L'opinion N°564
Du 30 juillet au 05 Août 2008

Dossier

Réconciliation et réunification en Côte d’Ivoire un an après

Les élections comme boussole de la paix

Le 30 juillet 2007 était allumée la flamme de la paix à Bouaké. Flamme qui a brûlé les armes et symbolisé la fin de la guerre et la réunification du pays. Un an après, le 30 juillet 2008, jour pour jour, les Ivoiriens se sont retrouvés, encore à Bouaké, toujours dans le même stade pour commémorer l’évènement par une cérémonie para-œcuménique. Le président Blaise COMPAORE, facilitateur dans le processus de sortie de crise en Côte d’Ivoire, y était. Par sa présence à cet anniversaire, quelques heures seulement après la visite d’Etat de Laurent GBAGBO à Ouagadougou, le président du Faso tenait à montrer son engagement à travailler à ce que la paix soit une réalité en Côte d’Ivoire.

Blaise COMPAORE à sa descente d’avion à Bouaké, a été accueilli par le président ivoirien Laurent GBAGBO
Blaise COMPAORE et Laurent GBAGBO ont pris un bain de foule avant de
se retrouver au salon d’honneu
r.
C’est à l’initiative du forum des confessions religieuses que la cérémonie para-œucuminique a été célébrée le 30 juillet 2008 au stade de Bouaké rebaptisé “stade de la paix”

Comme au matin du 30 juillet 2007, le stade de Bouaké était plein. Comme il y a un an, Ivoiriens et Ivoiriennes ont cessé toute activité pour venir au stade et témoigner par leur présence, leur attachement à la paix. Il y a un an c’était les armes qui ont servi à tuer qui ont été brûlées pour symboliser le nouvel état d’esprit qui s’est installé réunissant tous les fils et filles de la Côte d’Ivoire. Le 30 juillet 2008, autour de la flamme de la paix, les Ivoiriens du Nord comme du Sud, de l’Est à l’Ouest en passant par le Centre, Ivoiriens d’en bas comme ceux d’en haut ont invoqué Dieu, sans distinction de religion, d’appartenance politique…

La flamme de la paix a fait le tour du stade sous les applaudissements des populations

La paix, la quête de tous les Ivoiriens
«Paix» à toi Côte d’Ivoire, paix dans tes villes, paix dans tes campagnes. Paix dans les cœurs. Tout arrive en son temps, il y a un temps pour tout. Un temps pour aimer, un temps pour haïr, un temps pour faire la guerre, un temps pour faire la paix…». Ce sont là des mots de l’hymne de la paix chanté par la chorale notre Dame du Mont Carmen qui traduisent le désir de tout un pays. «Il y a un temps pour faire la guerre, un temps pour faire la paix. Aujourd’hui, c’est le temps du recueillement, c’est aussi le temps de la prière. La Côte d’Ivoire est aussi bâtie à l’image des œuvres des hommes, et ne peut échapper à sa destinée. Bienheureux sommes nous, que Dieu ait ouvert les yeux aux protagonistes sur la vanité de la querelle, permettant ainsi la restauration de la paix.» Dira Guillaume SORO, Premier ministre de Côte d’Ivoire, avant d’ajouter : «…il est juste de marquer un temps d’arrêt, dans la vie de notre nation, pour rendre grâce à Dieu. Cette messe para-œcuménique que nos dignitaires religieux ont accepté d’organiser et de diriger est chargée de force et de symboles. Il nous faut prier pour que Dieu nous réinculque le dialogue vertueux, nous devons réapprendre à parler. Car seul par le dialogue, et dans le dialogue, nous trouverons les solutions appropriées, face aux préoccupations des uns, et aux problèmes des autres, il nous faut parler, il nous faut dialoguer.» Et pour un recueillement, c’en était une. Musulmans, chrétiens catholiques et protestants, etc. ont invoqué Dieu pour que la grâce de sa paix descende en abondance sur la Côte d’Ivoire. Tout a commencé par la procession de la flamme. Des mains du préfet de la région de Bandama, elle a été transmise à l’évangéliste Most Senior Etienne KOUADIO qui la passa ensuite à Cheick Boakary FOFANA, représentant la communauté musulmane. Puis ce fut au tour du représentant de l’église catholique. C’est à petit pas que la flamme de la paix fera le tour du stade sous les acclamations des populations.

