| Un village aux mille atouts
Sokoroni, une bourgade de 3000 âmes dans la province du Kénédougou fait beaucoup rêver. Et pour cause, c’est un de ces villages dont les populations sont toujours au premier plan pour son développement socioéconomique, en chœur et avec cette conviction qu’on ne doit pas tout attendre de l’Etat. Voyage dans ce village aux mille atouts qui défient l’exode rural.
La maternité de Sokoroni. Une infrastructure réalisée grâce à la forte implication de feu Joseph Youssouf TRAORE, un fils du village.
Logé dans un relief aux nombreuses élévations, Sokoroni village où il y a la joie de vivre. On est vite émerveillé par ce que font les populations pour leur propre bonheur. Gros producteurs de fruits et avec une grandeur d’esprit associatif, les habitants de Sokoroni se veulent être maîtres de leur destin. «Dieu nous a tout donné» affirme avec reconnaissance un producteur d’oranges au milieu de son verger qui s’étend à perte de vue. Les études de BOULET et FAURE de l’ORSTOM indiquent que Sokoroni dispose d’un type de sols de catégorie 12, convenant au maraîchage et à l’arboriculture. Un véritable atout pour les producteurs de ce village qui ne savent rien faire d’autre que travailler. Un des 20 villages du département de Koloko, Sokoroni est à moins de 5 km au Sud de la frontière du Mali. On s’y rend par la RN 21 à partir de Koloko d’où il est distant de 7 km environ.
| Taguasso, le quartier des chefs |
Sokoroni est composé de cinq quartiers dont les noms sont liés à une des facettes de l'histoire du village. Ce sont Dôbougou, Kouroumba, Dombasso, Diassara et Taguasso. Le village a été fondé par Ziko TRAORE, un redoutable chasseur d'éléphants. Il serait originaire de Wéléni dans la Léraba et venait chasser les éléphants vers une colline à proximité d'une rivière. La zone était tellement peuplée d'éléphants qu'il pouvait y rester trois jours pour s'approvisionner. Ainsi, il construisit une hutte dans les parages pour ses séjours puis se décida d'amener une de ses femmes pour y rester définitivement. Lorsqu'il recevait un visiteur, c'est une tête d'éléphant qui servait de tabouret. En Sénoufo, dialecte de la localité, on appelle la tête d'éléphant "Soulkorogo". D'où le nom du village, Sokoroni, signifiant "tête de l'éléphant".
Ziko serait très hospitalier, ce qui permit au village de vite s'agrandir sans connaître de guerre de conquête ou de razzia. Le quartier Dombasso aurait pris par exemple le nom de son premier habitant qui s'appelait Domba. Il serait envoyé dans la région par le roi de Sikasso, Tiéba TRAORE, pour chercher des tubercules afin qu'il en nourrisse ses esclaves. Le nom du quartier Diassara est lié à l'arrivée d'un autre chasseur Zélézé OUATTARA. Il aurait demandé au chef de lui permettre de ne pas s'installer avec ceux qui l'ont devancé qu'il qualifie de "diouladjon", esclaves des dioula. C'est ainsi qu'il s'installa de l'autre' côté de la rivière appelé Diassa. Quant au quartier Taguasso, il est le centre du pouvoir. Les chefs du village y sont issus, c'est la maison des Tagua autrement dit quartier des chefs, les gardiens de la tradition.
Zana Bakary TRAORE, un octogénaire, est l'actuel chef de Sokoroni. Il y règne depuis plus d'un demi-siècle, 57 ans, et détient le pouvoir mystique. Il serait le 8e chef du village après le fondateur. La succession se fait entre frères consangins. Mais il fut une époque où certains avaient exigé le vote des chefs. Cette option a été abandonnée après le règne du chef Nougouina SANOGO et on est revenu à l'ordre ancien.
Avec la pénétration de la religion musulmane, on ne semble plus adorer les lieux sacrés. Selon le chef Zana lui-même, l'influence de la religion fait que les trois sites sacrés sont presqu'abandonnés. Mais comme dirait l'autre, un Sénoufo reste toujours un Sénoufo, il est rarement déraciné. L'anecdote du conflit de 85 racontée par le chef est édifiante.
