L'opinion N°563
Du 23 au 29 juillet 2008

Dossier

Millenium Challenge Account

Impulser la croissance pour assurer le développement

Le président Blaise COMPAORE a signé, le lundi 14 juillet dernier, l’accord du Compact avec les Etats-Unis d’Amérique. D’un montant de plus de 480 millions de dollars, soit 206 milliards de FCFA, la mise en œuvre de ce programme permettra au BF d’impulser sa croissance économique pour lutter contre la pauvreté. Les grands axes du programme ont été expliqués aux journalistes lors du point de presse du gouvernement. A l’occasion, les ministres concernés, qui étaient au pays de l’Oncle Sam avec le chef de l’Etat ont donné des détails.

Chaudes poignées de mains entre les présidents COMPAORE et BUSH, traduisant l’excellence des relations entre les deux pays qui ont conduit à la signature duCompact. (ph. L. BAZIE)
Les écoliers burkinabè grâce à la signature du Compact auront, et des écoles et de la nourriture. Ce qui va leur assurer un bel avenir.

Ils sont fraîchement revenus des Etats-Unis. Dans ce pays, Jean-Baptiste COMPAORE de l’Economie et des Finances, Hippolyte LINGANI des Infrastructures et du Désenclavement, Odile BONKOUNGOU de l’Enseignement de base, Laurent SEDOGO de l’Agriculture ont été des témoins privilégiés de la signature de l’accord. En effet, ce sont ces trois départements qui bénéficieront de la manne américaine à travers les projets qui ont été identifiés comme catalyseurs de la croissance économique. « Nous avons le chèque, mais pas encore l’argent» a lancé le ministre Jean-Baptiste COMPAORE au point de presse.
L’objectif du compact, dont a bénéficié notre pays, est de réduire la pauvreté par la croissance économique en stimulant l’amélioration de la productivité de l’agriculture et l’élevage, l’amélioration et l’accès aux marchés nationaux et internationaux. Pour atteindre ces objectifs, le programme va s’articuler autour d’une stratégie en trois dimensions axées sur la sécurisation foncière, l’aménagement et la gestion du foncier, la compétitivité du marché à travers les investissements dans le réseau routier et les infrastructures marchandes. Pendant les cinq années à venir, le compact sera exécuté à travers des projets de trois départements ministériels.

Des écoles seront construites,
les écoliers mangeront à leur faim…

Photo de famille après la signature du Compact (ph. L. BAZIE)

Comme on le sait déjà, la faim a été pour beaucoup dans l’abandon de l’école de bon nombre de nos enfants dans les villages. Avec le programme, non seulement, les enfants vont manger, mais ils vont en emporter à la maison. Et pour cause, le projet ration à emporter à la maison, vise la fourniture quotidienne de repas au cours des neuf mois que dure l’année scolaire aux 100 enfants attendus dans chacune des 132 bisongos. Le projet fournira également des rations à emporter à la maison mensuellement aux filles présentes dans les classes du CP1 au CE2 au cours de l’année scolaire. A ce sujet, le ministre Odile BONKOUNGOU dira «C’est l’argent que nous attendons maintenant, sinon le dispositif est déjà en place depuis bien longtemps.» Mais au-delà des rations, le programme, dans le secteur de l’éducation scolarisation «BRIGHT2», est d’augmenter le taux de scolarisation chez les filles et la capitalisation sur les résultats positifs du projet burkinabè, «améliorer les chances de réussite des filles», financé par le MCC dont a bénéficié notre pays. La construction et la réhabilitation de forages, le système de captage de l’eau, la normalisation des complexes scolaires du programme BRIGHT2 sont des objectifs qui seront atteints d’ici les cinq ans à venir. En clair, le projet construira un bloc supplémentaire de trois salles de classe dans chacune des 132 localités, soit un total de 396 salles de classe supplémentaires équipements y compris, 396 logements d’enseignant avec des commodités, deux blocs de trois latines soit 792 latrines pour les écoles, des terrains de sport et des installations sportives. Tout cela couplé aux autres activités déjà engagées comme l’alphabétisation des adultes, la gestion des microprojets dans 132 communautés rurales.

