Des enseignants de qualité pour tous
Des acteurs de l’éducation de base ont adopté, le jeudi 4 septembre 2008 au siège de l’ANTBA à Ouagadougou, un rapport d’étude de faisabilité du projet intitulé : «Des enseignants de qualité pour tous au Burkina Faso». Commandité par Oxfam Novib en partenariat avec l’Internationale de l’éducation (IE), cette étude vise à combler le fossé entre enseignants qualifiés et non qualifiés par le biais de nouveaux modules de formation.
Heidi Van Hool, coordonnatrice nationale de Oxfam Novib 
L’enseignement de base au Burkina n’est pas de haute qualité. Selon un expert en éducation, les programmes de formation des éducateurs ainsi que le recrutement des enseignants sans aucune qualification expliquent la baisse du niveau des élèves. En 2007, en effet, un rapport trimestriel du PDDEB indique que les indicateurs de mesure de rendement interne d’éducation se dégradent au fur et à mesure que le niveau d’étude s’élève et que le taux de redoublement est passé, en 2006, de 8% au CP à 12% au CE pour atteindre 15% au CM. Aussi, la réforme du système éducatif entamée en 2006 vise-t-elle à corriger les déficits et déséquilibres constatés afin de permettre à notre pays d’être au rendez-vous de l’éducation pour tous en 2015.
Ainsi, la société civile internationale entend jouer sa partition dans l’atteinte de cet objectif. C’est dans cette optique que Oxfam Novib en partenariat avec l’Internationale de l’éducation a commandité cette étude «pour aider les autorités publiques à assumer leurs responsabilités envers une éducation publique de qualité en contribuant à développer et fournir des programmes de formation, notamment pour les enseignants non qualifiés qui travaillent dans le système formel des écoles publiques ou dans l’éducation non formelle» a expliqué Heidi Van HOOL, coordonnatrice nationale de Oxfam Novib.
Cette étude de projet pilote concerne également l’Afghanistan, l’Ouganda, le Mali, le Niger et le Libéria.
Quelques participants à l'atelier de restitution 
Les acteurs de l’éducation issus des organisations syndicales (SYNTER, SNESS, SNEAB, SYNATEB, FESEB), des ministères en charge de l’Enseignement de base et du secondaire ainsi que des organisations de plaidoyer comme le CCEB se sont donc retrouvés le jeudi 4 septembre 2008 pour examiner et adopter le rapport d’étude au niveau du Burkina. Celui-ci fait un état des lieux des causes liées à la faible qualité des enseignants entraînant la baisse du niveau des apprenants et tente d’apporter des solutions appropriées. Au nombre des problèmes liés à la qualité des enseignants, le rapport évoque les niveaux de qualification divers de ceux-ci selon qu’ils sortent des Ecoles nationales des enseignants du primaire (ENEP) avec un diplôme de fin d’études (DFE/ENEP) ou un certificat élémentaire d’aptitude pédagogique (CEAP). Appelés instituteurs adjoints certifiés (IAC), la courte durée de leur formation ferait que certains d’entre eux ne sont pas efficaces sur le terrain. La situation serait encore plus dramatique dans l’enseignement privé où on emploie couramment des enseignants sans aucune qualification. Pourtant la loi d’orientation de l’éducation, selon l’étude, renferme des dispositions à même de corriger ces insuffisances à travers son article 48 qui dit ceci : «Tout candidat à un poste d’enseignement dans une structure d’éducation publique ou privée doit justifier du diplôme ou du titre de capacité requis pour l’emploi postulé».
Quel profil de compétence pertinent ?
Le rapport indique que le profil de l’enseignant doit se déterminer en fonction des objectifs de l’éducation de base, en ce sens que celui-ci ne peut apporter que ce qu’il a en lui-même. Il est ainsi décrit que «le profil de l’enseignant de qualité est défini en terme de savoir, de savoir être et de savoir-faire, lui permettant de transmettre ses connaissances et de le faire efficacement, de produire au sein de la collectivité afin d’animer et de faire évoluer la communauté en enrichissant sa personnalité et ses connaissances». Le niveau d’encadrement est assez bon grâce aux efforts de recrutement ces dernières années (3 000 enseignants par an) permettant de combler le déficit d’enseignants dans les écoles. L’étude salue dans le même sens la stabilité des enseignants favorisée par la régionalisation des recrutements. Mais avec l’accélération de la scolarisation due à la mise en œuvre du PDDEB, il faut, selon le rapport d’étude, donner beaucoup plus de sens aux apprentissages en les rendant plus pertinents et plus cohérents conformément aux finalités définies dans la loi d’orientation de juillet 2007.
Cette étude devrait donc aboutir à un projet pilote autour du renforcement des compétences des enseignants ; la révision du temps de formation dans les ENEP ; le recrutement des enseignants qualifiés dans les écoles privées ; l’harmonisation des programmes d’enseignement dans les écoles franco-arabes et enfin la prise en compte des difficultés des enseignants dans le système éducatif. Cet éventuel projet pilote : «Des enseignants de qualité pour tous» nécessite donc l’adhésion de tous les acteurs de l’éducation à savoir l’Etat, les organisations de la société civile, les enseignants, les parents d’élève. Pour son effectivité, il est préconisé un plaidoyer que devrait mener le CCEB compte tenu de son expérience en la matière au Burkina Faso.
Par Samba DIARRA