60 mns de bonheur
Pour son 9ème rendez-vous de la nuit du conte, le Carrefour International de théâtre de Ouagadougou (CITO), en collaboration avec les conteurs a donné à entendre, voir et surtout à rire, avec le remuant KIENTEGA P. Gérard dit KPG. C’était le mardi 12 Août 2008. Ceux qui ont fait le déplacement ne l’ont pas regretté, surtout que l’artiste est en pleine création pour préparer sa tournée qui va le conduire en France et au Canada.
Comme à ses habitudes, l’artiste a fait rire le public jusqu’aux larmes
C’est dans un décor qui rappel quelque peu le village. Un semblant de site sacrificiel où l’on pouvait découvrir la grosse pierre des sacrifices, à côte duquel est déposé le canari qui contient le dolo pour les ancêtres. Le fond du décor est couvert d’une grande toile noire. Un fond qui semble avoir été placé juste pour couvrir l’arrière scène que pour donner un sens ou un message avec le spectacle. Sur la scène, KPG une queue à la main droite et ses deux musiciens : l’un à la Kora, et l’autre à la calebasse, puis à la guitare. Comme dans l’éléphant du Roi», pièce mise en scène par Ildevert MEDA, le public rentre dans la salle pendant que les artistes jouent et ça donne un goût particulier au spectacle, car le spectateur est déjà dans le bain avant même de prendre place. La Kora et la calebasse jouent en sourdine pendant que KPG invoque les mannes. Et comme il n’y a pas de présentateur, c’est lui-même qui joue au MC. Il annonce son spectacle, présente ses artistes, puis «met le feu». D’abord par des citations dans lesquelles, il rappelle les fondements du monde et ce qui assure son équilibre. Tour à tour, Platon, des paroles bibliques et coraniques, Joseph KI-ZERBO, Thomas SANKARA, Maître PACERE Titinga Frédéric sont cités, et les propos du conteur chutent sur sa propre citation. En deux minutes, l’artiste a traversé le temps, les époques, les âges plongeant l’auditoire dans le rire mais aussi l’emportant dans la réflexion. Et puis, il contera l’histoire de l’âne têtu et de son maître. Cette histoire se déroule dans un village (il n’a pas donné de nom, mais en bon Moagha, il parle certainement d’un village Samo, Toma ou Tougan).
En faisant participer le public surtout les enfants KPG leur donne l’amour de l’art du conte
Dans ce village, vit un âne qui parle et qui refuse d’obéir à son maître. Malgré toutes les supplications de ce dernier, le bourricot fait le têtu et refuse de bouger. Excédé, et après avoir tout tenté, le maître n’a pas trouvé mieux pour le faire avancer que de lui frotter le cul avec du piment rouge. Alors imaginez la tangente que va prendre «Maître Aliboron». L’histoire dit qu’il aura fallu au proprio se frotter également la partie sus indiquée du corps avec le même piment pour pouvoir suivre l’animal et tenter de le ramener à la raison. Sa femme qui a suivi le manège, ne comprenant rien à ce qui faisait tant courir son époux au tour de la concession, dut s’en frotter aussi pour rattraper le couple infernal. Au finish c’est toute la maisonnée qui se retrouva à courir et à sautiller du fait de la puissance du piment rouge ; d’où la naissance de la compagnie «Air piment». Morale de l’histoire, si tu frottes du piment sur le derrière de ton âne pour le faire avancer, à coup sûr tu le frotteras sur le tien aussi si tu tiens à arrêter ce dernier. Cette histoire hilarante n’annonçait que le début de la pluie de rire que KPG allait déverser sur le public. Pendant 45 minutes, il a égrené des histoires à vous couper le souffle avec le rire. «Préparer vos mouchoirs…» avait lancé un spectateur dès l’entrée du théâtre et cela se confirmera dans la salle puisque les heureux de ce soir, pour beaucoup, étaient aux bords des larmes. Non pas que ce qui s’y passait était dramatique, mais simplement parce que l’humour était de taille. Certes sur scène l’artiste avait quelques absences, mais cela s’explique par le fait qu’il est toujours en pleine création et que les automatismes ne sont pas encore réglés. Néanmoins la complicité entre l’artiste et le public, et entre lui et ses musiciens étaient complets. C’était tout simplement époustouflant et ce n’est donc pas par un hasard qu’on l’appelle en moré : Neeb wousk naa pènga mè. Traduction : nombreux sont ceux qui vont apprécier. Et ils ont vraiment apprécié..o.
Par Frédéric ILBOUDO
Jabra, artiste musicien
«La lutte pour un Burkina développé et pacifique»
Bouriema ZANGRE dit Jabra
Cet artiste musicien a choisi le style reggae pour faire passer son message qui appelle à la solidarité, à la paix et aussi et surtout à une prise de conscience de la jeunesse pour arrêter les maux comme l’immigration, l’avortement. Pour lui un pays ne peut se développer sans ses bras valides, sans une population nombreuse. Il invite donc tous les hommes à l’unité pour le développement et à une bonne gestion de la nature.
Les lignes qui suivent nous apprendront plus sur lui et sur ce qu’il chante.