Le Sourou sera aménagé, les producteurs auront des crédits…

Les ministres dont les départements sont concernés par le programme ont expliqué aux journalistes, les secteurs d’activités qui bénéficieront de la manne américaine.
D’ici la fin du programme 271 km de routes seront bitumés,
151 km de pistes rurales seront réalisées…

La maîtrise de l’eau, l’intensification de la production et son écoulement, la contrainte de la terre liée à la question du foncier sont les trois axes qui seront touchés par les dollars américains. «Nous projetons un aménagement à Di dans la vallée du Sourou à hauteur de 2033 ha, dans la Comoé, la gestion intégrée de l’eau sera une préoccupation qui trouvera également une solution. L’accès aux crédits aux agriculteurs sera une réalité puisque 61 milliards de FCFA sont destinés à les aider à avoir des crédits pour travailler…». A soutenu Laurent SEDOGO. Et ce n’est pas tout. Un crédit à moyen et long-termes sera octroyé aux producteurs de quatre régions de notre pays, à savoir le Sud-Ouest, les Hauts-Bassins, les Cascades, et la Boucle du Mouhoun. Dans le domaine du foncier, plus de 25 milliards de FCFA seront injectés pour soutenir les efforts déployés par le gouvernement pour développer et mettre en œuvre une législation foncière rurale améliorée. Ce qui doit se traduire par un appui à la finalisation de la future loi foncière rurale et à l’amélioration des textes d’application et bien d’autres volets comme les interventions foncières. Un volet lié à des sites spécifiques et qui vise l’amélioration de la gestion du foncier dans les communes rurales. Il s’agira d’appuyer les communes à la résolution des conflits fonciers et faciliter l’enregistrement des droits en vue de favoriser l’investissement et des utilisations foncières plus productives. A ce niveau, 47 communes ont été sélectionnées. Résultat attendu, accroissement de la production dans l’ordre de 15000 tonnes au niveau des cultures vivrières, et 30 000 tonnes dans les cultures maraîchères.

Des pistes rurales et des bitumes pour booster la production agricole

…tout cela dans l’optique de faciliter l’écoulement de la production agricole pour booster la croissance économique.

La manne américaine nous donne au bas mot, 271 km de routes bitumées et 151 Kms de pistes rurales. Ce n’est pas rien. Mieux «Le programme met en place pour le Burkina, un fonds incitatif d’entretien pour nos routes. Un fonds qui va nous permettre d’entretenir 4031 Km de routes qui ont subi un retard dans leur entretien.» A insisté Hippolyte LINGANI. Pour qui connaît ce que coûte au budget de l’Etat l’entretien de nos routes, comprend bien l’insistance du ministre LINGANI. Et pour cause, les routes en terre doivent être entretenues tous les cinq ans et les bitumées tous les 7 ans. Mais hélas faute de moyens elles finissent le plus souvent à se dégrader sans aucun entretien. Les 13 milliards qui sont destinés à cet effet sont donc un ouf de soulagement pour le département des Infrastructures et du Désenclavement. Que les populations de Dédougou, de Nouna, frontière du Mali se réjouissent, le MCA construira 145Km de voies bitumées. Il en sera de même pour les 76 Km qui relient Sabou, Koudougou, Didyr, de même que Banfora-Sindou longues de 50 Km. Les provinces de la Léraba, de la Comoé et du Kénédougou bénéficieront quant à elles des 151Km de pistes rurales qui sont prévues.

Les projets en chiffres
Le compact du Burkina sera exécuté à travers quatre projets que sont :

1- Le projet «Sécurisation foncière» d’un montant de $ US 59 934 615 soit 12% du financement du compact
2- Le projet «Développement de l’agriculture», d’un montant de$US 141 910 059 soit 29,51%
3- Le projet «Désenclavement «d’un montant de $US 194 130 681 soit 41% du financement
4- Le projet «Scolarisation BRIGHT2» d’un montant de $US 28 829 660 soit 5,99% du compact.