Le rassemblement des Houphouetistes a été représenté au plus haut niveau par Alassane Dramane OUATTARA (RDR) et Henry Konan BEDIE (PDCI-RDA)…

Les élections comme boussole de la paix véritable
Les élections de novembre prochain seront le véritable baromètre du retour véritable de la paix en Côte d’Ivoire. Tous les yeux sont tournés vers cette étape et la journée de recueillement du 30 juillet 2008 a été un temps fort pour que les acteurs s’interpellent. C’est le Premier ministre ivoirien qui ouvrira le bal des exhortations. «Au moment où les Ivoiriens croulent et croupissent sous le poids de la crise, et n’en finissent pas de souhaiter des lendemains meilleurs, les hommes politiques doivent réapprendre à se parler. Oui hommes politiques de Côte d’Ivoire, parlons nous sans crainte. M. BEDIE, parlez à M. GBAGBO, M. GBAGBO, parlez avec M. Alassane Dramane OUATTARA, moi aussi je parlerai avec M. Seydou DIARRA. Transcendons nos orgueils, voyons l’intérêt supérieur de la nation. Chers dignitaires religieux, impliquez-vous pour que la classe politique ivoirienne accepte de se parler franchement, sincèrement car le déficit de communication peut conduire à la catastrophe.» Les religieux quant à eux, mettront l’accent sur la sensibilisation des hommes politiques. «Adoptez un comportement de paix et acceptez le verdict des urnes car toutes autorités procède de Dieu».

Les Chefs coutumiers de Zambakro ont imploré les ancètres afin que la cérémonie se déroule bien

Blaise COMPAORE et le couple présidentiel ivoirien posant avec les officiers de la 38è promotion de l’Ecole des Forces Armées de Côte d’Ivoire (EFA-CI)

Lancera l’évangéliste Most Senior Etienne KOUADIO. «Je demande aux acteurs politiques de nous permettre de goutter et de vivre la paix avant, pendant et après les élections. Nous demandons un engagement renouvelé à la classe politique tout entière et à la jeunesse de se mettre en ordre de bataille pour la paix ». Tel est le vœu de Cheick Boakary FOFANA. Mgr Marie Daniel DADIET, Evêque de Korogho, lui, cite une parole biblique : Philippiens 4 versets 6 et 7 : «Ne vous inquiétez de rien ; mais en toute chose, faites connaître vos besoins à Dieu par des prières et des supplications avec des actions de grâces. Et la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, gardera vos cœurs et vos pensées en Jésus Christ…». Le président GBAGBO lui est plus explicite : «Voici un an que nous nous sommes rassemblés ici pour la flamme de la paix. Un an après, le bilan est positif, parce que nous sommes aux portes des élections. Ho ! Mais avec les élections tout ne sera pas guéri. Toutes les plaies ne seront pas cicatrisées, mais il faut une norme à tout. Et l’élection est la norme que nous nous sommes assignés, nous et tous nos amis de la communauté internationale, comme étant le point de la paix. Après, nous continuerons de parler pour que la paix advienne. Je souhaite qu’on ait cette élection le 30 novembre, parce qu’il faut faire les élections pour passer à autres choses. La Côte d’Ivoire ne peut pas vivre uniquement dans l’attente de la paix, il faut que la Côte d’Ivoire s’attaque à son développement. Je rends grâce à Dieu de nous avoir fait passer d’une étape de guerre à une étape de paix».

A l’image des deux chefs d’Etat major des armées, Gle Philippe MANGOU (gh) des FANCI et le Gle Soumaïla BAKAYOKO des (FAFN). La Côte d’Ivoire semble retrouver l’unité au sein de son armée.

Ils étaient tous là
«La paix, ce n’est pas un mot mais un comportement», disait le président Houphouët BOIGNY. Et ce comportement, tous les acteurs de la crise l’ont eu à ce premier anniversaire de la réconciliation et de la réunification. En effet, si les leaders politiques de l’opposition ivoirienne n’étaient pas au rendez-vous du 30 juillet 2007, à celui de 2008, le président GBAGBO tenait personnellement à voir les grands caciques comme Alassane Dramane OUATTARA du RDR, et Henry Konan BEDIE du PDCI/RDA, tous deux du rassemblement des houphouëtistes, rehausser de leur présence la cérémonie. Et ils ont effectivement fait le déplacement de Bouaké pour exprimer, par leur présence effective, leur engagement à accompagner, par leur comportement, leur pays vers la paix, seul gage pour son développement.
«Pour notre pays, c’est le temps de la paix. Pour notre patrie, c’est le temps de la paix, pour notre nation c’est le temps de la paix. Pour ceux qui désespèrent, c’est le temps de l’espoir, pour tous les divisés, c’est le temps de l’unité, pour ceux qui ont le doute, c’est le temps de la foi, pour ceux qui vivent dans l’erreur, c’est le temps de la vérité. Pour ceux qui sont tristes, c’est le temps de la joie, pour tous ceux qui sont dans les ténèbres, c’est le temps de la lumière.
Paix du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest en passant par le Centre, la paix, la paix dans les cœurs.» De belles paroles de la chorale Notre Dame du Mont Carmen qui ont réchauffé le cœur de plus d’un Ivoirien. L’espoir d’une paix est donc permis en Côte d’Ivoire.
par Frédéric ILBOUDO

