L'opinion N°565
Du 06 au 12 août 2008

Nouvelles du grin

En cas de fracture, qui choisir entre l’hôpital et les rebouteurs ?

Cette semaine, les nouvelles ne sont pas bonnes. Le chef du village de Sya n’est plus. Il est décédé, disons que son décès a été officiellement annoncé le dimanche 03 août. Sogossira SANOU c’est de lui qu’il s’agit était âgé de 88 ans. Il était le chef de Sya depuis 1972 (36 ans de règne). La nouvelle de son décès a attristé le grin surtout du côté de Dioulassôba. C’est un chef exemplaire et sage qui vient ainsi de tirer sa révérence.
Il a été inhumé hier mardi 05 août dans la plus stricte intimité traditionnelle. Le chef du village de Sya Sogossira SANOU que toute la communauté Bobo-Mandarai pleure aujourd’hui, s’était illustré lors des violentes manifestations qui avaient été occasionnées par l’installation difficile de Célestin KOUSSOUBE à la tête de la commune de Bobo en 2001.
A l’époque, le chef de Sya qui était du côté du maire sortant Alfred SANOU, avait même été arrêté par les forces de l’ordre.
Sya est maintenant vacant. Nul doute que les tractations vont se mener de façon souterraine pour désigner un successeur à Sogossira SANOU.
Au grin, personne n’a voulu se prononcer sur ce sujet. Les histoires de chefferies traditionnelles demandent beaucoup de prudence. Ce n’est pas comme le système démocratique que tout le monde connaît avec toujours des revendications après chaque élection. Dans le système traditionnel lorsqu’il y a des revendications autour de la chefferie, ce sont les «ancêtres» qui sont consultés pour trancher. Et le plus souvent celui qui ne mérite pas d’être chef, s’il persiste, c’est la mort qui l’attend ; la punition suprême des «ancêtres».
Sogossira SANOU lui a vécu très longtemps sur son trône. C’est la preuve que c’est lui que les ancêtres ont choisi. Son successeur doit suivre cette même voie, celle de la sagesse…
Au grin les gens ont compati à la disparition de cet illustre chef qui a marqué la vie de Sya 36 ans durant.
«Nous sommes à Dieu et à lui nous retournons», telle fût la réflexion du sage du grin qui au nom de tous les membres a adressé les condoléances les plus attristées à la famille du défunt chef éplorée. Paix à son âme !