Source : MCA

Les journalistes de la presse nationale et internationale n’ont pas été avares en questions

Mais comment chaqueBurkinabè pourra sentir les effets, de cette manne ?
C’est la question que se pose chaque Burkinabè à chaque fois que les gouvernants signent des accords de ce genre. Cette rhétorique «chaque fois on les voit signer pour prendre des milliards mais on ne voit jamais quoi que ce soit au bout du compte», on l’entend presque chaque jour de la part des citoyens. Mais pour le ministre Jean-Batiste COMPAORE, «le Burkina fait des efforts. Depuis 2003, notre pays a doublé son PIB/ hbt. Mais comment chaque individu doit percevoir cela ? Avant pour vous rendre à Léo, il fallait mettre 5heures. Aujourd’hui, en 1heure 30mn, vous faites le trajet. Pourquoi ? Parce que le tronçon est bitumé.» Pour M Bissiri SIRIMA, «l’on ne doit pas perdre de vue que l’appui du MCA vise avant tout l’atteinte des Objectifs du millénaire pour le développement.» A ce titre donc, tous les projets qui ont été identifiés et qui vont bénéficier des financements répondent à une question fondamentale : celle de la rentabilité économique. Pour lui, «que ce soit les routes, les provinces, les villes etc., les secteurs de l’agriculture, qui vont être financés le sont parce que leur rentabilité économique ne souffre d’aucun commentaire».
Et comme on le sait, sans rentabilité économique, point de croissance économique, pourtant nécessaire pour impulser le développement. L’ambition du MCA, c’est de réaliser à 100%, sinon plus, le travail sur le terrain. C’est pourquoi dès le début du processus, tous les acteurs à la base ont été impliqués dans l’élaboration du schéma. Après la date mémorable du 14 juillet, l’heure est à la mise en œuvre de façon concrète du programme. Chaque Burkinabè doit se sentir concerné afin que l’aventure commencée, depuis 2005 connaisse un aboutissement qui porte des fruits.

Prime à la bonne gouvernance

Le 14 juillet 2008 à Washington, Blaise COMPAORE a procédé à la signature du programme du Millenium Challenge Corporation (MCC) en faveur du Burkina Faso. Retour sur un acte qui va permettre au pays des Hommes Intègres de s’attaquer efficacement à la pauvreté.

Le président du Faso et la Secrétaire d’Etat Condoleeza RICE

Le programme du MCC en faveur du Burkina Faso recouvre les secteurs prioritaires que sont l’agriculture, l’éducation, le désenclavement et la sécurisation foncière. Des secteurs-clés dans le développement d’un pays comme le Burkina Faso notamment l’agriculture qui concerne plus de 80% de la population.
L’ambition ici est de faire de l’agriculture une activité quasi-permanente par une meilleure maîtrise de l’eau. Une ambition vers la construction de la souveraineté alimentaire qui passe par la réduction de la prédominance actuelle de l’agriculture pluviale au profit de l’agriculture irriguée. Quant au projet sur la sécurisation foncière, il vient compléter celui sur l’agriculture, car, il y a un réel problème de propriété de la terre donc une réticence de certains à s’investir dans son exploitation. Le règlement de cette question fera passer la terre de son statut actuel de capital passif à celui de capital actif favorisant d’importants investissements. Le volet désenclavement lui est pertinent, la qualité des infrastructures routières accroissant les échange, accelerant la croissance et contribuant à la lutte contre la pauvreté. Enfin, le quatrième projet se rapporte à la promotion de l’éducation de la petite fille. Cette discrimination positive participe du renforcement de l’équité sociale et du rôle de la femme comme vecteur du bien-être social.
Un accord «d’une importance vitale» (dixit Blaise COMPAORE) plus encore dans un contexte marqué par une crise alimentaire mondiale qui interpelle les pays africains sur les choix d’investissements à faire en vue d’assurer durablement la sécurité alimentaire de leurs populations. De tout cela, grâce à un programme innovant, le MCC qui est une véritable révolution de l’aide publique au développement des Etats-Unis. Ayant pour objectif de réduire la pauvreté en favorisant la croissance économique, le MCC privilégie les pays qui font preuve de bonne gouvernance, favorisent la libre économie et prennent soin de leurs populations. L’accent est mis sur les investissements qui améliorent le potentiel productif des citoyens et des entreprises du pays et aident celui-ci à s’intégrer dans l’économie mondiale et sur les marchés de capitaux. Les données de départ permettent de mesurer les progrès accomplis et, il est prévu une révision à mi-parcours. Toutes les évaluations sont rendues publiques tant aux Etats-Unis que dans le pays bénéficiaire.
Les financements de tout ou partie du contrat pourront être diminués ou supprimés si les normes financières et les comptes rendus ne sont pas respectés ou si les indicateurs spécifiques ne sont pas atteints. Il n’y a pas de risque que cela arrive au Burkina, Blaise COMPAORE ayant, à la signature du contrat, donné l’assurance que le cap de la gouvernance sera maintenu. Il faut dire que ce nouveau programme annoncé par le président BUSH repose sur des principes clairs et présente des aspects séduisants en ce qu’il intègre en grande partie, les résultats des dernières réflexions en matière de développement. En étant admis à cette école de bonne gouvernance, le Burkina démontre que des efforts sont faits pour l’amélioration du bien-être économique et social de ses populations.
C’est donc une prime au développement solidaire cher au président COMPAORE.

