L'opinion N°563
Du 23 au 29 juillet 2008

Culture

Immigration clandestine

Un documentaire lève le voile

La deuxième édition du cinéma contre l’oubli (SEMCO) s’est tenu du 10 au 14 juillet 2008 sous le thème : «Migrations et populations». Pour traiter de ce thème plusieurs œuvres cinématographiques y relatives ont fait l’objet de projection au Centre culturel Georges MELIES.

Le vendredi 11 juillet 2008, en marge du SEMCO 2008, était à l’affiche de la programmation des projections de films de la soirée, un document de 13 minutes intitulé «Jeunesse et émigration». L’œuvre est le premier de 6 épisodes d’une série que la jeune réalisatrice, Myriam Téné SAMAKE, entend réaliser sur un sujet qu’elle ne connaît que trop pour l’avoir vécu dans sa chair. Elle a voulu faire visiter les dures réalités de l’émigration et faire prendre conscience par le biais de l’image. Le public cible de la réalisation est la jeunesse d’autant plus que c’est dans cette frange active de la population que ce phénomène recrute ses candidats. Des témoignages vivants de jeunes qui ont échoué dans l’aventure avec toute la souffrance et le traitement inhumain endurés sur le chemin de «l’Eldorado», rêve qu’on n’atteindra d’ailleurs jamais. D’éminentes personnalités du monde du cinéma et de la musique ont dépeint cette situation comme une sorte de démission des Etats africains face au problème du chômage. «C’est surtout à nos responsables d’Etat qu’il faut poser cette question de l’esclavage dans sa nouvelle forme. Quand tu vois ces jeunes échouer au bord de plages d’Italie et d’Espagne, c’est là que l’importance du mot dignité prend tout son sens», s’est plaint Manu DIBANGO, le célèbre musicien camerounais. Pour lui, il n’y a malheureusement pas d’Eldorado ailleurs. «L’Eldorado c’est toi-même qui construit chez toi», a-t-il ajouté. Didier AWADI, Smokey et Smarty tous des rappeurs africains, pensent que l’émigration est de la grosse hypocrisie. Ceux qui ont tenté l’aventure outre mer malgré les misères qu’ils ont vécues ne donnent pas souvent la réalité des choses et font plutôt miroiter l’opulence qui existerait de l’autre côté. Pourtant, relève Smokey, des gens y vivent entassés comme des animaux, à 15 dans des maisons de F1, F2. Et Dieu seul sait dans quelle galère ils arrivent à économiser.
Ce film qui a mis plusieurs acteurs au relation répond au souci de la réalisatrice Myriam SAMAKE, de lutter à sa manière contre cette forme d’inhumanisme qui prend de l’ampleur car chaque jour que Dieu fait, l’Afrique perd ses fils et filles dans l’Océan de la désillusion à la recherche de l’illusion perdue chez eux. C’est une invite à plus d’introspection et à la mise en place d’une politique de développement pouvant retenir nos jeunes qui vont perdre de façon indécente leur force de travail en Occident. Le film est aussi émouvant et l’on se surprend à s’essuyer des larmes voyant le sort fait à ce jeune Mamadou qui a fait 1000 km pour rejoindre la mer et qui est abandonné à 150 km dans le désert à la frontière malienne face à son destin.
Les prochains épisodes de la série sont vivement attendues et nul doute que la réalisatrice donnera la parole aux décideurs et leaders d’opinion pour prendre à bras le corps ce problème qui fait honte à l’Afrique.

Par Issoufou MAIGA

Oumar YABRE alias Dominateur, artiste-musicien
“Dieu a tout donné à l’Africain…”

 Styliste-modeliste, tradipraticien, artiste-musicien, Oumar YABRE a plusieurs cordes à son arc. L’homme voit en sa vie, une mission divine. Cette mission au plan musical, il entend la mener sous le pseudonyme «Dominateur». Une appellation qui met en exergue sa mission qui est de dominer la souffrance d’autrui en le soulageant de son mal.
De là est sorti un premier album baptisé «L’avenir» qui n’attend que les bonnes volontés pour sa promotion. Une rencontre avec l’artiste a pu lever le voile sur quelques péripéties de sa vie. Lisez plutôt !

