'est le processus d'entraînement en entier qui serait géré à partir de l'EPO et de l'évolution du taux de globules rouges qu'elle engendre. Chez un sujet lambda, le taux d'hématocrite (% exprimant la concentration des globules rouges dans le sang) se situe dans une fourchette comprise entre 40 et 50% (un peu moins pour une femme). Une première période de prise d'EPO amène ce taux aux alentours de 50-55%. Un entraînement de type longues sorties à allures modérées est effectué conjointement. Dans un deuxième temps, la prise d'EPO amène l'hématocrite aux alentours de 55-60% ; l'entraînement fractionné peut alors donner toute sa mesure.

Le danger de l’EPO
L’utilisation de cette hormone n'est pas sans dangers pour le sportif.
Sa prise doit être couplée avec celle de fer qui entre dans la composition de l'hémoglobine (le pigment transporteur d'oxygène) contenu dans les globules rouges. Etant donné que les doses sont données de manière empirique, de nombreux cas de surdosage en fer ont été détectés. Les coureurs sur-dosés risquent de nombreuses lésions cellulaires (cirrhose, diabète, accidents cardiaques…).
Par ailleurs, l'EPO peut conduire à des embolies. Si elle est injectée trop rapidement, elle peut engendrer un syndrome grippal avec fièvre, frissons, douleurs musculaires

On aurait déjà trouvé mieux que l’EPO
Face à la détection fréquente de l’EPO, certains scientifiques auraient déjà mis en place d’autres hormones capables d'activer ou de seconder l'action de l'EPO. L'interleukine 3 est un facteur de croissance capable d'activer la production, par la moelle osseuse, des éléments figurés du sang (notamment globules blancs et rouges). Mélangé avec l'EPO, il donnerait des résultats très «prometteurs».
Il y a aussi le facteur SCF (Stem Cell Factor). Ce dernier active la production des cellules souches (avant différenciation) de la moelle osseuse. De quoi donner un nouveau coup de fouet à la production de globules rouges. Selon le docteur français Gérard Dine ce produit est déjà utilisé dans le milieu sportif alors qu'il n'est pas encore commercialisé. La molécule EMP (Erythropoietin Mimetic Peptide) mise au point en 1996 serait capable de plagier l'action de l'EPO. Selon les techniciens, elle vient se placer sur les récepteurs spécifiques à cette hormone (EPO) induisant les mêmes adaptations qu'elle c'est-à-dire la stimulation de la production de globules rouges. Sans oublier que l'EPO nouvelle génération est déjà à l'étude. Avec cette nouvelle molécule, plus besoin de trois prises par semaine ; une seule suffira. A moins de vouloir se donner au bourreau, il va être difficile de prendre un sportif fautif.

Par Ahmed NAZE
(source interne)

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