Ecole des Forces Armées de ZAMBAKRO
La promotion Blaise COMPAORE prête à servir

 

De Bouaké où il a participé au premier anniversaire de la flamme de la paix, Blaise COMPAORE s’est rendu à YAMOUSSOUKRO pour la sortie de la 38ème promotion de l’Ecole des Forces armées de ZAMBAKRO qui porte d’ailleurs son nom. C’était lors d’une cérémonie riche en couleurs et réglée au millimètre près comme seuls savent le faire les militaires.

Remise d’épaulettes aux jeunes promus par le président Blaise COMPAORE dont la promotion porte son nom.

ZAMBAKRO, village situé à 15 Km de Yamoussoukro abrite la base de l’Ecole des Forces Armées. En ce matin du 31 juillet, sortait, pour la 38ème fois, une cuvée. Après deux ans de formation, les jeunes officiers recevaient leurs épaulettes de sous-lieutenant. Des officiers qui avaient choisi comme nom de baptême : «Promotion Blaise COMPAORE» et comme parrain M. Victor EKRA, conseiller à la présidence ivoirienne. Blaise COMPAORE a été choisi pour son combat pour la paix et le développement du continent africain mais aussi et surtout pour son engagement aux côtés des Ivoiriens pour une sortie de crise. Faisant ainsi du président du Faso, le 3ème chef d’Etat dont le nom est porté par une promotion de cette école après les présidents Egnassingbé Eyadema du TOGO, et Tabo M’BEKI de l’Afrique du Sud. 103 jeunes officiers recevaient des mains des présidents ivoiriens et burkinabè, leurs épaulettes de sous-lieutenant la fin de leur formation académique entamée, le 11 octobre 2006. Les cent trois élèves avaient en leur sein, quatre officiers guinéens, et deux stagiaires féminins.

Le président du Faso remettant les épaulette à une des deux filles promues sous-Lieutenant

Nom de baptême, Laurent GBABGO marraine Simone GBAGBO
Avant cette étape de la remise des épaulettes, on a imploré les ancêtres par une cérémonie de libation pour que l’évènement se déroule dans la quiétude. Et ce sont les responsables coutumiers de ZAMBAKRO qui ont sacrifié à ce rituel devant les Président GBAGBO et COMPAORE non sans poser une doléance au président ivoirien. «Nous manquons d’un centre de soin de santé monsieur le président. Aidez nous» Une doléance qui n’est pas tombée dans l’oreille de sourd surtout que bientôt la campagne pour la présidentielle va commencer. Avant que la promotion «Blaise COMPORE» ne transmette le flambeau de l’école à la promotion rentrante, celle-ci devait se choisir un nom de baptême et un parrain. Les 121 élèves officiers dont 4 guinéens et 2 maliens, ont choisi de prendre comme nom de baptême «promotion Laurent GBAGBO» et comme marraine la première dame Simone EHIVET GBAGBO qui pour l’occasion a effectué le déplacement de ZAMBAKRO. A l’endroit des élèves de la 39ème promotion, le ministre de la Défense Michel AMANI les a exhortés à s’inscrire à l’école du président GBAGBO dont il porte le nom. «Au moment où nous partons, c’est à vous de prendre le flambeau. Symbole de notre tradition. Faites en sorte que ce flambeau ne s’éteigne jamais et ne perde de sa lueur, car si jamais elle s’éteint, nous reviendrons vers vous et…». A lancé le sous-lieutenant Siaka KONE cadet de la promotion «Blaise COMPAORE au moment où il le remettait à celle entrante «Laurent GBAGBO». Pour leur part, les filleuls de Mme GBAGBO ont juré de servir la nation ivoirienne avec loyauté et dévouement. Pour la petite histoire, l’Ecole des Forces Armées (EFA) a été créée en 1961. Implantée sur le site de la base aérienne de Bouaké, elle fut inaugurée le 15 janvier 1963 par feu Félix Houphouët BOIGNY. Elle accueille la même année, la première promotion. De 1963 à ce jour, c’est 1318 officiers qui ont été formés à l’EFA soit 883 Ivoiriens, et 434 officiers étrangers en provenance de 11 pays dont le Burkina Faso.

