L'opinion N°567
Du 20 au 26 Août 2008

Actualité

Coup de feu à Koudougou

Qui en voudrait au petit frère de Norbert ZONGO ?

Le mois d’août, c’est la période des vaches maigres pour tout le monde, surtout pour les scribouillards que nous sommes, pour parler de la morosité de l’actualité sociopolitique. N’ayant souvent pas grand-chose à dire pour captiver le lectorat, certains sont pratiquement obligés de faire dans la rubrique «recherche de chiens écrasés». Mais notre confrère San Finna, qui a certainement marre de ronger son frein dans cette morosité ambiante a tenté quelque chose d’inédit dans sa livraison du lundi 18 août dernier : ouvrir ses colonnes au frère cadet de Norbert ZONGO, Robert qu’il s’appelle, pour qu’il s’exprime malgré lui sur une histoire de balle perdue qui a touché un jeune mécanicien en sa présence. Comme il a fallu que Reporters Sans Frontières (RSF) et des associations des droits de l’homme soient alertés pour que notre confrère trouve utile de savoir «exactement de quoi il en retournait», il n’a pu malheureusement aboutir qu’à un scoop foireux malgré une titraille assez sulfureuse.
Pouvait-il en être autrement, quand on décide de faire parler quelqu’un d’autre à la place de la victime elle-même ? Bonnes gens, qu’est ce qui peut bien motiver notre confrère ? Il n’y a qu’à relire entre les lignes des propos de Robert ZONGO qu’on dit être la cible probable de la balle perdue pour voir qu’il est «martyr» malgré lui.

Robert ZONGO, cadet de notre confrère Norbert ZONGO sauvagement assassiné le 13 décembre 1998 sur la route de Sapouy, a failli recevoir le 19 juillet passé une balle de 9 mm sur la tête. Sauvé in extremis par un jeune mécanicien qui s’est interposé malgré lui, Robert ZONGO ne s’explique toujours pas ce qui s’est passé. La rumeur avait vite pris le chemin des gargotes et d’autres bars du Burkina où les commentaires allaient bon train. Reporter sans Frontière et des associations des Droits Humains ayant été alerté, il fallait que nous sachions exactement de quoi il en retournait. Robert ZONGO a accepté nous recevoir à Koudougou pour en parler. Lisez plutôt.

Pouvez-vous nous situer sur ce qui a failli vous arriver le 19 juillet passé ?
Robert ZONGO (RZ) :
Merci, le samedi 19 juillet, dans la matinée, j’allais au champ et je me suis arrêté chez mon mécanicien. J’avais des problèmes d’allumage mais j’ai dû continuer. A mon retour à 12 h 30 mn, par là il y avait du monde certes mais c’est le patron lui-même qui s’est occupé de mon allumage. Il y avait un jeune mécanicien de libre et je voulais qu’il vérifie mes feux arrière qui semblaient ne pas donner. Et comme il n’arrivait pas à détecter la panne, je lui ai demandé de se lever pour que je lui montre où se trouverait la panne. Et c’est quand il s’est levé tout juste à mes côtés qu’il a pris une balle dans le dos. S’il ne s’était pas levé, je la prenais sur la tête (NDLR : Robert Zongo il est handicapé moteur et il se trouvait dans son tricycle).

Pourquoi vous en voudrait-on jusqu’à ce point ?
RZ :
M’en vouloir, je ne sais pas ! Est-ce que la balle m’était destinée ? Là non plus je ne sais pas. C’est quand on amené le jeune à l’hôpital et après avoir extrait la balle, qu’on a alors su que c’était une balle de 9 mm. Je me dis quand même qu’un 9 mm ne court pas les rues ici. Et à Koudougou je ne pense pas qu’il y ait un champ de tir. Par mesure de sécurité, je suis allé déposer une plainte contre X. On est reparti dans la soirée sur les lieux avec un juge d’instruction pour la reconstitution des faits. Je me pose toujours des questions : est-ce que la balle m’était destinée ? Est-ce que c’est une balle perdue ? Vraiment je ne sais pas.

Vous a-t-on déjà menacé depuis le décès de Norbert Zongo ?
RZ :
Depuis son décès, j’ai eu quand même des prises de becs sans gravité par-ci, par-là ; comme tout le monde. On m’en voudrait pourquoi ? Je ne saurais vous répondre, raison pour laquelle je suis allé à la gendarmerie pour voir où ils en sont et ça ce n’est que la semaine passée (NDLR : Interview réalisée le 11 Août 2008). Je n’ai pas voulu ameuter les gens parce que c’est délicat, mais c’est arrivé à un stade où ça devient difficile… Et on ne sait jamais… Je souhaite que ça soit une balle perdue, mais une balle perdue plonge, ça ne prend pas les gens à hauteur d’homme de plein fouet. Dieu merci, le jeune est hors de danger.

Avez-vous entendu une détonation ?
RZ :
Il n’y a pas eu de détonation justement. C’est ça qui nous inquiète et ceux qui s’y connaissent en armes savent que même à 300 mètres, on peut entendre la détonation. Là il n’y a pas eu de détonation.

Avez-vous des activités qui dérangent?
RZ :
Je ne fais pas de la politique, mais je suis un idéaliste. J’ai mes principes, j’ai ma façon de voir, de penser sinon la politique ce n’est pas ma tasse de thé.

Voulez-vous une protection ?
RZ :
Une protection… Si ça nécessite que je sois protégé… Vraiment cette histoire de balles qui se baladent me perturbe énormément. C’est assez troublant cette histoire. Par mesure de sécurité si on peut ouvrir l’œil, ça va me rassurer sinon ça va être difficile.

Avez-vous mis au courant la famille ?
RZ :
Je n’ai pas voulu inquiéter les gens. Je me suis dit que si on en parle beaucoup et ma mère l’apprend, elle peut encore prendre un coup. Qu’est-ce qu’elle va penser ? Qu’on en veut encore à Robert après Norbert Zongo ? C’est surtout ça. Mais il y a quelques proches qui sont au courant. J’ai signalé l’incident aussi à Maître Bénéwendé Sankara. Il est l’avocat de la famille et il attend aussi les conclusions de l’enquête.

Pouvez-vous tirer une conclusion sur l’incident ?
RZ : Il est malheureux mais je ne tiens pas à ce que cet incident là compromette l’avenir de Koudougou. Il est bien malheureux mais Dieu merci on s’en est sorti. Je n’espère plus revivre des situations difficiles à Koudougou. Je demande à tous d’être compréhensifs vu que les gendarmes se sont saisis de l’affaire. Attendons la conclusion.o
In San Finna n° 476

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