Drissa TRAORE
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Une des premières écoles primaires du Burkina construite en 1956
A Sokoroni, la principale activité est tout naturellement agropastorale. Dans ce village, l’oisiveté est réduite à sa plus simple expression. Il y a toujours de quoi faire et pas question d’aller voir ailleurs. «Ici, les gens sont toujours occupés. En hivernage, ils sont pris par les travaux champêtres, à la saison sèche, ils sont dans le maraîchage ou en train de s’occuper de leurs vergers», témoigne Zoumana Kassa TRAORE, président de l’Association pour le développement économique et social de Sokoroni (ADESSO). Soit dit en passant, il y a peu d’espace pour le passage des animaux. Ce qui entraîne parfois des conflits entre éleveurs et agriculteurs. Mais selon le préfet du département de Koloko, Isidore Gollo TRAORE, étant entendu que ce sont les mêmes agriculteurs qui sont détenteurs de cheptel, le problème est vite réglé.
Ce qui impressionne davantage dans ce village, c’est l’union sacrée des habitants autour des questions d’intérêt général. «L’ADESSO a su inculquer dans les esprits, relève Kassa TRAORE, que l’union fait toujours la force». Rarement, une association de village ne fait autant d’unanimité que l’ADESSO. Elle semble être l’âme de Sokoroni et s’illustre en véritable tremplin pour la recherche de financement des projets de développement du village. Toute chose qui donne de l’espérance à ces centaines de jeunes du village rarement tentés par l’exode rural.
Par quartiers, les jeunes sont organisés en«tons» qui sont des associations traditionnelles d’entr'aide. En plus des «tons», il y a les regroupements de producteurs de coton, des éleveurs et des producteurs de fruits.

A Sokoroni en plus de la grande production des fruits, le maraîchage est une activité prospère.
Le véritable problème du village, selon le président de l’ADESSO, c’est l’absence d’un centre de loisirs. «Ce qui amène les jeunes à se déplacer pour aller se récréer à Koloko, à Hermakono (village frontalier malien), à Orodara ou Bobo-Dioulasso», dit amer, M.
TRAORE. C’est un village où il n’y a pas de cabaret à cause de sa forte islamisation. On joue le balafon de façon circonstancielle. Cependant, les jeunes se fréquentent pour des débats de camaraderie.
La symbiose qui semble régner dans ce village procure beaucoup d’avantages. «A chaque fois que nous devons réaliser quelque chose dans ce village, j’ai le cœur net parce que la population y adhère pleinement», a fait savoir un chef de projet tout en déplorant qu’il y ait par contre nombre de localités au Burkina où son projet a échoué parque «les villageois ont croisé les mains sans songer apporter leur contribution». Au maire de Koloko, Salou TRAORE, de soutenir que c’est un village où «les gens sont conscients du développement de leur terroir». Et il avoue ceci : «Nous avons un frère du nom de Bénéfou TRAORE qui de par son dynamisme exceptionnel s’investit pour le développement de la localité. Grâce à lui, le village a pu bénéficier d’un complexe scolaire financé par l’UNICEF. Il est également l’initiateur du bosquet dudit complexe qui s’étend sur 7 ha».
Une école primaire depuis 1939
Saviez-vous que le village de Sokoroni est l’une des toutes premières localités du Burkina à disposer d’une école ? Il a en effet bénéficié de sa première école en 1939 : l’école régionale de Taguara, l’appelait-on. Dans la Basse Côte, elle était le troisième site scolaire après les écoles de Sikasso et de Bobo-Dioulasso. Si bien que nombre de personnalités du pays y ont étudié. Au nombre desquelles, on peut citer l’ancien président de la Cour Suprême, feu Sériba Charles TRAORE, Mélégué TRAORE, ancien ministre et ancien président de l’Assemblée nationale. «Au début c’était une école en paillote. C’est en 1956 qu’elle a été construite en banco, puis en dur avec un internat depuis 1945. Les élèves venaient aussi bien du Burkina que du Mali», témoigne un sage du village. Ce sont les mêmes locaux qui servaient de salles de classes jusqu’en février 2007 où l’UNICEF a construit un complexe scolaire contenant une école à six classes avec 493 élèves dont 223 filles, un Centre d’éducation de base non-formelle (CEBNF), et un bisongo ou garderie populaire. Selon le directeur de l’école, Brahima SANOU, le taux de réussite au Certificat d’étude primaire (CEP) est croissant. Il est de 76,12% cette année. Sokoroni mérite selon lui, un CEG, compte tenu de sa situation géographique par rapport aux villages de Sifarasso, Kokouna et de Nafanasso où les taux de succès sont aussi élevés afin de désengorger l’unique CEG du département sis à Koloko et qui dessert une trentaine d’écoles.