Par Frédéric ILBOUDO

Dans les coulisses du voyage

L’effet ADO
A Bouaké, le nom de l’ancien Premier ministre Alassane Dramane OUATTARA provoquait un tonnerre d’applaudissements et de cris, à chaque fois qu’un intervenant le citait dans le protocole. Une acclamation que quelqu’un a très vite fait de qualifier de plébiscite électoral. Pour lui, ADO est élu avant date. Cet «atalakou» à l’ivoirienne s’est poursuivi après la cérémonie et dans la ville on a pu entendre la foule scander le nom de l’intéressé pendant au moins une trentaine de minutes.

GBAGBO, l’évangéliste
Dieu a été invoqué lors de la cérémonie paraœcuménique à Bouaké. Tous les intervenants sans exception ont imploré sa grâce pour qu’Il donne sa paix. Le président GBAGBO, sur la tribune pour son speech, n’a cessé d’invoquer Dieu et même de citer des versets bibliques. Morceau choisi : «Je rends grâce à Dieu de nous avoir fait passer d’une étape de guerre à une étape de paix. Chers religieux, continuez de prier, car dans Isaïe chapitre 41 verset 46, il est écrit…» et il décline la citation.

Cette batterie qui emmerde, plus jamais ça.
Pour la deuxième fois, a-t-on dit, le Président du Faso a été amené à redescendre de l’avion Buffalo de la base aérienne, (un avion acquis il n’y a même pas encore un an) parce que l’appareil volant imitant l’oiseau naturel rechignait à prendre les airs pour un problème de batterie ! Il a fallu au Président du Faso patienter une dizaine de minutes dans le salon d’honneur, pour qu’un groupe électrogène vienne dépanner l’avion. Il est revenu également que le même problème s’était produit à Bobo alors que le Président du Faso prenait cet avion pour la première fois et ce fut à Air Burkina de le ramener à Ouagadougou. A Yamoussoukro, la mécanique a encore été capricieuse reportant le voyage des autres membres de la délégation présidentielle pour le lendemain 1er août. Heureusement que le premier des Burkinabè était rentré avec l’avion du président ivoirien. Sinon imaginez la scène si les deux présidents après les au revoir s’entendaient dire de patienter encore quelques instants pour permettre de remettre l’oiseau d’aplomb. Il faut trouver une solution à cette histoire de batterie qui emmerde, car ce genre de situation n’honore pas notre président. Ce qui s’est passé à Bobo, à Ouaga et à Yamoussoukro, ne devra plus jamais se répéter.

Inconscience quand tu nous tiens !
Venus pour accueillir les présidents ivoirien et burkinabè à bouaké, de jeunes gens n’ont pas trouvé mieux que de faire un rallye-moto en pleine ville sur des artères pourtant bondées de monde. Résultat, à quelques centaines de mètres du stade de Bouaké rebaptisé stade de la paix, l’un d’eux s’est fracassé la jambe après avoir cogné l’arrière d’un taxi qui était en stationnement. Il s’en serait tiré sans trop de bobo si un autre motocycliste aussi fou que lui n’était pas venu le ramasser de derrière à tombeau ouvert. Choc dans le choc et dans le feu de l’action, la jambe a fait comprendre qu’elle est de chair et de sang, pas de métal fortifié.
Malgré cet accident qui venait de mettre hors circuit l’un d’entre eux, cela n’a outre mesure dégonflé les ardeurs des autres. Ils y sont allés de plus belle. Comme quoi, dans l’inconscience on fait des folies que l’on regrettera peut-être toute sa vie.

Par Frédéric ILBOUDO

Ils ont dit à Bouaké…

Blaise COMPAORE, Président du Faso
«Les messages qui ont émané des dirigeants des différentes confessions religieuses sont des messages forts. Et moi en tant que facilitateur, je crois que ce sont les acteurs politiques qui doivent, plus que jamais, être vigilants face à cette situation très délicate que nous allons traverser d’ici les élections.»

