L'opinion N°569
Du 03 au 09/09/2008

Editorial

Tout ça pour çà !

Maintenant que les cours ont repris, que l’ANEB a compris qu’elle en faisait un peu trop et que d’autres étudiants étaient prêts à se battre pour leur avenir, les choses devraient évoluer dans le bon sens. Place donc au travail. Lui seul donne des droits, même celui de bénéficier d’une dérogation spéciale qui ne doit en aucun cas être une prime à la paresse ou à la médiocrité..

Les universités de Ouagadougou ont réouvert leurs portes le 1er septembre dernier après deux mois et demi de vacances forcées dont les uns et les autres se seraient volontiers passés, mais dont ils ne sont pas étrangers à la survenue. Il semble néanmoins qu’on ne soit pas totalement sorti de l’ornière même, si la raison semble avoir pris le pas sur les velléités d’en découdre. En deux mois et demi donc, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts pour se déverser dans les vins des différents acteurs du «temple du savoir». C’est tant mieux pourrait-on dire, sauf qu’au résultat, on est obligé de laisser tomber dans un profond soupir un «tout çà pour çà !» à la fois de dépit, d’étonnement, d’écoeurement et d’incompréhension. On ne peut malheureusement pas faire beaucoup plus, car il y a longtemps qu’on a compris qu’à l’université, le bon sens et la raison ne sont pas les choses les mieux partagées et si on s’y prend trop souvent pour le centre du monde. Pas seulement parce que les étudiants sont reconnus pour être particulièrement frondeurs, mais aussi, parce que dans ce pays, ils sont si politisés que leurs luttes ont de plus en plus des connotations politiciennes.
Pouvait-on éviter cet énième bras de fer entre les étudiants, plus précisément l’ANEB et les autorités universitaires ? Passons sur les points de la plate-forme et sur leur justesse ou non… Si on ne peut pas refaire l’histoire, il faut reconnaître que de nombreux aspects de la situation incitent à croire que, ce qui est arrivé n’est pas le simple fait du hasard et qu’en réalité, on ne devrait pas être surpris. En effet, que les étudiants décident, à tout au plus 2 mois de la fin de l’année académique, avec plus de 80% des programmes achevés, de durcir la lutte pour la satisfaction de leurs revendications au point de risquer d’hypothéquer toute l’année, est des plus curieux. Que des revendications, pour plus d’amphis et plus de laboratoires à un mois de la fin de l’année en viennent à hypothéquer celle-ci, laissent songeur ! Pas qu’on ne puisse pas en construire en un temps aussi court, mais leur intérêt dans l’immédiat est discutable puisque l’année est terminée. Assurément on peut se demander si les motivations ne sont pas ailleurs, tant il est évident que tout cela est marqué d’un anachronisme patent.
On peut même parler de mauvaise foi d’autant qu’on n’a pas à faire à des enfants mais bien à des adultes en mesure de faire la part des choses entre l’important et l’indispensable, c’est-à-dire de relativiser et de hiérarchiser les priorités. A notre sens, il est intellectuellement aberrant que les étudiants décident en toute fin d’année de forcer la main aux autorités en mettant leurs études en jeu. Tout au contraire, ce sont généralement les enseignants qui prennent les examens et concours en otage, obligeant les pouvoirs à des concessions maximales pour ne pas être obligés à déclarer une année blanche. La situation était donc des plus surréalistes d’autant que le problème de base ne concernait qu’une minorité (seulement deux UFR). C’est vrai que le mouvement scolaire et estudiantin est connu pour sa solidarité et sa grande volatilité mais de là, à voir les étudiants risquer toute une année dans un bras de fer qu’ils savent perdu d’avance, il faut qu’ils soient particulièrement motivés. Or, les revendications dont il est question nous semblent d’une telle banalité qu’elles ne peuvent pas entraîner un sacrifice de cette hauteur. La force du mouvement est donc ailleurs.
Certainement dans les gourdins, machettes et autres cailloux dont étaient armés les marcheurs du 17 juin. Pour une marche pacifique, surtout d’étudiants, il faut avouer que ces arguments sont pour le moins singuliers. Les nombreux blessés qu’ils ont d’ailleurs occasionnés au sein des forces de l’ordre ce 17 juin illustrent parfaitement leur propension à la violence et le peu de cas qu’ils font à l’ordre et à la discipline ; que dire alors des débats démocratiques. Du coup, le mouvement estudiantin se retrouve otage d’une coalition d’extrémistes, d’éléments instrumentalisés par certaines officines politiques et de personnes à la moralité et aux motivations douteuses. On comprend pourquoi les Assemblées Générales de l’ANEB sont des monologues, des séances d’intoxication et de manipulations au cours desquelles aucune voix discordante n’est autorisée. On comprend aussi pourquoi aucune autre université d’ailleurs ne soit venue à la rescousse laissant celles de Ouagadougou à leurs tristes sorts. Avec ses ordonnateurs clandestins, elle devrait comprendre que les temps ont changé dans ce pays. L’offre d’éducation supérieure est si diversifiée que nul ne peut plus la manipuler à sa guise. Fini donc le temps où l’ANEB pouvait à elle seule bloquer tout le système universitaire. Non seulement les universités et instituts de formation supérieure sont légion, mais les organisations d’étudiants sont aussi légion. Même si ce n’est pas le chacun pour soi dans son petit coin, il est trop prétentieux de vouloir faire «gicler» tout le monde au moindre claquement de doigts.
Ce qui est curieux aussi, c’est la lecture que l’ANEB et certains intellectuels font du mur de clôture de l’université. Alors qu’ils devraient réclamer un tel ouvrage pour sécuriser les installations universitaires, protéger et personnaliser l’espace universitaire.., comme c’est le cas pour les établissements secondaires comme primaires, ils y voient plutôt une muraille pour enfermer les étudiants afin de pouvoir les tailler et de leur faire faire toutes les corvées imaginables à volonté. Les tenants d’une telle lecture des évènements veulent-ils nous faire croire, qu’ils croient eux-mêmes que les universités ne doivent pas être clôturées ? Si c’est cela ils ont alors du pain sur la planche, car d’Amérique, en Europe en passant par l’Asie et même notre chère Afrique, les universités «à ciel ouvert» comme celles du Burkina Faso sont plutôt des exceptions. L’argument n’est donc pas seulement «petit», il rapetisse ses tenants. Même cela ne peut justifier qu’ils aient perdu le sens des réalités au point de risquer leur année académique pour des futilités. Triste tout cela !
Maintenant que les cours ont repris, que l’ANEB a compris qu’elle en faisait un peu trop et que d’autres étudiants étaient prêts à se battre pour leur avenir, les choses devraient évoluer dans le bon sens. Place donc au travail. Lui seul donne des droits, même celui de bénéficier d’une dérogation spéciale qui ne doit en aucun cas être une prime à la paresse ou à la médiocrité.o

Par Cheick AHMED
cheickahmed001@yahoo.fr

 

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