L'opinion N°566
Du 13 au 19 Août 2008

Nouvelles du grin

Assassinat mystérieux d’une jeune fille au secteur 21 de Bobo

Le 05 août dernier, le Burkina Faso a commémoré le 48e anniversaire de son accession à l’indépendance. Déjà 48 ans que le premier président de la Haute-Volta (aujourd’hui Burkina Faso) Maurice YAMEOGO a proclamé solennellement l’indépendance de ce pays. 48 ans dans la vie d’un homme, c’est très important, mais dans la vie d’un pays il faut relativiser.
Au grin, les gens sont divisés sur la question, les uns pensent qu’après 48 ans d’indépendance, le Burkina n’a rien fait pour aller vers le développement. Pour eux il n’y a pas eu de véritables évolutions. Pire, les choses se compliquent et les dettes ne font que s’amonceler sur le dos du peuple.
Les autres par contre pensent tout le contraire. Selon eux, le Burkina a beaucoup évolué.
On peut trouver l’évolution lente, mais elle existe quand même. La Haute-Volta de 1960 est vraiment différente du Burkina de 2008. Seuls ceux qui refusent de regarder la réalité en face peuvent penser que le pays n’a pas changé.
Sur le sujet, le sage du grin a invité les membres à méditer sur cette pensée de Félix Houphouët BOIGNY : «Il faut savoir patienter. Ne demandons pas aux jeunes de faire plus que les autres. En 1958, j’étais à Marseille avec le général de Gaulle. Nous partions ensemble, à pied, vers la préfecture. Quand lui faisait un pas, moi j’étais obligé d’en faire trois pour rester à sa hauteur. C’est cela la vie. Gardez en mémoire cette image-là».
A l’occasion de cette commémoration, les Burkinabè n’ont eu droit qu’à la finale de la coupe du Faso présidée par le Premier ministre. L’EFO s’est illustrée en venant à bout de l’USO (3 à 2) réalisant ainsi le doublé «Championnat-Coupe du Faso».
Les vieux qui ont vécu la période d’indépendance trouvent que les mentalités ont beaucoup évolué.
Le taux de scolarisation a beaucoup augmenté. La nouvelle génération a plus d’opportunités de s’instruire qu’avant. Mais la vie chère aussi est là ; rien n’est gagné d’avance. Il faut de la compétitivité pour être accepté dans le cercle très fermé des pays émergents.
Soyons fiers de nos anciens qui ont lutté pour obtenir l’indépendance pour nous. Nous devons en cette date anniversaire, rendre hommage à ces illustres fils du pays (Maurice YAMEOGO, Ouézzin COULIBALY, Nazi BONI, Yalgado OUEDRAOGO, Bougouraoua OUEDRAOGO, Alwata DIAWARA, Philippe Zinda KABORE, Lompolo KONE…)