Laurent GBAGBO, Président de Côte d’Ivoire
«Gouverner, ça rend humble. Quand on n’a pas gouverné, ou quand on ne gouverne pas, on a des solutions, mais quand on est dans le feu de l’action, on devient humble. Parce que les solutions ne sont pas évidentes.»

Guillaume SORO, Premier ministre de Côte d’Ivoire
«Il ne faut pas se laisser aller à un triomphalisme béat, vanter nos mérites personnels, et nous complaire dans les louanges de nos égaux. Peut-être que c’est le lieu de reconnaître avec beaucoup d’humilité,
l’intervention de la divine providence qui a permis le retour à la sagesse».

Mgr Marie Daniel DADIET, Evêque de Korogho
«En ayant foi en Dieu, le Seigneur nous a épargné beaucoup de choses. Et nous devons le bénir.»

Cheick Boukary FOFANA, Imam de Bouaké
«Prêches, sermons, homélies, doivent désormais bannir tout esprit de haine, de violence, de ségrégation. Ivoiriens, Ivoiriennes, Dieu vous exhorte à la paix, à l’amour»

Guillaume SORO, Premier ministre de Côte d’Ivoire
«Je veux rassurer les esprits encore nonchalants, que la Côte d’Ivoire a reconquis sa réhabilitation dans le concert des nations un an seulement après la signature de l’Accord politique de Ouagadougou.»
Rassemblé par Frédéric ILBOUDO

Burkina-Côte d’Ivoire
Au-delà du traité

Faire de l’axe Yamoussoukro-Ouagadougou le pivot de l’intégration et du développement de la sous-région Ouest-africaine. C’est sans doute le fondement de la visite de 72 heures du président ivoirien, Laurent Koudou GBAGBO, dans notre pays. Le traité d’amitié et de coopération entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso signé par les présidents COMPAORE et GBAGBO incite à l’optimisme.

«Nos deux pays ne sont pas seulement des pays voisins. Nous n’avons pas uniquement une frontière en partage, nous avons aussi une histoire en partage, une économie en partage ; une culture et des hommes en partage. Pour toutes ces raisons, rien de ce qui concerne le Burkina Faso ne peut laisser la Côte d’Ivoire indifférente, et réciproquement. Ce qui concerne la Côte d’Ivoire, concerne aussi le Burkina Faso…». Ces mots du président GBAGBO, à l’Assemblée nationale le 28 juillet dernier, traduisent une réalité historique que les vicissitudes du temps et les hommes ne peuvent effacer. Les deux pays étant comme le disent certains les deux faces d’une même médaille, il va s’en dire qu’ils ont une communauté de destin et ont intérêt à œuvrer de concert pour que celle-ci soit pleine de bonheur. Certes les premiers hommes appelés à gérer les entités politiques héritées de la colonisation ont vite perçu cette nécessité mais les égoïsmes et autres nationalismes de mauvais aloi n’ont pas permis de porter à port les vœux et ambitions d’intégration. Voilà pourquoi au vu des conséquences pas agréables engendrées par l’échec des politiques d’hier, ceux de la nouvelle génération dans les deux pays gagneraient à se remettre à l’ouvrage avec plus d’ardeur, de volonté et d’honnêteté pour bâtir la communauté de vie dont rêvent les populations.
Après des périodes d’incompréhensions exploitées par des forces maléfiques pour faire se cristalliser la peur et le doute chez les responsables politiques de la Côte d’Ivoire et du Burkina Faso et ainsi amener les deux pays à se rejeter naturellement, la démarche des présidents GBAGBO et COMPAORE est à encourager. Le traité signé est sans doute une réponse à cette attente légitime des populations qui entendent voir leurs dirigeants parler le même langage, elles qui ne s’accommodent pas de formalisme pour vivre en parfaite intelligence et exploiter au mieux ce que la nature leur impose.