L'élaboration du programme

Bissiri HEMA, coordinateur national du MCA

Le lundi 26 mai 2008, le Conseil des ministres extraordinaire présidé par le premier ministre Tertius ZONGO a examiné et adopté un rapport relatif au Programme de coopération Burkina Faso–Etats-Unis d'Amérique à travers le Millénium Challenge Account (MCA).
Dans le cadre de la Coopération bilatérale entre le Burkina Faso et les Etats-Unis d'Amérique, notre pays est éligible aux fonds « Millennium Challenge Account » (MCA). Le Burkina Faso a de ce fait soumis une proposition dénommée « Compact du Burkina Faso » visant à réduire la pauvreté à travers la croissance économique. Cette proposition a fait l'objet d'une Mission d'Evaluation du Millennium Challenge Corporation (MCC). Afin de favoriser les négociations et la signature du Compact, le MCC en accord avec le Gouvernement, a entrepris de subventionner diverses activités préalables, à travers un accord de subvention dénommé « Accord de subvention et d'exécution relatif à l'élaboration du Compact » N° GR 07 BF A 08001 conclu le 22 novembre 2007. Suite à ces missions d'évaluation, des négociations techniques ont eu lieu en mars 2008 suivies des négociations proprement dites du Compact du 12 au 16 mai 2008 menée par une délégation conduite par le ministre de l'Economie et des finances accompagné des ministres des Infrastructures, de l'Agriculture et d'une équipe technique. Le Compact prévoit le financement d'actions relatives à :
• l'amélioration de la sécurisation et de la gestion foncière ;
l'augmentation du volume et de l'amélioration de la production agricole dans les zones du projet ;
• la facilitation de l'accès aux marchés à travers des investissements sur le réseau routier ;
• l'accroissement du taux de scolarisation au primaire des jeunes filles. Le coût global des activités est estimé à quatre cent quatre vingt millions neuf cent quarante trois mille cinq cent soixante neuf (480 943 569) dollars US sous forme de don.
Au regard des enjeux pour notre pays, ainsi que de l'importance des projets à financer par le Compact, le conseil a adopté le projet d'Accord du Compact et marqué son accord pour sa signature prochaine..

Quand l'humilité paie !

“Vous êtes un constructeur de paix en Afrique et dans le monde". Sortant de la bouche du dirigeant de la première puissance mondiale, cette phrase adressée à Blaise Compaoré lors de leur tête-à-tête à la Maison-Blanche, plus qu'un compliment, est un hommage mérité à l'œuvre d'un homme dont les efforts ont fini par être reconnus par tous.
Un hommage qui aurait pu griser n'importe qui mais qui a laissé Blaise Compaoré tel qu'en lui- même pour en réponse, demander à son homologue américain de redoubler d'effort dans ses "initiatives fortes" en faveur du traitement diligent de la dette africaine et du renforcement de l'aide au développement. Humble aussi bien dans le succès que dans l'infortune, le président du Faso a su le rester, lui qui, il n'y a guère longtemps, "ramassait des casquettes" de certains de ses amis d'aujourd'hui. Avec l'Amérique particulièrement, on a frôlé la catastrophe entre procès d'intention, fausses-vraies accusations et volonté d'en "finir" avec le "trublion" de l'Ouest africain. Un trublion (?) préoccupé en fait par l'avènement d'une démocratie véritable sur le continent avec comme corollaire, le développement de l'Afrique. Sur le dossier libérien qui a fait tant de gorges chaudes, faut-il rappeler que le Burkina Faso a soutenu Charles Taylor parce qu'il était persuadé que celui-ci débarrasserait son pays de la dictature de Samuel Doe ?
Dès lors que Taylor a commencé à se laisser enivrer par les effluves du trône, le pays des Hommes intègres s'est démarqué de lui, non sans l'avoir condamné. Aujourd'hui blanchi de toutes accusations par l'ONU, le Burkina en est à débarrasser la Mano River (région Guinée-Sierra Léone-Libéria) de ses miasmes avec son intermédiation réussie en Sierra-Léone et ses efforts pour ramener la paix civile et politique en Guinée.
Blaise Compaoré récolte donc les fruits de cette constance et de cette cohérence dans la pensée et l'action, lui qui a été "instamment" prié par George Bush de s'impliquer dans le règlement de la crise politico-sociale zimbabwéenne.
Aussi, Bush a indiqué à Compaoré qu'il suivait l'évolution de la situation au Darfour, ce qui est un adoubement de la nomination de Djibrill Bassolé, comme médiateur conjoint UA/ONU dans la région. En indiquant qu'il y a "des besoins pressants de démocratie et de stabilité en Afrique" notamment au Darfour où la situation commence à être "pesante", Blaise Compaoré montre sa volonté de poursuivre son œuvre de "faiseur de paix". Et il sera d'autant plus efficace que l'administration américaine est désormais à ses côtés. Un voyage "tout bénéfice" donc pour le Burkina Faso et au-delà, pour l'Afrique.
B.S.
Extrait du Sidwaya n° 6220