«Le chef de Sya n’est plus ; vive le chef !»
Décédé le 03 août 2008, le chef coutumier de Sya a été inhumé, le mardi 05 août dans l’après-midi.
Depuis l’annonce de la triste nouvelle, le village de Sya est en ébullition. Les masques ont investi Dioulassoba pour traduire le deuil. Les travaux champêtres sont momentanément arrêtés. Les funérailles du chef priment sur tout.
Pour son enterrement, toutes les autorités étaient là. Du gouvernement en passant par les 4 maires de Bobo et surtout l’Archevêque de Bobo. Partout ce sont les sons rythmés des tambours sacrés qu’on entendait.
Le corps du patriarche Sogossira SANOU a été exposé au milieu de la foule, enveloppé dans une natte. Selon les rites de la tradition, son corps n’a pas été mis dans une morgue ni traité au formol. Son inhumation a eu lieu dans le caveau royal, dans la plus stricte intimité de la tradition.
Au grin, les gens ont compati à la douleur de la famille éplorée jusqu’au bout. Même si un membre du grin a critiqué les agissements incontrôlés des masques aux alentours de Dioulassoba, il faut reconnaître qu’un chef n’est pas n’importe qui. Ainsi on a essayé de calmer tous ceux qui ont été victimes des fouets des masques pendant les funérailles.
Les Bobos du grin après avoir «sifflé» le bon premier thé ont fait des révélations. L’un d’eux a raconté qu’au décès du chef que Sogossira SANOU a remplacé en 1972, la tradition était toujours de rigueur. Le corps du chef devait être exposé pendant une semaine et la tradition fut respectée telle qu’édictée par les ancêtres.
Le hic c’est qu’à l’époque, le décès a eu lieu en pleine période de chaleur. Au bout du 7e jours, le corps qui était en état de putréfaction avancé et très enflé a fini par «éclater».
Les conséquences furent très désagréables pour les habitants de Dioulassoba qui ont été ainsi envahie par cette odeur indescriptible. Selon la tradition qui empêche la morgue et le formol, ces deux éléments pourraient être à la base d’un grand froid sur le village de Sya (pour la morgue) et d’une grande sécheresse (pour le formol).
L’expérience amère de 1972 a cependant donné des idées novatrices. Au lieu de 7 jours, on a réduit à 3 jours. Et cette année, la mort du chef a coïncidé avec la période de l’hivernage où il ne fait pas chaud. Au troisième jour, le corps du chef a été mis en terre sans problèmes majeurs.
Le chef est mort, mais la chefferie va se poursuivre. C’est comme ça depuis la nuit des temps.
Pour le cas de la succession du chef défunt, les tractations commencent. Dans l’urgence, les anciens vont choisir un intérimaire parmi 13 successeurs possibles du chef défunt. L’intérimaire sera là tout juste pour assurer l’intérim en attendant le verdict final qui sera donné par un puissant charlatan traditionnel. A ce charlatan, les anciens envoient 13 bâtons représentant les 13 successeurs possibles. Ce sont ces bâtons que le puissant devra consulter pour donner le nom du nouveau chef qui va apporter bonheur et prospérité à la ville de Sya.
Dans ce cas-là seulement, l’intérimaire, s’il est choisi, peut rester définitivement sinon il se dépêche de laisser la place au chef choisi.
On n’est pas encore à ce stade ; les funérailles se poursuivent. Les villages bobos des environs se déplacent pour venir saluer les funérailles…
Le chef Sogossira SANOU qui vient de nous quitter a été selon ceux qui l’ont approché un chef exemplaire qui savait manier les affaires avec habilité. Ce n’est pas pour rien qu’il a duré avec «la fameuse queue» qui représente en fait la puissance de sa chefferie. Paix à son âme !