Les Sokoronois ont quand même le sens de la gratitude. Ils ne manquent pas l’occasion d’être par exemple reconnaissants envers Bénéfou TRAORE et feu Yousouf Joseph TRAORE qui se seraient respectivement bien battus pour obtenir la construction du complexe scolaire et du CSPS.Réussir le combat de la
décentralisation
Pour Salou TRAORE, maire de la commune rurale de Koloko dont relève Sokoroni, avec l’avènement des Conseils villageois de développement (CVD) qui regroupent les forces vives du village, les Sokoronois, le fait d’avoir une association aussi dynamique qu’est l’ADESSO, auront une longueur d’avance sur nombre de villages pendant l’élaboration et la mise en œuvre des programmes locaux de développement.
Et comment terminer sans partager avec vous cette anecdote qui m’a rappelé la boutade d’un célèbre penseur qui disait qu’un vieillard assis voit plus loin qu’un jeune homme debout. En effet, en approchant le chef du village pour savoir l’historique de Sokoroni, je me suis laissé convaincre que les religions révélées n’ont rien bouleversé de nos traditions. En tout cas, pour ce qui est de Sokoroni. J’ai cru faire une colle au chef en lui demandant si sa foi musulmane n’était pas un peu antagonique à sa mission de gardien de la tradition. Il me confia tout d’abord qu’il est né trouvé l’islam au village et pour éviter de m’emmener dans la nuit des temps où les pouvoirs mystiques ont toujours sauvegardé des populations, il me ramena à un témoignage de mon époque. A savoir la malheureuse guerre entre le Burkina et le Mali en 1985.
Sokoroni compte tenu de sa proximité avec le Mali était fortement menacé. La veille où il était prévu d’être attaqué, les incantations lui ont permis de le savoir avec en plus les dispositions à prendre. Tous les habitants ont été priés de se cacher sauf lui et son frère qui devraient rester dans la cour pourtant à un jet de pierre de la grande voie qui devrait être empruntée par l’armée adverse. Le lendemain étant arrêtés dans la cour à côté de deux flèches que lui et son frère ont piqué au sol, conformément aux invocations, ils ont vu une quarantaine de chars maliens passer sous leur nez en direction de Koloko. Après avoir traversé le village, les soldats auraient constaté qu’il y avait des hommes courts armés de flèches qui les pourchassaient selon le témoignage d’un soldat… N° comment.
Koloko-Sokoroni
Dans le même navire
Salou TRAORE, maire de Koloko

Sokoroni est l'un des 20 villages de la commune rurale de Koloko qui compte plus de 18 000 habitants. La distance entre les deux localités est de 7 km par la RN 21 (voie en terre).
Il existe une solidarité appréciable entre elles grâce à la vision rassembleur du maire, Salou TRAORE. "Comme les 20 villages de la commune, dit-il, Sokoroni et Koloko sont dans le même navire". Ce qui nécessite de créer un bon climat de collaboration. Il apprécie Sokoroni pour la symbiose qu'il y a dans le village au regard de la forte mobilisation de la population lors de l'opération de reboisement du samedi 16 août dernier à laquelle il a participé avec son premier adjoint, le préfet du département Isidore Gollo TRAORE et le chef de poste de la police frontalière, Sami KAMBOU.