Tertius ZONGO, Ambassadeur du Burkina aux USA (archives)
“…Nous avons souvent raison avant les faits”

Lorsqu’à l’occasion de la 59e session des Nations unies en septembre 2004 nous demandions à Tertius ZONGO, alors ambassadeur du Burkina Faso aux Etats-Unis d’Amérique, s’il y avait une raison à ce que le président du Faso n’y soit pas encore venu en visite officielle, nous ne pouvions nous imaginer qu’il nous avait donné une réponse prémonitoire. Aujourd’hui, nous réalisons pleinement la justesse de ses propos avec la visite d’Etat de Blaise COMPAORE du 13 au 16 juillet 2008 au pays de l’Oncle Sam. Aussi pensons-nous nécessaire de reprendre pour vous l’interview réalisée avec lui et publiée dans notre édition n°367 du 13 au 19 octobre 2004.

A tout seigneur, tout honneur. L’occasion de la 59e session de l’Assemblée générale des Nations unies nous a permis de rencontrer l’ambassadeur du Burkina aux Etats-Unis basé à Washington : Son Excellence M. Tertus ZONGO. Dans l’entretien qui suit, il nous parle des relations diplomatiques de nos deux pays, de la situation des Burkinabè vivant dans ce pays, de l’institution qu’il dirige. Lisez plutôt.

Excellence M. l’Ambassadeur selon une certaine opinion, entre le Burkina Faso et les Etats-Unis les relations ne seraient pas bonnes, même si la situation se serait quelque peu améliorée depuis un certain temps. Quelle réponse donnez-vous à cette critique ?
S E M. Tertus ZONGO :
Non ! je crois que cette appréciation provient de gens qui soit ne sont pas au fait de l’évolution des choses, soit exigent la perfection , ce qui n’est pas de ce monde. Dans l’un ou l’autre cas, il ne faut toutefois pas en conclure qu’ils sont forcément de mauvaise foi. Pour ceux qui auraient souhaité qu’on soit au top du hit-parade des pays en relations avec les Etats-Unis, nous disons tout simplement oui, il y a des efforts à faire. En dehors de cela on peut objectivement dire, et les faits l’attestent clairement entre le Burkina Faso et les Etats-Unis, il n’y a aucun nuage. Le ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères a récemment eu un long entretien avec le Sous-Secrétaire d’Etat américain chargé des Affaires africaines et cela nous a pris deux fois plus de temps que prévu. Honnêtement les choses sont au beau fixe entre nos deux pays qui ont de multiples convergences de vue dans leur quête pour plus de paix dans le monde.