L’infirmier ne savait pas que c’était son voisin
«Chacun écrit j’ai l’honneur pour avoir du travail et une fois embauché, il ne veut plus rien faire». Ainsi parlait l’accompagnant d’un malade dans un centre de soin primaire (CSP). Ce qu’il a dit a eu sa parfaite illustration dans un Centre hospitalier régional au Nord du Burkina. Roland est un jeune infirmier affecté dans ce CHR après sa formation à l’Ecole nationale de santé publique. Il vit dans un célébaterium de la place et s’entendait bien avec ses voisins, dont un certain Amadé en service dans une autre structure de l’Etat. M. Amadé était marié et père de trois enfants.
Roland, qui n’est pas du genre à s’éterniser dans les débits de boissons, passait la majeure partie de son temps à la maison.
C’est ainsi que les enfants de Amadé se sont habitués à lui et l’appelaient tonton. Alidou, l’aîné dormait pratiquement chez Roland qui l’appelait son petit. Il lui achetait fréquemment des cadeaux pour, dit-il, l’encourager à bien travailler à l’école.
Mais un événement dramatique va venir mettre fin de façon très brutale à cette relation entre Alidou et Roland.
Ce dernier dans l’exercice normal de sa profession était de garde cette nuit. Dieu merci, l’affluence des malades était moindre. Roland s’est alors enfermé dans sa salle de garde pour se reposer. Les émissions diffusées par la télévision nationale n’étaient pas tellement de son goût. Lui aime les histoires à l’eau de rose comme les télénovelas sud américaines mais ce jour-là les antennes étaient occupées par un documentaire sur l’environnement.
Roland pouvait alors s’étendre pour mieux profiter du calme des brancards. Malheureusement à la maison, la situation sanitaire n’était pas des meilleures. Alidou venait de piquer une crise aiguë de paludisme qui le faisait frissonner comme une feuille. Ses parents, comme tout géniteur en pareille circonstance, lui ont «bombardé» de paracétamol et de quinine. Alidou s’est alors endormi une bonne partie de la nuit. Vers 23 heures, la température de son corps commence à s’élever dangereusement. Ses parents décident de le conduire au CHR. Roland y était de garde et Alidou aura sans doute le meilleur traitement possible.
La maman de Alidou le tenait tout tremblotant dans ses bras quand son père est allé taper une première fois à la porte de l’infirmier de garde. «Nous venons d’amener un malade» dit-il.
«Ok j’arrive» répond Roland. Mais il replongea dans son sommeil.
Las d’attendre, le père revint une deuxième fois taper à la porte.
«Je vous ai dit que j’arrive» répond Roland d’un ton assez élevé.
Amadé repartit vers son enfant dont le corps dégageait une chaleur de braise. Alidou commença à convulser. Mais Roland ne s’était pas encore décidé à quitter son lit. D’ailleurs, il est plongé dans un profond sommeil. Vers 4heures du matin, Alidou était presque à l’agonie. Amadé repartit pour la troisième fois, supplier l’infirmier de garde de venir faire le travail pour lequel, il émarge au budget de l’Etat. Cette tentative fut la bonne. Roland ouvre la porte de la chambre, prend le temps de laver la figure avant de demander :
«Où est le malade pour lequel on ne cessait pas de me réveiller ?»
«C’est ici voisin», répond Alidou.
Le mot voisin résonna dans la tête de Roland comme un coup de massu. Il se précipita sur le petit corps de Alidou et l’amena dans la salle des urgences. Mais le malade très affecté était à l’agonie. Il respirait difficilement. Roland totalement désemparé lui appliqua toutes les techniques que ses connaissances médicales lui permettent. Mais le petit Alidou finit par rendre l’âme vers 5 heures.
Voir un être humain mourir pour un agent de santé n’est rien d’extraordinaire, mais le décès de Alidou a failli conduire Roland au bord de la déprime. Il a d’abord mis plus de trente minutes avant de pouvoir annoncer la nouvelle aux parents de «son petit». Le corps fut enlevé et déposé à la morgue en attendant l’inhumation.
A 7 heures Roland descendit de sa garde. Comment gérer maintenant la mort de Alidou dont il se sent directement responsable ? Peut-il dans ces conditions repartir dans la cour et vivre aux côtés des parents de sa «victime» ? Une foule de questions traversait la tête de l’infirmier. Roland décida finalement de ne plus jamais retourner dans cette maison. Il va déménager ici et maintenant. Pour éviter tout contact avec la famille de Alidou, il n’ira pas non plus ramasser ses effets. Il fait appel à Serge, un agent de police. Après lui avoir expliqué la situation, il le supplia de lui trouver une nouvelle maison et surtout d’y évacuer tous ses effets. Ce que fit le policier tandis que Roland est resté planqué dans un coin du CHR.
Si Serge n’avait pas été un «homme de tenue», les effets de Roland n’auraient pas facilement quitté sa maison. Amadé a expliqué tout ce qui s’est passé à l’hôpital et les autres voisins étaient dans une grande colère. Après l’inhumation de Alidou, ils attendaient de pied ferme Roland pour lui donner la correction qu’il mérite. Bien lui en prit de confier son déménagement express à son ami.
Mais Roland fut marqué à jamais par cette disparition due surtout à son laxisme au travail. Il aurait juré que cela ne lui arriverait plus jamais, mais un seul mort sur la conscience n’est-il pas un mort de trop ?