Autant que faire se peut "j'apporte mon concours à ce village, relève-t-il, qui impressionne de par la forte motivation de ses habitants pour les chantiers de développement". Avec un budget de 28 millions "le maire ne peut pas développer tous les villages de la commune, ajoute-t-il, et même si le budget était de l'ordre d'un milliard, on ne pourrait pas satisfaire tous les besoins". Il invite par ailleurs les populations à se battre pour leur propre développement etdit être impressionné par l'exemple de Sokoroni où surtout "nous avons un frère du nom de Bénéfou TRAORE, soutient-il, qui de par ses relations s'investit pour le développement de la localité". A l'image de Sokoroni, le maire a souhaité que les ressortissants des différents villages s'investissent dans leur développement. Pour sa part, il entend fédérer les énergies pour réussir les grands chantiers de la commune qui sont entre autres les aménagements du marché de Koloko et de retenues d'eau dans certains villages, la réfection du Centre populaire de loisirs (CPL) de Koloko, la réalisation du projet d'électrification rurale.
Drissa TRAORE
Oumar TRAORE, producteur
“Les jeunes ont de quoi faire à tout moment”
Président du Conseil Villageois de Développement (CVD), secrétaire général de l’ADESSO ainsi que président de l’Union provinciale des producteurs de coton du Kénédougou, Oumar TRAORE nous entretient sur les préoccupations des producteurs de la localité.
Comment vous sentez-vous dans votre peau de producteur ?
OT : Je suis avant tout fier d’être producteur, je suis de ceux-là qui pensent que cultiver la terre ne signifie pas qu’on a échoué dans la vie. Bien au contraire. Par le passé, on rabattait ce cliché dévalorisant pour l’agriculture : si tu ne réussis pas, tu vas aller cultiver. De nos jours, cette conception de la terre est dépassée. Cultiver la terre peut permettre de bien gagner sa vie, il suffit de savoir s’y prendre.
Comment êtes-vous organisés pour réussir le développement de Sokoroni ?
OT : Il faut reconnaître que le principal atout de Sokoroni est la parfaite entente entre les jeunes. Dans chaque quartier du village, il y a un groupement de jeunes qu’on appelle «ton». Ce qui permet au responsable de la jeunesse du CVD de mobiliser facilement les jeunes lorsqu’il y a une activité d’intérêt général. Pendant l’hivernage, les jeunes peuvent aller prêter main forte à ceux qui ont de grands champs moyennant de l’argent qu’ils collectent et à la fin de la saison ça leur fait un peu de fortune. A la saison sèche, la quasi-totalité des jeunes fait du maraîchage.
Qu’en est-il de l’exode rural ?
OT : L’exode rural n’est pas un phénomène courant à Sokoroni. Ici, en plus de la culture de rente, nous avons beaucoup de vergers. Les jeunes ont donc de quoi faire à tout moment pour mieux gagner leur vie. Il y en a certes qui vont ailleurs mais ils ne sont pas du tout nombreux. Je profite pour dire que Sokoroni est au niveau provincial, la deuxième plus grande localité productrice des fruits comme les mangues après Orodara. Mais nous n’arrivons pas à écouler facilement ces fruits qui finissent par pourrir.
Mais ce problème ne devrait plus se poser avec l’installation de Dafani, qui est une usine de transformation ?
OT : Il faut noter que Dafani vient de s’installer, nous n’avons fait qu’une seule campagne ensemble. Auparavant, nous avons rencontré beaucoup de difficultés avec les commerçants de mangues.
Ils achètent les mangues au prix qui leur convient. Ce sont eux qui décident des prix parce qu’ils savent que les mangues sont des fruits facilement périssables et que le producteur ne peut pas conserver pendant longtemps. Nous étions donc contraints à vendre nos mangues à vil prix. Avec l’arrivée de l’usine Dafani, il a fallu sensibiliser d’abord les producteurs sur son importance et procéder ensuite à des signatures de contrat de commercialisation. Au moment où tout s’est finalisé, il y avait des mangues partout. Ce qui fait que nous n’avons pas pu convenablement écouler nos produits. Mais Dafani est déjà une lueur d’espoir pour nous parce que les commerçants n’auront plus à nous imposer en tant que tel leur prix.
Et si vous vous organisez en groupement pour mieux défendre la valorisation de vos produits ?