Néanmoins le Président du Faso n’est pas encore venu en visite officielle aux Etats-Unis. Y a-t-il une raison à cela?
S E M. T.Z :
Non, je crois qu’il faut, sans doute, situer les choses dans leur évolution. Ce n’est que ces derniers temps que nous avons pu réellement échanger et, sans doute, nous comprendre. Vous connaissez un peu le Burkina ; quelquefois nous avons raison avant les faits de sorte que nous sommes souvent en porte-à-faux avec les autres pendant ces périodes ; ensuite, il y a notre abnégation puisque convaincus de la justesse de nos vues nous leur restons fidèles et le président ne manque pas de les défendre partout où cela est nécessaire ; et enfin, il y a naturellement notre culture, qui recommande un peu trop la modestie et qui fait que nous n’aimons pas nous mettre en valeur. Aujourd’hui, beaucoup de choses montrent que par rapport à des faits sur lesquels on avait pensé que nous faisions fausse piste, on s’est rendu compte par la suite que nous avions raison. Ce sont là, à mon avis, les principaux facteurs pouvant expliquer la tiédeur passée de nos relations avec principalement les Etats-Unis. Je crois que c’est un élément important, et qui justifie beaucoup de choses. Mais l’essentiel est qu’on finit par reconnaître notre bonne foi et notre perspicacité. Pour ce qui est de la visite d’Etat, il faut qu’elle serve à quelque chose, on ne la fait pas juste pour inaugurer les chrysanthèmes et se faire voir. Je crois qu’il y a beaucoup de chefs d’Etat que je ne nommerai pas qui ont un plaisir à s’exposer en photo avec le président américain ; certes ce n’est pas une mauvaise chose ; mais vous conviendrez avec moi que notre président n’est pas de ce genre et ne tirera aucun plaisir particulier à une telle exhibition .Cela dit depuis ces quelques temps, sur beaucoup de questions nous sommes en concertation très étroites avec les Etats-Unis et certainement que n’eût été la période de campagne électorale qui absorbe les uns et les autres ici, je crois qu’on aurait pu voir le président du Faso effectuer une visite officielle ici aux Etats-Unis. Mais attendons de voir.

Excellence, qu’est-ce qu’un pays comme le Burkina Faso peut trouver dans la plus grande puissance du monde, les Etats-Unis ?
S E M. TZ :
La première chose pour moi, pour ce qui est de la coopération avec les Etats-Unis, c’est un échange d’expériences et puis voir comment il faut être organisé car le développement et les résultats dans tous les secteurs économiques ne peuvent venir que de l’organisation. Si vous avez pu échanger avec des Burkinabè qui sont ici, ils vous diront deux choses importantes qui leur sautent aux yeux ici : il y a une organisation extraordinaire et deuxièmement, leur confiance et leur patriotisme frisent quelquefois le fanatisme et poussent même les gens à travailler plus de raison et à aimer leur pays. Au Burkina, je ne veux pas dire que les gens n’aiment pas leur pays, mais certains comportements, laissent à désirer et n’honorent pas leurs auteurs et même le pays. Vous ne verrez pas un Américain avoir ce genre de comportement et tant que vous n’avez pas ce genre de comportement et que vous aimez votre pays, vous cherchez à être excellent. Vous savez que vous travaillez pour un pays que vous aimez. C’est le cas aux Etats-Unis ici le travail se fait avec enthousiasme, la plus grande technicité, et avec dévouement. Ces valeurs font que l’homme devient un outil essentiel de production de richesses. Quand l’homme n’est pas dans un environnement organisé, quand lui-même n’a pas conscience que le peu qu’il apporte comme travail, participe à l’édification de la nation, tous les efforts sont vains. Je crois que ces qualités humaines, on les trouve aux Etats-Unis. Et pour moi, cela est plus important que tout ce que nous pouvons avoir comme financement, en aides matérielles avec la coopération. Je crois que les Burkinabè sont des gens qui si on éveille leur conscience, s’ils voient qu’ils peuvent aller un peu au-delà de ce qu’ils font, peuvent eux-mêmes changer de comportement et être plus productifs. Ils peuvent parfaitement intégrer cette notion de patriotisme dans leur vécu quotidien et apporter ce petit plus qui les élèverait au-dessus des contingences matérielles et des actes contre l’intérêt national….

Erratum

Des coquilles ont quelque peu dénaturé une partie de l’éditorial de notre livraison de la semaine dernière. Nous nous en excusons. Compte tenu de l’importance du sujet et de vos nombreuses réations, nous reprenons ci-dessous cette partie avec les corrections nécessaires.