Le don de sang, un geste simple qui sauve des vies !
La transfusion sanguine est une discipline qui a la particularité de traiter l’homme par l’homme. En terme plus clair, un homme sain appelé «donneur» permet de traiter un homme malade appelé «receveur». A Bobo-Dioulasso, le centre régional de transfusion sanguine a opté de satisfaire les besoins des malades sans faire appel aux parents comme donneurs. En effet dans certaines régions il n’est pas rare de voir les médecins faire appel aux parents du malade, convaincu qu’ils auront un donneur compatible au sein de la famille.
A Bobo-Dioulasso, grâce à une stratégie bien élaborée, ce problème est très rare. De quoi s’agit-il ?
-Pendant l’année scolaire, c’est la collecte de sang dans les lycées et collèges.
-Pendant les vacances scolaires, on collecte le sang dans les casernes, les confessions religieuses, les collectivités locales, etc…
Ce système permet de juguler un tant soit peu, le problème crucial de sang au niveau du centre régional de transfusion sanguine à Bobo.
Mais présentement la situation est un peu difficile. Les vacances scolaires coïncident avec la période du paludisme, ce qui explique la multiplication des besoins en produits sanguins et des pénuries fréquentes de sang. Dans ce cas, que faire sinon que de multiplier la sensibilisation sur le don de sang dans le souci d’améliorer les connaissances des uns et de autres sur le don de sang et la transfusion sanguine.
Au grin, c’est le débat qui s’est imposé comme le plus important à cause de cette histoire d’accouchement qui a failli tourner au drame par manque de sang. Heureusement qu’une poche de sang a été trouvée de justesse pour sauver la mère et son bébé. En tout cas si un patient a un problème de sang, rien ne peut remplacer ce liquide précieux. Il lui faut du sang ou c’est la mort. Le sang, ce précieux liquide rouge qui circule à travers l’organisme humain dans les veines et les artères est un élément indispensable à la vie. Il n’existe point d’usine de fabrication de sang. L’intelligence humaine a fait d’énormes progrès scientifiques dans la médecine ; surtout dans le cadre des transplantations d’organes humains. Mais personne n’est arrivé à fabriquer le sang.
Alors pour l’obtenir, il faut une solidarité agissante des personnes et une générosité pour que les vies par milliers de personnes soient sauvées chaque année.
Ce qui est sûr, la transfusion sanguine n’est possible que grâce au don de sang : une personne adulte et bien portante accepte que l’on prélève de ses veines, une certaine quantité de sang destinée à un patient.
Au grin, les gens se posent des questions sur la qualité du sang qu’on collecte dans notre pays, surtout que les spécialistes eux-mêmes reconnaissent que le dépistage des maladies dans le sang prélevé n’est pas sûr à 100%. Seulement les virus du VIH/Sida, des hépatites, de la syphilis sont décelables pendant la transfusion sanguine.
A ceux qui affirment qu’ils ne vont jamais faire don de leur sang, le sage du grin dit que ce problème n’arrive pas seulement qu’aux autres. Les besoins de transfusion sont essentiellement dus chez nous aux anémies graves de l’enfant et de la femme enceinte, aux hémorragies provoquées par l’accouchement, les accidents, les interventions chirrurgicales…
Qui peut dire qu’il est à l’abri de telles situations ?
Certains membres du grin ont proposé d’annuler la gratuité du sang. Pour eux de nos jours, rien ne se fait sans rien. S’il y avait par exemple de l’argent à gagner dans cette affaire les hôpitaux allaient être remplis de poches de sang.
Sur ce point, les autres ne sont pas d’accord. L’un d’eux qui a déjà donné son sang, a expliqué qu’avant de prélever le sang, il y a des questions qu’on pose au donneur. Il est important de répondre de façon franche et sincère aux questions posées lors de l’entretien. S’il y a de l’argent à gagner, c’est sûr que les gens vont tricher pour donner leur sang à tous les coups même s’ils sont conscients qu’ils ont par exemple eu un comportement à risque la veille. Pour de l’argent les gens sont prêts à tout. Pour ce donneur de sang exemplaire l’Etat burkinabè a bien fait de rendre le sang gratuit à tous les niveaux.
Celui qui donne son sang ne reçoit rien, celui qui reçoit ne paye rien aussi pour le recevoir. Tout est gratuit. Mais à un autre niveau, les brebis galeuses ne manquent pas. Surtout à cette période où le paludisme est omniprésent. Tout ce qui est rare, est cher.
Le manque de sang amène parfois certains infirmiers ou sages femmes à faire des spéculations qui ne doivent pas être interprétées comme une règle générale. Le Burkina Faso a opté pour la gratuite du sang et c’est comme ça depuis toujours. Toute personne âgée entre 18 et 60 ans, qui a au moins 50kg et qui n’a pas eu de comportements à risque durant les trois derniers mois peut donner son sang.
Pour les femmes enceintes ou allaitantes, le don de sang n’est pas possible. La condition essentielle pour donner son sang, il faut être bien portant. Or de nos jours nous sommes presque tous des malades ambulants, voilà pourquoi au grin certains ont émis des souhaits pour que l’Etat mette les moyens nécessaires aux différentes CRTS du pays afin qu’ils puissent bien maîtriser la nature du sang collecté. Il faut surtout éviter de donner du sang malade à un autre malade.
Après 35 jours, le sang collecté est périmé. Tout cela constitue des difficultés mais il est rare de trouver du sang périmé prêt à être détruit.
Le don de sang est sans danger pour la santé du donneur. Il ne coûte rien du tout de donner son sang pour sauver une vie. Le volume prélevé représente au plus 1/10e du volume total du sang de l’organisme et grâce au renouvellement continuel du sang dans l’organisme, le volume prélevé se reconstitue. Il n’y a pas le moindre danger de donner son sang si on est apte à le faire.
Le don de sang est un geste simple qui sauve des vies alors donnons un peu de notre sang pour être utiles et heureux.