OT : Nous avons une union départementale de fruitiers. Vous savez que la commercialisation des mangues se fait à trois niveaux. Il y a d’abord les commerçants qui viennent directement les acheter avec les producteurs pour alimenter le marché de Bobo-Dioulasso. Ensuite, il y a des unités de séchage et de conditionnement qui achètent pour les exporter à l’extérieur. Et le troisième client, c’est l’usine Dafani. Mais l’union travaille beaucoup plus avec les unités de conditionnement. Malheureusement cette année, nous avons rencontré des difficultés avec ces unités. Malgré le contrat qu’elles ont signé avec l’union, il y a leurs pisteurs qui contournent les textes pour venir faire du marchandage. Quand l’union décide par exemple de vendre la caisse de mangues à 2 000F CFA, ces pisteurs viennent proposer 1 750F, voire 1 500F CFA. Si les producteurs contestent, ils disent qu’ils vont revenir après tout en sachant que nous ne pourrons pas conserver ces mangues jusqu’à cette date.
Donc nous retombons dans le même cercle vicieux.
Comment comptez-vous y remédier ?
OT : Il y a eu des assises à Koloko entre les producteurs et ces pisteurs pour mieux organiser les prochaines campagnes. Nous nous sommes entendus désormais ils ne peuvent marchander les prix en deçà de ceux fixés par l’union.
On constate que vous êtes fortement impliqués dans des groupements de producteurs de coton. Cela signifie que vous êtes aussi grand producteur de coton ?
OT : Le coton me procure beaucoup plus de revenus. Il faut savoir que je suis dans les groupements villageois depuis mon bas-âge. J’ai peut-être une certaine expérience qui fait que je suis régulièrement coopté. J’ai environ 8 hectares de champs de coton et 15 hectares de vergers.
Je fais de la culture vivrière sur environ 7 hectares.
On oppose souvent la culture de coton à la culture vivrière. Quel est votre point de vue?
OT : Je n’ai jamais été d’accord avec ceux qui disent que c’est la culture de coton qui amène la famine. Vous pouvez le vérifier avec moi, que le bon producteur de coton est aussi le bon producteur de céréales. Si vous voyez un producteur de coton en famine, soit il a mal géré les intrants, soit c’est la maîtrise culturale qui lui a échappé. A défaut de faire de la jachère, on nous conseille d’alterner la culture de coton avec celle des céréales dans le même champ. Quand on cultive par exemple du coton cette année sur un champ, la saison prochaine lorsqu’on l’utilise pour le maïs, on n’aura même plus besoin de beaucoup d’engrais pour faire une bonne moisson. Actuellement, on peut dire que c’est Kénédougou Nord (NDLR, Kourouma et N’Dorla) qui ravitaillent Bobo-Dioulasso en céréales alors que c’est là-bas aussi où il y a les gros producteurs de coton. C’est pour dire que le système de rotation des cultures permet au producteur de faire toujours de bonnes saisons.
C’est donc un faux débat de dire que c’est la culture de coton qui amène la famine. Je crois plutôt qu’il faut former les producteurs sur le système de rotation des cultures.
Il y a des producteurs de coton qui finissent la saison avec des crédits des intrants et ils ont des difficultés pour rembourser.
OT : Il faut être honnête, c’est le producteur lui-même qui crée ses propres problèmes.
Nous sommes présentement en période de soudure et il y a des producteurs qui sont en difficultés. Ainsi, un producteur peut dire qu’il a besoin de quatre sacs d’engrais et lorsqu’il les gagne, il s’en va vendre deux pour avoir de la liquidité. C’est de l’argent qui ne va pas non seulement lui servir à grand chose, mais aussi il ne pourra pas faire une production rentable parce qu’il n’a pas convenablement utilisé les intrants. Dans cette situation, il lui est impossible de rembourser le crédit et il tombe ainsi en impayé. S’il utilisait même deux sacs d’intrants pour le coton et les deux autres pour les céréales, il serait seulement tombé en impayé mais pas en famine parce que le maïs aurait au moins bien produit.