Un tableau de bord pour guider les politiques
C’est vrai, on le sait, les populations ont toujours fait faux bond aux hommes politiques en ne les suivant pas dans leurs dérives, si fait que les ardeurs ont souvent été tempérées évitant le conflit ouvert entre les deux pays ; mais créer les conditions pour que ceux-là même qui décident des lignes de conduite de nos pays acceptent cheminer ensemble, s’impose. C’est ce vers quoi veut tendre le traité signé à Ouagadougou qui a pour objectifs essentiels de créer un cadre de concertation permanent entre les deux pays et de mettre en place un partenariat dynamique pour garantir la stabilité et la prospérité des deux pays ; consolider les relations privilégiées de fraternité et de coopération dans les grands domaines d’intérêt commun notamment politique, socioéconomique, culturel, scientifique, judiciaire, de défense, de sécurité, d’environnement et de droits humains ; de stimuler le processus d’intégration sous-régionale et promouvoir le bien-être des deux peuples. Des objectifs bien ciblés dont la réalisation commande que les deux parties se conforment à des principes auxquels elles ont convenu à savoir : le respect de l’intégrité territoriale et de l’indépendance politique de chacun des Etats ; l’harmonisation de leur position dans les institutions communautaires ; la concertation permanente sur tous les sujets d’intérêt commun ; la libre circulation des personnes et des biens sur leurs territoires respectifs ; le droit d’établissement et de séjour de leurs ressortissants dans chacun des deux Etats ; le bon voisinage et l’entraide.
Ces principes, on le voit, exaltent l’esprit d’intégration, une intégration qui s’avère la porte d’espoir pour le développement des deux pays et celui de la sous-région Ouest-africaine. La Côte d’Ivoire et le Burkina Faso, faut-il le rappeler, c’est une population de plus de 30 millions d’habitants et un espace de 596 700 km2 avec d’énormes potentialités économiques, agricoles et minières. Des atouts qui en font des partenaires de poids dans l’espace UEMOA et CEDEAO.
Une des ambitions louables exprimée dans le traité est sans doute la volonté de vouloir parler d’une même voix sur les questions importantes de politique étrangère. C’est là, une attitude qui conforte le sentiment d’appartenance à une communauté au même destin ; ce que note l’article 3 du traité qui précise: «Dans les pays où l’un des deux Etats ne dispose pas de représentation diplomatique, l’autre Etat ayant une mission diplomatique assurera ses intérêts». Preuve si besoin en était que la «communauté de destin» entre nos deux pays, dont parlait le président GBAGBO en 2004 à Bamako, ne sera plus une vue de l’esprit.

Des actes concrets, y a que ce qu’il faut!
Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément dit le littéraire. Le traité signé entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso dans le texte est en tout cas beau. Trop beau diront certains pour être vrai c’est pourquoi il faudrait aux acteurs de sa conception qu’il ne soit pas que littérature mais s’exprime dans les faits, les actes de tous les jours. Et pour cela, on peut s’autoriser à l’optimisme, vu la prise de conscience de part et d’autre sur l’obligation de soutien mutuel et la nécessité de mettre en commun les énergies pour créer le développement. Le président GBAGBO, face aux députés burkinabè, a été sans ambiguïté et la main sur le cœur il entend mettre en chantier ce qui a été consigné dans le traité. On en prend acte tout en se disant que dans tous les cas, les deux pays n’ont de choix que de forger une nouvelle alliance, communauté de destin oblige. Le traité est la raie de lumière qui guide les pas.
Et l’on peut se mettre à rêver de réussir ce qu’au sortir de la colonisation nos pères n’ont pu réaliser malgré la volonté qui ne leur a pas manqué : créer une entité géopolitique commune. Il n’est jamais trop tard pour bien faire et on peut dire que la dynamique est enclenchée. Il appartient aux deux parties de passer maintenant aux actes en faisant mentir les sceptiques. Qu’elle aille jusqu’à la confédération, ou la fédération, cette entité donnera tout son sens à cette notion de «communauté de destin». «J’ai la conviction que pour y parvenir, il nous faut renforcer davantage la coopération entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso. En effet, il n’y a pas et ne peut y avoir d’intégration régionale qui ne s’appuie sur un pivot, sur un axe central. L’Union européenne est bâtie autour de l’axe Paris-Berlin. Je propose l’axe Yamoussoukro-Ouagadougou comme pivot de la coopération au sein de l’UEMOA et de la CEDEAO», foi du président GBAGBO, qui, à l’Assemblée nationale du Burkina, s’adressait en ces termes aux députés. Qui n’avance pas recule, dit-on. Il est donc temps que nos deux pays avancent, ensemble et dans la même direction. «Notre génération n’a pas le droit de faillir, au risque de faillir à notre mission vis-à-vis de nos peuples». C’est la conclusion du président GBAGBO et comme on ne connait le maçon qu’au pied du mur, les populations ivoiriennes, burkinabè et celles de la sous-région attendent les résultats.

Par Idrissa BIRBA

Retour au sommair

Liberté d'opinion....liberté d'informer

©Copyrigth : Opinion 2005 - 2006