L'opinion N°568
Du 27/08 au 02/09/2008

Editorial

Affaire Robert ZONGO

Tentative de meurtre, balle perdue, règlement de compte ou coup de pouce à la refondation ?

…aussi curieux que cela puisse paraître, la mayonnaise refuse de prendre dans l'opinion publique malgré les appels du pied à travers allusions et illusions d'une certaine presse qui tente d'en faire la preuve de la crise qu'elle décrit en connivence avec des refondateurs de tous poils avec lesquels ses accointances sont avérées. Faut-il pour autant établir un autre lien et parler de coup de pouce à la refondation ? Le risque est trop grand de se voir accuser de vouloir insinuer que, ce qui apparaît comme un simple fait divers, est un complot ourdi et exécuté par des officines politiques ou à tout le moins des officiants politiques.

Simple fait divers ou affaire politique de la plus haute importance? Spéculations de journalistes ou affaire d'Etat? Au moment où nous tracions ces lignes, aucune réponse ne s'imposait ni par les faits ni par les analyses, nous obligeant à émettre des conjectures même si de la bouteille d'encre des lueurs permettent de se forger une opinion de plus en plus objective.
Tout simplement parce qu'il s'agit du petit frère de Norbert ZONGO, journaliste assassiné en 1998 (il y a donc 10 ans) et que certains n'hésitent pas à faire le lien entre les deux affaires avec la même simplicité qu'on en a fait avec l'affaire David OUEDRAOGO, chauffeur de François COMPAORE décédé des suites de mauvais traitements par des éléments de la garde présidentielle, autre affaire sur laquelle Norbert ZONGO écrivait au moment où il est tombé sous les balles de ses sicaires. De quoi donc faire monter l'adrénaline, aiguiser les curiosités et donner un coup de fouet aux imaginations fertiles, au point de conduire certains à tirer des plans sur la comète. Mais dans le même temps, et aussi curieux que cela puisse paraître, la mayonnaise refuse de prendre dans l'opinion publique malgré les appels du pied à travers allusions et illusions d'une certaine presse qui tente d'en faire la preuve de la crise qu'elle décrit en connivence avec des refondateurs de tous poils avec lesquels ses accointances sont avérées. Faut-il pour autant établir un autre lien et parler de coup de pouce à la refondation ? Le risque est trop grand de se voir accuser de vouloir insinuer que, ce qui apparaît comme un simple fait divers, est un complot ourdi et exécuté par des officines politiques ou à tout le moins des officiants politiques. N'allons donc pas vite en besogne et laissons la place et toutes leurs places aux faits. Ils sont à la fois simples et posent des questions.
Le samedi 19 juillet 2008, Robert ZONGO, un frère cadet de Norbert ZONGO, de retour de son champ, s'arrête chez son mécanicien pour faire réparer sa voiturette. Le jeune mécanicien qui s'affairait à la tâche tombe soudain, atteint à l'épaule par une balle restée en partie nettement visible. Transporté d'urgence à l'hôpital une balle de 9mm, en parfait état est extraite et la plaie n'était ni grande, ni profonde, un simple sparadrap est posé en guise de soins. D'ailleurs dès le lendemain le blessé reprenait son travail. Quant au décor de ce qui a failli être un drame, ,on note qu'aucun coup de feu n'a été entendu ni par les voisins et les habitants, ni par les témoins sur place, de même qu'aucun mouvement suspect n'a été observé. Les faits se sont déroulés en plein jour au bord d'une voie très animée, à côté d'un marché avec des dizaines de personnes sur les lieux et environnants. On sait aussi qu'une perquisition, menée rapidement sur les lieux par le Procureur du Faso a été infructueuse et n'a pas permis de découvrir l'arme «du crime». A partir de là, fusent des interrogations allant des plus simples aux plus complexes avec leurs sous-entendus.
A qui était destinée la balle? A Robert ZONGO, au mécanicien ou à une toute autre personne? Etait-ce une simple balle perdue? Etait-ce un règlement de compte privé? Etait-ce une tentative de meurtre politique? De qui vient la balle et pourquoi? ...Autant de questions et bien d'autres qui méritent d'être posées et auxquelles devrait répondre l'enquête en cours. En attendant, les spéculations vont bon train. Les interprétations tendancieuses aussi.