Au niveau de notre organisation, nous sommes en train de sensibiliser les producteurs sur la gestion des intrants.o
Bénéfou TRAORE, ressortissant
“Il faut qu'on s'accepte dans les différences”
Secrétaire aux relations extérieures de l'ADESSO, conseiller régional du CDP des Hauts-Bassins et suppléant du député Soma BARRO du Kénédougou, Bénéfou TRAORE reste un des acteurs clés du développement de Sokoroni même si modestie il n’aime pas cette vision de son dynamisme. Inspecteur du Trésor de formation, il est actuellement directeur de l'Administration et des finances du ministère de la Fonction publique et de la Réforme de l'Etat. Dans ette interview il prône l’unité des ressortissants de son village.
Que pouvez-vous dire des problèmes de développement de Sokoroni ?
Bénéfou TRAORE (BT ): De façon générale, pour les villages au niveau du Kénédougou, il y a un problème d'espaces de production pour les jeunes. Ce qui les conduit à l'exode rural. Dans les années 70, les villages ont connu une installation importante des ONG qui ont dû occuper beaucoup d'espaces cultivables. On se retrouve donc dans une situation d'insuffisance de grandes surfaces de production pour la nouvelle génération. Il y a quand même le minimum en ce qui concerne les structures d'encadrement. Mais actuellement, les besoins les plus pressants sont les retenues d'eau pour pouvoir développer la culture de contre-saison. L'élevage étant une activité assez répandue, à la saison sèche, il se pose des problèmes d'abreuvage et les gens sont obligés d'envoyer le bétail vers la Côte d'Ivoire pour mieux entretenir leur cheptel.
Maison constate que l'exode rural n'est pas un phénomène courant à Sokoroni. Qu'est ce qui explique cette situation ?
BT : L'exode rural est effectivement moindre à Sokoroni. Cela est dû essentiellement au fait que sur place les populations arrivent à trouver le minimum pour mieux vivre. Le temps qu'un jeune peut mettre en Côte d'Ivoire pour se payer par exemple un vélo, en une saison à Sokoroni, il peut s'en acheter. A quoi sert donc de partir ? Hormis quelques départs vers la Comoé ou dans la Léraba à cause des problèmes d'espaces cultivables, depuis les années 85, il n'y a pratiquement pas de migration surtout vers la Côte d'Ivoire.
Il est souvent dit qu'on ne doit pas tout attendre de l'Etat. Comment les fils de Sokoroni contribuent-ils au développement de leur village ?
BT : Il y a un certain nombre de regroupements dans chaque quartier et au niveau du village. Si bien que quand un problème se pose ou une charge financière par exemple, les gens se font la répartition par quartier ou par "ton". On transmet ensuite les différentes contributions au niveau du chef pour pouvoir faire face à la demande.
Dans la même logique qu'en 2005, nous nous sommes retrouvés entre fils du village pour mettre en place une structure à même d'intégrer tout le monde et de mieux fédérer les énergies. Ainsi nous avons créé l'association pour le développement économique et social de Sokoroni (ADESSO). Ce cadre de regroupement assez plus large permet aux enfants du village de contribuer efficacement à son développement.
Il y a ce constat aussi que les associations se créent dans les villages rien que pour du folklore. Est-ce que l'ADESSO, arrive à faire la différence ?