…Tenez, pour preuves de leurs accusations contre Blaise COMPAORE, il est cité l’ouvrage de Vincent OUATTARA, «L’ère COMPAORE : crimes, politique et gestion du pouvoir» et l’article titré «COMPAORE chef de l’Etat ou chef de la mafia» du bimensuel Afrique Education du 1er au 15 mars 2007. Avouons que si ces organisations voulaient de fausses informations ou en tout cas tendancieuses et uniquement à charge, elles ne pouvaient pas mieux choisir leurs sources. L’OCRGDF leur en administrera la preuve formelle, puisqu’au bout de ses six mois d’investigations minutieuses, il ne relèvera aucun fait, ni aucun début d’éléments contre Blaise COMPAORE. Je vois d’ici, l’autre lancer un regard en coulisse vers les «deux biens immobiliers à titre personnel dans le 16e arrondissement» que ferait ressortir la déclaration d’impôt sur la fortune de Chantal COMPAORE. Eh bien, il n’y a pas un chat à fouetter comme le laisse voir l’OCRGDF puisque non seulement leurs modes d’acquisition et de gestion sont transparentes, mais en plus ils n’ont aucun lien avec son président de mari. Faut-il le rappeler, Chantal est née Franco-ivoirienne de la famille de Henri TERRASSON de FOUGERES qui fut Gouverneur du Soudan français (de 1921 à son décès à la suite d’un accident en France en 1931). Ce n’est quand même pas rien ! Il faut vraiment être d’un simplisme particulièrement démesuré pour faire de ces deux biens immobiliers la preuve du pillage du trésor public burkinabè pour enrichir le président.
C’est dire si dans cette affaire Blaise COMPAORE est visé mais nullement concerné par les allégations d’individus mal intentionnés qu’il pourrait valablement inviter de s’expliquer devant les tribunaux pour dénonciation calomnieuse. A titre d’exemple, le président français SARKOZY n’a pas plus été mis en cause avec l’affaire Clearstream, mais il n’en a pas moins appelé la justice à trancher ; et des gens continuent d’en baver.
Si on peut comprendre, sans pour autant l’admettre, que les auteurs de la première plainte, se soient laissés aller à des accusations sans fondement, on ne peut pas comprendre que Transparency International (France) reprenne les mêmes bêtises en dépit du rapport de police qui met Blaise COMPAORE hors de cause. C’est vrai que pour la recherche du sensationnel, certaines organisations ne s’embarrassent ni des formes, ni du fond, mais on pensait Transparency International au-dessus de tout soupçon de corruption même intellectuelle. Fort heureusement, il y a des personnalités dans l’Hexagone qui s’élèvent au-dessus de la boue à l’image du député PS membre de la Commission des affaires étrangères, François LONCLE, qui déclarait sur les antennes de la Voix de l’Amérique, que la présomption d’innocence doit prévaloir et que le président COMPAORE, «qui a toujours eu une attitude beaucoup plus claire», ne saurait être classé dans la même catégorie que les autres mis en cause. Par ailleurs, dans une interview qu’il a accordée à Marwane Ben YAHMED de Jeune Afrique l’Intelligent, le 7 octobre 2007 et à la question «Possédez-vous des biens en France», Blaise COMPAORE a répondu avec la franchise qu’on lui connaît : «Je n’y ai jamais vu d’intérêt particulier, donc non. Maintenant je ne vois pas en quoi, cela serait gênant. Un de vos confrères a écrit dans un livre que je possédais une propriété à la Celle-Saint-Cloud. Eh bien, cette maison appartient à l’Etat burkinabè depuis l’indépendance ! On peut tout dire, tout écrire… On a même dit que l’avion présidentiel m’appartenait ! Soyons sérieux…» La leçon est valable pour Transparency International (France) qui devrait davantage privilégier ses idéaux au spectacle.

Par Cheick AHMED
cheickahmed001@yahoo.fr

Avis aux lecteurs

Chers lecteurs,
Dans notre prochaine édition, nous vous proposerons un grand entretien que le ministre de l’Habitat et de l’Urbanisme, M. Vincent DABILGOU a bien voulu nous accorder. La politique de l’habitat au Burkina Faso, les problèmes liés à l’urbanisation, le projet 10 000 logements, la Banque de l’Habitat, etc, autant de points sur lesquels nous avons échangé sans détours avec monsieur le ministre.

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