C'est le cas assurément de ceux qui voient dans cette affaire une tentative de meurtre politique orchestrée par le pouvoir. Même si jusque-là il n'y a que notre confrère San Finna à se faire l'écho de cette affaire, notamment dans ses éditions no474 du 4 au 10 août et 476 du 18 au 24 août 2008 et à lui donner une connotation politique, il faut la prendre au sérieux. Le fait est que Robert ZONGO lui-même semble pencher pour cette hypothèse, puisque derrière les interrogations qu'il soumet à notre confrère, il fait peser des soupçons sur les forces de sécurité. En effet, selon lui «... un 9mm ne court pas les rues ici. Et à Koudougou je ne pense pas qu'il y ait un champ de tir...». A cela notre confrère ajoute que «généralement ces balles (les balles de 9mm) viennent de la police, de la gendarmerie ou de l'armée...». A-t-on besoin d'un dessin pour comprendre? Toujours est-il que si chacun est libre d'avoir l'opinion qu'il veut, il faut tout de même éviter le ridicule, même si par ailleurs il ne tue pas sous nos cieux!
Quel intérêt le pouvoir aurait-il à assassiner le petit frère de Norbert ZONGO, lui qui clame avec force son innocence dans l'assassinat de ce dernier, un assassinat dont il continue par ailleurs de payer les effets négatifs? La question se pose d'autant plus que Robert ZONGO, lui-même, affirme ne pas faire de politique et n'avoir pas été menacé plus que tout autre Burkinabè depuis l'assassinat ou du fait de l'assassinat de son frère. D'où vient-il alors qu'il donne l'impression de croire qu'il a échappé à une tentative d'assassinat? Dans tous les cas, la simple logique devrait le pousser à orienter ses soupçons vers d'autres acteurs de la scène sociopolitique car par les temps qui courent, et pour les raisons qu'il évoque (il ne fait pas de politique), si des gens souhaitent son assassinat, ce ne serait certainement pas du côté du pouvoir mais de ceux qui souhaiteraient qu'il fasse de la politique et qui pourraient tirer profit de son assassinat sur le plan politique. Qui a intérêt à ce qu'il y ait une crise aujourd'hui si ce ne sont ceux qui affirment, en dépit des réalités quotidiennes qui les contredisent, que le pays est en crise? Alors, un coup de pouce à tous ces partisans d'une refondation qui se présente comme une redistribution des cartes dans le landerneau politique? On pourrait le penser sauf que le fait en lui-même apparaît beaucoup plus comme un vulgaire fait divers qu'un concours de circonstances et une volonté de récupération tendent à faire déborder de ses dimensions réelles, qu'autre chose.
En effet, si le fait qu'on n'ait pas entendu de coup de feu peut inciter à penser à l'utilisation d'un silencieux et par conséquent renforcer l'impression d'une volonté de meurtre sur la personne de Robert ZONGO, le fait que la balle n'ait pas pénétré indique sans aucun doute qu'elle a été tirée tout au moins de très loin pour être en bout de course au moment de l'impact. Le fait qu'elle ne soit pas déformée accrédite cette thèse, puisqu'il indique qu'elle n'a pas ricoché, ce qui aurait pu réduire sa puissance. Quand à cela on tient compte du fait que le théâtre des faits est une rue très passante bordée de maisons, du passage inopinée de Robert ZONGO chez son mécanicien, de la présence permanente de gens, de la pleine journée (il était 12H30), on ne peut qu'en déduire qu'il aurait été impossible pour un tireur de pouvoir s'embusquer, passer inaperçu, être précis au point d'atteindre à plus de 50m la tête de sa victime (Robert affirme: «Je la prenais sur la tête»). Trop de facteurs qui incitent à privilégier raisonnablement une simple coïncidence malheureuse. Robert ZONGO devrait s'en satisfaire et se contenter d'une petite frayeur tout en remerciant Dieu pour sa barraka. Avec lui, ses amis sincères et ses parents devraient se réjouir et prier le bon Dieu.
Le pouvoir devrait lui aussi remercier le bon Dieu, car si la balle avait atteint Robert ZONGO à la tête, certainement que le pays aurait tremblé et que plus qu'une refondation, c'est à une révolution qu'il aurait eu à faire face. Evidemment, ses adversaires mentiraient bien plus que des dentistes en disant que si le malheur était survenu, ils ne s'en seraient pas servi contre lui.

Par Cheick AHMED
cheickahmed001@yahoo.fr

 

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