BT : Pour une association qui n'a que trois ans d'existence, on peut dire qu'elle est encore jeune. Mais il y a beaucoup d'actions qui ont été menées notamment depuis sa création en 2005, chaque année dans le mois d'août, nous organisons des opérations de plantations d'arbres. Nous avons pu en somme planter plus de 6000 accacias Sénégal, 400 anarcadiers, 600 manguiers et nous avons réalisé un verger de 7 ha au sein de l'école. Dans le même sens, les ressortissants à Ouagadougou et à Bobo-Dioulasso ont fait des cotisations pour aménager un jardin au profit des jeunes du village afin qu'ils puissent s'investir aussi dans le maraîchage. Au-delà de cela, nous avons pu développer des activités sportives en donnant des maillots, des ballons et même des poteaux. Cela fait aujourd'hui la fierté du village et suscite même un élan d'orgueil au niveau des villages environnants. Cette année, nous avons décidé de planté une haie vive autour de l'école avec du jatropha. Par ailleurs, nous avons pu obtenir du ministère de l'Enseignement de base et de l'UNICEF, la construction d'un complexe scolaire. Toujours dans le cadre de nos activités, nous avons initié courant mars 2006, une opération d'état civil parce que compte tenu du fait que nous sommes un village frontalier, il y a beaucoup de gens qui se font rarement établir des documents d'état civil. L'opération a permis d'établir 239 jugements supplétifs et plus de 300 CIB. Et pour montrer notre élan de solidarité, nous avons étendu l'opération aux villages environnants. Ainsi, il a été établi 78 CIB au village de Sifarasso, 82 à Nafanasso et 69 à Kokouna. Nous entendons poursuivre mais comme il y a une nouvelle pièce d'identité et qui est subventionnée, nous avons décidé de laisser l'Etat poursuivre. Si au bout de deux ans des difficultés se présentent, nous ferons encore de notre mieux pour leur venir en aide.
Les associations sont souvent exposées à des manipulations politiques. Qu'en est-il de l'ADESSO ?
BT : En tant que secrétaire aux relations extérieures de l'ADESSO, je suis par ailleurs conseiller municipal du CDP, conseiller régional au niveau des Hauts-Bassins et suppléant du député CDP du Kénédougou. Il y a des gens qui sont à l'extérieur de l'association, et qui pensent que nous faisons de la politique et non le développement associatif. Mais en réalité, il faut reconnaître que les mouvements associatifs ne peuvent pas se développer sans appui politique. Il y a des situations où il faut obligatoirement compter sur des relations politiques. Certes l'ADESSO est aussi confrontée à cette vision des choses, mais nous arrivons à les minimiser. Nous avons opté pour un principe de fonctionnement apolitique et ça marche bien pour le moment.
Que font les ressortissants de Sokoroni pour le développement de leur village ?
BT : Depuis que nous étions jeunes, nous assistions à des contributions des enfants de Sokoroni qui sont ailleurs. Je peux citer des noms par rapport à ce genre d'actions, tels que Issa OUATTARA, transporteur et son regretté frère Dramane qui ont construit la grande mosquée du village. Avant eux, il y a feu Joseph Youssouf TRAORE, alors entrepreneur, qui s'est battu pour la construction d'un CSPS en 1984. Dans les années 78, c'est lui qui offrait des table-bancs à l'école en cas de besoin. Il y a également notre aîné Soumana TRAORE du SAED qui contribue beaucoup dans la réalisation des activités du village. A notre niveau, comme nous n'avons pas d'assise, nous faisons des contributions par l'entremise des services rendus. Ce sont là des exemples concrets des ressortissants qui interviennent ou qui ont eu à intervenir efficacement pour le compte du village.
Mais en tant que secrétaire aux relations extérieures de l'ADESSO, que pouvez-vous dire de son dynamisme en terme de partenariat ?
BT : J'avoue que pour le moment nous n'avons pas de grands appuis, alors que nous avons beaucoup de projets. Nous avons un projet de sensibilisation sur le VIH/Sida que nous avions initié en 2005. Nous avons fait la requête au Comité national de lutte contre le sida par l'entremise du haut-commissariat du Kénédougou et nous attendons toujours la réponse. En 2007, nous avons initié le projet verger que l'UNICEF nous a aidé à réaliser. Le ministère de la Promotion des Droits humains nous a appuyé pour l'opération d'établissement des jugements supplétifs et CIB.
Nous avons également initié un autre projet de jardinage en partenariat avec le projet "Un village, un bosquet". Quant à nos opérations de reboisement nous bénéficions de l'appui de la direction provinciale de l'Environnement et du Cadre de vie du Kadiogo avec Monsieur Alfred SAWADOGO et du projet "Front de terre/ceinture verte". Je veux dire que notre dynamisme tient à notre capacité de pouvoir mobiliser tous ces partenaires. En tant que secrétaire aux relations extérieures, je ne manque pas de saisir les opportunités. J'approche régulièrement les structures qui peuvent nous donner un coup de main. Par ailleurs, il appartient aussi aux jeunes de poursuivre les différentes requêtes que nous envoyons.