Peux-tu te présenter aux lecteurs ?
Dominateur (D) :
Je m’appelle Oumar YABRE, styliste modéliste de formation. Je fais de la couture et autres nombreux métiers comme la tradi-thérapie

Tu viens de dire que tu es aussi tradi-thérapeute, comment as-tu appris cela ?
D :
C’est un don de Dieu qui n’a rien à voir avec les fétiches ni les cauris et le sable. N’importe quelle personne qui se présente devant moi, je sais déjà ses intentions et ce qu’elle cherche. Je peux lire le passé et l’avenir de quelqu’un.

Aujourd’hui tu t’essayes à la musique. Pourquoi cela ?
D :
Je suis orphelin de père et de mère. Dès mon enfance j’étais l’objet de rejet dans la famille. Tout le temps je me retrouvais seul dans un coin et pour supporter ma tristesse, ma solitude, je chantais. Cela me mettait à l’aise. C’est pourquoi j’ai décidé à travers la musique de faire revivre ce message qui est au fond de moi depuis des années. Ce sont des conseils aux frères et sœurs de ne jamais se laisser aller dans le découragement, car tout est possible pourvu que tu crois en Dieu.

Depuis quand as-tu voulu faire de la musique une profession ?
D :
Cela remonte à très longtemps. Mais j’ai pu le concrétiser en 2002 quand j’ai réussi à entrer en studio pour faire sortir un single. J’ai déposé une demande au ministère de la Culture qui m’a donné un coup de main pour réaliser cet album.

Quel thème principal aborde-tu dans cet album de 8 titres ?
D :
J’aborde des thèmes comme la solidarité, le chômage des jeunes, les problèmes d’identité africaine. Dieu a tout donné à l’Africain qui n’a rien à envier aux Occidentaux. Mais nous avons laissé ce qui est la plus précieuse, notre culture, et épousé celle du Blanc.

Quel genre de musique fais-tu ?
D :
C’est un genre propre à moi. Je puise beaucoup dans le traditionnel pour faire du moderne où tout le monde se retrouve. C’est le fond cultuel qu’il ne faut pas laisser tomber comme je le disais, c’est notre plus grande richesse.

Pourquoi avoir pris comme nom d’artiste Dominateur ?
D :
Je viens de vous dire que j’ai eu une enfance difficile. J’ai été gravement malade, sans soutien et sans espoir. C’est alors que j’ai décidé de m’isoler en brousse pour mourir sans que quelqu’un le sache. Dans ma longue marche et très épuisé, je me suis reposé sous un arbre et le sommeil m’a envahi. C’est là qu’une lumière vive est apparue et à travers celle-ci, une voix s’est adressée à moi. Entre autres questions et réponses, mon interlocuteur m’a confié une mission qui est de venir en aide à mon prochain.
Il a dit que je dois dominer le monde par le don de guérison que j’ai. C’est pourquoi j’ai décidé de prendre comme nom d’artiste «Dominateur».

Le nom de baptême de l’album est «l’Avenir» ? Pourquoi ?
D :
«L’Avenir» c’est pour interpeller tout Africain à vivre selon sa culture. L’Afrique c’est le jardin public du Bon Dieu et nous devons le cultiver avec amour. L’avenir du continent réside dans notre capacité de mettre en valeur notre culture.

As-tu eu des difficultés pour la réalisation de cet album ?
D :
Je n’ai jamais eu du soutien malgré toutes les démarches pour rencontrer les bonnes volontés. C’est le ministère de la Culture, après que j’ai adressé une demande, qui m’a autorisé à travailler dans le studio du CENASA. Il se trouve que là aussi, c’est l’artiste lui-même qui supporte les frais de l’arrangement. Du coup je ne pouvais pas. C’est Armand BAYALA à qui j’ai exposé mon problème, qui n’a pas hésité à m’aider. C’est ainsi qu’il m’a proposé de venir dans son studio où il m’a fait gratuitement l’arrangement. Le CENASA a promis de m’aider et jusqu’à présent je suis dans l’attente.

Quand est-ce l’album sera-t-il officiellement sur le marché ?
D :
Je prie le Bon Dieu pour que ça puisse être lancé dans la nouvelle année 2009. Je profite lancer un appel aux bonnes volontés de me venir en aide. Quand l’album va sortir, mon souhait est de récolter des fonds afin de construire un bâtiment qui va servir de cadre pour me permettre de soigner ceux qui souffrent.

Par Issoufou MAIGA


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