Assassinat mystérieux d’une jeune fille au secteur 21 de Bobo
Les habitants du secteur 21, au voisinage de la brigade ville de gendarmerie de Bobo ont été surpris au réveil le jeudi 07 août dernier par le corps sans vie d’une jeune fille. Elle a été assassinée dans un «six mètres» en face du bar dancing Entente annexe. On ignore l’auteur de l’assassinat et la plupart des voisins interrogés ont dit n’avoir rien entendu au moment des faits. Toujours est-il que la jeune fille a été découverte sans vie ce jeudi matin. En attendant que les forces de l’ordre déterminent l’arme du crime, les supputations vont bon train. Certains affirment qu’elle a été tuée par balle mais qu’il s’agit d’un petit calibre sinon la balle qui l’a atteint au front devait ressortir par la nuque. Quant aux autres, ils pensent qu’elle a été poignardée.
En tout cas sur le front de la victime, on aperçoit un petit trou béant. Malgré l’étroitesse du «six mètres» personne n’a entendu de coup de feu dans les parages. Il paraît qu’un policier qui habite à deux carrés de là (vers la boulangerie Wenkonta) est sorti après avoir entendu un coup de feu vers 2 heures du matin.
Il a tourné un peu, il n’a rien vu et il est rentré chez lui. Les voisins interrogés n’ont pas reconnu tout de suite la victime. C’est grâce à un papier trouvé sur elle, que les forces de l’ordre ont pu retrouver sa «tantie» qui se trouve du côté du secteur 4 (Koko). Elle était étonnée qu’on lui annonce sa mort à Bobo alors qu’elle la croyait à Banfora. En effet, elle était partie de chez sa «tantie» pour Banfora chez l’une de ses sœurs. Cette dernière qui a été jointe dit que la défunte est partie de chez elle vers Bobo depuis une dizaine de jours.
Une fois à Bobo elle n’est pas allée chez sa 1re «tantie» et on la retrouve assassinée dans un «six mètres». Non loin du lieu du crime, certains témoins ont affirmé que la victime venait quelquefois chez ses parents qui sont à côté. Mais ses soi-disant parents ont dit qu’ils étaient seulement tous du Sud-Ouest et que c’est par le biais de sa «tantie» de Koko qu’ils ont connu la victime.
Certains membres du grin ont même pensé qu’il se peut que la victime cherchait à joindre ses parents du secteur 21 parce qu’elle était en danger. Mais elle n’a pas pu accéder à la cour et elle a été tuée. En attendant que les forces de l’ordre fassent leur travail d’orfèvre pour dénicher le supposé assassin, les débats vont bon train.
Au grin, les gens se demandent ce que peut bien chercher une fille de 18 ans dans la rue à 2 heures du matin.
Elle serait vendeuse de bar ou simple «suiveuse» des vendeuses de bar. Le crime serait l’œuvre d’un de ses nombreux «clients-amants» qui certainement s’est vu grugé.
Les amateurs de femmes de bar en savent quelque chose. Elles sont toujours en train de jongler entre celui qui paye sa maison, celui qui lui paye ses ordonnances et habillements et celui qui lui paye à boire.
Jusqu’à la dernière minute, nul n’est certain à 100% de partir à la maison avec elle…
Clarisse, c’est le nom de la victime est morte dans la fleur de l’âge. Ses funérailles ont eu lieu au secteur 4 (Koko) chez sa première «tantie». Les enquêtes se poursuivent et l’on espère que l’assassin de Clarisse ne va pas courir pour longtemps. Au grin, les membres ont compati à cette douleur déchirante qui va atteindre de plein fouet les vrais parents de la victime qui sont au village.
Quel triste sort pour leur fille qui est allée en ville pour chercher le bonheur. Finalement c’est la mort qu’elle a rencontrée. Paix à son âme.


«Le petit fâkir, toujours dispo»

Retour au sommaire




 

Liberté d'opinion....liberté d'informer

©Copyrigth : Opinion 2005 - 2006