Pouvez-vous nous dire un peu de votre militantisme politique ?
BT : J'ai d'abord commencé à m'habituer à la vie du groupe depuis le lycée à travers les activités scolaires, les mouvements scouts et du club UNESCO.
J'ai dû militer à des structures CDR de l'université et à l'amicale des économistes. Dès que j'ai commencé à travailler, j'ai adhéré au CDP, j'ai fait office de trésorier de la section provinciale du CDP à Fada pendant quatre ans. Quand j'ai été affecté dans Ouagadougou, j'ai continué à participer aux activités du parti au niveau provincial. Nous nous sommes battus à l'élection présidentielle de 2005 pour faire un bon score dans le Kénédougou. Davantage au niveau du département de Koloko, j'ai voulu imprimer ma marque de telle sorte que de comparaison en comparaison, ce département puisse être en tête de suffrages exprimés au niveau provincial pour notre candidat Blaise COMPAORE. Aussitôt après la présidentielle, nous nous sommes consacrés aux municipales où je devais faire office de manager pour contrecarrer le PAI. Sur les 40 sièges de conseillers, nous avons remporté 27. A l'élection du bureau du conseil municipal, j'ai préféré laissé la place à un de nos aînés, Salou TRAORE pour qu'il puisse prendre les rênes de la mairie. Courant 2007 pour les législatives, j'ai déposé ma candidature en tant que suppléant parce que compte tenu de mes responsabilités administratives, il n'était pas évident pour moi d'être toujours disponible et il fallait aussi donner la priorité aux aînés. Finalement, nous avons obtenu un siège sur les deux. J'ai coordonné la campagne dans les départements de Somorogniri et de Taguara où je suis originaire. Au regard des résultats, je peux dire que nous avons donné quand même le meilleur de nous-mêmes dans ces départements.
Qu'est-ce qui a posé problème pour ne pas pouvoir remporter les deux sièges ?
BT : Je crois que c'est le mode électoral qui n'a pas été en notre faveur. Avec le système du plus fort reste, le PAI a remporté un siège avec 4 000 voix alors que le CDP avait 25 000 voix. Nous avons raté le deuxième siège sur une différence de 200 à 300 voix seulement. Mais je pense qu'il nous appartient de faire mieux la prochaine fois.
Il ressort tout de même que ce sont les électeurs du Kénédougou qui ont dû faire un vote sanction ?
BT : Je ne crois pas trop à cette éventualité. Personnellement, je m'entends avec tout le monde, je ne vois pas en réalité s'il y a des frustrations dans le Kénédougou Nord. Cependant, je pense que la principale difficulté dans cette localité, c'est le problème des infrastructures routières. Il va falloir travailler à désenclaver la zone Nord. Notamment l'axe Orodara-Samoroguan.
Avez-vous un appel à lancer ?
BT : Dans tous les cas de figures, ce ne sont que les filles et les fils d'un village qui peuvent valoriser ses potentialités ou résoudre ses difficultés. Ce qui suppose qu'ils se doivent en tout temps se donner la main pour réussir le combat du développement. De nos jours, il faut reconnaître que Sokoroni est devenu un modèle pour le Taguara. J'aurais souhaité que les jeunes se mettent davantage au travail afin qu'ils puissent toujours servir d'exemples pour les villages environnants. Comme on le dit, le Kénédougou a beaucoup de potentialités, il n'y a qu'à trouver des moyens de production à mettre à la disposition des paysans. J'invite par ailleurs tous les fils de Sokoroni à s'unir autour de l'ADESSO. Il faut au maximum éviter les critiques inutiles et comme l'a dit le sociologue, il faut toujours privilégier la communication. Quand on ne comprend pas une situation, il est préférable d'aller à l'information. Nous n'avons pas les mêmes chances dans la vie, ni les mêmes appréhensions mais il faut qu'on s'accepte dans les différences. Aux aînés, je dirai de toujours apporter leurs conseils aux jeunes. Personne ne maîtrise tout. L'essentiel c'est de s'unir pour un Sokoroni prospère.
Par Drissa TRAORE
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