En cas de fracture, qui choisir entre l’hôpital et les rebouteurs ?
Déjà que la vie est chère, si on est encore victime d’un accident assorti d’une jambe fracturée, la situation devient encore plus corsée. C’est en tout cas ce qui est arrivé à Ferdinand cet ouvrier contractuel qui doit relier le secteur 24 à la zone industrielle de Bobo tous les matins très tôt.
Un taxi a cogné le brave Ferdinand par derrière alors qu’il descendait à vive allure sur une pente profitable. Il fût projeté en l’air avant d’atterrir sur la pare brise avant du taxi. Transporté à l’hôpital, le bilan révèle une double fracture à la jambe droite. Sa jambe fût par la suite plâtrée et notre ouvrier rejoignit son domicile au secteur 24. Il n’a pas mis d’argent de côté. Avec cet accident, il voit sa situation se compliquer. Il est anxieux pour l’avenir. L’un de ses compagnons d’usine vint lui proposer de faire recours aux rebouteurs traditionnels qui seraient eux très efficaces. Ils seraient capables de briser un pilon et le recoller comme s’il n’avait jamais été égratigné. Une jambe fracturée ne serait qu’un «petit déjeuner» pour ces tradipraticiens dont la renommée dépasse les frontières nationales. Très vite, Ferdinand qui croyait au miracle fut séduit par les prouesses de ces rebouteurs. Il fût transporté au lieu indiqué. Il s’endetta pour effectuer le déplacement. Une fois sur place, on lui ôta son plâtre. En lieu et place, on lui plaça des garrots à l’aide de bâtons attachés autour de sa jambe. On lui avait dit qu’on allait lui casser à nouveau la jambe avant de le coller. Il n’a rien vu de tout cela. Le traitement qu’il venait d’engager devrait durer 3 mois.
Ferdinand n’est pas sorti de l’auberge. Pire les choses se compliquent pour sa jambe. Il se retrouve devant les médecins qui lui proposent une opération chirurgicale sur sa jambe pour rattraper l’erreur qu’il a commise. Pour cela, il lui faut débourser plus 200 mille francs CFA.
Ferdinand est dépassé par les évènements. Son compagnon qui l’avait amené chez les rebouteurs le fuit à présent. Heureusement que son patron, un homme de bien a décidé de lui donner un coup de main. Il paya l’argent et l’intervention eut lieu. On ne sait pas la somme d’argent qui a été investie. Aujourd’hui ça va un peu chez lui. Il se déplace avec des béquilles.
En réaction, les gens du grin pensent que les jeunes rebouteurs qui ont pris la relève de leurs parents, ne respectent plus les vraies données pour les soins. Ils veulent gagner de l’argent avec ça et finalement les formules ne donnent absolument rien.
Pour les autres par contre, le savoir est là. Le problème c’est du côté des malades. Ils doivent éviter de mélanger la tradition et la modernité. Il faut un choix clair. Si on est victime d’une fracture soit on va à l’hôpital soit on se dirige chez les rebouteurs. Lorsqu’on veut mélanger les deux soins, les problèmes ne feront que se multiplier ; sinon jusqu’à demain, il y a toujours des vrais rebouteurs qui continuent de faire des miracles.
Dans tous les cas, le sage du grin conseille à tous de savoir raison gardée et de garder en mémoire le fait que la maladie vient facilement mais repart très lentement.


«Le petit fâkir, toujours dispo»

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