Peux-tu te présenter aux lecteurs ?
J : Je m’appelle Bouriema ZANGRE dit Jabra. Je suis né à Mogtédo dans la province du Ganzourgou vers 1973. Je suis père de trois enfants.
Qu’est-ce qui a guidé le choix du nom «Jabra» ?
J : Le nom Bra est la traduction du nom Boureima en langue dioula. Je m’étais surnommé Jah et un ami du nom de BAGUIAN m’a ajouté Bra et j’ai été fier de ce surnom Jabra, sinon beaucoup m’avaient proposé Mogted comme nom d’artiste en référence du nom de mon village natal Mogtédo, mais j’ai préféré Jabra.
Comment Jabra est-il arrivé dans le monde musical ?
J : D’abord il faut savoir que mon père et ma mère furent des chanteurs de funérailles au village, c’est de là que j’ai pris goût à la musique et un jour, le virus de la musique m’a piqué et j’avais l’impression qu’il me dictait la voie à suivre. Sinon au début, dans les années 1992, je chantais mais je ne croyais pas que j’allais faire une carrière dans la musique.
Ma passion pour la musique a déclenché réellement en 1998. J’étais parti en voyage en Côte d’Ivoire et un jour j’ai croisé un ami guitariste du nom d’Albert. Ce jour-là j’étais assis sous un arbre en train de répéter mes morceaux et lui aussi se promenait dans la nature. Il a été subjugué par ma mélodie. Il m’a rejoint et s’est mis à jouer à la guitare alors que je chantais. Il m’a félicité après et m’a fait comprendre que j’ai du talent, que je pourrai faire carrière dans la musique.
On a travaillé ensuite ensemble et je suis revenu au bercail en 2001. Arrivé à Ouaga j’ai connu un artiste arrangeur, Danu Sylvain PARE, c’est avec lui que je travaille toujours.
Tu as produit combien d’albums et comment se passe la réalisation de cet opus ?
J : C’est mon premier album, mais j’ai deux autres en cours, le 2e opus comportera 12 titres et le 3e 14 titres.
Pour l’actuel album de 12 titres, certains ont peut-être eu l’occasion de voir le clip vidéo sur les chaînes, mais il y a des incorrections là-dessus et nous sommes en train de le reprendre. Ce sont les moyens financiers qui font défaut et je profite lancer un cri de cœur aux bonnes volontés afin qu’elles viennent à mon secours.
Quels sont les thèmes que Jabra a abordés dans ce premier opus ?
J : Mes morceaux touchent beaucoup de thèmes : Je parle de l’argent dans cet album avec le titre «N’DAKA» qui est une coupure de l’expression mooré «N’DAKA MIYE». Je chante aussi de la mendicité dans le titre GARIBOU. Pour moi toute personne est mendiante, c’est la manière de mendier qui diffère, par exemple si quelqu’un demande à son ami de lui prêter 10 000F et ce dernier lui donne et lui dit de ne pas rembourser, c’est une manière de mendier. Donc, ce ne sont pas ceux qui tiennent des boîtes dans les rues qui sont seulement des mendiants.
J’aborde aussi la solidarité dans le titre «NAATABAME AFRIQUE» à ce niveau, j’invite toutes les autorités de l’Afrique à l’unité, de promouvoir la paix et surtout de s’unir car un proverbe moaga dit que «Une seule main ne peut pas ramasser la farine».
Je parle aussi de l’avortement, car j’ai été profondément marqué par un fait tragique lors d’un voyage à Bobo. En effet, ce jour-là, devant l’hôpital central de Bobo, une fille avait jeté son nouveau-né dans un fossé. Des charognards s’étaient régalés du cadavre de l’enfant à l’insu de tout le monde, c’est plus tard que les gens ont constaté et quand ils ont accouru, ils n’ont trouvé que la carcasse du pauvre bébé. Donc j’invite toutes les filles et femmes de se respecter et respecter la vie d’autrui.
Un de mes titres parle aussi du reboisement. Dans les temps passés, nos grands parents demandaient la pluie par des sacrifices, mais le monde a changé et la nature aussi, ce qui fait que nous devons tous changer nos manières de «négocier» la pluie comme le reboisement qui pourra un tant soit peu aider l’Opération Saaga. Je ne veux pas dire que les sacrifices n’aident pas ; mais on peut les aider aussi. Il y a aussi des feux de brousse dont je parle, car les hommes détruisent la nature, entraînant la disparition de la faune, ce qui est une violence aux générations futures, car elles n’auront pas la chance de connaître certains animaux sauvages. Il faut noter aussi que je chante la religion.
Comment se passe la réalisation du présent opus ?
J : C’est comme je disais plus haut, les moyens financiers font défaut. Quand je revenais de la Côte d’Ivoire, je n’avais que 150 000F, c’est l’ami DANO qui m’aide actuellement et avec le studio d’un autre ami, Ibrahim KEITA, on essaye de faire ce qu’on peut, mais c’est très difficile, car il y a de cela un an que l’album a été enregistré mais il peine toujours à sortir sur le marché. o
Par Romain WANRE (stagiaire)